Lundi 9 mars 2009
Mexique : Sarkozy prendra-t-il aussi
la défense des prisonniers d’Atenco ?


L’affaire Florence Cassez fait grand bruit. On pourra se demander à quoi tient l’ampleur de la campagne en faveur de sa libération : des dizaines de journalistes voyageant au Mexique pour la rencontrer et, en apothéose, la mobilisation du Zorro de l’Élysée.
Dans le même temps, une autre affaire étouffe d’une injustice criante, dans le plus parfait silence médiatique : celle des prisonniers politiques d’Atenco. À ceux qui sont prêts à s’émouvoir des montages policiers et de la corruption judiciaire qui règne au Mexique, on fera valoir qu’ils n’ont aucune chance d’être conséquents et crédibles s’ils ne prêtent pas attention également aux prisonniers d’Atenco.

Atenco est une commune des environs de Mexico. Ses habitants se sont mobilisés pour défendre leurs terres, situées à proximité d’un lac à l’équilibre écologique fragile, et ont réussi à empêcher en 2002 la construction de ce qui devait être le nouvel aéroport de Mexico. Les gouvernements locaux et fédéraux leur en ont gardé une rancune farouche.

En mai 2006, profitant d’un prétexte mineur (un conflit portant sur la vente de fleurs sur le marché), la police de l’État de Mexico, appuyée par les autorités fédérales, a lancé une énorme opération répressive, qui s’est soldée par deux morts, des centaines d’arrestations d’une rare brutalité, le viol d’environ trente femmes. Autant d’atteintes graves aux droits humains qui viennent d’être reconnues, le 12 février 2009, par la très officielle Cour suprême de Justice du Mexique (laquelle s’est toutefois abstenue de fixer des responsabilités politiques).

Parmi les détenus, figuraient les principaux organisateurs des mobilisations contre le projet d’aéroport. Treize d’entre eux ont été condamnés à des peines aberrantes, jusqu’à 112 ans d’emprisonnement dans le cas d’Ignacio del Valle, détenu dans les conditions redoutables d’une prison de haute sécurité (isolement presque total, cellule éclairée jour et nuit, etc.).

Ces peines reposent pour l’essentiel sur des délits fabriqués et arguent également que des fonctionnaires auraient été retenus par la population, puis relâchés, dans le cadre des luttes pour les revendications d’Atenco (une pratique assez courante au Mexique, dont il reste à vérifier qu’elle a bien été utilisée en l’occurrence, et qui, en tout état de cause ne saurait justifier des peines aussi disproportionnées).

Il y a quelques jours, de nombreuses personnalités, essentiellement mexicaines, ont engagé une campagne afin d’obtenir la liberté des treize prisonniers politiques d’Atenco. Parmi ses organisateurs, figurent Manu Chao, les acteurs Diego Luna et Daniel Gimenez Cacho, les écrivains Carlos Montemayor et Paco Ignacio Taibo II, l’historien Adolfo Gilly, des journalistes, ainsi que l’ancien évêque de San Cristobal de Las Casas, Samuel Ruiz.

À l’heure où le Mexique a les honneurs du Salon du Livre de Paris, il serait de notre honneur d’apporter un soutien actif aux prisonniers d’Atenco. Et qu’ainsi le souci que certains ont de défendre une compatriote ne soit pas l’arbre qui cache la forêt d’une inacceptable injustice à l’encontre de mexicains qui n’ont fait que se battre pour leurs droits et leur terre.

Jerôme Baschet, chercheur à l’EHESS
Rue89, 8 mars 2009.


LIBERTÉ ET JUSTICE POUR ATENCO
Campagne nationale et internationale


Chères amies, chers amis,

Ce message vous est adressé à l’occasion du lancement de la campagne «Liberté et justice pour Atenco».

Beaucoup d’entre vous se souviennent sans doute de la lutte victorieuse des paysans de San Salvador Atenco contre un projet d’implantation d’aéroport en 2001 et 2002, et, en représailles, de la répression sauvage qui, plusieurs années après, a frappé les habitants de cette petite ville du bassin de Mexico. L’opération de police coordonnée et déclenchée les 3 et 4 mai 2006 par les autorités conjointes de la municipalité, du gouvernement de l’État de Mexico et de l’État fédéral, s’est soldée par la mort de deux jeunes garçons, par de nombreux blessés, par le viol de plus de trente femmes lors de leur transfert en détention et par plus de 200 arrestations accompagnées d’actes de torture.

Saisie, la Cour suprême de la nation mexicaine, qui avait reconnu que de graves atteintes aux droits humains avaient été commises, vient pourtant de statuer sur l’absence de responsabilité des autorités commanditaires de cette opération. Seuls quelques fonctionnaires de bas niveau ont subi des sanctions administratives pour «actes libidineux».

Par contre, plusieurs dizaines de personnes détenues les 3 et 4 mai 2006 ont passé des mois, pour certains plus de deux ans en prison et 13 d’entre elles y sont toujours, condamnés à de lourdes peines (de 31, 67 et 112 ans de prison). Tous ont été accusés de délits fabriqués et la plupart d’entre eux ont été arrêtés sur des lieux éloignés de l’endroit où étaient censés se dérouler les faits qui leur sont reprochés.

Pour lancer cette campagne en France, nous souhaitons organiser une
Réunion publique le 18 mars à 19 heures
au CICP (21 ter, rue Voltaire, 75011 Paris, métro Rue-des-Boulets et Nation).

Le choix de la date coïncide avec la clôture du Salon du livre, où le Mexique sera cette année à l’honneur. C’est là une occasion d’interpeller l’opinion sur la situation d’impunité qui prévaut au Mexique, de dénoncer la criminalisation des mouvements sociaux et d’exiger la liberté pour tous les prisonniers politiques au Mexique et pour ceux d’Atenco en particulier.

Afin de donner une ample répercussion à cette campagne, nous vous invitons à vous y joindre activement :
— Nous vous invitons à signer et faire signer cet appel ici en France.
— L’idée de cette rencontre du 18 mars est que l’ensemble des présents puisse faire savoir aux prisonniers que, quoique isolés par la force de la répression, ils ne sont pas seuls et que ce soit l’occasion de témoigner de notre solidarité avec les luttes qu’ils incarnent : contre la répression, contre l’impunité, pour la justice, pour la défense de la terre. Le gouvernement veut faire taire les paysans d’Atenco en les jetant aux oubliettes, unissons nos voix pour clamer haut et fort que nous ne les oublions pas…

Vous trouverez ci-dessus, le lien (en espagnol) avec le site de la campagne nationale et internationale «Liberté et justice pour Atenco» et ci-dessous l’appel traduit en français ainsi que le nom des personnalités mexicaines signataires. Certaines d’entre elles seront d’ailleurs présentes au Salon du livre (et nous tenterons d’obtenir qu’elles puissent également nous accompagner le 18).

L’initiative du 18 est destinée à donner un coup d’envoi à cette campagne, elle se veut le point de départ d’autres initiatives … individuelles ou collectives, nationales ou locales, dans l’immédiat ou dans la durée…

Pour Atenco, liberté et justice !



LIBERTÉ ET JUSTICE POUR ATENCO
Campagne nationale et internationale

Nous, personnes et organisations, presque trois ans après les terribles événements répressifs de San Salvador Atenco, voulons exprimer ce qui suit.

1. Le mouvement pour la défense de la terre qui a surgi en 2001, face à l’initiative gouvernementale d’exproprier la terre afin de construire un nouvel aéroport pour la ville de Mexico, est un mouvement social dont les causes et les revendications sont justes, légitimes, et possibles à satisfaire. La violence n’aurait jamais dû être la réponse de l’État face à ce mouvement de paysans et d’habitants. Le Front communal pour la défense de la terre (FPDT) représente ce mouvement. L’État a commis une erreur en polarisant le conflit à l’époque, et en optant pour une issue autoritaire face à ce problème social.

2. Les innombrables violations des droits humains lors de l’opération lancée par les gouvernements fédéral, de l’État et municipal en mai 2006 sont un fait déplorable qui a été démontré sur le plan national et international par des organismes reconnus de défense des droits humains. Diverses instances de l’État et même des fonctionnaires fédéraux ont reconnu la gravité des violations et des exactions commises à San Salvador Atenco. Il n’existe aucun doute sur le fait que ces violations ont été commises. Hélas, dans sa délibération de la semaine dernière, la Cour suprême de justice a évité de se prononcer sur les responsabilités des dirigeants policiers et politiques qui ont participé à ces faits. Par la manière, la répétition et le modèle des arrestations, de la brutalité policière, des abus sexuels contre les femmes arrêtées, la torture et les irrégularités de procédure, nous considérons qu’il y a indubitablement des responsables politiques clairement identifiables, soit par leurs actions, soit par leurs omissions, soit par leur place dans la chaîne de commandement. C’est l’État mexicain et les hauts fonctionnaires qui ont eu la charge des opérations qui sont responsables des violations des droits humains commises à San Salvador Atenco. Ces opérations ont eu deux buts politiques : traiter comme des criminels celles et ceux qui constituent un mouvement social légitime, et essayer de désarticuler et décapiter la structure organisationnelle de ce mouvement. L’État a commis une erreur en ne parvenant pas à régler un petit conflit ne concernant que huit vendeurs de fleurs et en polarisant ce conflit. Les 3 et 4 mai 2006, l’État a lancé une opération planifiée, délibérée et calculée pour instaurer la peur et infliger un châtiment exemplaire, à travers la violence autoritaire, au mouvement social du Front communal pour la défense de la terre et aux organisations solidaires qui l’accompagnaient. Le chapitre de l’obtention de la justice par les victimes est incomplet. Pour l’instant, la justice est en suspens.

3. À cause de ces déplorables événements, treize personnes sont toujours en prison, avec des peines allant de 31 ans à 67 ans et même 112 ans, dans un pénitencier de haute sécurité. Tous ont été condamnés à de terribles et injustes sentences pour des délits qu’ils n’ont pas commis. Le système de justice a été employé contre eux de manière factieuse. Ils ne sont pas des délinquants, certains sont les dirigeants les plus visibles du mouvement pour la défense de la terre et d’autres de simples et humbles habitants, quelques-uns même n’avaient jamais participé à aucun mouvement social. La façon dont ils ont été arrêtés, les abus et les violations des droits humains auxquels ils ont été soumis, les irrégularités dans leurs procès et leurs condamnations montrent encore une fois qu’ils sont prisonniers sans véritable fondement juridique et légal.

Ces treize personnes sont des prisonniers politiques. Et la justice ne peut suivre son chemin tant que les violations aux droits humains continuent. Ces violations continuent tant qu’ils restent emprisonnés. Il devient urgent sur les plans national et international d’exiger la LIBERTÉ des treize prisonniers, et c’est pour cela que nous nous sommes réunis nombreux, acteurs et actrices, musiciens, journalistes, écrivains, peintres, académiciens, religieux, défenseurs des droits humains, organismes civils, solidaires, familles des prisonniers, avocats de la défense et le Front communal pour la défense de la terre lui-même, pour réaliser ce qui suit.

APPEL À LA SOCIÉTÉ CIVILE NATIONALE ET INTERNATIONALE

Nous appelons la société civile nationale et internationale, les femmes et les hommes, de tous les âges, de toutes les entités du pays, de tous les continents du monde, de la ville ou de la campagne, de toutes les professions, arts et métiers, de toutes les orientations et préférences sexuelles, toutes les personnes, familles, collectifs, organisations, réseaux et mouvements indigènes, syndicaux, paysans, urbains populaires, de femmes, écologistes, des droits humains, étudiants et religieux qui luttent pour la liberté et la justice à participer à la campagne nationale et internationale LIBERTÉ ET JUSTICE POUR ATENCO.

Celle-ci commence ce 17 février et sa première phase se terminera les 3, 4, et 5 mai de cette année, avec l’intention de rassembler les voix qui demandent :
— La LIBERTÉ des treize prisonniers politiques.
— L’annulation des sentences de condamnation.
— L’annulation des mandats d’arrêt contre les gens poursuivis.
— Le respect absolu des droits humains des gens arrêtés et poursuivis.
— La condamnation et l’arrêt de la criminalisation des mouvements sociaux au Mexique.

Cette campagne est une initiative civile et pacifique qui cherche à promouvoir la participation nationale et internationale de personnes, de familles, de groupes, de collectifs, d’organisations, de réseaux et de mouvements autour de la demande de liberté pour les treize prisonniers politiques d’Atenco. C’est une initiative de la société civile mexicaine, lancée par une dizaine d’organismes de défense des droits humains, civils, solidaires, d’avocats de la défense, de familles des treize prisonniers et poursuivis politiques, tous convoqués par le Front communal pour la défense de la terre.

La campagne intégrera diverses actions au niveau national et international :
— Une campagne de messages aux treize prisonniers politiques d’Atenco en provenance de tout le pays et du monde entier pour que les citoyens et citoyennes puissent exprimer par écrit leur soutien à chacun des prisonniers.
— Une campagne nationale d’information où nous distribuerons des milliers de tracts et d’affiches informant la population sur la situation des treize prisonniers. La campagne nationale comprendra des productions radiophoniques et vidéo pour distribuer du matériel par divers médias.
— Une campagne d’information dans les médias commerciaux et alternatifs, où quelques-unes des personnalités qui ont rejoint la campagne ainsi que les organisations qui y participent demanderont des espaces aux médias de masse pour expliquer la situation des treize prisonniers politiques et inviter les citoyens à participer à cette campagne.
— Toutes les organisations, réseaux, collectifs, familles et personnes pourront prendre l’initiative d’actions civiles et pacifiques de diffusion et de protestation exigeant la LIBERTÉ pour les treize prisonniers politiques d’Atenco. Un exemple : les étudiants et professeurs d’université ont déjà organisé ce mercredi 18 à 13 heures à la faculté de droit de l’Université nationale autonome du Mexique un forum juridique qui analysera l’affaire d’Atenco ; le jeudi 19 également à l’UNAM aura lieu un forum d’analyse sur le mouvement social représenté dans le Front communal pour la défense de la terre. C’est pourquoi, dans cette campagne, il y aura de multiples forums, actions culturelles, prières, collectes et réunions d’information, des lettres, des argumentaires et des manifestes.
— Nous ouvrirons des centres de collecte de matériel pour soutenir le plantón (campement) que maintiennent depuis bientôt trois ans diverses organisations devant le pénitencier de Molino de Flores. Les gens pourront donner des vivres et autre matériel pour soutenir cette initiative.
— Plusieurs des personnalités membres de cette campagne réaliseront personnellement des visites aux pénitenciers de l’Altiplano et de Molino de Flores, pour rencontrer directement les prisonniers politiques.
— Nous irons trouver diverses instances, en particulier celles qui défendent les droits humains, pour leur exposer notre opinion sur la libération des prisonniers.
— Nous suivrons et soutiendrons la défense légale des treize prisonniers.
— Nous renforcerons le processus d’investigation des violations des droits humains. En son temps, nous évaluerons la pertinence de s’adresser à des instances internationales.
— Nous appelons la société civile nationale et internationale à participer aux journées du troisième anniversaire des événements d’Atenco. Nous les invitons à réaliser des actions de protestation civile et pacifique dans leurs localités, leurs quartiers et leurs communautés, dans leurs écoles et lieux de travail, et les 3, 4 et 5 mai à réaliser des mobilisations pour la liberté des treize prisonniers politiques d’Atenco.

Il y aura information publique sur la forme et les dates de toutes ces activités. Notre page web recevra les inscriptions de toutes celles et tous ceux qui désirent réaliser une action pour la liberté et la justice. À travers elle, on pourra envoyer à chaque prisonnier un message par écrit. On pourra également y inscrire les actions que, dans tout le pays et dans d’autres nations, la société civile décidera de mener. Enfin, cette initiative ne dispose d’aucune ressource ni financement. Les activités se dérouleront avec les ressources que toutes et tous nous donnerons pour les frais qu’impliquent plusieurs de ces activités. Nous avons ouvert un numéro de compte qui recevra des dons uniquement et exclusivement pour ces activités. Il ne faut pas confondre ce compte avec aucun autre type de soutien, il ne sert qu’à réaliser les activités qui font partie de la campagne. On pourra donner 50 pesos dans n’importe quelle succursale de BANORTE sur le compte 0608878038 au nom de María Antonia Trinidad Ramírez Velázquez pour soutenir — exclusivement — les frais de la campagne nationale et internationale LIBERTÉ ET JUSTICE POUR ATENCO.

Bien à vous.



Signataires au lancement de la campagne au Mexique : Samuel Ruiz García, évêque émérite du diocèse de San Cristóbal de Las Casas - Ofelia Medina, actrice - Manu Chao, musicien - Julieta Egurrola, actrice - Carlos Montemayor, écrivain - Ana Francis Mor, actrice - Raúl Vera, évêque du diocèse de Saltillo, Coahuila - Francisco Toledo, peintre - Diego Luna, acteur - Roco, chanteur du groupe de rock Maldita Vecindad y los Hijos del Quinto Patio - Adolfo Gilly, professeur d’université - Luis Villoro, philosophe - Bruno Bichir, acteur - Paco Ignacio Taibo II, écrivain, journaliste - Daniel Giménez Cacho, acteur - Miguel Angel Granados Chapa, journaliste - Demián Bichir, acteur - Fray Miguel Concha Malo, frère dominicain, directeur du Centre de droits humains Fray Francisco de Vitoria - Luis Hernández Navarro, journaliste - Rubén Albarrán, chanteur du groupe de rock Café Tacuba - Jorge Zarate, acteur - Los de Abajo, groupe de ska et rock.
Organisations participant : Centre de droits humains Miguel Agustín Pro Juárez - Centre national de communication sociale (CENCOS) - Comité Cerezo - Comité Monseigneur Romero - Colectif d’avocats zapatistes (CAZ) - Groupe pour le dialogue parlementaire et l’équité - Front communal en défense de la terre (FPDT) - La Voladora Radio - Femmes sans peur - Services légaux et études juridiques - Services et assesseurs pour la paix (SERAPAZ).
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Mercredi 10 décembre 2008
La répression continue à Oaxaca (SE du Mexique), avec une toute nouvelle forme inventé par le gouvernement et ses sbires policiers ; à présent on réprime à l’interieur des centres pénitenciers vu quil nétait plus suffisant de réprimer que par lenfermement physique et psychologique…

En France, on a inventé la double peine ; au Mexique ils ont créé la double répression… pour s
assurer que tu sortes pas vivant de leurs centres de réprime social : invention de charges délictives (112 ans de prison cumulés pour un companero dAtenco luttant pour conserver ses terres), disparitions forcées, torture psychologique et physique, viols de femmes (pas plus tard que jeudi passé dans l’État de Michoacan)…

Ah elle est jolie la démocratie mexicaine que leurs médias nous vendent ; en tout cas dans la vie relle, sans image subliminale télévisée, c
est bien une dictature militaire qui se met en place…

La réalité est horrible et l
information est véridique !

Je vous joins deux communiqués liés à la répression de ce jeudi 27 novembre dans le pénitentier de Santa Maria d
Ixcotel de Oaxaca oú «1000 éléments des forces fédérales et estatales réalisèrent une investigation de routine» selon les déclarations officielles.

Je vous laisse lire les communiqués des différents collectifs de soutien, que j
ai traduit, et vous mets les originaux au bas de larticle.

Aux dernières nouvelles, 23 prisonniers ont été transférés à la prison de Miahuatlan (État de Oaxaca), prison de «sécurité moyenne», avec des traitements réputés très durs ; et les six autres ont été envoyés à Mexico dans un centre pénitencier de «sécurité maximale».

Grâce à la pression de companer@s et d
organisations, un prisonnier a été ramené à la prison de Santa Maria Ixcotel (cest dingue de se réjouir presque dun retour dans une prison !!), ce qui démontre que la mobilisation et actions de soutien sont efficaces.

Je vous joins le message de camarades en lutte pour les prisonnier-es politiques de Oaxaca :
«Pues estaria bien que conocieran el caso, difundiendo la información, solidarizandose y apoyando como puedan…» («Du coup ça serait bien que vous connaissiez laffaire, en diffusant linformation, en se solidarisant et appuyant comme vous pouvez…»)
Donc si vous avez envie denvoyer des lettres de soutien, faire des actions vers les ambassades du Mexique, brûler une prison… (oh merde javais oublié quen disant ca aujourdhui sur des terres sarkoziennes, je pourrais etre jugé et/ou emprisonné… pues jassume !)

Bref, toutes formes de solidarité seront les bienvenues !

Un saludo solidario y un abraso antimilitar

Ian

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Oaxaca de Juárez, État de Oaxaca, 27 novembre 2008

À toutes les organisations, collectifs et personnes de Oaxaca, du Mexique et du Monde.
À l’Autre Campagne.
Aux organismes nationaux et internationaux de Droits humains.

Aux médias de communication.
Aux intégrant-es de l’APPO.
Aux sympatisant-es de l’APPO au Mexique et dans le monde.

ACTION URGENTE, DEVANT LE POSSIBLE TRANSFERT DES CAMARADES PRISONNIERS POLITIQUES ET DE CONSCIENCE PEDRO CASTILLO ARAGÓN ET VÍCTOR HUGO MARTINEZ TOLEDO DU CENTRE PÉNAL DE SANTA MARÍA IXCOTEL, ÉTAT DE OAXACA. IL EST CRAINT QU’ILS SOIENT TRANSFÉRÉS DANS UNE PRISON DE SÉCURITÉ MAXIMALE.

Nous solicitons votre URGENTE intervention devant le transfert de PEDRO CASTILLO ARAGÓN et de VÍCTOR HUGO MARTINEZ TOLEDO (ainsi que pour les 9 autres prisoniers dont nous méconnaissons les noms) du CENTRE PÉNITENCIER DE SANTA MARÍA IXCOTEL, ÉTAT DE OAXACA, vers un lieu inconnu pour le moment, aujourd’hui 27 novembre 2008.

LES RÉFÉRENCES :

PEDRO CASTILLO ARAGÓN est intégrant du Comité de Défense Citoyenne (CODECI), organisation intégrante de l’APPO et adhérente à l’Autre Campagne, et forme partie du Comité de Prisonniers Politiques de Santa María Ixcotel dans l’État de Oaxaca. Étudiant en droit de la Faculté de Droit de l’Université Autonome Bénito Juarez de Oaxaca (UABJO).

Il est originaire de San Pedro Ozolotepec, Miahuatlán, État de Oaxaca ; il a 31 ans et est prisonnier depuis l’année 2002 du fait de son soutien et activisme comme assesseur dans le mouvement indigène à Oaxaca.

VÍCTOR HUGO MARTINEZ TOLEDO : intégrant de l’Assemblée Populaire des Peuples de Oaxaca (APPO), détenu depuis le 3 novembre 2006. Participant actif du mouvement populaire oaxaquennien.

LES FAITS :

Lors d’une opération policière surprise, coordonnée par les autorités estatales et fédérales, ainsi que par leurs polices respectives, semble–t-il, sous le mandat d’Alan Loren Peña Arqueta, directeur de l’Agence Estatale d’Investigations de Oaxaca (AEIO) ; depuis très tôt aujourd’hui (jeudi 27 novembre), s’est réalisée une opération d’investigation dans les installations du dit pénitencier, où se trouvent injustement prisonniers nos camarades lutteurs sociaux.

Des médias de communication officiels signalèrent que ces 11 personnes furent transférées par un avion de la PFP (Police Fédérale Préventive) avec le numéro de série XC-OPF. Jusqu’à ce moment, les familles et amis, nous méconnaissons à quel lieu ils furent emmenés, les véritables raisons de leur transfert, ainsi que leur état physique et émotionnel.

Les autorités responsables de l’opération n’ont rendu publique aucune version officielle qui puisse éclaircir les raisons du transfert de nos camaradas, les noms des 9 autres détenus et n’ont pas éclairci non plus les raisons de l’opératif et l’investigation dans ce pénitencier.

Pour le moment, du fait qu’il n’existe pas d’informations qui éclaircissent la situation de nos camarades, on craint un transfert dans des prisons de sécurité maximale.

APPEL :

À se tenir au courant de la situation de nos camarades prisonniers politiques.

En fait, il nous semble clair que cette action répond seulement à des motifs politiques afin de continuer de réprimer et affaiblir physiquement et moralement le mouvement populaire de Oaxaca qui exige justice et liberté pour ses prisonniers politiques.

Nous sommes certains que cet opératif entend seulement donner un coup au mouvement de Oaxaca devant les avancées qui continuent de se donner pour la construction d’un autre Oaxaca.

Nous demandons, avec respect, à qui reçoit ce message, à se prononcer pour la présentation immédiate de nos prisonniers et contre un quelconque transfert envers des prisons de sécurité maximale, ainsi que de diffuser les véritables raisons politiques de ces faits.

Nous responsabilisons le mauvais gouvernement d’Ulises Ruíz Ortiz, le gouvernement fédéral de Felipe Calderón et les policiers mandatés, de l’intégrité de nos camarades.

Aucune action ne pourra arrêter la lutte pour la liberté et la justice qu’a initié le peuple oaxaquenien.


Nous exígeons une HALTE à la criminalisation des lutteurs sociaux
qui actuellement se trouvent prisonniers !

Assez de la répression généralisée contre le mouvement du peuple de Oaxaca !

Halte au terrorisme d’État !


Comité de Prisonniers Politiques de Santa María Ixcotel
Comité de Défense Citoyenne (CODECI)
Voix Oaxaqueniennes pour la Construction de l’Autonomie et la Liberté (VOCAL)

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Oaxaca de Juárez, Etat de Oaxaca, le 28 Novembre 2008

Aux Organisations Nationales et Internationales de Droits Humains
Au corps enseignant oaxaquenien
Aux organisations sociales
Aux médias de communication
Au peuple en général

Le jeudi 27 novembre de l’année en cours s
est réalisé au cours de la matinée un intense opératif de la part déléments de la Police Fédérale Préventive, lAgence Fédérale dInvestigations, la Police Estatale et Municipale, dans le Pénitencier de Santa María Ixcotel, État de Oaxaca ; lesquels de manière violente ont effectué le transfert de 6 prisonniers vers la Ville de Mexico et 23 prisonniers vers le centre pénal de Miahuatlan de Porfirio Díaz, État de Oaxaca. Un deux est Pedro Castillo, qui a subi des coups, un traitement dégradant, des agressions verbales et une torture psychologique.

Pedro Castillo Aragón est un jeune lutteur social qui a démontré sa constance, développant un important travail politique : il a stimulé la création de l
Organisation Culturelle Estudiantile (OCE) et de lOrganisation Socio-Culturelle Universitaire (OSCU). Ensuite il crée et dirige le Centre de Soutien à la Éducation et la Culture Association Civile (CEDEC A.C.). Cest ainsi quil stimule la création de Maisons pour étudiant-es avec de faibles ressources. Il a aussi réalisé un accompagnement juridique dans les communautés de l’État, principalement avec le Comité de Défense Citoyenne (CODECI) à la Cuenca de Papaloapan.

Le 23 juin 2002 il est détenu et porté disparu ; par la force, des hommes à l
aspect militaire le soumettent, lui mettent un sac en toile sur la tête, le montent dans un véhicule et lemmènent. Il est maintenu au minimum dans deux «maisons de sécurité» ou prisons clandestines différentes.

Pendant tout ce temps, depuis la fatidique nuit du 23 juin jusqu
à ce quils le transfèrent au pénitencier central de l’État, le 27 juin 2002 à laube, il est détenu affaibli, sans nourriture, sans eau, sans quils le laissent dormir de façon adéquate, sans contact avec lextérieur. Accusé faussement dêtre lié avec un groupe de guérilleros, il lui est imputé les délits de port darme à feu, séquestration, vol de véhicule, entre autres délits considérés graves.

Pedro Castillo bien qu
étant persécuté, porté disparu et emprisonné, jamais il na été un délinquant comme le catalogue le gouvernement. Dans la prison — comme cest caractéristique des prisonniers de cette condition —, il a tenu une attitude exemplaire. Ils nont pas réussi à affaiblir son moral et son esprit de lutte. Depuis la prison il a adhéré à la Sixième Déclaration de la Selva Lacandona et de lAutre Campagne stimulée par lEZLN (Armée Zapatiste de Libération nationale), et actuellement il continue détudier la carrière de Droit depuis la prison.

Malgré qu
il nexiste pas dévidences réelles pour le maintenir prisonnier et de la lutte de diverses organisations sociales et juvéniles qui ont exigé et continueront dexiger sa liberté, il ny a aucun doute quil est voulu son maintien en prison par tous les moyens possibles. Comme le démontre lopératif de la journée du 27 novembre dans le Pénitencier de Santa María Ixcotel et son transfert forcé au Centre Pénal de Miahuatlan de Porfirio Díaz, État de Oaxaca. Cependant, devant la pression quexercèrent les familles et les organisations sociales, il se trouve de nouveau, en ce moment, dans le pénitencier de Santa María Ixcotel.

Livrant en parrallèle une intense bataille juridique, Pedro maintient une intense bataille politique. Dû aux faits déroulés lors de la journée d
hier (jeudi 27 novembre), le camarade se trouve en Grève de la Faim indéfinie jusquà ce que se (solutionne) sa situation et pour la liberté de tous et toutes les prisonnier-es politiques du pays et de l’État de Oaxaca ; pour la liberté des prisonniers de San Agustin Loxicha, Xanica, Municipe Autonome de San Juan Copala y de San Pedro Yosotatu ; ainsi quaussi celle de Victor Hugo Martínez Toledo y Miguel Ángel Martínez.

Cela fait six ans que Pedro se trouve injustement prisonnier, pour ceci nous exigeons sa liberté inconditionnelle et responsabilisons le gouvernement estatal et fédéral de l
intégrité physique de notre camarade.


LIBERTÉ IMMÉDIATE POUR PEDRO CASTILLO!!
LIBERTÉ POUR TOUTES ET TOUS LES PRISONNIER-ES POLITIQUES!!


COMITÉ DE DÉFENSE CITOYENNE (CODECI), SECTION 22 DU SNTE (SYNDICAT NATIONAL DES TRAVAILLEURS DE L’ÉDUCATION), COMMISSION DU CORPS ENSEIGNANT DE DROITS HUMAINS, COMITÉ DE PRISONNIERS POLITIQUES DE L’ÉTAT DE OAXACA, MAISON DE ÉTUDIANT INDIGÈNE OAXAQUÉNIEN, UNION DORGANISATIONS INDIGÈNES DE LA CHINANTLA, CONSEIL DORGANISATIONS INDIGÈNES ET PRODUCTIVES DE OAXACA, CONSEIL INDIGÈNE POPULAIRE DE LA CUENCA, COORDINATION JUVÉNILE INDIGÈNE OAXAQUÉNIENNE, CENTRE POUR LE DÉVELOPPEMENT DE L’ÉDUCATION ET LA CULTURE A.C., CENTRE SOCIAL LIBERTAIRE, COMITÉ ESTUDIANTIL URBAIN & PAYSAN DE OAXACA (CEUCO), COLLECTIVITÉ ORIENTÉE UTILE VERS LA CAMPAGNE OAXAQUENIENNE A.C., FAMILLE DE EMETERIO MARINO CRUZ.

Indymédia Suisse romande, 1er décembre 2008.
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Vendredi 1 août 2008
Aux moyens de communication des communautés,
Aux médias libres alternatifs,
Au peuple de l’Oaxaca, du Mexique et du monde,

Au cours des derniers mois, on assiste à une recrudescence des agressions commises sous l’égide du gouvernement fédéral et des administrations locales dans les différents États de l’ensemble du territoire mexicain et visant les projets communautaires et sociaux de communication existant dans les communautés, les «colonias» et les communes qui avaient librement décidé de s’en doter. Cette répression et ces actes d’intimidation visent notamment les personnes qui réalisent un travail de radiodiffusion et de diffusion alternative dans le but de rendre compte de la situation actuelle en politique, en matière d’environnement et en ce qui concerne les us et coutumes ainsi que le renouveau de la culture qui donne une identité aux lieux que veut exterminer le néolibéralisme.

Dans les deux derniers mois, on a enregistré quatre cas de répression visant des moyens de communication alternatifs, communautaires et sociaux. À Oaxaca même, le blocage des émissions de Radio Plantón a repris, le jour où a eu lieu le débrayage des enseignants, en juin, pour appeler à revendiquer la relève de la section ainsi que la libération des prisonniers politiques, et ce brouillage est aujourd’hui permanent sur la fréquence 92,1 et 103,1 FM.

De même, depuis le 28 juin, les émissions de la radio communautaire Zaachila Radio, «La Voix du peuple qui s’éveille et s’insurge», sur 94,1 FM, sont brouillées et la radio est diffamée, faussement accusée d’engendrer et de fomenter la violence dans cette communauté. La radio avait en effet informé la communauté que le 20 juin, quand le criminel et despote Ulises Ruiz Ortiz était venu à Zaachila, la personne qui avait fait feu de son arme sur les habitants était Natalio Pérez Tomás, père du maire actuel, le priiste Noé Pérez Martínez. La radio avait aussi raconté comment le maire lui-même avait provoqué l’altercation en lançant des pierres contre les manifestants (qui protestaient contre la venue d’Ulises Ruiz) et elle avait révélé la participation de nervis aux ordres du priiste maire de cette commune dans les affrontements avec la population qui refusait qu’Ulises Ruiz mette les pieds dans leur communauté. Pour se venger, Noe Pérez voudrait aujourd’hui démanteler Radio Zaachila, avec l’aide du gouvernement de l’Oaxaca et du ministère des Communications et des Transports, menace qu’il a fait publier dans le bulletin officiel de l’État d’Oaxaca.

Un autre exemple de ces agressions et attaques est la perquisition réalisé par des membres de l’Agence fédérale de recherches (AFI) au siège de nos compañeros de Radio Ñomndaa, «La Parole de l’eau», radio communautaire émettant sur 101,1 FM depuis Xochistlahuaca dans le Guerrero, les agents ayant provoqué l’incendie du matériel de transmission. Il en est de même pour Radio Terre et Liberté, qui travaille dans un quartier populaire de Monterrey, fermée et démantelée par des agents de la PFP et de la SCT.

Il ne fait pas de doute que l’ensemble des agressions qui ont lieu actuellement à l’encontre de tout projet communautaire de communication, en l’occurrence les radios libres, obéissent à une campagne de persécution et de harcèlement visant les personnes et les organismes participant à la régénération de notre culture et qui dénoncent les injustices et la violence du gouvernement et de ses polices, qui diffusent la libre détermination des villages, des quartiers et des écoles, et qui manifestent leur volonté de ne pas se taire. C’est pour ces raisons que l’on voudrait fermer nos espaces et moyens de communication.

En conséquence, nous appelons à rester attentif à toute agression dont pourrait être victime tout projet communautaire de libre information, à fournir tout notre soutien, selon les possibilités de chacun. Nous invitons également les différentes radios et espaces de communication d’Oaxaca à la réunion préparatoire qui aura lieu le samedi 2 août, à l’auditorium du siège de la Section 22 (rue Armenta y López no 221, colonia Centro) à 10 heures, dans le but de préparer la tenue de la Première Assemblée des radios libres et communautaires d’Oaxaca.

Pour la construction d’une Autre Communication au service de nos peuples, Radio Plantón, Zaachila Radio, Radio Arcoiris, Voix d’Oaxaca construisant l’autonomie et la liberté (VOCAL Communication) - Traduit par Ángel Caído
Indymédia Toulouse, 28 juillet 2008.
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Mardi 1 juillet 2008

Le jeudi 19 juin, le peuple de Zaachila, à 20 Km de Oaxaca (SE du Mexique), est informé de la venue du gouverneur de l’État de Oaxaca, Ulises Ruiz Ortiz (URO), le lendemain pour l’inauguration d’une rue, qui va permettre un plus grand transit routier (projet contraire à la volonté populaire). Il est invité par son cuaute, Noé Pérez Martinez, président municipal (maire) de la ville, arborant tous les deux les valeurs de droite UMPiste du Parti Révolutionnaire Institutionnel ou PRI.

Noé Pérez est arrivé, ou plutôt a été imposé au pouvoir de la ville en ce début d’année 08 (par une vieille coutume mexicaine de fraude électorale), après que les 28.000 habitant-es de Zaachila se soient autogouvernés de novembre 06 à novembre 07, suite à avoir répudié le président de l’époque, puis évacué du palais municipal. Cet espace de politique publique réapproprié deviendra le studio  de la Radio Communautaire,
Zaachila Radio (94.1 FM) : «La voz del pueblo que despierta y se levanta» (La voix du peuple qui réveille et se soulève).

Zaachila s’est construit une culture de lutte historique : autogouvernement populaire pendant un an comme précité ; demande de disparitions des pouvoirs institutionnels en place ces derniers jours ;  dénomination comme municipe autonome en 04 ; et plus anciennement connu comme un des fiefs qui empêcha un chef aztèque de prendre possession de leurs terres indigènes zapotèques…

Après cette annonce de la venue à Zaachila du gouverneur répresseur, assassin et corrompu, Ulises Ruiz ; le peuple réagit très vite, par une assemblée communautaire, et décide qu’il est inconcevable que «le tyran pose un pied sur leurs terres». Il est donc décidé d’empêcher son entrée dans la ville… par une vieille tradition communautaire… qu’est la construction artisanale de barricades [
J’avais signalé la mort des barricades de l’APPO dans mon précédent article, je me réjouis de m’être profondément trompé, les barricades de défense populaire sont bien vivantes à Oaxaca !], sur les quatre routes principales de la ville.

Ulises Ruiz communiquera assez rapidement qu’il ne viendra finalement pas à la fête municipale de son ami de parti, même en hélico, et protégé par sa horde de sécuritaire coutumière… ben oui, les us et coutumes dans une ville et un État aussi indigène, c’est quasi naturel, non ? Il ne faudrait pas croire que le gouverneur URO, aussi pourri soit-il, renie tout de la culture de l’État dont il est le «Maestro». En tout cas, il est intéressant de voir que le gouvernant change de stratégie, où auparavant on ne lui connaissait pas de limites à l’affrontement et à la répression, fait à présent «un paso atras» (un pas en arrière).

Le peuple et les barricadier-es, représentant l’APPO de la rue, sortent donc victorieux, la venue du gouverneur à Zaachila étant annulée.

Le vendredi 20 juin, en début d’après-midi (vers 13 heures) commencent des affrontements entre partisant-es du Front éducatif zaachilense et de l’APPO d’un côté ; et défenseurs du PRI, policiers municipaux ainsi que l’UPOS (Unité policière pour opérations spéciales) de l’autre, qui dureront une vingtaine de minutes.

Les affrontements qui semblaient désirés par les deux «camps» de lutte, se font assez virulents, avec le pic de violence atteint avec un tir d’armes à feu de devinez qui… le père du président municipal, Natalio Pérez Tomas, (cf. Photos de la scène en 4 actes). Il est important de savoir que dans la famille, on a la culture de la lutte, car le fils, maire de cette jolie bourgade, avait lancé quelques hostilités avec des tirs de pavés (cf. autre photo).


Des groupes de provocations ou porros dénommés «los Tecos», présents au centre de la ville depuis la veille, renforcent aussi les «armes» principales PRIstes. Ces personnes payées par le gouvernement sont «recrutées» parfois jusque dans l’isthme de Tehuantepec, région reculée de la Sierra Norte de l’État de Oaxaca. On peut imaginer le genre de deal gouvernemental, genre… «Je te sors de ta misère économique en te donnant à manger et à consommer (drogue entre autres) ; et en échange tu défends mes privilèges sociaux et économiques !» Enfin, d’autres alliés du gouvernement sont regroupés sous l’appellation du Front juvénil révolutionnaire, qui comme son grand frère du PRI, de «Révolution» n’en a que le nom !

Ces divers défenseurs du gouvernement d’Ulises Ruiz avaient stocké pierres et pavés, pour sûr (preuves par vidéo), et quelques personnes parlent aussi des cocktails Molotov ; ceci, par anticipation de la défense d’une potentielle prise populaire du palais municipal.

C’est vrai que ce n’est pas simple d’assurer la stabilité d’un gouvernement illégitime et illégal !

Au final, huit blessés seront dénombrés, dont un assez grave, transféré à l’hôpital (cf. photo). Ni arrestations ni disparitions, ni aucun mort ne sont à déplorer… alors cela, par contre, ça ne respecte pas vraiment la tradition locale, mais on se réjouit que les coutumes soient parfois transgressées, n’est-ce pas ?


Une habitante exprimera clairement après les faits de ce vendredi, les différentes revendications populaires : «Nous ne voulons pas d’Ulises Ruiz Ortiz. Les gens sont inconformés. Nous voulons une disparition du pouvoir et du gouvernement (demande faite au Congrès de l’État), et la destitution d’Ulises Ruiz Ortiz. Les heurts sont venus d’une pression municipale par des jets de pierre, de fumigènes et de l’utilisation d’une arme à feu par Natalio Pérez Tomas, papa du président municipal, qui a commencé à tirer ; et pas les gens du peuple, comme ça a été dit dans certains médias. Nous verrons s‘ils appliqueront la loi contre eux, comme ils l’appliquent à des gens humbles et innocents, ou si le gouvernement continuera à les couvrir !»

Je crains que par le degré d’impunité qui conserve une valeur assez stable dans la cour des caciques de Oaxaca, que l’ultime demande de la señora ne risque pas d’aboutir, même à la Suprême Cour de Justice de l’État !

À noter que les groupes de provocations (los porros) resteront présents encore plusieurs jours au centre ville, pour mettre la pression et tenter de provoquer des heurts.

Les personnes impliquées dans la radio communautaire craindront aussi une descente de la police ou les provocations des porros, il n’en fut rien. Noé Pérez, président municipal, a par contre demandé le lundi 23 juin la fermeture de la Radio «clandestine» [
Étrange nom pour un media qui voit passer des dizaines de personnes par jour, et dont le studio  ainsi que la fréquence et le téléphone n’ont de secret pour personne] au ministre des Transports et Communication.

Il a été aussi demandé un mandat d’arrêt contre Adan Lopez Santiago, coordinateur de la Radio, et au moins contre deux autres personnes intégrantes du mouvement populaire, sur le fait qu’elles sont jugées comme les responsables des affrontements et révoltes.

Une dénonciation publique et un appel à soutien a été effectué par Radio Zaachila qui est soutenue, entre autres, par l’AMARC (Association mondiale des radios communautaires), dont elle vient de devenir membre (cf.
communiqué joint en espagnol).

Depuis ce samedi 28 juin, la portée du transmisor radio a fortement diminué. On ne peut plus  l’écouter, à présent, qu’à quelques kilomètres de Zaachila, n’atteignant plus, par exemple, la ville de Oaxaca ; c’est pour les personnes de Zaachila Radio clairement une interférence et une diminution de fréquence provoquées par le gouvernement.

La dénonciation laisse entendre que «Zaachila Radio, radio communautaire existant depuis une année et demie
environ, a trouvé ses racines durant le mouvement social de 06, et a pour objectif la défense de la culture du peuple de Zaachila, et la libre expression. La Radio a subi des intimidations et des pressions de la part des groupes de provocations, et des forces gouvernementales. Cette répression contre les médias libres est une volonté du gouvernement fédéral de Felipe Calderon (président du Mexique) qui parfois va jusqu’à utiliser la pression par voie de paramilitaires ; deux compañeras ont été tuées, il y a peu.»

Les deux compañeras citées, Teresa Bautista Merino y Felicitas Martínez Sánchez, étaient des femmes indigènes Triqui d’une Radio communautaire, «La Voz que Rompe el Silencio» (La voix qui rompt le silence), de San Juan de Copola dans la Sierra Norte. Elles furent assassinées le 8 avril, certainement pour leur forte implication politique dans la Radio et la lutte sociale indigène.

Vous pouvez écouter la dénonciation de
Radio Zaachila, et envoyer des mails et fax de protestations, grâce au lien suivant :

«Zaachila Radio ¿ La quieren quitar ?»

La bataille médiatique fut âpre, comme souvent, mais pour une fois plutôt en faveur des personnes qui sont «habituellement» criminalisées et marginalisées, c’est-à-dire le peuple dissident. Il faut préciser que l’argument principal PRIste, et du journal l’Impartial entre autres, qui était qu’un membre de l’APPO avait commencé à user d’une arme à feu, n’a pas tenu longtemps, vu le nombre de photos et vidéos diffusées prouvant la culpabilité de Natalio Pérez Tomas, jusque dans le quotidien Noticias… La communauté zaachilense vous partage une des «preuves médias», afin d’assurer quelques témoignages supplémentaires :

«Papa el coyote, Natalio Pérez Tomas»

Cette preuve probante n’a pas empêché une criminalisation de l’APPO et de ses membres de la part des médias de masse, comme TV Azteca, défendant le gouverneur et les PRIstes, ainsi qu’une augmentation des forces de police municipales. Le Canal 9 a quant à lui dénoncé cinq personnes du groupe VOCAL (Voix aaxaquenniennes pour la construction de l’autonomie et la liberté) avec leurs noms et leurs photos.

L’information défendue par TV Azteca.

Une manif de soutien a été organisée à Oaxaca ce mercredi 25 juin, où se joignirent 150 à 200 personnes, et comme de coutume, des slogans sans équivoque furent chantonnés sous des airs joyeusement subversifs…

… en banderoles :
«Comité de Mujeres - Frente Educativo Zaachilense - KAR - Zaachila Radio y el Pueblo de Zaacchila en pie de lucha» (Comité de femmes - Front éducatif zaachilense - KAR - Zaachila Radio et le peuple de Zaachila debouts dans la lutte)
«Repudio total al tirano Noé Pérez y a su mando de rateros» (Reniement total au tyran Noé Pérez et à son mandat de rats)
«Construimos conjuntos la fuerza comunitaria de nuestro pueblo» (Nous construisons ensemble la force communautaire de notre peuple)
«Zaachila quiere justicia y desaparición de poderes, Fuera Noé Pérez represor !» (Zaachila veut la justice et la disparition des pouvoirs, Dehors Noé Perez répresseur !)

… et en paroles :
«Chinga de noche chinga de día como chinga la burguesía» (Bordel de nuit bordel de jour comme le bordel de la bourgeoisie)
«Ulises, entiende, Zaachila no te quiere» (Comprends, Ulises, que Zaachila ne te veux pas)
«Zaachila no se vende, Zaachila no se da porque somos un pueblo con mucha dignidad» (On ne vend pas Zaachila, on ne  donne pas Zaachila parce que nous sommes un peuple avec beaucoup de dignité)
«Si Ulises no se va, la paz no llegara» (Si Ulises ne s’en va pas, la paix n’arrivera pas)
«El 20 de junio, te enviamos a la chingada» (Le 20 juin, nous t’avons envoyé te faire foutre)
«Ulises decía “Ni marcha ni plantón”, aquí le demostramos que somos mas cabrón» (Ulises disait «Ni manifestation ni campement», ici nous lui démontrons que nous sommes plus salauds que ça !)

Les paroles de fin reviennent, comme il se doit, au gouverneur, Ulises, qui ne perd pas ironie malgré sa grande illégitimité populaire : «Nous n’allons pas tomber dans des actes de provocation, d’autant plus quand il s’agit d’une minorité. Le gouvernement est tolérant devant ce type de manifestation. Mais les coupables seront jugés
» Certainement qu’il parlait des coupables du désordre social, pas des coupables de tirs d’armes à feu et autres coups de matraques ; vu qu’il apparaît on ne peut plus légitime d’utiliser ce type d’armes pour rétablir le déséquilibre étatique, n’est-ce pas ?

Il semble donc assuré que la crise sociale et politique à Zaachila, comme dans tout l’État de Oaxaca, qui avait vu surgir l’énorme mouvement social de 2006, n’est en aucun cas résolue, au mieux s’est-elle encore un peu plus étoffée… On se réjouit, de antemano, de vivre son explosion communale tout bientôt !

Ian, 30 juin 2008.


Témoignage radio de la compañera Patito par Gato Negro,
agrémenté de diverses et intéressantes photos


«Dénonciation radio des agressions à  Zaachila»

Vidéo des affrontements «Jugez vous même - Zaachila»

Dès mercredi 2 juillet, un programme radio sur la révolte de Zaachila (en espagnol) sera en ligne sur le Caracol Azul.

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Dimanche 22 juin 2008

Article relatant les événements autour du second anniversaire du début du mouvement social et populaire de Oaxaca, au Mexique, le 14 juin 06 ; et partageant différentes visions sur la construction de la suite du processus d’autonomie sociale et politique depuis la base populaire.
C’est agrémenté, comme de coutume, de références livrographiques, cinémathèques et internauphiles… À noter la fraîche sortie du livre La Commune d’Oaxaca - chroniques et considérations du compañero Georges Lapierre (cf. références à la fin de l'article) ; et de l’intégration du novice Ian dans la secte autonome du Caracol Azul, qui vous permet de télécharger gratuitement des émissions radio autoproduites sur Oaxaca et autres luttes mexicaines (cf. lien Internet).


À deux années de la Commune de Oaxaca

Le 14 juin 2006, vers 5 heures du matin, différents corps de police entraient sur le Zocalo, place centrale, de la ville de Oaxaca (SE du Mexique) pour déloger et réprimer violemment le «plantón» (campement) des «maestras et maestros» (instituteurs et professeurs) demandant au gouvernement plus de moyens matériels et de ressources économiques pour l’éducation sur la ville et les communautés de l’État de Oaxaca. De multiples brutalités et quelques détentions furent opérées par la Police.

Cette réponse de l’État par la force, loin de mettre fin aux revendications et à la lutte des maestr@s, qui s’est construite depuis le début des années 80, allait donner un des plus grands mouvements populaires et sociaux connus ces dernières années au Mexique, voire en Amérique centrale et du Sud. Certain-es la compareront même à la Commune de Paris de 1870 sous le nom de «Commune libre de Oaxaca».

En effet, de juin à novembre 06, le mouvement des maetr@s, comprenant plusieurs dizaines de milliers de personnes va compter très vite l’appui des étudiant-es, des commerçants et d’une grande partie de la «société civile» de la ville et de l’État. La première manifestation de soutien et de dénonciation de la répression comptera 300.000 habitant-es, et les suivantes «megamarchas» ne cesseront pas de s’amplifier jusqu’à atteindre un million de personnes (à noter que l’État de Oaxaca compte 5 millions d’habitant-es).

Durant ces six mois, une base sociale et populaire autogérée va se créer, jusqu’à prendre une base formelle sous l’appellation d’«APPO» (Assemblée Populaire des Peuples de Oaxaca), qui va permettre d’autogouverner la ville, et plusieurs villages (Zaachilla, Santa Martha…) sur u
ne base participative et sous la forme, entre autres, d’assemblées populaires, comme outil de décisions sociales et politiques, coutumes indigènes locales, qu’elles soient Mixtèques, Mixe ou Zapotèques.

Cette organisation sociale verra apparaître les, à présentes, très représentatives et symboliques barricades du mouvement oaxaquenien, forme de défense contre les attaques policières et militaires, connues sous le nom d’escadrons de la mort, opérant les violences, détentions et autres pressions contre les personnes impliquées dans le mouvement.

Cette lutte, lancée par des revendications autour de l’éducation, s’étendra beaucoup plus largement contre la corruption étatique représentée par le gouverneur de l’État Ulises Ruiz Ortiz, le peuple demandant sa destitution ; et la fin de l’ère du «caciquisme» et de l’oppression sociale et économique subie par les peuples indigènes de l’État. En outre, leur volonté de gérer la politique depuis la base n’est plus à démontrer. Pour exemple, l’abstention électorale atteignant respectivement 66% pour les votations de députés en août 07, et celles des présidents municipaux (maires) affichant un «score record» de 83% en octobre de la même année, est un message clair sur le refus de la politique de partis «traditionnels» orchestrés par les partis du PAN (Parti d’action nationale / ultra droite au pouvoir actuel de la présidence du Mexique), PRI (Parti révolutionnaire institutionnel/ droite au pouvoir, entre autre, de l’État de Oaxaca) et PRD (Parti révolutionnaire démocratique (gauche institutionnelle, gagnante légitime — hors corruption — de l’élection présidentielle de 06).

Ce mouvement social a subi, et continue de subir son lot de répression, 26 morts sont dénombrés de juin à novembre 06 (dont trois qui ne sont pas reconnus par tous et toutes comme liés à la révolte populaire de l’APPO) ; plusieurs centaines de détentions «politiques», pour la majorité du 29 octobre au 25 novembre, mois de l’entrée de la PFP (Police Fédérale Préventive) et de la «récupération» de la ville par les forces gouvernementales ; des dizaines de disparitions ; et de multiples violences, brutalités et humiliations.

À noter qu’aujourd’hui, il reste toujours trois prisonniers politiques, mais plus aucune personne disparue n’est à déplorer. Après la fin de l’exil forcé de la profesora Carmen López Vásquez, revenue à Oaxaca ce 14 juin 08 ; il semble ne rester plus que la Doctora Berta Muñoz, réfugiée un an en Bolivie, et actuellement à Mexico, qui continue de subir une pression psychologique gouvernementale très forte («Nous allons te couper la langue» ; «Nous allons te violer avec le microphone») afin de l’empêcher de parler aux médias de communication, avec en outre des mandats d’arrêt en vigueur pour, comme de coutume mexicaine, des délits inventés que sont : incendies de la Cour suprême de justice et de la banque Banamex, résistance à l’autorité et sédition/rébellion à l’État (elle a une force d’activiste guerillera sous sa soixantaine d’années, non ?).

Cette femme, surnommée populairement «Doctora Escopeta» (Docteur Fusil), des plus investies dans l’APPO (assurant l’unique ambulance populaire et une des voix importantes de Radio Universidad), arbore le respect de quasi tous les acteureuses du mouvement de 06 (des électoralistes du PRD aux anarchistes radicaux). Ses efforts pour créer une force populaire unie ainsi que ses phrasés sont devenues «célèbres» : elle s’opposa à l’affrontement avec la Police Fédérale Préventive et leurs attaques chimiques contre le peuple : «Alors qu’est-ce que vous allez faire maintenant, allez-y, lancez-moi les gaz lacrymogènes, ça me permettra d’être immunisée et ainsi plus résistante» ; ainsi qu’à une action d’incendie de la station service de Pemex par quelques jeunes : «Eh, vous avez pensé comment vous fabriquerez vos cocktails Molotov sans pétrole
!»

Elle déclarait le 11 juin dernier que «Ne pas avoir vaincu le gouverneur depuis deux ans ne signifie pas que cela soit une défaite. Maintenant avec tout ce qu’il s’est passé, notre conscience est plus profonde, par l’expérience. Beaucoup de gens dans les communautés et les quartiers sont plongés dans un travail discret de construction d’une organisation plus authentique, plus solide, avec l’idée que démocratiser Oaxaca va beaucoup plus loin que de seulement virer Ulises Ruiz.» Je vous conseille vivement la suite de cette interview publiée au quotidien alternatif
La Jornada, où elle parle aussi des peurs de l’arrestation, de son retour à Oaxaca et des nouvelles formes de lutte de l’APPO. À visionner aussi, l’entretien du 13 juin sur la «CNN en español», avec de très intéressantes explications sur les bases du conflit et la répression de l’APPO.

De novembre 06 (apogée de la répression) à juin 08 (commémoration des deux ans de début du mouvement), vont alors se développer différentes formes pour que tout ce qui s’était créé durant ces six mois de révolte populaire ne crève pas à petit feu…

Trois conseils estatals (assemblée générale de propositions et d’actions communautaires) de l’APPO vont avoir lieu de novembre 06 à novembre 07 ; des constructions d’organisations plus affinitaires vont voir le jour au niveau des quartiers, villages et groupes politiques dont un, créé en février 07, VOCAL (Voix oaxaquennienes pour la construction de l’autonomie et liberté), composé principalement de jeunes anarchistes travaillant en lien avec de multiples personnes et collectifs, et souvent décrié comme les radicaux et provocateureuses du mouvement. Plus récemment, eut lieu une rencontre de deux jours pour discuter et agir pour la construction d’une politique populaire, en avril 08, réunissant des personnes et collectifs (OIDHO - Organisations indigènes pour les droits Humains à Oaxaca, CESOL - Centre social libertaire, entre autres) critiquant la non avancée du conseil de l’APPO actuel et son incarnation et représentation par des leadership politiques cherchant la conquête de pouvoir ; un projet de caravane dans les villages de l’État pour aller à l’encontre des luttes, problématiques et répressions contre les communautés indigènes, échanger sur les luttes urbaines, ainsi que de produire et diffuser des médias autoproduits parlant de cette mémoire de luttes, la première étape a eu lieu du 5 au 12 mai de cette année dans différents villages de l’Isthme de Tehuantepec. Et tout dernièrement une occupation du Zocalo de Oaxaca du 15 mai au 14 juin, prenant une nouvelle forme que les années précédentes : mise en place d’un tournus de délégation des maestr@s afin de moins affecter la suspension des cours (au final 30% du programme annuel de cours ne seront pas assurés), appel d’une grève générale des écoles du pays qui bloquera jusqu’à 70% des écoles à Oaxaca, affectant plus d’un million d’élèves (soutenus principalement par les États de Chiapas, Michoacán et Guerrero) blocages de rues et de transports…

Malgré ces dynamiques toujours existantes, il ne faudrait pas omettre tous les problèmes, tensions et la baisse d’intensité du mouvement populaire général par rapport à son ampleur de 2006.

Mais pour sûr, comme le dit un jeune du village de Santa Rosa, dans la périphérie de la ville de Oaxaca «après tout ça, nous ne serons jamais plus les mêmes qu’avant ; nous ne pourrions pas l’être et nous ne pourrions pas le supporter».


Samedi dernier, 14 juin 08, se commémorait deux années du début du mouvement avec de multiples mobilisations et actions quasiment pendant 24 heures…

Les «hostilités» débutèrent avant l’aube, entre 4 heures et 6 heures, où à différents points de la ville, se lancèrent fumigènes et fusées «sonorisantes», se crièrent des slogans et se «décorèrent» différents transports publics et privés.

Arrivés un peu avant 6 heures au quartier d’«El Rosario», connu pour avoir été l’un des plus impliqués et résistants dans la construction d’une base populaire sociale massive durant le mouvement, nous sommes accueillis par des pains sucrés et une banderole sans équivoque «APPO El Rosario siempre en pie de lucha, pres@s politic@s libertad» (APPO El Rosario toujours debout dans la lutte, liberté aux prisonnier-es politiques).


La quarantaine de personnes déjà présentes attendent le passage des premiers bus et autres camions poubelles afin de les réquisitionner pour peindre quelques paroles urbaines populaires. Le mode d’action est simple et décomplexé… Entre 5 et 10 personnes font barrage à l’outil qui va servir à peindre et graffer, les chauffeurs ne s’interposent pas, laissant la conscience sociale s’exprimer comme si c’était naturel et approuvé, et ainsi en quelques minutes, des ados surtout et quelques adultes expriment leurs idées…

Aux slogans devenus communs «14 de junio 06 Ni perdón ni olvido» (14 juin 06 Ni pardon ni oubli) et «La APPO vive» (La APPO est vivante), s’en ajoutent d’autres, plus personnels et imaginatifs : «Los transportistas también appo-yamos» (Nous appo-yons aussi Les transporteurs) ; «Territorio APPO» (Territoire de l’APPO) ; «Viva la Guelaguetza popular» (Vive la Guelaguetza — fête traditionnelle — populaire) ; «Aquí viaja URO» (Ici voyage URO-Ulises Ruiz Ortiz) graffé sur un camion poubelles ; «Muerte URO» (Mort à URO).


D’autres pensées et revendications seront vocalisées par le chœur d’«El Rosario» pendant ce moment d’expression urbaine, et surtout durant la petite marche dans le quartier qui suivit, afin d’inviter les habitant-es à les rejoindre à la megamarcha, et qui clôturera ce premier événement matinal !

Les rues se font alors l’écho de : «Lucha lucha, no dejes de luchar para un gobierno obrero, campesino y popular» (Lutte lutte, ne cesses pas de lutter pour un gouvernement ouvrier, paysan et populaire) ; «Ojos por ojos, diente por diente, Ulises, asesino, la cuenta esta pendiente» (Œil pour œil, dent pour dent, Ulises, assassin, la note est en cours) : «Hombro con hombro, codo con codo, la APPO, la APPO, la APPO somos todos» (Épaule contre épaule, coude à coude, la APPO, la APPO, nous sommes tous la APPO)… Et le petit bijou final sur les murs d’un refuge policier déserté : «Señor policía, me das lastimas, pidiendo las armas, no puedes protestar» (Monsieur le policier, tu me fais pitié, car demandant les armes tu ne peux protester).

La petite marche du matin se terminera par l’invitation à rejoindre la méga-marche débutant à 9 heures ; puis l’invitation à différents événements en fin d’après-midi dans le quartier : musique, littérature et ciné. En guise de final, le chœur du quartier entonnera l’hymne national mexicain et celui devenu l’hymne de la lutte des maetr@s: «Venceremos» (Nous vaincrons).

À savoir que l’appartenance à l’État mexicain est très forte, même dans les communautés indigènes, c’est le cas aussi dans les villages autonomes zapatistes au Chiapas qui arpentent les deux drapeaux : Zapatiste et Mexicain. Ce qui laisse à penser qu’ils et elles reconnaissent l’État et le territoire mexicain, ce qui peut paraître étonnant vu la construction historique et géopolitique des territoires indigènes préhispaniques colonisés de ce pays… A ver y a reflexionar…

La méga-marche convoquée à 9 heures, sur la route internationale «Christophe Colomb» (quel symbole !), au croisement de Trinidad de Viguera, partira vers 9 heures 30, avec un cortège humain d’une masse impressionnante, toujours difficile de donner un nombre et je ne m’y risquerai donc pas, mais il me semble que c’était quasi aussi peuplé que l’année passée où il avait été dénombré plus ou moins 150.000 personnes.


Cette manifestation en marche d’environ trois heures jusqu’à l’arrivée au Zocalo de Oaxaca, fut animée de diverses banderoles arpentant les revendications sociopolitiques ; de pancartes des personnes à juger ou destituer ; de pantins à l’effigie de caricatures de Ulises Ruiz affirmant qu’«À Oaxaca il ne se passe rien» (une de ces célèbres déclarations de 06), et un représentant Elba Esther Gordillo (cheffe ministérielle du SNTE — Syndicat national des travailleurs de l’éducation — depuis plus de 20 ans, en somme la Margaret Thatcher locale) déclarant «De lit en lit, j’ai gagné ma renommée». En alternative aux dirigeant-es corrompu-es, un professeur d’une communauté oaxaquenienne appelle à une politique indigène et à avancer vers un pouvoir populaire.

Deux invités de prestige prendront aussi cours à la marcha, «L’enfant-saint de l’APPO», portant des bottes de mineurs, l’étoile rouge révolutionnaire et l’insigne APPO, ainsi que «La vierge des Barricades» et son fameux masque à gaz pour se défendre des attaques armées anti-populaires.

La musique, les chants et les chœurs de slogans furent aussi, comme de coutume, omniprésents, reprenant ceux déjà entonnés le matin et agrémenté des «Pres@s politic@s libertad» (Liberté aux prisonnier-es politiques), «No al charrismo sindical, no vas a dejar nuestra sección XXII a la LIX» (Non à la bâtardise syndicale, ne laisse pas notre section 22 — celle des maîtres en lutte — pour la 59 — celle des maîtres vendus au syndicat du gouvernement). Tout le long de la manif, des dizaines de jeunes masqués, graffe, peinture et posent des pochoirs revendicatifs sur les murs publics et privés ainsi que sur les façades de petits commerces, vitrines d’entreprises ou de banques… comme, entre autres, «Autonomía, autogestión, acción directa por la libertad» (Autonomie, autogestion, action directe pour la liberté), «Ni dios, ni amo, ni ejercito, ni estado» (Ni Dieu, ni maître, ni armée, ni État), «Le plan Merida = Muerte» (Le plan Merida — coopération militaro-économique EU et Mexique — = Mort), «Ulises culero - Ulises puto» (Ulises enculé – Ulises putain).


Vers 12 heures 30, l’arrivée au Zocalo se fait progressive, et est le moment de rafraîchissement, de collation et de prises de paroles. Parmi celles-ci, une intervention de la maestra Carmen Lopez Vasquez, forcée à l’exil politique depuis 18 mois à la ville de Mexico, «Je suis de retour pour me réintégrer à votre lutte, peuple de Oaxaca, qui est ma grande famille. Ici, rien ne va m’arriver, personne ne va me détenir et j’en ai la sûreté, pas parce que j’ai négocié avec le tyran, ni avec le gouvernement fédéral, j’en ai la sécurité par vous, par le soutien des organismes de droits humains.» Carmen est à présent couverte par des protections judiciaires d’amparo, qui évitent les poursuites justiciaires et policières au Mexique. Flavio Sauza du PRD (Parti révolutionnaire démocratique), prisonnier politique libéré il y a quelques mois, dénoncera l’action du PRI (Parti répresseur intolérant) et fera office aussi de sa réintégration à la lutte populaire… via son parti gauchiste ou pas ? Quien sabe ?


Ezekiel Rosales Careno, dirigeant de la Section 22 du Syndicat national d’éducation, quant à lui, exposera les demandes des maestr@s que sont la destitution du gouverneur URO, la liberté des prisonnières politiques et de conscience, l’annulation des ordres de détention et d’assurer les conditions nécessaires pour le retour des exilés politiques. S’ajoutera à ce discours la volonté d’une réponse du gouvernement aux demandes des maetr@s de la section 22 : une convocation de leur syndicat sans conditions ; et l’abrogation de la loi de SSTE, sécurité sociale des travailleureuses qui est en cours de privatisation. À noter qu’une dizaine de jeunes, masqués, s’opposèrent à son discours par des huées, cris et jets de quelques objets pour l’empêcher de s’exprimer, et dénonçant sa collaboration avec le gouvernement afin de lever le campement des profs sur le Zocalo — qui prit fin ce 14 juin, après une occupation qui durait depuis le 15 mai, «dia del maestr@». Ezekiel répondra que «ce sont des provocateurs envoyés par le gouvernement de l’État, dépourvus d’organisation, de discipline et de formation politique idéologique»… Ben tiens, il a raison, un peu de discipline stalinienne et/ou fasciste dans cette trop grande démocratie populaire mexicaine, ça va permettre de remettre un peu d’ordre civil !

Le ton change et le calme revient quand David Venegas (Conseiller estatal de l’APPO et membre de VOCAL), prisonnier politique durant une année et libéré en mars dernier, prend la parole. Il insiste sur le fait que «ce mouvement n’est pas un mouvement de leader. Nous savons que ce qu’est la trahison politique, ce qu’est la prison… Si nous étions des leaders, nous serions déjà au congrès des députés.» D’autres membres de VOCAL insisteront sur le besoin d’appuyer les autres luttes populaires et autonomes comme le font, par exemple les membres du Front populaire en défense de la terre d’Atenco, présents à la marche. Un appel à manifester contre les attaques militaires et paramilitaires envers les caracoles zapatistes est appelé le jeudi suivant, au départ du monument Zapata.

Un peu essoufflé après ces heures intenses d’actions et de marches, j’imaginais un petit temps de repos, mais c’était sans compter sur l’énergie sans limites et la non réserve oaxaquennienne…

En effet, est appelée aussitôt par quelques dizaines de jeunes anarchistes une occupation du croisement des avenues du boulevard «5 Señores» qui est en fait un appel communautaire à reconstruire une des barricades les plus résistantes de 06.

Arrivé sur le lieu dit, c’est avec intérêt et respect que je découvre cette mise en œuvre… Tout commence par le repérage de l’arrivée d’un véhicule motorisé de grande taille, soit un bus de ville, un camion privé de Pemex (Pétrole mexicain), un autocar de l’entreprise OCC. Puis quelques un-es l’arrête, les «emprunts» de matériels de transports s’effectuant dans le calme, les passager-es descendant tranquillement, le conducteur suivant les directives de stationnement de deux co-pilotes improvisés, pendant que d’autres assurent la circulation des voitures et le blocage progressif des routes, ainsi que la «déco urbaine» des bus. Tout semble quasi-naturel pour les personnes qui subissent ces réquisitions, comme si c’était leur quotidien, il est vrai aussi que sans être fataliste, la culture mexicaine se veut souvent solidaire.

Les acteurs et actrices, une trentaine de personnes de 10 à 30 ans, ont l’air d’avoir effectué ça toute leur vie… En l’espace-temps de trois quarts d’heure, les barricades sont montées sur ce croisement d’avenues dont le trafic motorisé est très intense, vu son accès direct au centre ville historique de Oaxaca !

La presse de masse (TV Azteca, Televisa…) et indépendante (La Guillotina, Radio Zinzine international…), afflue, à la connaissance de la nouvelle prise de «5 Señores».

Quelques personnes parlent en leur nom de l’objectif et de la volonté de ces nouvelles barricades : «5 Señores est la seule barricade où la Police fédérale préventive n’a pu nous déloger, c’est un symbole de résistance»… «Nous ne voulons pas d’un Oaxaca sous les barricades, mais nous voulons en finir avec la corruption politique et la crise sociale de l’État»… «Nous ne savons pas combien de temps nous resterons, l’objectif est de tenir cinq heures, et voir s’il y a un soutien de plus de monde, si des maestr@s viennent nous rejoindre, on avisera»…

Il n’en sera rien, deux heures plus tard, vers 16 heures, les barricades sont levées par décision consensuelle des metteurs en œuvre urbano… Rendu des clés empruntés aux différents chauffeurs, et retour au centre ville dans deux bus collectifs qui nous assurent la course gratuitement ; l’excitation et l’enthousiasme est très palpable lors du trajet vers le Zocalo, une sorte de désillusion aussi, les jeunes, voire très jeunes se remettant aussitôt à sniffer leur éther ou autre acide, afin certainement que le nouvel atterrissage dans le monotone quotidien ne soit pas trop brutal !

Cette nouvelle prise de «5 Señores», symbolique et forte émotionnellement fut, sans doute, réussie ; mais l’appel à un nouveau soulèvement populaire urbain sur les barricades, escompté de manière utopique, certainement pas !

Ce qui ne signifie en aucun cas que la Commune de Oaxaca est morte, bien au contraire, elle est en pleine construction, mais sous d’autres formes comme déjà évoquées auparavant, elle réfléchit à ses stratégies de lutte pour être le plus apte à combattre l’ogre colon et capitaliste, et prend le recul nécessaire avec une intelligence de réflexion, qui pour ma part, inspire un profond respect.

Les barricades oaxaquenniennes sont mortes, l’APPO et ses différentes luttes d’autonomie indigènes communautaires bien vivantes !

À peine le temps de se rafraîchir d’une «agua de sabor» au Zocalo, et la suite des affaires sociales n’attendent pas, direction une nouvelle fois au quartier d’«El Rosario» pour quelques activités culturelles. Ca débute par de la musique interprétée par différents profs, ou chanteureuses solidaires, accompagné-es par leurs voix et guitares révolutionnaires.

La musique, comme «l’expression culturelle urbaine» (graffitis, stencils, pochoirs…) fut très présente et importante dans le mouvement de réappropriation sociale. Un film (qui était prévu mais reprogrammé ultérieurement faute de temps), tout fraîchement autoproduit vient de sortir autour de cela : Sigueme contando sonidos de la lucha oaxaquena (cesolacrata(at)gmail.com / luzkemada(at)gmail.com) où s’expliquent, entre autres, les bases politiques et populaires des corridos, du son jarocho, du hip hop, de la musique traditionnelle… Ce fut d’ailleurs l’occasion de pirater en exclusivité, lors de l’événement, la toute dernière chanson en lutte de Oaxaca Vive maestro querido, que j’essaierai prochainement de partager via la toile sonore internationale !

Ensuite, se déroula une présentation d’un livre Palabra et trascendencia - Manual de Educación y Alfabetización popular (éditions autogérées de Círculos de investigación) de Marcel Arvea Damian, entre autres formateur de maestr@s de Oaxaca, qui cherche et met en pratique des formes d’éducation populaire. C’était vraiment très riche, agrémenté par une critique de l’éducation capitaliste ; de la complémentarité de l’éducation publique et privé formant des personnes pour commander (issue de l’Université technique) et d’autres pour obéir (issue de l’Université générale) ; et d’une autocritique du fonctionnement des maestr@s de Oaxaca par rapport à leurs luttes et demandes, tombant parfois dans une bureaucratie qu’illes condamnent…

Après avoir écouté les questionnements, les critiques de l’auteur du livre, mais aussi celles de quelques maestr@s assumant leur participation populaire à la conférence ; ainsi que leur définition de l’éducation qui selon elles et eux doit permettre un développement des capacités personnelles, de l’autonomie et une vision de la liberté que choisira l’élève…

Ça me paraissait être d’une réalité et d’une humilité très sensées… et ainsi grâce à la magie de la cosmovision maya, pas mal d’éléments qui semblait toujours me manquer pour la compréhension de ce mouvement oaxaquennien me sont devenus plus clairs, surtout sur le rapport à la force et la détermination de la lutte et l’investissement des profs et instits au niveau de leur volonté d’une transformation sociale ! Ceci n’étant possible, selon Marcel, qu’en rendant la parole à l’élève et sur le fait que le prof s’argue de l’écoute, et peut se construire par l’éducation populaire ou d’autres formes d’éducation non autoritaires et oppressives.

«No tenemos que aprender si no enseñar» (Nous ne devons pas enseigner mais apprendre).

Deux adolescentes nous nourriront enfin de leur idéologie chantonnante, peut-être symbolique, mais démontrant une fois encore que la conscientisation sociale populaire n’a pas de limite d’âge à Oaxaca, qu’elle soit d’un vieux barricadier de 5 Señores d’une dizaine d’années ou d’une jeune médecin avoisinant la soixantaine…

«Educación primero al hijo del obrero - Educación después al hijo del burgués» (D’abord, éducation au fils de l’ouvrier - Ensuite, éducation au fils de bourgeois).

En début de soirée, suite à la levée du campement des maetr@s, le gouverneur de l’État, Ulises Ruiz Ortiz, et le président municipal de la ville José Antonio Hernandez Fraguas, osèrent mettre les pieds au centre ville de Oaxaca, pour disent-ils «constater les tâches de ménage qui se sont réalisées tant sur le Zocalo que sur la Alameda de Léon (place annexe)»… une véritable honte de plus semée par URO, assassin indigne et corrompu, qui parle de ménage pour un campement humain, et s’affiche comme s’il était le négociateur de cette levée de campement, alors qu’elle n’est pure décision et volonté du syndicat des professeurs.

Honte à toi, gouverneur illégitime pour la majorité des oaxaquennien-es, et prends garde à sortir bien couvert, car tu as certainement pu observer qu’en ce jour de lutte combative du 14 juin, certain-es habitant-es continuaient de demander ta destitution, mais aussi quelques un-es, à présent, ta mort
!

Espérons que lors de la Guelaguetza populaire («l’art de donner»), fête traditionnelle de Oaxaca, les corps policés se fassent aussi discrets qu’en ce 14 juin, afin qu’elle ne subisse pas cette année une répression semblable à celle d’août 07. Et que le peuple puisse ainsi vivre ses réelles traditions, coutumes et danses, perpétuées par des milliers d’indigènes en compagnie de leurs ami-es ; face à la Guelaguetza commerciale, pamphlet folklorique à des prix exorbitants, consommée par quelques centaines de touristes d’exportation.

Enfin, pour terminer cette longue et riche journée de tequio (travaux communautaires) oaxaquenniens, como de costumbre, une collectivisation de la fête et de la danse s’improvise en différents lieux… Ça sera sans moi, cette fois, car je m’en vais réfléchir et reposer toutes les expressions sociales et autres activités de ce 14 juin combatif, qui ne peuvent que mieux me faire comprendre la réflexion, les pratiques, et la lutte en défense des idéaux populaires et communautaires des peuples de Oaxaca… avec lequel je partage un intense et sincère respect, en m’enrichissant de leur humilité, faisant fuir tout élitisme autoritaire de quelques maîtres qu’ils soient !

Un saludo libertario depuis le pays du chocolat, du mezcal et de ses autoproductions affiliées…

Ian, 19 juin 2008.

PS : comme vous aurez certainement une débordante envie d’en savoir, et donc d’en lire et d’en écouter beaucoup plus… voici quelques allié-es pour vos salles de lecture et autres caves à son francophones et hispanophones !

Livres :
La Commune d’Oaxaca - chroniques et considérations (Georges Lapierre, édition Rue des cascades / 08) ici &
La batalla por Oaxaca (édition «Yope power», avril 07)
La Guillotina especial Oaxaca (La Guillotina, 07)
México : Stencil : Propa - El arte político urbano (RM & Mr Fly, 08)
Films :
Un poquito de tanta verdad (ST francais) (Jil I. Freiberg-Corrugated films & Mal de Ojo TV, 07)  ici &
Compromiso cumplido - L’engagement accompli (Mal de Ojo TV, 07)
Sites / liens Internet :
Émissions radio autoproduites sur Oaxaca et le Mexique, hébergées par le Caracol Azul, escargot révolutionnaire…
Le jouet enragé
Interview de la Doctora Berta Muñoz
Oaxaca libre
Oaxaca en pie de lucha
VOCAL (Voix oaxaqueniennes pour la construction de l’autonomie et la liberté)
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Dimanche 20 avril 2008

Une petite carte postale, sous la forme d’un long article, qui essaie dinformer largement sur le processus de la lutte du Front de Défense de la Terre de San Salvador de Atenco au Mexique, deux ans après la monstreuse répression de l’État…

Nhésitez pas à me demander des précisions ou autres informations si envie !

Un envoyé informel, qui vous remercie davance pour vos critiques et embrasse «Le Fléo» pour ses photos…

San Salvador de Atenco, petit-Bourg rural et populaire de 16.000 habitants, faisant partie du municipe [
Municipe («Municipio») est le regroupement politique, social et administratif de différents villages et/ou communautés au Mexique. La plupart des municipes du pays dépendent de partis politiques «institutionnels» (PRI, PAN, PRD, PP…) ; certains sont autonomes fonctionnant sur les us et coutumes de peuples indigènes (communautés zapatistes au Chiapas, certains villages dans la Sierra Norte de Oaxaca, communautés au Guerrero) ; et d’autres sont mixtes : c’est le cas d’Atenco.] d’Atenco (40.000 habitant-es)… situé dans l’État de Mexico à une trentaine de kilomètres de la surdimensionnée et surpolluée capitale Mexico du District Fédéral (D.F.) et sa métropole de 18 millions d’habitants la nuit et 25 millions les journées de travaux urbains… s’est fait tristement connaître pour beaucoup en France et internationalement, il y a deux ans, par de sauvages brutalités orchestrées par 2500 membres de différents corps de police gouvernementaux. En effet, les 3 et 4 mai 2006, une répression d’une violence sans limite a été mandatée par le gouverneur de l’État de Mexico, Enrique Peña Nieto, et le président de la République du Mexique, Vicente Fox, entre autres. La Police fédérale Préventive (PFP) [Police Fédérale Préventive (PFP) est un corps de police dépendant de l’État fédéral comme son nom l’indique, mais qui connaît un entraînement militaire, et est connu pour ses formes d’intervention radicales et violentes. C’est le corps policier de prédilection pour les interventions contre les mouvements sociaux et indigènes. Vous avez dit «préventive» ?], entre autres, a ainsi perpétué multiples tabassages et tortures de plusieurs centaines de personnes du village (intégrant-es du FPDT : Front Populaire de défense de la Terre, et habitant-es) ; arrêté presque 200 personnes ; violé 36 femmes ; et tué deux personnes : un jeune de 14 ans, Francisco Javier Cortés ; et un étudiant de 21 ans : Ollín Alexis Benhumea.

Ces évènements ont permis de faire connaître la lutte des membres du FPDT composés de 3500 à 4000 personnes, c’est-à-dire plus ou moins 10% de la population du municipe d’Atenco, s’opposant depuis 2001 au projet de construction d’un aéroport, annexe à celui de la capitale, sur leurs terres communautaires «ejidales» [Ejidales : terres communautaires issues de la révolution mexicaine (1910-1919) qui obtinrent un statut de propriété d’usage reconnue par l’État de «terres appartenant à ceux qui l’occupent et la travaillent», et qui ne pouvaient servir à d’autres fins que des exploitations agricoles. Ce dernier fait légal a été aboli par le président en place en 92, Carlos Salinas de Gortari, qui donna les droits d’utiliser les terres à d’autres fins (industrielles, commerciales…) sous réserve qu’il y ait consensus des propriétaires sur la vente des terres à ces fins.]. Ils et elles ont obtenu, entre autre, l’annulation d’un acte d’expropriation de leurs terres en 2002 par le président Vicente Fox, fait unique depuis la révolution mexicaine. Jusqu’à aujourd’hui, les terres sont toujours en leur possession ; on peut réellement parler d’une lutte victorieuse entamée il y a 7 ans.
(Vous pouvez écouter librement, mais attentivement, une émission de Radio Zinzine sur la lutte d’Atenco de 02 à 07 «San Salvador de Atenco : l’histoire d’une vengeance d’État».)
Il me paraissait très intéressant de connaître et partager les suites du processus de construction ou non de l’aéroport. J’ai pu partager avec quelques camarades du FPDT la suite du projet et de leur lutte autour du festival de soutien que le Front a organisé en faveur des prisonnier-es politiques le 14 mars 08.


Ce festival qui a eu lieu sur «las canchas» (le terrain) de football à Atenco sous la forme d’un marathon de concerts où jouèrent 12 groupes de 11 heures à 22 heures, avec en point de mire les stars militantes mexicaines de Los De Abájo et Panteón Rococó. À la musique se mêlèrent quelques projections de films de la lutte contre l’expropriation des terres en 01-02 ; quelques distributions subversives de brochures, CD et vidéos ; et la dégustation des traditionnels «sopes» (tortillas grillées agrémentées de purée d’haricots, oignons, salade et évidemment la sauce chili) et «tortas» (sandwich avec agréments locaux à choix et son piment rouge, vert ou jaune). Une folie punk agrémenta aussi quelques concerts de l’après-midi, folie qui consiste dans la mise en marche sportive du public qui se met à courir ensemble dos à la scène, après un bref signal du chanteur, provoquant une marée humaine impressionnante, et pour l’occasion un nuage de poussière et de sable rendant l’horizon pour un temps plus que nuageux. Certainement un entraînement local de contre-attaque collective contre un potentiel assaut d’un groupe policier quelconque… ¿ Quien sabe ?

À la fin de journée, quelques camarades du FPDT prirent la parole sur scène, machettes en main, devenues la représentation la plus probante de leur lutte. Quelques discours furent effectuées par trois femmes du FPDT, qui font partie des personnes les plus engagées ; à noter que la présence des femmes est très importante au sein du Front, chose de plus en plus commune et courante dans les luttes politiques et populaires au Mexique, a fortiori celles issues des peuples indigènes. Les paroles insufflées furent autour de l’évènement du festival en soutien aux personnes toujours prisonnières politiques depuis mai 06, au nombre de 13, et des frais afférents pour payer les frais de justice et les avocats qui se battent pour obtenir leur libération contre leur injuste enfermement. Quelques paroles furent prononcées sur la lutte de San Salvador de Atenco depuis 01, et la poursuite de la lutte contre de potentiels nouvelles attaques gouvernementales pour subtiliser leurs terres.


À savoir que quand ils et elles furent criminalisé-es comme paysan-nes en lutte avec des armes par le gouvernement et les médias institutionnels ces dernières années, ils et elles n’ont cessé-es de revendiquer que ce n’était qu’un outil pour travailler leurs terres. Certes, je ne remettrais pas en doute leur dires, mais je ne peux cacher que quand on est témoin (réel ou vidéo) de leur face à face avec les «granaderos» (police anti-émeute) ou la PFP lors de «marchas» (manifestations suivant des kilomètres de marche), c’est assez impressionnant l’affront qu’ils sont capables d’assurer machette contre bouclier et matraque. Il me semble vraiment que leur «outil de travail» influence un changement de rapport de forces et de position de pouvoir qu’arpentent les flics généralement en manifestations au Mexique comme en France ou ailleurs ; même si, c’est certain, les armes policières restent davantage perfectionnées et «efficaces» lors d’un affrontement armé.

Un parmi tant d’autres dudit «outil» fut offert aux musiciens de Panteón Rococó, défendant la lutte des camarades d’Atenco ; à savoir si c’était une invitation à cultiver les champs de maïs, de «frijol» (haricots rouges) et de courges ou un symbole d’intégration à leur «lutte armée», je vous laisse juges autonomes populaires. (cf. les photos offertes par «Le Fléo» en annexe.)

Au niveau de la justice précisément, enfin plus réalistement nous devrions parler d’outil pénal et répressif corrompu contrôlé par les nantis mexicain-es…

Suite à la libération de dix personnes sorties de prison lors de ces deux derniers mois, respectivement sept le 25 janvier et trois le 7 mars (César del Valle Ramírez, Georgina Edith Rosales González y Rufino Gonzáles Rosas) ; il reste à présent treize personnes détenu-es, dix dans la prison de «Molino de flores» (Moulin de fleurs) à Texcoco (à 7 kilomètres d’Atenco) et trois dans la prison dite de «haute sécurité» de Santiaguito à Toluca (à une centaine de kilomètres à l’ouest du village). Ces trois personnes avaient reçues un jugement (le seul à ce jour concernant les prisonnier-es) qui les avait condamnées en mai 07 à 67 ans et demi de prison pour, entre autres, des charges de séquestration ; à savoir que dans les textes de la loi fédérale, ces délits ne peuvent pas engendrer des peines au-delà de 40 ans d’enfermement.

C’est certain les caciques, maîtres de l’instance judiciaire au Mexique, possèdent un goût prononcé pour la précision des peines, mais pas vraiment celui du respect légitime des droits humains (reconnue aussi légalement par leurs outils corrompus) ni même de leur propre législation. Que ce pseudo-jugement fut une criminalisation politique des présumés leaders (inexistants puisque le mouvement est autogéré depuis une base populaire) du FPDT en lutte, et donc leur châtiment par les décideurs de l’État, je me fais juge autoritaire cette fois pour affirmer qu’il n’en fait aucun doute !

Les personnes tout récemment sorties de prison l’ont été par des prononciations de jugements d’«amparo» au niveau de l’État de Mexico. Ces «amparos» sont des jugements particuliers au Mexique, qui protège une personne si le ou la Procureur-e Général-e de Justice reconnaît qu’il n’y a pas de mobiles ou de preuves suffisants pour l’accusation de cette personne, ou simplement juge une mise en danger de celle-ci ; ce jugement suspend toutes les poursuites judiciaires la concernant.

Ces libérations ont pu être obtenues par le travail énorme des avocat-es (et c’est pas rien de se battre contre un système de Justice totalement mafieux) ; et aussi par la pression et le travail au niveau du respect de droits humains et procédures légales de la CIODH (Comission Internationale d’Observation des Droits Humains), créée en 97 lors des massacres d’Acteal au Chiapas, est qui était présente en février de cette année à Atenco.

Des succès d’amparo ont été aussi prononcés pour la majeure partie des personnes qui avaient des mandats d’arrêt contre elles, à l’exception de trois, accusées de séquestration, charge pour laquelle un «amparo» ne peut être prononcé. Ces batailles juridiques n’ont pas été simples, plusieurs personnes devant s’expatrier pour un temps afin de ne pas risquer une probable détention.

Les défenses juridiques et avocat-es mobilisé-es par le FPDT sont différentes selon les cas : une avocate défend les trois prisonniers en «haute sécurité» ; des avocat-es militant-es de l’Autre campagne, et quelques avocats individuels pour les autres. La Justice n’étant toujours pas reconnue d’utilité publique, toutes ces luttes juridiques pour libérer les lutteureuses sociales continuent de posséder un coût économique, assez important (6000 pesos cad 400€ par mois pour uniquement les trois prisonniers dans le pénitencier à Toluca). Le festival ayant été déficitaire, malgré les 2500-3000 personnes présentes ; un peu étonnant cette supra organisation alors que le FPDT n’a pas de liquidités, mais il apparaît depuis quelques temps déjà qu’aucun obstacle ne les arrête tant qu’ils et elles sont accompagné-es de leurs machettes.

Un appel est fait par les gens du FPDT pour un soutien économique plus que nécessaire envers les gens et collectifs qui le pourraient et le souhaiteraient (cf. contacts pour les dons à la fin de l’article).

En outre, une centaine de personnes ont vendu des terres «ejidales» communautaires, ce qui est interdit par le consensus des commissions agraires (mi populaires mi institutionnelles) des paysan-nes du municipe d’Atenco. Une seule personne a eu des problèmes avec la justice au niveau fiscal sous l’argumentaire dialectique policier : «Vous allez aller en prison ! Pourquoi ? Parce que prison ! Mais quel est le délit ? Prison.» Une seule personne jugée, pour exemple certainement, laissant la liberté à tous et toutes les autres, vu que les ventes des terres arrangent bien l’État et les investisseurs privés engagés dans le projet de l’aéroport… C’est un point de vue comme un autre, mais désolé j’en vois pas d’autre, toute objectivité gardée.

Pour terminer sur ce terrain glissant judiciaire, je vous fais part de quelques dires d’un «compañero» du FPDT : «Tout est jeu politique. On (le FPDT, les décideurs de la justice et les membres des partis politiques) n’est pas du même monde. Il y a un grand besoin de faire comprendre aux gens que la réalité n’est pas celle donnée par les médias officiels (TV Azteca et Televisa —TV commerciales— en tête), même à Atenco» ; ce qui n’est pas simple car «La TV est comme un Dieu, tout le monde croit ses dires et informations. En outre, des personnes sont payées par le parti politique du PRI (Parti Révolutionnaire Institutionnel) pour assurer sa propagande dans le municipe.»


En ce qui concerne le processus du projet de l’État et de plusieurs transnationales de récupération des terres et la construction de l’aéroport, cent zones «ejidales» ont été achetées pour ce faire depuis deux ans, surtout dans les zones urbaines du municipe d’Atenco qui s’industrialisent de plus en plus, à Santa Isabel Ixtapan et à Nexquipavac.

À présent, l’idée du projet serait d’effectuer la construction sur 20% des terres appartenant à la République du Mexique, ce qui tirerait à 5 kilomètres de l’aéroport actuel de Mexico ; ce qui paraît assez peu «efficient» par rapport au projet initial, qui comportait tout un corridor de constructions de zones industrielles, commerciales et touristiques sur une trentaine de kilomètres entre la capitale et le municipe. En parallèle, l’amplification de l’utilisation de l’aéroport international à Toluca, déjà existant, est aussi envisagée ; ou, de manière beaucoup plus incertaine, l’utilisation de la zone «Parque del pueblo  (Parc du peuple) au Sud d’Atenco, qui est aussi la propriété de l’État, exceptée une partie qui à été rachetée par Carlos Slim
[Carlos Slim : propriétaire de Tel-Mex (entreprise détenant le monopole de la téléphonie au Mexique), devenue première fortune du monde en 06 ; mais qui a perdu son titre face à Bill Gates l’année passée. Bon ben, à croire qu’il l’a cherché ou qu’il ne pouvait pas assumer son pouvoir de leader, car le rachat d’une partie de la réserve naturelle «Parque del pueblo», et une parcelle du «Centró historicó» de Mexico DF, c’est certain que ça lui a coûté des points économiques fatals.] qui a le projet de faire un centre de retraitement des déchets durable et charitable. Voilà quelque chose de bien original par nos temps modernes, une industrialisation des terres d’un parc naturel pour l’intérêt communautaire… d’un entrepreneur sans frontière et ses copains, copines !


Plusieurs personnes intégrantes du FPDT parlent de lutte victorieuse (annulation de l’ordre d’expropriation en 02, fait quasi unique à Mexico ; la non construction de l’aéroport sur les terres communautaires jusqu’à aujourd’hui) face au gouvernement et son méga-projet grâce à «la force de la lutte d’une minorité sur la volonté d’imposition par une majorité»… mais quelle force populaire déterminée ! En ce sens, je me souviens d’un de ces échanges certainement anecdotique mais si parlant, un parmi les nombreux quand on prend plaisir à fleurer les rues si vivantes de paroles et de générosité des habitant-es de San Salvador Atenco…

Un fleuriste de Texcoco d’une soixantaine d’années me comptait ainsi très naturellement son engagement en tant que vendeurs de fleurs ambulants, et la répression en mai 06, lors de laquelle il avait pris plusieurs coups par des policiers en pleine rue, puis subit des tortures en prison avant d’être relâché quelques jours plus tard. Il me confirmait qu’«il avait lutté à cette époque, et continuait de lutter solidairement avec les autres compagnons» ; et juste que son problème actuel était que la mairie ne voulait pas lui procurer sa nouvelle carte d’électeur, la raison étant ses «problèmes juridiques d’il y a deux ans». À savoir qu’au Mexique, une personne peut se voir suspendre, ou annuler ses droits civiques et électoraux, voire être virée des listes officielles (apparaissant ainsi comme mort), si elle est en procédure judiciaire, même si aucun jugement n’a encore été délivré. Légalement, la personne doit retrouver ses droits au moment où les poursuites judiciaires tombent, dans le cas où elle n’est pas condamnée «bien évidemment»… bon bien sûr ça s’est la théorie, vous aurez compris, à présent, que le Code pénal mexicain est plus utile, et donc plus utilisé, aux WC que dans une cour de Justice… Quelques personnes en tête du gouvernement sont capables de mandater des assassinats et viols par pure vengeance du non aboutissement d’un projet ; alors, il paraît presque anecdotique de ne pas rendre une carte d’électeur à un citoyen tabassé lors d’émeutes policières.

À mon sens, tout ce processus de lutte qui a abouti à une victoire probante sur l’État et ses acolytes financiers, à l’initiative d’un projet qui est énorme au niveau économique, donne un espoir vital pour l’accentuation des luttes de territoire déjà engagées, et qui risquent de se décupler dans les temps à venir, entre grandes organisations sociales populaires et répression militaire d’État : la création d’un État de non-droit en somme. Ceci en partie pour la construction du «Plan Puebla-Panama»
[Plan Puebla Panama (PPP) : énorme création de corridor indutrialo-commercialo-touristique s’étalant de la ville de Puebla (centre du Mexique) jusqu’à la ville de Panama (capitale du même pays). En ce sens, les subtilisations de terres et exploitations forcenées des ressources naturelles risquent de s’intensifier sans limite ; les peuples indigènes sont les plus directement affectés par ce «réaménagement territorial».] et «grâce à» l’entrée en vigueur du TLC (Traité de libre commerce entre États-Unis, Mexique et Canada) au 01 janvier 08.

Une réénergisation des forces sociales par une telle victoire populaire fait donc le plus grand bien dans ce climat de répression généralisée.

De plus, des convergences de luttes intéressantes ont été aussi développées entre le FPDT et le syndicat de la coopérative ouvrière «Boing» (jus de fruits) ; l’entreprise appuyant la lutte d’Atenco avec le don de produits lors d’évènements et par l’appui économique mensuel. Des échanges existent aussi avec une coopérative de vêtements. Le Front s’est enfin lié à la lutte des prostituées du centre de Mexico, que le gouvernement voulait virer il y a quelques années, lutte victorieuse également.

Mais ces victoires ne peuvent pas nous faire oublier les troubles humains qu’a essaimé cette lutte. Outre les violences physiques et arrestations déjà évoquées, des troubles psychologiques très importants ont aussi été perpétués par les outils répressifs policiers. En effet, pas mal de gens continuent de se remémorer des choses horribles, bien détaillées, de la répression de mai 06. Des soutiens psychologiques ont été mis en place par le FPDT mais ce n’est pas forcément efficace car la plupart des personnes ne veulent pas recevoir d’appui : un homme est resté chez lui sans sortir pendant plusieurs mois après la répression ; une habitante n’a pas vu d’autres horizons que sa maison quasi depuis deux ans ; un membre du FPDT se remémore des coups portés par la PFP le 4 mai 06 : les blessures physiques sont surpassées, mais les douleurs psychologiques restent ; des femmes violées qui ne parlent pas car elles considèrent plus «urgent et important» de s’occuper des prisonnier-es politiques. Une parano a aussi envahi, un temps, certains paysan-es en lutte, se soupçonnant les un-es les autres d’être indicateurs ou indicatrices servant le PRI, parti politique du gouverneur de Mexico.

Pour pimenter la pression sécuritaire, les hélicoptères de la police estatale et fédérale tournent quasi en permanence depuis 01 dans les cieux d’Atenco, exceptés les jours de trêve lors d’une présence dérangeante comme celle de la CIODH en février dernier.


Et comme toute histoire de mouvement social qui se veut «légendaire», celle d’Atenco possède ses non-dits ou bêtisier… Voici donc quelques anecdotes croustillantes, certaines drôles et d’autres moins riantes, pour prouver que la société du spectacle n’a pas de frontière…

* Le FPDT a reçu un prix de «Droits humains» le 10 décembre 07 aux Asturias en Espagne, peu d’argent pour l’État selon un membre : 6000 €, «ce qui doit être équivalent au coût journalier de nettoyage des rues du centre ville des Asturias qui brillent plus que le sol de ma cuisine» ; mais qui a eu l’intérêt non négligeable d’une reconnaissance par une institution du gouvernement espagnol. Pas vraiment que cela les intéresse et importe cette reconnaissance d’État, mais ça met en lumière les violations de droits humains à Atenco, outre-frontières, et met ainsi une certaine pression sur «l’image» des États-Unis du Mexique» et pousse les regards sur les agissements du gouvernement mexicain.

Lors de cette inauguration très officielle, un représentant du gouvernement des Asturias s’est permis des envolées lyriques et dénonciatrices des violations de droits humains de la part de l’Etat mexicain, et de faire l’apologie de la « démocratie parfaite » en leur territoire (il avait dû oublier son livre d’histoire basque à la maison !). Sans imaginer les complots de tous horizons, ça fleure presque la récupération, voir l’instrumentalisation de la lutte des membres du FPDT. L’autre anecdote rigolote fut la prise de parole de la représentante du PP (Parti Populaire, «à la droite de l’UMP») qui s’est mise à improviser un texte… «Eh bien, en fait je vous félicite pour votre lutte, et tout ce que je viens d’entendre ou plutôt apprendre, mais sincèrement je ne connais pas du tout votre engagement ni les évènements, j’ai été envoyée par mon parti, mais je vous souhaite plein de courage pour la suite» ; elle a ensuite complètement été effrayée quand les deux membres du FPDT ont sorti leurs machettes avant leur discours !

Qui osera encore diffamer que les personnes politiques ne sont pas sincères et n’ont pas d’humour ?

L’argent recu a permis d’aider une personne victime de blessures assez graves à une jambe due aux évènements de 06, avec pour conséquences des incapacités de travail ; blessures qu’il n’avait pas déclarées par peur de la répression qu’il pourrait subir, étant affilié au Front ; mais comme on ne peut rien cacher au FPDT et ses services secrets d’investigations, il a été retrouvé et «forcé» de se soigner. En outre cela a permis l’achat d’un vidéo-projecteur et d’un ordinateur qui leur permettent un peu plus de moyens et d’autonomie pour leurs productions médiatiques (DVD surtout).

** La nouvelle carte géographique officielle des écoles «primaria» et «secundaria» (primaires ou secondaires) situe toujours San Salvador de Atenco, mais étrangement plus éloignée de Mexico que la distance réelle, d’autres villages venant s’intercaler entre les deux (pour médiation de projet ?)… Erreur hasardeuse ou aménagement territorial des cerveaux des élèves ? À vous de juger, mais en connaissance de cause…

Une personne dépendant du Ministère, secteur Éducation, régi par le président de la République, Felipe Calderon, du parti politique du PAN (Parti d’Action Nationale — à droite de la droite sarkozyste) donne des cours avec des entreprises pour impliquer l’idée que les gens doivent «vivre au présent» et donc de faire valoir l’utilité unique d’inculquer la culture sociale et économique actuelle dans les écoles, sans aucune notion d’histoire du pays et sa culture des siècles passés… cultures et luttes indigènes, entre autres, à la poubelle en sorte ! Ceci s’implique dans le projet de modernisme d’annihiler complètement l’histoire de l’Éducation Nationale, ce qui est déjà en partie effectif depuis environ un an à l’école primaire.

Pour finir, et avant de prendre congé, pour un temps, de ces riches histoires mexicaines… quelques besoins de soutiens formulées par les camarades du FPDT :
* L’information, en dehors du Mexique, est primordiale (même si parfois on a l’impression que ce n’est qu’un mince appui) ; ils et elles ont peu de canaux alternatifs de diffusion propres : «Radio Atenco» est seulement ponctuel sur des évènements ; leur media s’effectue via quelques communiqués écrits et films.
* Tissage de liens avec l’extérieur pour une solidarité intra-Mexique et internationale. Le FPDT a été très touché par les accueils et la solidarité outre atlantique, pouvant ainsi venir parler de leur lutte et échanger avec des personnes en Europe, sans aucun besoin d’argent.
* Intérêt de la stratégie de pressions sur les Commissions de droits humains et autres instances et organisations institutionnelles.
* Un grand besoin de ressources économiques, surtout pour les processus juridiques en cours, et un peu de besoin de matériel assurant leur autonomie.
Voici, comme promis plus haut, les références bancaires si vous voulez appuyer le Front Populaire de Défense de la Terre : CAJASTUR 2048-0135-01-3404000042. Un membre se porte garant sur le fait que vous pouvez être certain-es qu’il se fera une bonne utilisation des fonds reçus.

À bientôt pour d’autres contes, plus violent et sanguinaire la prochaine fois, ou comment militariser tout un pays pour en assurer sa dictature, et contrôler la guerre civile qui en découlera assurément… En attendant, faites de beaux rêves!

Un abraso y un saludo desde les terres de Calderon… oups de Zapata !

Ian
Publié dans : Luttes et autonomies mexicaines - Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires

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