Organisation

Samedi 15 août 2009

Un groupe d’une petite dizaine de personnes s’est installé depuis deux ans sur le plateau de Millevaches, à la ferme de Bellevue sur la commune de Faux-la-Montagne. Pratiquant une activité agricole pour leur propre consommation, fabriquant du pain qu’ils échangent, ce groupe recherche un maximum d’autonomie. Non pour s’enfermer sur lui-même, mais pour établir avec les autres des relations qui ne passent pas par ces éléments sur lesquels nous n’avons guère de prise : l’État ou le marché. L’expérimentation avance à petits pas.
À l’été 2006, le groupe de la ferme de Bellevue accueillait une partie de la conférence européenne de l’«Action Mondiale des Peuples», un réseau de résistance radicale au capitalisme. Le thème de la rencontre tournait justement autour de cette question de l’autonomie. Avec un préalable clairement exposé : «L’autonomie matérielle est une condition de l’autonomie politique».
Explications par deux membres du groupe, Camille Madelain et Loïc Bielmann. Interview par IPNS (Informer pour nos semblables, journal d’information et de débat sur le plateau).

Pourquoi cette volonté d’autonomie matérielle ?

L’autonomie politique, entendue comme capacité à décider en connaissance de cause des règles et des institutions nécessaires à la vie à plusieurs — que ce soit au sein d’un collectif, d’une communauté, d’un ensemble de communautés, d’une région… n’est pas grand chose sans autonomie matérielle. Quelle maîtrise de nos vies si, pour la nourriture, la santé, le logement… nous avons recours au marché ou à l’État ? Autrement posée, l’autonomie politique a-t-elle un sens sans autonomie matérielle ?

Qu’entendez-vous par «autonomie matérielle» ?

L’autonomie matérielle, c’est l’état dans lequel une personne, une famille, un collectif, une communauté… peuvent satisfaire ses besoins matériels avec le minimum de contraintes imposées par l’extérieur, ou encore, leur capacité à pouvoir choisir les contraintes associées à la satisfaction de leurs besoins matériels. L’identification et le choix de ces contraintes sont inséparables d’une vision du monde. Pour nous, il s’agit autant de limiter nos dépendances à l’égard de telle ou telle source de biens matériels (État, marché…) que de construire un monde différent avec ses relations, ses outils, ses fonctionnements collectifs, etc. L’idée sous-jacente est bien que les formes de production, de propriété, d’échanges et de consommation ne sont pas neutres, mais produisent en partie la société. Autrement dit, au matériel est lié l’immatériel, le social.

Pour vous la question de l’autonomie matérielle (produire sa nourriture, répondre à ses besoins en matériaux, transports, etc. dans un cercle réduit et maîtrisable) dépasse donc la réponse à vos seuls besoins ?

En effet. Au-delà de la satisfaction de nos besoins matériels, il s’agit aussi de la satisfaction des besoins matériels des autres. Ou comment une personne, une famille, un collectif, une communauté… décident de participer à la satisfaction des besoins matériels d’autres personnes. La question étant alors de savoir quelles sont ces autres personnes : voisins et voisines, amis et amies, parents, clients et clientes… D’une manière générale, avec qui et comment voulons-nous nous lier matériellement ? De qui voulons-nous dépendre, par défaut (le moins pire), ou par enthousiasme (être en situation d’interdépendance avec des personnes que l’on aime, que l’on estime) ? En règle générale ce ne sont pas des questions que dans notre société on a l’occasion de se poser.

Concrètement sur votre lieu de vie (la ferme de Bellevue) qu’avez-vous entrepris dans cette optique ?

Nous avons pratiqué différents modes d’échanges notamment au travers de la fournée de pain que nous faisons tous les dimanches ou des coups de mains pour des gardes d’enfants, faire les foins, poser du carrelage, etc. Il y a des personnes à qui nous avons pu tour à tour vendre, puis troquer et parfois donner le pain. Des familles desquelles nous avons accepté le paiement de la garde d’enfants, puis l’échange du même service, enfin des gardes que nous faisons sans réciprocité apparente. Il y a des entreprises auxquelles nous demandons des produits en échange de coups de mains, d’autres où nous achetons mais aimerions plutôt échanger, etc.

Pourquoi êtes-vous si attachés à avoir une production matérielle localement utile ?

Il s’agit de prendre notre part dans la production matérielle, de ne pas laisser les travaux pénibles à celles et ceux qui n’ont pas eu le choix (ouvriers agricoles d’ici et surtout d’ailleurs), ni de vivre sur l’activité d’autres personnes comme c’est le cas de nombreux salariés associatifs qui ne seraient rien sans les «artistes» qu’ils font «tourner» les «porteurs de projets» qu’ils «accompagnent», les «jeunes» qu’ils «mettent en réseau», les «gens» qu’ils médiatisent. C’est être à la source. Se sentir lié à la matière, participer à toute la chaîne de production (de la graine à la conserve, du tronc à la maison, de la mise bas au fromage) pour donner sens et accomplir les tâches variées et nourrissantes. C’est aussi participer, prendre part à l’organisation de la production au niveau local et agir sur les échanges et la consommation locale. C’est encore obtenir une reconnaissance sociale. Il y a enfin du sens à produire chez nous, pour que tout ne vienne pas d’ailleurs, pour que nous rétablissons le lien entre ce que nous mangeons, la maison dans laquelle nous vivons et celles et ceux qui ont cultivé les légumes, ont fabriqué les matériaux de construction… Cela pour que le plateau ne devienne pas une réserve de nature dont les chambres d’hôtes et autres gîtes ruraux permettent aux travailleurs de la ville de venir y reconstituer leur force de travail. Ceux-ci ne verront pas les maisons de retraite, les instituts médico-éducatifs et autres foyers occupationnels médicalisés qui cachent les «improductifs», les «invalides» rejetés de leurs familles, de leurs quartiers, de leurs hameaux. Une infime partie de ce qui est consommé ici y est produit. L’agriculture produit bien des bovins de qualité mais pour être envoyés à l’engraissement en Italie. Les exploitations s’agrandissent, les sols s’appauvrissent.

Ici sur le plateau, vous sentez-vous seuls dans cette recherche ?

Non. Nous avons constaté qu’il existait déjà des choses, des expériences qui d’une manière ou d’une autre pouvaient rejoindre nos préoccupations. Coopérative d’achat, circuits courts, auto-construction, médias alternatifs, agriculture bio-dynamique, scierie coopérative, trocs en tout genre… existent autour de chez nous… Nous avons aussi pris connaissance du fonctionnement de la coopérative agricole, la Cuma Vivre dans la montagne Limousine, de l’existence multiséculaire en Limousin des sectionnaux et des communaux, c’est-à-dire des terres gérées collectivement par les habitants d’un hameau ou d’un village ou bien encore nous avons assisté à la création à Eymoutiers de la Société Civile Immobilière Chemin Faisant, sorte d’outil collectif d’accès au foncier et au bâti. Cet environnement a stimulé nos réflexions.

Vous parlez de communs ou de communaux à préserver ou à recréer pour désigner des biens collectifs qui appartiennent à tout le monde. Pouvez-vous nous donner quelques exemples ?

Les communs, ou communaux, sont des biens organisés et protégés en commun. Ils servent à combler des besoins sociaux par des moyens non marchands. Ils permettent un accès direct à la richesse sociale sans le truchement des relations marchandes compétitives. Les communs sont nécessairement créés et portés par des communautés, c’est-à-dire des réseaux sociaux d’aide mutuelle, de solidarité et d’échange qui ne se réduisent pas aux formes marchandes. Les formes de communs sont diverses et émergent souvent dans des luttes contre leur négation (privatisation, exploitation de l’environnement…). Par exemple, autour de chez nous, nous pouvons transformer des biens privés en communs : bout de terrain pour jardin collectif, four à pain ouvert à tous, voitures partagées. La fontaine du village où coule une eau de source est un commun à préserver. Les sectionnaux sont des terres communes à tout un hameau. Un commun n’a pas seulement une valeur parce qu’il rend des services à des individus, il a aussi une valeur parce qu’il concrétise et donne un fondement stable à une communauté au sein de laquelle les générations peuvent se succéder.

Mais un tel projet est-il réalisable à très petite échelle ? Ne faut-il pas qu’il réunisse des personnes au-delà d’un groupe de «convaincus» comme le vôtre ?

Pour organiser l’utilisation et la protection d’un commun, nous devons rassembler les personnes susceptibles de participer à une communauté et définir des modes de participation et de prise de décision. Commun ne signifie pas «ouvert à tous», mais bien ouvert aux personnes qui se reconnaissent dans un projet, des valeurs ou un territoire commun, des personnes reliées. D’où nos réflexions ici : quels outils mettre en commun pour renforcer l’autonomie matérielle (jardins, pâturages, four, moulin…) ? Et avec qui ? Tous les habitants du village ? Le réseau de celles et ceux qui partagent nos valeurs ? Il est difficile de créer une communauté seulement sur une base territoriale mais cette base demeure essentielle.

Automne 2006
Sortir de l’économie no 3, juin 2009
Bulletin critique de la machine-travail planétaire.

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Mercredi 21 janvier 2009

RéuniEs le 12 décembre 2008 en assemblée, nous avons décidé de créer le Collectif pour l’organisation de la solidarité - Agglomération caennaise (COSAC). Depuis longtemps déjà nous constations le durcissement répressif de l’État face à l’exacerbation des tensions sociales et politiques et à la radicalisation des luttes. Les arrestations opérées le 11 novembre 2008 à Tarnac et dans d’autres villes et le matraquage médiatique qui a suivi nous ont décidé à franchir le pas et à constituer localement une caisse de solidarité radicale permanente.

Le COSAC a comme objectifs principaux :
1.  De collecter des fonds afin de soutenir celles et ceux qui sont touchéEs par la répression policiaire et judiciaire du fait de leur participation à des luttes sociales ou à des activités subversives que ce soit en France ou ailleurs.
2.  D’informer et d’agir contre la répression d’État, les lois sécuritaires et liberticides.

Le COSAC fonctionne sur la base d’assemblées souveraines. Il autofinance ses activités. Il est indépendant de tout parti/organisation/syndicat.

Au delà de l’
«anti-répression», nous avons décidé de réserver 25% de l’argent que nous collectons à la solidarité avec des activités subversives concrètes et ouvertes que nous estimons intéressantes et nécessaires : acquisition, location, rénovation de locaux, soutien à des bibliothèques, des centres de documentation, des infokiosques, des journaux subversifs, appui à l’acquisition de matériel d’impression, soutien à des caisses de grèves ou à des luttes…

Nous soutiendrons donc occasionnellement de telles activités car elles contribuent à renforcer la contestation du système et à briser l’isolement dans lequel l’État cherche à nous maintenir afin de mieux criminaliser nos activités et nos pensées.

L’oppression se durcit, la résistance aussi. Le COSAC appelle donc, partout où cela est possible, à mettre localement en place des caisses de solidarité. Elles seront utiles dans les temps qui viennent.

Halte au flicage !
Abrogation des lois sécuritaires et liberticides !
Solidarité avec les engeôléEs de la guerre sociale !

POUR LA RÉVOLUTION SOCIALE !
HURRAH !

Contact
Soutien financier : chèques à l’ordre du SIA
à envoyer à l’adresse suivante : SIA - BP 257, 14013 Caen cedex
.
Par courriel, 11 janvier 2009.
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Lundi 3 novembre 2008
Texte fondateur de la coopérative participative

Une chouette initiative pour ceux/celles qui souhaitent soutenir les producteurs locaux et participer à construire des alternatives face aux réseaux de distribution agro-alimentaire.

Une démarche ancrée dans des réflexions et des pratiques anticapitalistes :

L’engagement au sein de la coopérative participative s
inscrit avant tout dans une démarche politique. Face à la dictature des réseaux de distribution agro-alimentaire et de consommation de masse, nous pensons quil est nécessaire de construire des alternatives de résistance créatrices refusant le système capitaliste et mettant en actes des principes de solidarité, dégalité et dautogestion permettant ainsi une cohérence plus grande entre nos idéaux et notre comportement au quotidien.

La coopérative participative d
achat permet détablir un lien direct entre producteurs-trices et coopérateurs-trices, dutiliser et de mettre en place des réseaux alternatifs et davoir accès à des produits de qualité et de saison (bio ou cultivés selon des valeurs respectant lenvironnement et les personnes) pour toutes et tous.

Ainsi, nous pensons que le progrès ne réside pas dans une agriculture techniciste et scientiste. Au contraire nous défendons l
idée dune agriculture de proximité qui doit retrouver toute sa place dans une réorganisation spatiale des villes et des campagnes, dans le refus de la segmentation des activités humaines, dans le fait que léchange redevienne un acte social et non plus marchand.

La coopérative s
inscrit également dans une démarche anti-productiviste refusant lagriculture industrielle intensive utilisant des outils biotechnologiques comme les organismes génétiquement modifiés (OGM), les herbicides, fongicides et pesticides chimiques ; elle défend une agriculture paysanne autosuffisante. En outre, la coopérative sera vigilante aux conditions délevages (bien-être des animaux).

La coopérative s
approvisionne en sappuyant sur une agriculture locale. Pour les produits qui ne peuvent être produits localement, la coopérative pourra développer des liens au niveau hexagonal ou international et un échange direct avec des associations ou coopératives qui défendent la même éthique.

La coopérative sera attentive aux conditions sociales et économiques chez les producteurs-trices et refuse le recours aux emplois précaires et contrats obligatoires.

Principes de fonctionnement :

Au-delà de baisser les coûts en achetant de manière groupée, la coopérative participative implique une participation active et responsable de chacun-e au fonctionnement sans toutefois entraîner un investissement disproportionné.

Le principe de la coopérative participative doit permettre de ne pas reproduire un fonctionnement centralisé, marchand basé sur les mêmes schémas que le commerce classique et sur un comportement de consommation passive. C
est dans ce sens que nous avons décidé de ne pas nous constituer juridiquement mais de conserver une forme dassociation libre entre ses membres. La coopérative nexerce aucun bénéfice entre le producteur-trice et le coopérateur-trice et développe des rapports déchanges non marchands entre lensemble des coopérateurs-trices (solidarité, mutualisation des moyens, transmission et échanges de savoirs). Tous les dons et participations sont réutilisés pour le fonctionnement de la structure.

Le fonctionnement est basé sur un découpage géographique en modules de 10 foyers maxi (foyer : unité de vie sous un même toit). La petite taille de chaque module, structuré de manière autogérée en interne, facilite les échanges et l
organisation entre coopérateurs-trices. Dans chaque module, un calendrier définit le(s) référent(es) du module pour chaque mois. Chaque mois, les référents de tous les modules sorganisent et se chargent : de répartir largent et daller chercher les produits chez les producteurs ou de réceptionner les livraisons, de les «conditionner» et enfin dorganiser la livraison à ses camarades de modules.

Le fonctionnement participatif de la coopérative implique des réunions régulières des coopérateurs-trices au sein de chaque module. De la même manière, afin de décider collectivement des orientations politiques et organisationnelles, les coopérateurs-trices s
engagent à se réunir régulièrement et selon les besoins en Assemblée générale plénière qui fonctionne sur les bases de la démocratie directe et participative (1 personne = 1 voix, tours de parole). Dès lors, lAG, fédération des modules, est souveraine quant à ses décisions qui sappliquent donc à lensemble des modules de la coopérative. De plus, lAG est également un espace permanent de réflexion, de questionnements.

Enfin, nous pouvons espérer que ce système de coopérative puisse être décliné à d
autres secteurs que celui de lalimentation. Nous espérons aussi avoir un objectif pédagogique en communiquant son expérience pour générer de nouvelles initiatives, créatrice, autogérées et associées librement.

Coopérative participative
c/o B17, 17 rue Paul Bellamy, 44000 Nantes.
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Jeudi 2 octobre 2008

Les collectifs québécois de la NEFAC sont en pleine redéfinition. En effet, les sections québécoises et américaines de la fédération ont décidé de former deux organisations solidaires mais indépendantes. Les 22 et 23 novembre, nous tiendrons un congrès dans la Métropole qui sera l’occasion d’adopter le manifeste et la constitution d’une nouvelle organisation communiste libertaire québécoise. Nous voulons profiter de l’occasion pour entamer un dialogue avec des camarades proches de nous et voir s’il est possible de faire un bout de chemin ensemble et d’intégrer plus de militantEs au processus dans toutes les régions du Québec.

Notre base d’unité

En une petite décennie de luttes, une organisation communiste libertaire sérieuse a enfin réussi à s’implanter au Québec. En soi c’est déjà une victoire, mais il y a encore beaucoup de chemin à faire, selon nous, avant de voir émerger dans la province le type d’organisation révolutionnaire que nous préconisons. Pour assurer le développement de l’anarchisme organisé au Québec, une stratégie impliquant plusieurs tâches à mener de front s’impose. Il s’agit d’enraciner une organisation révolutionnaire militant pour des mouvements sociaux combatifs et pour l’émergence d’une gauche libertaire large et ouverte.

Mais d’abord, de quel type d’organisation parlons-nous ? L’organisation, telle que nous la concevons, est l’un des moments des luttes sociales. C’est une assemblée de militantEs sur la même longueur d’onde, un lieu de confrontation et de synthétisation d’idées et d’expériences sociales et politiques. Ce n’est pas un groupe secret, un club privé ou un groupe d’affinité mais une organisation publique dont on peut devenir membre si on est d’accord avec ses positions. L’organisation est nécessaire pour partager des ressources, rompre avec le localisme et maximiser l’impact des pratiques libertaires en coordonnant nos activités politiques. L’expérience nous a amené à adopter les principes d’organisations plateformistes, c’est-à-dire une organisation efficace qui repose sur :
— L’unité théorique et tactique,
— Le fédéralisme et la démocratie directe,
— La responsabilité collective.
Nous n’avons pas une approche dogmatique de la «Plateforme d’organisation des communistes libertaires», le document de base du «plateformisme» ; c’est le point de départ de notre pratique et non le point d’arrivée. Concrètement, la recherche d’unité et de cohérence est un processus permanent qui se vit au travers de débats internes. Le fédéralisme et la démocratie directe nous permettent d’atteindre un certain équilibre entre autonomie et force collective. Ce qui est commun est collectivisé et contrôlé démocratiquement par l’ensemble de l’organisation mais les militantEs gardent leur pleine autonomie politique et organisationnelle dans leur militantisme local. La responsabilité collective signifie que les membres de l’organisation participent aux débats internes et à la prise de décision mais doivent se rallier aux positions majoritaires. Bref, les militantEs sont solidaires des positions et des campagnes adoptées et y participent.

Reconquérir une base sociale

À chaque fois que l’anarchisme a joué un rôle dans d’autres pays, il y avait des anarchistes organiséEs et profondément enracinéEs. Que ce soit en Espagne, en Ukraine, en France ou au Mexique, on trouve un anarchisme organisé présent dans la plupart des localités et tous les quartiers des grandes villes, une activité intense dans tous les mouvements sociaux, une presse vivante et diversifiée. On peut dire que dans tous les cas où l’anarchisme a compté, il y avait un enracinement et une base sociale au mouvement. C’est ce qui fait défaut à l’anarchisme québécois et c’est ce que nous voulons changer.

Il y a longtemps que le mouvement anarchiste québécois est un phénomène générationnel impliquant essentiellement des jeunes. Chaque nouvelle génération militante chasse la précédente et doit pratiquement réinventer la roue. Pour réussir à reconquérir une base sociale, les communistes libertaires doivent relever le double défi de l’enracinement et de l’insertion sociale sur le moyen et long terme. Si nous n’arrivons pas à développer une présence militante dans les luttes de notre classe, nous n’avons aucune chance. Il est temps de reconsidérer une forme de militantisme fondamentale : l’action de masse des mouvements sociaux dans les quartiers, les écoles, les campus, les lieux de travail, etc. C’est peut-être moins glorieux qu’un certain militantisme «radical» mais c’est incontournable pour s’inscrire dans la durée et construire un courant ouvert sur l’ensemble des réalités de notre classe.

L’anarchisme organisé n’a pas à être confiné aux ghettos militants. Il doit s’épanouir dans les quartiers et les lieux de la vie quotidienne. Le mouvement anarchiste doit aussi sortir des grandes villes et s’implanter sur tout le territoire. Pour consolider l’anarchisme dans notre classe, nous sommes prêtEs à aller là où nous ne sommes pratiquement jamais alléEs : dans les petites villes de la province.

Nous nous engageons à soutenir matériellement et moralement quiconque voudra intégrer un groupe existant de la nouvelle organisation ou en développer un dans sa ville. Refonder l’anarchisme organisé et en faire une force qui compte dans la société n’est pas une mince affaire… Si ça vous intéresse et que vous voulez avoir votre mot à dire, c’est le bon moment. Toutes les contributions sont les bienvenues !

Extrait du numéro 22 du journal Cause commune
(à paraître début octobre)
Collectif anarchiste La Nuit (NEFAC-Québec).


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Samedi 26 juillet 2008
Interview de John Holloway

Changer le monde sans prendre le pouvoir [Syllepse, 2008] a suscité de violentes réactions à la gauche de la gauche. La thèse défendue contrarie : penser la révolution en terme de parti et de prise de pouvoir mène à un échec inévitable. Discussion avec John Holloway, philosophe irlandais installé au Mexique depuis 1991…

Hello John, tu es proche des zapatistes, à ton avis que peut apporter la théorie politique à un mouvement comme le leur ?
John Holloway :
Antonio García de León [Historien, auteur de Resistencia y utopia, Era, 1998] a fait remarquer dès les premiers jours de l’insurrection zapatiste que cette révolte venait de l’intérieur de nous-même. En disant qu’ils veulent construire un monde nouveau sans prendre le pouvoir, ils nous ont lancé un défi pratique et théorique. Les tentatives pour changer le monde en prenant le pouvoir ont échoué. Alors comment s’y prendre ? Il n’y a pas de modèle préexistant.

Ici, en pleine commémoration de 68, la gauche semble incapable de penser les émeutes des cités, mais aussi le refus du travail salarié.
La gauche traditionnelle conçoit la lutte de classes comme une lutte entre le travail et le capital. Elle oublie que Marx insistait sur le caractère ambivalent du travail comme une clef pour comprendre le capitalisme. Il faisait la distinction entre le travail aliéné ou abstrait et l’activité vivante consciente ou travail utile — ce que je préfère appeler le «faire».
1968 était avant tout une révolte contre le travail aliéné, la révolte du «faire» contre le travail. En 1968, il devient clair que la lutte contre le capital est avant tout une lutte contre le travail. Au lieu de penser la lutte de classes en termes de «travail» contre «capital», il faut la penser en termes de «faire» contre «le travail et donc le capital». Voilà le défi : comment développer ici et maintenant une vie où nous pourrions faire ce que nous considérons comme nécessaire ou désirable, au lieu d’abandonner nos jours à un travail qui produit le capital ? C’est pourquoi l’idée de «chômeurs heureux» est si importante. En Argentine, les piqueteros [Mouvements de masse rassemblant les chômeurs d’un quartier ou d’une banlieue] les plus radicaux ne se battent pas pour l’emploi, mais pour une vie consacrée à «faire» ce qu’ils considèrent important. Si nous refusons de travailler c’est parce que nous voulons faire quelque chose de mieux de nos vies : rester au lit, sortir faire un tour avec le chien, jouer de la musique, organiser une révolution, qu’importe… Notre refus ouvre la porte à un «faire-autrement», et ce «faire-autrement» est l’avant-garde de notre lutte contre le capital. Cette lutte n’est pas seulement de la négation, mais de la négation-et-création, la création de quelque chose qui ne colle pas avec le capitalisme. Tant que nous ne parlons que de refus, nous autorisons le capital à fixer le planning.

Mais comment affirmer nos résistances, de l’émeutier de cité au chômeur qui se lève tard, face aux vieilles catégories de pensées ?
Nous avons tous nos hauts et nos bas, et parfois on se sent perdu, en particulier parce que nos luttes sont fragmentées. Je vois ça en termes de création de failles, d’espaces ou de moments dans lesquels nous disons : «Ici, dans cet espace ou ce moment, nous ne ferons pas ce que le capital veut que nous fassions.» Des failles plus que de simples espaces autonomes. Les failles s’agrandissent, courent, se creusent. Ces failles sont les espaces du «faire contre le travail». Si, comme la gauche traditionnelle, nous sommes aveugles à cet antagonisme, tout le reste suit : l’État, le pouvoir, le progrès, etc.

Pour toi, la prise de pouvoir est donc forcément un échec pour un mouvement qui souhaite changer le monde…
Je distingue deux types de pouvoir, le «pouvoir-sur» (le pouvoir du capital, le pouvoir de l’État…) et le «pouvoir-faire» : notre pouvoir de créer, de faire des choses, qui est forcément un pouvoir social puisque notre «faire» dépend toujours du «faire» des autres. Rejeter l’idée de prendre le pouvoir ne nous met pas dans un vide. Au contraire, cela signifie que nous ne devons pas prendre le «pouvoir-sur» mais construire notre «pouvoir-faire».

Dans ton livre, il est beaucoup question d’identités. Que t’inspire le repli identitaire ?
Le capitalisme nous pousse à nous identifier aux rôles qu’il nous fait jouer. Le mouvement contre le capital est nécessairement anti-identitaire. Un mouvement qui dit : «Non, nous sommes plus que ça !» Si on dit seulement «Nous sommes noirs, nous sommes femmes, nous sommes gays, nous sommes indigènes», alors on est piégé dans une logique qui nous réintègre dans la domination. Nous avons besoin de dépasser nos identités, d’affirmer et de nier dans un même souffle : nous sommes noirs et plus que cela, nous sommes femmes et plus que cela. Dès leur soulèvement, les zapatistes ont dit qu’ils se battaient pour les droits des indigènes mais aussi pour la création d’un monde nouveau basé sur la reconnaissance de la dignité.

Qu’est-ce qui peut donc nous rassembler ? Où se trouve notre force ?
Notre force, c’est que nous sommes des personnes ordinaires. C’est la chose la plus profonde que les zapatistes disent : «Nous sommes des hommes et des femmes, des vieux et des enfants ordinaires, donc nous sommes rebelles.» Si l’antagonisme central est entre le «faire» et le travail, la contradiction centrale du capitalisme est donc la frustration. La frustration engendrée est probablement l’expérience la plus profonde que nous partageons tous et toutes. Elle se transforme en explosions et nous apprend le langage de la révolte.

Propos recueillis et traduits par Julien Bordier & Juliette Goudeket
CQFD
no 57, juin 2008.
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Lundi 18 février 2008
Depuis l’été dernier, les deux grosses organisations trotskystes que sont la Ligue Communiste Révolutionnaire et Lutte Ouvrière semblent effectuer un revirement stratégique. D’un côté, LO envisage de se présenter sur des listes communes avec le PS, en vue des Municipales de mars prochain. De l’autre, Besancenot, le leader de la LCR lance un «appel pour constituer un nouveau parti», qui s’appuierait sur des «discussions locales dans les lycées, les facs, les quartiers», dans le but de fédérer ceux et celles qui luttent pour constituer une dynamique anticapitaliste.

La LCR est connue pour ses manœuvres politiciennes et son électoralisme, mais elle semble mettre de côté les Municipales et se concentrer sur les luttes. Inversement, LO qui est connue pour son implantation dans les entreprises, et son dogmatisme «révolutionnaire», veut des conseillers municipaux coûte que coûte. Ces nouvelles stratégies de la part de «l’extrême gauche» s’appuient sur des changements d’appréciation de la situation politique actuelle. Nous pensons qu’il est important d’analyser les évolutions du paysage «contestataire» français, d’autant plus que ne nous avons nous aussi des questions à nous poser, tant au niveau de la stratégie révolutionnaire globale que dans nos modes d’interventions au quotidien.

Le Nouveau Parti Anti Capitaliste : sur quelles bases ?


Bien que les dirigeants de la Ligue aient certainement des idées très précises sur ce qu’ils veulent, il est aujourd’hui très difficile de savoir comment peut se structurer le nouveau parti. Les militants répondent quasi systématiquement que le NPAC sera ce que les gens en ferons. «Tous ceux qui veulent en être pourront contrôler démocratiquement, de A à Z, la construction du nouveau parti anticapitaliste que nous voulons créer» affirmait Besancenot lors de l’ouverture du congrès de la LCR (24 janvier 08). L’idée fondamentale de ce nouveau parti est de fédérer les militants et militantes anticapitalistes et révolutionnaires. Le parti s’affirme comme étant dans la continuité du mouvement ouvrier. Dans les textes du congrès, il est dit que la LCR est favorable à ce que le NPAC s’affirme dans une nouvelle Internationale «anticapitaliste, révolutionnaire, démocratique, capable de formuler une politique pour la classe ouvrière pleinement indépendante». Lors d’une réunion parisienne, fin 2007, le «facteur» nous avait le coup du retour aux sources, en affirmant que les divergences qui avaient traversé le mouvement socialiste depuis la Première Internationale devaient être dépassées aujourd’hui. Il s’est même payé le luxe de citer «Louise Michel, l’anarchiste»… Il semble que le Nouveau parti ait des visées hégémoniques sur le mouvement social. Aussi, on a parfois l’impression qu’ils veulent prendre la place du PCF d’autres fois celle laissée vacante par le PS, ou sinon devenir la force issue du «Non de gauche à la constitution européenne». En fait, ils jonglent habilement entre un réformisme anti-libéral et des positions vaguement marxistes. Le NPAC vise «les secteurs de la jeunesse et du monde du travail les plus avancés dans le combat anticapitaliste». Leur éventail de personnes à convaincre est large : depuis les militants actifs du milieu étudiant, aux militants des SUD ou de la FSU et certains syndicats CGT. Puis ils s’adressent aux «courants issus de la crise du PS et du PCF, les Collectifs anti-libéraux, les équipes du mouvement social et du mouvement syndical, les révolutionnaires dont Lutte Ouvrière» et ce, surtout localement. Les «libertaires» sont aussi taquinés et notamment Alternative Libertaire qui frétille tel un goujon depuis qu’elle a droit a une tribune sur le site internet de la grande sœur trotskyste. Le NPAC entend mettre la question sociale au «centre» de son programme. Cela concerne la «défense générale des intérêts et revendications des travailleurs, le féminisme, l’écologie, les droits de la jeunesse, ceux des populations immigrées et de tous les secteurs discriminés — et la question démocratique (défense de tous les droits démocratiques, rupture avec la Ve République, élection d’une Assemblée constituante, contrôle des travailleurs et de la population, pouvoir à des assemblées élues dans les communes et les entreprises…).»

On ne peut que constater que la LCR n’entend pas renier ses fondamentaux communistes. Pour autant, ils s’inscrivent plus dans la continuité de la gauche parlementaire française que dans la lignée des grosses organisations révolutionnaires. «Un tel parti à une influence de masse, s’adresse à tous ceux et celles qui veulent construire ou reconstruire une nouvelle force politique vraiment à gauche, dans le camp des travailleurs.»

Aussi, Besancenot met souvent en avant la nécessité (pour les travailleurs) de voir appliquer rapidement son «programme d’urgence». Cela consiste en quelques mesures «clef en main» telle que les 32 heures, l’interdiction des licenciements collectifs, la défense des services publics…

Aussi, le nouveau parti entend se faire sa place en se distinguant totalement du PS «social liberal»… et en pratiquant à outrance un anti-sarkozysme primaire.

Après avoir «Osé Bové», Olivier veut «Niquer José» ?

Que ce soit par les différentes initiatives auxquelles a participé la LCR récemment, ou par les problématiques abordées dans sa propagande «grand public», on se rend compte que le rayonnement culturel de la Ligue se fait plutôt chez les alter-mondialistes et les anti-libéraux. Le parti se veut avoir comme perspectives le changement de société. Pourtant, les stratégies annoncées n’apparaissent pas ou très peu comme révolutionnaires. En apparence la LCR semble moderniser la question sociale, en adaptant son discours à la «conscience des masses» (sous prétexte que les masses ne seraient pas capable de comprendre ce qu’est la plus value ou les Soviets). En réalité, ils nous refont toujours et encore le coup du réalisme politique, en se contentant de défendre le compromis capital-travail issus des 30 glorieuses, sans autres perspectives concrètes que «d’être le porte parole des luttes pendants les élections».

Par exemple, lors d’un comité local sur une fac, les JCR (organisation «de jeunesse» liée à la LCR) mettait en avant la défense inconditionnelle du service public, présenté comme un «début de socialisme»…

Bien sûr il ne faut pas oublier ce qui s’est passé durant la campagne électorale. L’appel de Besancenot est dans la continuité des Comités du non à la constitution dont la LCR s’est fait largement l’écho (et s’était largement satisfaite de leur existence). À l’époque, l’accord s’était fait sur des perspectives aussi creuses que le «non antilibéral à la constitution de Chirac» et, dans les faits, n’avait pas été moteur de quelque dynamique sociale que ce soit. Pendant la lutte contre le CPE, chaque chapelle (Attac, PCF, les Alternatifs, etc.) était retournée à ses stratégies propres, de peur de louper quelque chose et, bien sûr, pour tirer la couverture à soi. Tout ce petit monde s’était ensuite re-re-trouvé pour préparer les élections présidentielles. Mais là, les enjeux de pouvoir sont ressortis comme jamais. Tout le monde voulait être «unitaire» mais chacun cherchant à faire passer ses idées (et son ou sa porte parole) avant les autres, la LCR la première. Tout cela a donné ce que l’on sait. Étant donné que Besancenot est celui qui s’en est le mieux sorti (près de 5%), sa formation remet aujourd’hui sur le tapis la dynamique unitaire dont tout le monde rêve. Mais cette fois, la ligue met clairement ses conceptions et son porte parole comme préalable à l’unité.

Pourquoi LO ne les rejoint pas ?

Lutte Ouvrière est une organisation vieillissante. Ses dirigeants commencent à se rendre compte que leur rigidité dogmatique fait peur à tout le monde. Ils se préparent actuellement à remplacer la vieille Arlette et commencent à aborder des sujets un peu plus larges que les seuls combats ouvriers. Par exemple, ils publiaient en septembre dernier un article intéressant sur l’écologie dans leur journal théorique. Lors de leur congrès de décembre 2007, ils ont questionné leur «rayonnement politique». C’est bien connu, tous les étés, LO traverse le pays avec ses «caravanes», à la rencontre du prolétariat. Et bien maintenant, ils tenteront de le faire tous les deux mois quand c’est possible. Un des fers de lance de leur implantation locale est d’avoir des conseillers municipaux. Pour arriver à leurs fins ils sont prêts à des listes commune avec le PS et le PC comme à Ivry-sur-Seine (94), et ce «dès le premier tour». Ils comptent se présenter dans plus de de 128 communes. Comme l’évoquent les militants de leur Fraction, les candidatures de LO risquent de ne servir que de faire valoir d’extrême gauche, dans les mairies PCF pour pouvoir résister au PS. Inversement, si le PS accepte l’extrême gauche sur certaines listes, ce n’est que pour affaiblir son rival communiste. C’est bien dommage pour des trotskystes que de faire le jeu à la fois des staliniens et des sociaux-démocrates !

La LCR, pour sa part, se dit prête à se présenter dans 180 villes, sur des listes indépendantes, qui peuvent éventuellement fusionner au second tour. Elle compte sur les militants pour recruter des gens à mettre sur les listes (par exemple les copains-copines des militants dans certains quartiers !). Ces listes ne semblent pas relever d’enjeux fondamentaux pour la Ligue, mais semble n’être qu’un outil de plus pour lancer et populariser le nouveau parti. Au contraire, LO mise beaucoup sur ces élections. D’après eux, les conseillers municipaux ont un rôle important et permettent par exemple de faciliter le soutien aux grèves locales, comme en obligeant une mairie de gauche à soutenir financièrement des grévistes, ce qu’ils auraient déjà permis… Sur le terrain, le discours est tout autre. Une candidate LO sur une liste commune en banlieue parisienne explique sa candidature ainsi : «Face à la droite, même si la ville ne peut pas tout pallier, nous voulons contribuer à améliorer la vie des gens»… avec le PCF, le PS et les subventions de l’État…

Il est intéressant de voir que LO ne suit pas la dynamique lancée par la LCR, en argumentant que ce n’est pas le Parti dont ils rêvent, qu’ils ne parlent pas explicitement de révolution communiste. Bien qu’ils souhaitent au Nouveau parti de réussir, on sent un léger mépris paternaliste : «Certains s’engagent dans des ONG pour intervenir dans des pays sous développés, d’autres le font plus près de chez eux pour aider les Sans papiers ou les Sans logis, d’autres, simplement outrés par les mesures du gouvernement souhaitent s’y opposer selon leurs moyens. Et ce serait une bonne chose qu’à défaut d’être révolutionnaire, ils puissent trouver une organisation importante, vaste, susceptible d’agir et qui corresponde à leurs idées» (texte du congrès). De fait Lutte Ouvrière préfère se replier sur ses acquis : l’implantation dans les entreprises et une formations rigoureuse (et dogmatique) de militants recrutés à la sortie des grandes écoles.

Au niveau de ses axes politiques, LO semble rejeter l’anti-sarkozysme et préfère se concentrer sur une analyse de l’hégémonie politique de la droite. L’organisation d’Arlette semble comprendre qu’il y a un enjeu à défendre sans concession un programme de lutte de classe, plutôt que de se placer sur le terrain de la gauche de la gauche. Ils font le choix de développer leurs acquis, jouant sur le fait que la radicalisation de la droite attirera le prolétariat vers «son vrai parti»… La Ligue elle, on l’a vue, fait le choix du «pragmatisme» de gauche.

Vers une stratégie révolutionnaire unitaire ?

La question que l’on pourrait ainsi se poser est : doit on se méfier du Nouveau parti et continuer nos affaires dans notre coin ou bien tout plaquer et rejoindre les camarades dans un grand élan de spontanéité «unitaire»… ? Bien évidemment l’un ou l’autre de ces choix serait trop simple. Nous avons déjà évoqué à plusieurs reprises que l’unité, même seulement chez les libertaires a valeur de mythe. Il ne serait pas sensé de croire que tout les militantEs «anticapitalistes» peuvent lutter dans la même organisation. Pour répondre à Besancenot, les divisions qui traversent le mouvement ouvrier depuis la Première Internationale relève d’enjeux fondamentaux. Il ne peut, par exemple, y avoir de conciliation entre ceux qui sont prêts à défendre l’État par anti-libéralisme et ceux qui veulent en finir le plus vite possible avec lui. À ce sujet la question de la défense du service public est fondamentale… Pour nous, des militants révolutionnaires conséquents ne peuvent pas faire l’impasse sur l’analyse du service public comme étant une nécessité du capitalisme, plus ou moins forte suivant les époques. Les classes populaires on évidemment tout à craindre d’une défaillance de celui-ci, mais, un discours révolutionnaire se doit, au moins, de proposer de dépasser la gestion étatique des besoins de la société plutôt que de défendre un statu quo avec la bourgeoisie. Si un jour une situation révolutionnaire se présente, on peut se permettre de douter qu’un Parti qui risque de faire plus de 10% aux élections, d’avoir des députés, voire des mairies, nous suive et plaque tout ce qu’il a réussi à construire au sein des institutions… Pourtant, les communistes savent que seuls les conseils révolutionnaires (d’entreprise, de quartier) peuvent être l’avenir des exploités.

Pour autant, plutôt que de railler de la proposition de la LCR nous nous devons de suivre cela de près car il se peut que le NPAC devienne un espace important de la recomposition du mouvement social. Nous n’avons pas à en avoir peur puisque, a priori, cette organisation véhiculera tout de même des perspectives de rupture, et surtout la nécessité de lutter. Ils contribueront certainement à renforcer la visibilité politique des «anticapitalistes» dans la société, ce qui serait un point d’appui pour l’émergence d’un mouvement social révolutionnaire. Au moins, la Ligue pose concrètement les questions de l’organisation, et de l’émergence d’un discours politique conséquent pour les luttes, questions qui sont fondamentales.

Quant à LO, il y a de fortes raisons que l’on se retrouve (comme souvent) à leur côté pour développer des positions de classe dans des luttes. De plus, même au sein d’un Nouveau parti, il y a de fortes chances que les militants de la Ligue gardent leur stratégie d’opposition syndicale avide de prise de pouvoir au seins des directions (notamment dans l’Union Solidaires, où il devrait rapidement y avoir un certain nombre d’enjeux). Alors, nous ne pourrons que nous satisfaire si les militants de LO prônent comme nous, une autre approche de la lutte dans le monde du travail. D’autant plus que si le NPAC veut regrouper large, cela comprendra tout un tas de carriéristes et d’apprentis bureaucrates qui n’ont que faire de l’évolution du rapport de force entre les classes, et préfèreront développer leur propre organisation pour elle-même et leurs ambitions, plutôt que des perspectives communistes et révolutionnaires.

Séba, OCL-banlieue rouge (pâle), 24 janvier 2008
Courant alternatif no 177, février 2008

Sources : Lutte de classe, spécial 37e congrès, décembre 2007 (Bimensuel théorique de LO) ; Convergences révolutionnaires, no 55, janvier 2008 (Bimensuel théorique de la Fraction de LO) ; Textes des plateformes aux congrès de la LCR (dispo sur leur site) ; Différents textes, tracts, interviews, meetings et discussions…
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Mercredi 9 janvier 2008
Le traumatisme de la Première Guerre mondiale, l’expérience de la révolution russe et l’échec de la vague révolutionnaire de 1919-1920 en Europe ont entraîné de profondes remises en question pour le mouvement ouvrier.

L’anarchisme n’y a pas échappé, et plusieurs tentatives de rénovation théorico-pratique ont existé à partir de 1919, que ce soit avec le «premier Parti communiste» de Raymond Péricat ou avec la Fédération communiste libertaire du Nord (FCL) de Georges Bastien [
David Berry, A History of the French Anarchist Movement 1917-1945]. En Italie, c’est la revue Pensiero e Volontà animée par le vieux Malatesta, Fabbri et Camillo Berneri, qui s’est attaquée à la doxa kropotkinienne. La dernière de ces tentatives, la Plate-forme des anarchistes russes en exil, publiée en juin 1926, est la plus aboutie et la plus ambitieuse. C’est également celle qui va déchaîner le plus de polémiques.

Dans les années 1920, la France est une terre d’asile pour les révolutionnaires persécutés de toute l’Europe et, parmi elles et eux, ce sont incontestablement les anarchistes russes et ukrainiens, auréolés de leur participation à la plus grande révolution des temps modernes, qui polarisent les discussions. Il s’agit entre autres de Voline, Piotr Archinov, Ida Mett, et Nestor Makhno, l’ex-commandant de l’armée insurgée d’Ukraine, la «Makhnovstchina». Ils et elles forment le «Groupe des anarchistes russes à l’étranger» et animent la revue Diélo Trouda («La Cause du Travail»).

Le Diélo Trouda dresse un bilan sans concession du mouvement anarchiste, stigmatisant l’éparpillement et la désorganisation qui, en Russie, l’ont mené à sa perte. S’attachant à y remédier, le groupe édite en juin 1926 une brochure de 16 pages intitulée Plate-forme organisationnelle de l’union générale des anarchistes, sous-titrée «projet». Son édition en français — Voline en est le traducteur — témoigne de la volonté de porter d’emblée le débat hors du milieu russe en exil et de percuter le mouvement libertaire international. Cet opuscule est le point de départ de la polémique.

Un texte dans l’air du temps

La Plate-forme est bien accueillie dans l’Union anarchiste communiste, l’organisation française à laquelle Makhno et Archinov vont bientôt adhérer. L’organisation est elle-même en pleine évolution. De façon presque concomitante à la publication de la Plate-forme, elle a adopté, en congrès à Orléans, un manifeste à forte dominante communiste libertaire. Encore un an, et l’UAC va adopter officiellement les thèses de la Plate-forme, lors de son congrès de Paris, fin octobre 1927. Elle se rebaptise à cette occasion Union anarchiste communiste révolutionnaire (UACR).

Cela faisait plusieurs années que l’UAC mûrissait en ce sens, la majorité se lassant de voir certains groupes adhérer «en touristes», venir dans les congrès comme au spectacle, et en repartir sans volonté de mettre en application les orientations débattues [
Jean Maîtron, Le Mouvement anarchiste en France, tome II]. Désormais, il est précisé que l’UACR «n’accepte pas en son sein les anarchistes individualistes même partisans de l’organisation» [Le Libertaire, 19 novembre 1927]. L’organisation réaffirme son caractère fédéraliste ; les cotisations régulières deviennent la règle ; une commission administrative est mandatée, chargée de veiller à la mise en œuvre des décisions décidées en congrès.

Cette transformation va toutefois se faire au prix d’une scission. Il faut dire que, sept mois avant le congrès, une violente polémique avait éclaté au sujet de la Plate-forme.

En avril 1927 a paru un pamphlet de 40 pages couramment appelé Réponse à la Plate-forme et signé de plusieurs Russes dont, au premier plan, Voline [
Le fait que Voline soit le traducteur de la Plate-forme en même temps que son principal détracteur n’a pas manqué de soulever l’indignation à l’époque. Il fut notamment accusé de traduction déloyale, pour donner au texte une tournure assez autoritaire. Dans son étude de 1987, Alexandre Skirda, russophone, atteste que la traduction de Voline était effectivement tendancieuse.]. Le ton de la brochure est particulièrement violent puisqu’il y est asséné que les plate-formistes veulent rien moins que «bolcheviser» l’anarchisme ! Chaque point de la Plate-forme y est décortiqué et réfuté. Le caractère de classe de l’anarchisme ? Il est nié, l’anarchisme étant également une conception «humanitaire et individuelle». La partie constructive de la Plate-forme ? C’est un déguisement de la «période de transition» étatique à la sauce léniniste. Les principes organisationnels sont, eux, assimilés à de la discipline de caserne. Même la défense de la révolution, inspirée de la Makhnovstchina, est réprouvée. Les auteurs de la Réponse y voient la «création d’un centre politique dirigeant, d’une armée et d’une police se trouvant à la disposition de ce centre, ce qui signifie, au fond, l’inauguration d’une autorité politique transitoire de caractère étatique» [Cité dans Alexandre Skirda, Autonomie individuelle et force collective, 1987].

La Réponse, enfin, développe une idée, déjà exprimée par Voline depuis quelques années, mais qui va faire florès. L’anarchisme serait divisé en trois courants : communiste libertaire, anarcho-syndicaliste et individualiste. L’objectif devrait être de les réconcilier pour accoucher d’une «synthèse» qui serait la base de l’anarchisme moderne [
Gaetano Manfredonia, «Le Débat Plate-forme/Synthèse» in Itinéraire no 13]. Mais tant que ce travail de synthèse théorique n’aurait pas été effectué, il ne faudrait surtout pas d’organisation anarchiste.

Après la publication de ce fascicule, la controverse s’emballe. S’étalant largement dans la presse anarchiste, elle va faire rage jusqu’en 1931.

«Bolchevistes» contre «dilettantes»

Si Makhno et Archinov balaient sans trop de peine les accusations de bolchevisme — n’oublions pas le prestige qui entoure l’épopée de la Makhnovstchina — ils vont plus loin et s’attaquent au postulat fondamental de Voline, à savoir l’existence des trois courants d’une même famille anarchiste. Pour eux, si les anarchistes appartiennent à une famille, c’est exclusivement à celle du mouvement ouvrier, à ses valeurs, à ses luttes, à ses organisations de classe. Les individualistes se situent en-dehors du mouvement ouvrier, donc en-dehors de l’anarchisme. Les passages de la Réponse sur la nécessaire synthèse théorique ne sont que palabres dilatoires : «Au lieu de nous menacer pour la cent et unième fois de produire un travail théorique approfondi, les auteurs de la Réponse ne feraient-ils pas mieux d’entamer cette besogne, la mettre au point et l’opposer à la Plate-forme ?» s’agace Archinov.

Au bout du compte, les plate-formistes dénoncent dans la Réponse une opposition factice, uniquement motivée par une résistance paresseuse à «l’esprit d’organisation». Ainsi, à l’accusation de «bolchevisme» des uns, répond celle de «dilettantisme» des autres. Les termes essentiels du débat sont dès lors installés, et ils ne vont plus guère varier.

Après la scission de l’UACR, les opposantes et les opposants à la Plate-forme se regroupent dans une relativement ectoplasmique Association des fédéralistes anarchistes (AFA). Leur chef de file, Sébastien Faure, s’efforce de lui donner un contenu doctrinal en publiant en 1928 un texte fondateur : La Synthèse anarchiste. Dans cette brochure de 16 pages, Sébastien Faure compare l’anarchisme à «ce que, en chimie, on appelle un corps composé […] : l’anarcho-syndicalisme, le communisme libertaire et l’individualisme anarchiste. Sa formule chimique pourrait être S2, C2, I2. Selon les événements, les milieux […], le dosage des trois éléments est appelé à varier. […] S3, C2, I1 ; ou bien S2, C3, I1 ; ou encore S1, C2, I3 […]. Mais toujours est-il que ces trois éléments […] sont faits pour se combiner et pour constituer, en s’amalgamant, ce que j’appelle : “la Synthèse anarchiste”.» [
Sébastien Faure, La Synthèse anarchiste]

Cette conception quelque peu puérile est une déformation de la pensée de Voline. Alors que le Russe reconnaissait qu’une clarification de l’anarchisme était nécessaire (mais pas avec la méthode plate-formiste), Faure estime que cette clarification n’est pas souhaitable. Non sans un certain sentimentalisme, il porte au pinacle l’éclectisme que son modèle semble figer définitivement en l’état.

Voline avait inventé le terme de «synthèse». Avec Sébastien Faure, le «synthésisme» est né.

L’UACR, de son côté, ne restera pas longtemps plate-formiste. L’habit était séduisant, mais à l’usage il se révèle trop rigide pour une petite organisation qui traverse alors la plus sévère période de vache maigre depuis sa fondation. Elle abandonne la Plate-forme dès le congrès de 1930. La controverse, elle, s’éteint aux alentours de 1931. Elle sera ensuite escamotée par d’autres préoccupations : la montée du fascisme, le Front populaire, la Révolution espagnole, la guerre.

Dépassement et persistance du débat

En 1931, le débat sur la Plate-forme semble donc enterré. Définitivement ? Pas exactement. Car la controverse ne s’est pas réduite pas aux passes d’armes entre Makhno, Archinov et Voline. Pour en saisir les ressorts profonds, il faut considérer le théâtre principal de l’affrontement : l’UAC et son hebdomadaire, Le Libertaire. Le contexte des années 1925 à 1930, qui est celui d’une forte régression des luttes et du mouvement ouvrier, était propice aux déchirements internes. Toutes les militantes et les militants les plus en vue de l’UAC se sont jetés dans la bataille. Les articles vengeurs ont succédé aux réponses cinglantes. La polémique a largement dépassé l’exégèse de la Plate-forme : elle a révélé un clivage bien plus profond, qui touchait à la nature même de l’anarchisme.

Il faut comprendre que la controverse de l’époque — qui aujourd’hui encore, dans certains pays, n’est pas épuisée — était due moins au contenu du texte lui-même, qu’à une question cyclique qui se pose à l’anarchisme : savoir s’il doit être un mouvement politique ou un milieu culturel. Ce litige était bien antérieur à la Plate-forme, mais celle-ci lui a donné son aspect définitif.

C’est sans doute la raison pour laquelle elle va connaître une longue postérité. Cette Plate-forme, qu’en 1931 tout le monde pensait enterrée, sera régulièrement exhumée par la suite. Et à chaque fois, ce sera moins pour son contenu que pour se démarquer du magma communautaire et marginaliste où l’anarchisme s’est parfois enlisé. Les jeunes communistes libertaires des FA française et italienne la redécouvriront avec ferveur en 1949-1950. Les fondateurs de l’Organisation révolutionnaire anarchiste (ORA) en 1965-67. Ceux et celles de l’ORA britannique attendront 1973 pour la lire [
«Anarchist communism in Britain, 1870-1991», in Organise ! no 42, printemps 1996]. Elle sera de nouveau brandie par les jeunes organisations libertaires qui se créeront dans les deux Amériques au cours des années 1990. «Nous sommes plate-formistes !» annonçait ainsi fièrement Ruptures, le périodique francophone de la Nefac canadienne en octobre 2001.

En France le débat ne s’est apaisé que dans les années 1990. René Berthier ou Gaetano Manfredonia ont proposé des approches dépassionnées de la question [
René Berthier, «À propos des 80 ans de la Révolution russe», Le Monde libertaire, 18 décembre 1997]. La très synthésiste Fédération anarchiste (FA) s’est en réalité éloignée du catéchisme de Sébastien Faure. L’Union des travailleurs communistes libertaires (UTCL), constituée en 1976, avait pour sa part rapidement évoluée vers un dépassement de la Plate-forme dont elle retenait davantage l’esprit que la lettre — Alternative libertaire se situe dans cette continuité.

Guillaume Davranche, AL Paris-Sud
Alternative libertaire, décembre 2007


La Plate-forme : un but, une méthode
La Plate-forme est composée de trois parties : une «partie générale», sur le capitalisme et la stratégie pour le renverser ; une «partie constructive», sur le projet communiste libertaire ; une «partie organisationnelle», sur le mouvement anarchiste lui-même.
I. La «partie générale» affirme que l’anarchisme n’est pas une «belle fantaisie ni une idée abstraite de philosophie», mais un mouvement révolutionnaire ouvrier. Elle propose une grille d’analyse reposant sur le matérialisme et la lutte des classes comme moteur de l’histoire. Dans une situation révolutionnaire, l’organisation anarchiste doit proposer une orientation «dans tous les domaines de la révolution sociale : [celui de] la nouvelle production, celui de la guerre civile et de la défense de la révolution, de la consommation, de la question agraire, etc. Sur toutes ces questions et sur nombre d’autres, la masse exige des anarchistes une réponse claire et précise.» L’enjeu étant de «relier la solution de ces problèmes à la conception générale du communisme libertaire».

II. La «partie constructive» propose justement un projet société transitoire. La production industrielle devra suivre le modèle des soviets fédérés.
    Pour ce qui est de la consommation et de la question agraire, la
Plate-forme se démarque du «communisme de guerre» de Lénine, qui consistait à spolier les campagnes pour nourrir les villes : «ce seront les paysans révolutionnaires qui établiront eux-mêmes la forme définitive de l’exploitation et de l’usufruit de la terre. Aucune pression du dehors n’est possible dans cette question.» La Révolution espagnole, dix ans plus tard, apportera des réponses pratiques à cette question sur laquelle la Plate-forme reste prudente.
    Quant à la défense de la révolution, le modèle est — sans qu’elle soit citée — celui de la Makhnovstchina : «caractère de classe de l’armée», «volontariat», «libre discipline», «soumission complète de l’armée révolutionnaire aux masses ouvrières et paysannes». Ce que l’on retrouvera également dans les milices libertaires de l’été 1936.


III. Pour finir, la «partie organisationnelle» décline quatre «principes fondamentaux» pour une organisation anarchiste : 1. L’unité théorique ; 2. L’unité tactique ; 3. La responsabilité collective ; 4. Le fédéralisme.
    1) L’«unité théorique» : pour une rupture avec le côté «puzzle» de l’UAC, qui doit se définir clairement communiste libertaire. 2) L’«unité tactique» : que les militantes et les militants agissent de concert, pas de façon dispersée ni contradictoire. 3) La «responsabilité collective» est un appel à l’autodiscipline et à une rupture avec le consumérisme militant. 4) Avec le «fédéralisme», une instance fédérale, soumise au mandat impératif, doit veiller à l’application des décisions de congrès.
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Samedi 1 décembre 2007
Je voudrais aborder un vaste sujet : l’alcool et sa consommation. C’est un sujet qui est rarement posé sur le papier, et dont on parle pourtant de manière quasi permanente. Je ne m’inscris pas dans une démarche de santé publique ; j’aimerais tout simplement m’attarder sur les conséquences comportementales et les relations interpersonnelles induites par l’alcool, et donc par voie de cause à effet sur l’amenuisement et l’anéantissemnt de la force militante qui en résulte.

Dans de nombreuses cultures, l’alcool a souvent été l’un des meilleurs moyens pour s’évader. Certains ont alors découvert qu’il était aussi l’un des meilleurs moyens pour aliéner le peuple, l’opium étant à côté de lui un piètre concurrent… La réflexion me semble donc importante même s’il peut paraître incongru d’écrire sur ce sujet alors que tant d’oppressions, d’exclusions, d’exploitations, d’inégalités sévissent dans cette société capitaliste.

Alcool et dépendance
L’alcool, c’est quoi ? C’est un psychoactif, c’est-à-dire que, même en petites quantités, il agit sur le système nerveux central. Il a un effet dominant : c’est la drogue désinhibitrice par excellence, même si depuis on a inventé encore pire ! À celà s’ajoutent des actions euphorisantes, anxiolytiques, relaxantes. Il donne donc l’impression de se sentir «mieux», de perdre le contrôle de l’espace-temps, de rire, de pleurer, puisque les barrières inhibitrices s’effondrent. On a moins peur de réaliser ce qui d’habitude nous terrifie. Ces effets s’accompagnent d’une ribambelle de troubles neurologiques : perte de l’équilibre, analgésie, baisse des niveaux sensoriels, troubles cognitifs… s’ajoutent au tableau euphorisant. Nous sommes bien, toutes et tous, au courant de ces effets et l’on se met à boire non pas par goût mais bien à la recherche de ces effets-là. C’est la définition même de la dépendance, si opposée à la liberté !

L’alcoolisme colporte lui aussi, en son sein, l’oppression et l’enfermement. En effet, la personne alcoolique, déjà opprimée et enfermée par et dans sa dépendance, en arrive le plus souvent à opprimer et à enfermer les autres par et dans cette dépendance qui est pourtant la sienne. C’est pourquoi, si l’on s’inscrit véritablement dans une démarche révolutionnaire il devient alors impératif de se remettre en question.

C’est pour moi un long cheminement de réflexion après des années d’observation, d’écoute, d’accompagnement solidaire auprès d’individus en souffrance alcoolique ou de militants alcoolisés. Les comportements engendrés dans le cadre de l’éthylisme, notamment dans le milieu militant ou milieu dit «libertaire», me sont devenus désormais difficilement supportables.

D’ailleurs, que ce soit en milieu militant ou bien dans des concerts ou autres fêtes publiques ou privées, l’ambiance éthylique reste de toute façon toujours la même. La violence tout d’abord, ou du moins l’agressivité. Qui n’a pas ressenti ces pulsions caractéristiques de l’irritabilité alcoolo-induite ? Ce sentiment de domination, une surpuissance liée à une estime de soi décuplée, l’impression d’avoir raison de toute façon, sensation renforcée par les tierces personnes éventuellement présentes qui peuvent approuver nos choix, surtout si elles sont dans le même état d’imprégnation. Si l’agressivité verbale ne suffit pas, il reste la possibilité de passer aux actes ; tout se transforme rapidement en violence physique. Les bousculades, les insultes mêlées aux coups, sont monnaie courante, surtout quand la  raison  invoquée  est  partagée par les «spectateurs». On se sent alors  fort,  voire  indestructible, dominateur ! Non que la violence verbale ou physique n’existe pas dans les milieux non-alcoolisés ; seulement elle se manifeste de manière quasiment systématique si alcool il y a.

Pour ce qui est de la communication, chez certains, l’alcool induit des idées fixes, une cible bien précise sur laquelle l’alcoolisé va s’acharner. Le discours sera répété, parfois incompréhensible. Peu d’idées nouvelles seront développées alors que l’alcoolisé se sent lui très «performant» dans son discours. La même violence, la même communication difficile, les mêmes engueulades, les mêmes moqueries, les mêmes réflexions intolérantes, le même machisme latent, les mêmes comptes à régler parce qu’on est bourré et qu’on se sent plus fort…

Pour d’autres, c’est dans les moments d’alcoolisation que se font les preuves d’amitié, dans la relève des défis ; c’est à ces moments précis qu’il semble qu’on peut aller plus loin encore dans la relation à l’autre ou dans les paris les plus fous.

C’est toujours la désinhibition qui est recherchée, juste assez pour parler quand on n’y arrive pas. Juste assez pour avoir moins peur des autres… ça facilite les échanges et crée parfois des relations où il n’y en aurait pas eu… Qui parmi les timides, les mal dans leur peau, les coincés, les pseudo-dépressifs, les paumés, les phobiques sociaux ou tout ça à la fois, comme beaucoup d’entre nous, résisterait à cette facilité ? Qui ne désirerait pas tester cette drogue miracle qui guérit les angoisses et réduit la peur ?

Boire ou lutter, il faut choisir
Il est vrai que l’alcool  permet en plus d’oublier ce monde pourri, nos souffrances, celles des autres, cette société capitaliste recroquevillée sur ses lois, ses règles, ses privilèges.  Mais que voulons-nous ? L’oublier ? Ou la changer !

Comme tout un chacun j’ai besoin ponctuellement de m’éloigner des tristes réalités qui m’entourent, mais n’y a-t-il pas d’autres moyens que de s’enfermer dans un espace trouble, fictif, à la recherche d’un confort individuel ? Le confort et la sécurité de l’oubli, propose, sans créer, sans innover, sans lutter ; c’est une façon de se conforter dans un système établi.

Traditionnellement, l’alcool fait partie des normes imposées, et l’accepter s’inscrit dans une continuité culturelle et sociétale.

La liberté des uns se conjugue avec celle des autres. Certes !

Mais comment peut-on objectivement et en toute cohérence se permettre de combattre d’un côté les rapports de domination et les conditions d’exploitation dans leur globalité, avec comme finalité l’égalité et la solidarité, et dans un même temps reproduire littéralement ces mêmes mécanismes de dominations sur les autres du fait d’alcool ? L’interdiction d’alcool est sans fondement et n’a de valeur que dans un système autoritariste comme on peut le constater dans certains milieux.

Il  me  semble  plus  audacieux  de faire  un  cheminement  personnel militant et collectif militant, de comprendre «pourquoi» on boit, de prendre conscience de ce que nos comportements engendrent, de tout ce qu’il est impossible de réfléchir, de construire et de lutter, à cause de cette alcoolisation. C’est donc peut être «avant» qu’il faut agir en tant que militant ! Réagir ensemble pour construire un autre espace d’émancipation.

La non ou le peu de consommation d’alcool, sans changer la «construction» des individus, améliore déjà grandement l’efficacité que ce soit pour la réflexion, l’élaboration et l’organisation de la lutte. Il est toujours dur de casser avec les habitudes culturelles mais nous devrions être capables de le faire, vu nos revendications anti-normatives. Si cela dérange et irrite, ce n’est évidemment pas par provocation gratuite : aborder ce sujet de manière formelle et écrite, en parler, c’est prendre conscience de cette réalité et faire partager sa réflexion. C’est aussi amener ce débat dans nos sphères militantes et libertaires. Les valeurs telles que «l’amour de la boisson», «les paradis de l’ivresse» ne sont basées que sur le culte de l’alcool, entretenues ardemment par les politiciens et le lobby industriel des producteurs et fabricants. Le «boire pour oublier» trop souvent entendu, sonne encore une fois comme trop fataliste dans une période que nous voulons prérévolutionnaire. Pour oublier que nous sommes exploités ? Pour oublier que nous sommes dominés ? Que nous souffrons ? Je ne veux pas l’oublier, et de toute façon l’alcool n’a jamais réussi à me faire oublier plus de huit heures. Libre à quiconque de consommer ce qu’il veut. Je reste persuadée que le peu ou pas d’alcool reste une attitude politique dont je tente de m’approcher, et pas dans un but de pureté spirituelle ou corporelle ! Simplement parce que l’alcool sert et engraisse le capitalisme et que les comportements liés à l’alcoolisation, anéantissent les forces militantes et sont tout sauf libertaires. Vive la lutte !

MARBLAY
Anrchosyndicalisme ! no 102, septembre-octobre 2007
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Mercredi 24 octobre 2007
Non Fides, c’est quoi ?
«L’oppression d’un peuple ou même d’un simple individu est l’oppression de tous et l’on ne peut violer la liberté d’un seul sans violer la liberté de chacun.»
BAKOUNINE
AUTONOMIEDEPAIN2.jpg Non Fides n’est pas un groupe de gauche ou de droite, c’est un groupe anarchiste autonome rassemblant divers individus qui se sont rencontrés dans des luttes et qui se sont unis sur des bases politiques communes. Afin de nous présenter, nous sommes bien obligés d’en faire l’inventaire : Celles-ci sont l’abolition de l’État, du capitalisme et de son salariat et de toutes autres formes de dominations comme le patriarcat et le sexisme, la psychiatrie et l’emprisonnement, la religion, l’âgisme, le syndicalisme classique, l’homophobie, l’idéologie sécuritaire et les élections. Notre but est l’élimination radicale de ces rapports de dominations pervers.

Non Fides ne s’enferme pas dans les clauses d’une charte centenaire en ruine et a pour volonté de ne pas reproduire des schémas déjà usés jusqu’à la moelle par une grande majorité du milieu militant et de son folklore.

Nous pensons que la liberté ne peut être acquise sans la solidarité et la lutte car comme le disait Georges Darien, C’est le fanatisme de la liberté, seul, qui peut avoir raison du fanatisme de la servitude. En effet, si l’émancipation individuelle est le centre de nos motivations, la solidarité et les démarches collectives sont les meilleurs moyens d’y parvenir. C’est pourquoi nous prônons la liberté autant que l’égalité, la solidarité et l’entraide, de chacun selon ses capacités, à chacun selon ses besoins !
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Samedi 8 septembre 2007
La question de l’organisation est loin de faire consensus dans le mouvement libertaire. Certains voient dans toute organisation une bureaucratie en puissance et un frein à la liberté si chère aux anarchistes. D’autres, sans être contre l’organisation en soi, ne voient pas la nécessité de l’organisation politique et considèrent que les mouvements sociaux se suffisent à eux-mêmes. Pour notre part, nous sommes partisans de l’organisation politique des communistes libertaires.
    Dans les luttes, les gens se radicalisent et veulent parfois aller plus loin. Souvent, les militantEs vont regarder autour d’eux et elles pour voir qui est là et ce que les différents courants ont à proposer. Il y a dix ans, personne n’aurait parié sur une résurrection du maoïsme ou de la gauche électoraliste. Et pourtant, ça c’est produit. Pourquoi ? En partie, à cause des carences du mouvement anarchiste et de son incapacité à offrir des perspectives politiques.
    Comme la plupart des libertaires, nous militons au sein des mouvements sociaux. Nous militons pour faire progresser nos luttes et les gagner. Mais nous sommes aussi des militantEs politiséEs, avec une perspective propre que nous souhaitons faire partager. Le problème, c’est que nous ne sommes pas les seuls !
    Dans les luttes, il y a aussi (quelques) rouges et (beaucoup) de réformistes. Il y a une bataille des idées qui fait rage sur la direction que doivent prendre les mouvements sociaux. IsoléEs et désuniEs, nous ne faisons pas toujours le poids face à des partis (relativement) bien organisés et coordonnés. L’organisation est nécessaire pour partager des ressources, rompre avec le localisme et maximiser l’impact des pratiques libertaires.
    Beaucoup d’anarchistes sont organiséEs, entre autre, pour faire de la propagande. Que ce soit pour éditer un journal, tenir un site web, produire une émission de radio, animer une librairie. C’est vital —si les anarchistes ne font pas la promotion de leurs idées, personne ne le fera !— mais c’est insuffisant. Faire la propagande de l’idéal, c’est une chose, mais ça en est une autre de tenter de changer le monde. Pour cela, il ne suffit pas de proclamer ad nauseam la nécessité de la révolution, il faut convaincre et regrouper des gens autour d’une perspective de changement. Ça, ça ne se fait pas dans l’abstrait, ça se fait dans la société et les luttes réellement existantes. Voilà à quoi doit servir l’organisation : faire exister politiquement un courant libertaire dans la ville. Donner un visage public à l’anarchisme et rassembler un pôle libertaire dans les luttes.
    D’autres anarchistes sont organiséEs, entre autres, pour faire de l’action directe. Il existe plusieurs regroupements d’action directe sur des questions comme la mondialisation, la guerre, le travail, l’immigration ou la lutte anti-raciste. Encore là, il est vital de chercher à agir sur la conjoncture et d’ouvrir des perspectives radicales de lutte, mais les luttes sectorielles, même radicales, sont insuffisantes. L’organisation doit servir à développer une perspective politique libertaire globale, ancrée dans le quotidien et fédérant tous les fronts.
    L’organisation politique ne remplace pas les groupes de propagande et les groupes d’action directe, elle est complémentaire. C’est une organisation permanente, large et ouverte, qui fait tantôt de la propagande, tantôt de l’action. C’est une organisation, surtout, qui est présente dans les luttes et les quartiers. Une organisation qui milite pour des mouvements sociaux combatifs et l’émergence d’une gauche libertaire large et ouverte. Une organisation cohérente politiquement.
    L’organisation telle que nous la concevons n’est pas une avant-garde de révolutionnaires professionnelLEs appeléEs à diriger les luttes et les gens. C’est plutôt une minorité agissante de militantEs communistes libertaires, un regroupement de camarades sur la même longueur d’ondes qui coordonnent leurs activités politiques. Ce n’est pas un groupe secret, un club privé ou un groupe d’affinité mais une organisation publique dont on peut devenir membre si on est d’accord avec ses positions. Bref, un peu comme ce que nous tentons de faire avec la NEFAC…

Cause commune no 16, septembre 2007
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