Lundi 18 février 2008
Depuis l’été dernier, les deux grosses organisations trotskystes que sont la Ligue Communiste Révolutionnaire et Lutte Ouvrière semblent effectuer un revirement stratégique. D’un côté, LO envisage de se présenter sur des listes communes avec le PS, en vue des Municipales de mars prochain. De l’autre, Besancenot, le leader de la LCR lance un «appel pour constituer un nouveau parti», qui s’appuierait sur des «discussions locales dans les lycées, les facs, les quartiers», dans le but de fédérer ceux et celles qui luttent pour constituer une dynamique anticapitaliste.

La LCR est connue pour ses manœuvres politiciennes et son électoralisme, mais elle semble mettre de côté les Municipales et se concentrer sur les luttes. Inversement, LO qui est connue pour son implantation dans les entreprises, et son dogmatisme «révolutionnaire», veut des conseillers municipaux coûte que coûte. Ces nouvelles stratégies de la part de «l’extrême gauche» s’appuient sur des changements d’appréciation de la situation politique actuelle. Nous pensons qu’il est important d’analyser les évolutions du paysage «contestataire» français, d’autant plus que ne nous avons nous aussi des questions à nous poser, tant au niveau de la stratégie révolutionnaire globale que dans nos modes d’interventions au quotidien.

Le Nouveau Parti Anti Capitaliste : sur quelles bases ?


Bien que les dirigeants de la Ligue aient certainement des idées très précises sur ce qu’ils veulent, il est aujourd’hui très difficile de savoir comment peut se structurer le nouveau parti. Les militants répondent quasi systématiquement que le NPAC sera ce que les gens en ferons. «Tous ceux qui veulent en être pourront contrôler démocratiquement, de A à Z, la construction du nouveau parti anticapitaliste que nous voulons créer» affirmait Besancenot lors de l’ouverture du congrès de la LCR (24 janvier 08). L’idée fondamentale de ce nouveau parti est de fédérer les militants et militantes anticapitalistes et révolutionnaires. Le parti s’affirme comme étant dans la continuité du mouvement ouvrier. Dans les textes du congrès, il est dit que la LCR est favorable à ce que le NPAC s’affirme dans une nouvelle Internationale «anticapitaliste, révolutionnaire, démocratique, capable de formuler une politique pour la classe ouvrière pleinement indépendante». Lors d’une réunion parisienne, fin 2007, le «facteur» nous avait le coup du retour aux sources, en affirmant que les divergences qui avaient traversé le mouvement socialiste depuis la Première Internationale devaient être dépassées aujourd’hui. Il s’est même payé le luxe de citer «Louise Michel, l’anarchiste»… Il semble que le Nouveau parti ait des visées hégémoniques sur le mouvement social. Aussi, on a parfois l’impression qu’ils veulent prendre la place du PCF d’autres fois celle laissée vacante par le PS, ou sinon devenir la force issue du «Non de gauche à la constitution européenne». En fait, ils jonglent habilement entre un réformisme anti-libéral et des positions vaguement marxistes. Le NPAC vise «les secteurs de la jeunesse et du monde du travail les plus avancés dans le combat anticapitaliste». Leur éventail de personnes à convaincre est large : depuis les militants actifs du milieu étudiant, aux militants des SUD ou de la FSU et certains syndicats CGT. Puis ils s’adressent aux «courants issus de la crise du PS et du PCF, les Collectifs anti-libéraux, les équipes du mouvement social et du mouvement syndical, les révolutionnaires dont Lutte Ouvrière» et ce, surtout localement. Les «libertaires» sont aussi taquinés et notamment Alternative Libertaire qui frétille tel un goujon depuis qu’elle a droit a une tribune sur le site internet de la grande sœur trotskyste. Le NPAC entend mettre la question sociale au «centre» de son programme. Cela concerne la «défense générale des intérêts et revendications des travailleurs, le féminisme, l’écologie, les droits de la jeunesse, ceux des populations immigrées et de tous les secteurs discriminés — et la question démocratique (défense de tous les droits démocratiques, rupture avec la Ve République, élection d’une Assemblée constituante, contrôle des travailleurs et de la population, pouvoir à des assemblées élues dans les communes et les entreprises…).»

On ne peut que constater que la LCR n’entend pas renier ses fondamentaux communistes. Pour autant, ils s’inscrivent plus dans la continuité de la gauche parlementaire française que dans la lignée des grosses organisations révolutionnaires. «Un tel parti à une influence de masse, s’adresse à tous ceux et celles qui veulent construire ou reconstruire une nouvelle force politique vraiment à gauche, dans le camp des travailleurs.»

Aussi, Besancenot met souvent en avant la nécessité (pour les travailleurs) de voir appliquer rapidement son «programme d’urgence». Cela consiste en quelques mesures «clef en main» telle que les 32 heures, l’interdiction des licenciements collectifs, la défense des services publics…

Aussi, le nouveau parti entend se faire sa place en se distinguant totalement du PS «social liberal»… et en pratiquant à outrance un anti-sarkozysme primaire.

Après avoir «Osé Bové», Olivier veut «Niquer José» ?

Que ce soit par les différentes initiatives auxquelles a participé la LCR récemment, ou par les problématiques abordées dans sa propagande «grand public», on se rend compte que le rayonnement culturel de la Ligue se fait plutôt chez les alter-mondialistes et les anti-libéraux. Le parti se veut avoir comme perspectives le changement de société. Pourtant, les stratégies annoncées n’apparaissent pas ou très peu comme révolutionnaires. En apparence la LCR semble moderniser la question sociale, en adaptant son discours à la «conscience des masses» (sous prétexte que les masses ne seraient pas capable de comprendre ce qu’est la plus value ou les Soviets). En réalité, ils nous refont toujours et encore le coup du réalisme politique, en se contentant de défendre le compromis capital-travail issus des 30 glorieuses, sans autres perspectives concrètes que «d’être le porte parole des luttes pendants les élections».

Par exemple, lors d’un comité local sur une fac, les JCR (organisation «de jeunesse» liée à la LCR) mettait en avant la défense inconditionnelle du service public, présenté comme un «début de socialisme»…

Bien sûr il ne faut pas oublier ce qui s’est passé durant la campagne électorale. L’appel de Besancenot est dans la continuité des Comités du non à la constitution dont la LCR s’est fait largement l’écho (et s’était largement satisfaite de leur existence). À l’époque, l’accord s’était fait sur des perspectives aussi creuses que le «non antilibéral à la constitution de Chirac» et, dans les faits, n’avait pas été moteur de quelque dynamique sociale que ce soit. Pendant la lutte contre le CPE, chaque chapelle (Attac, PCF, les Alternatifs, etc.) était retournée à ses stratégies propres, de peur de louper quelque chose et, bien sûr, pour tirer la couverture à soi. Tout ce petit monde s’était ensuite re-re-trouvé pour préparer les élections présidentielles. Mais là, les enjeux de pouvoir sont ressortis comme jamais. Tout le monde voulait être «unitaire» mais chacun cherchant à faire passer ses idées (et son ou sa porte parole) avant les autres, la LCR la première. Tout cela a donné ce que l’on sait. Étant donné que Besancenot est celui qui s’en est le mieux sorti (près de 5%), sa formation remet aujourd’hui sur le tapis la dynamique unitaire dont tout le monde rêve. Mais cette fois, la ligue met clairement ses conceptions et son porte parole comme préalable à l’unité.

Pourquoi LO ne les rejoint pas ?

Lutte Ouvrière est une organisation vieillissante. Ses dirigeants commencent à se rendre compte que leur rigidité dogmatique fait peur à tout le monde. Ils se préparent actuellement à remplacer la vieille Arlette et commencent à aborder des sujets un peu plus larges que les seuls combats ouvriers. Par exemple, ils publiaient en septembre dernier un article intéressant sur l’écologie dans leur journal théorique. Lors de leur congrès de décembre 2007, ils ont questionné leur «rayonnement politique». C’est bien connu, tous les étés, LO traverse le pays avec ses «caravanes», à la rencontre du prolétariat. Et bien maintenant, ils tenteront de le faire tous les deux mois quand c’est possible. Un des fers de lance de leur implantation locale est d’avoir des conseillers municipaux. Pour arriver à leurs fins ils sont prêts à des listes commune avec le PS et le PC comme à Ivry-sur-Seine (94), et ce «dès le premier tour». Ils comptent se présenter dans plus de de 128 communes. Comme l’évoquent les militants de leur Fraction, les candidatures de LO risquent de ne servir que de faire valoir d’extrême gauche, dans les mairies PCF pour pouvoir résister au PS. Inversement, si le PS accepte l’extrême gauche sur certaines listes, ce n’est que pour affaiblir son rival communiste. C’est bien dommage pour des trotskystes que de faire le jeu à la fois des staliniens et des sociaux-démocrates !

La LCR, pour sa part, se dit prête à se présenter dans 180 villes, sur des listes indépendantes, qui peuvent éventuellement fusionner au second tour. Elle compte sur les militants pour recruter des gens à mettre sur les listes (par exemple les copains-copines des militants dans certains quartiers !). Ces listes ne semblent pas relever d’enjeux fondamentaux pour la Ligue, mais semble n’être qu’un outil de plus pour lancer et populariser le nouveau parti. Au contraire, LO mise beaucoup sur ces élections. D’après eux, les conseillers municipaux ont un rôle important et permettent par exemple de faciliter le soutien aux grèves locales, comme en obligeant une mairie de gauche à soutenir financièrement des grévistes, ce qu’ils auraient déjà permis… Sur le terrain, le discours est tout autre. Une candidate LO sur une liste commune en banlieue parisienne explique sa candidature ainsi : «Face à la droite, même si la ville ne peut pas tout pallier, nous voulons contribuer à améliorer la vie des gens»… avec le PCF, le PS et les subventions de l’État…

Il est intéressant de voir que LO ne suit pas la dynamique lancée par la LCR, en argumentant que ce n’est pas le Parti dont ils rêvent, qu’ils ne parlent pas explicitement de révolution communiste. Bien qu’ils souhaitent au Nouveau parti de réussir, on sent un léger mépris paternaliste : «Certains s’engagent dans des ONG pour intervenir dans des pays sous développés, d’autres le font plus près de chez eux pour aider les Sans papiers ou les Sans logis, d’autres, simplement outrés par les mesures du gouvernement souhaitent s’y opposer selon leurs moyens. Et ce serait une bonne chose qu’à défaut d’être révolutionnaire, ils puissent trouver une organisation importante, vaste, susceptible d’agir et qui corresponde à leurs idées» (texte du congrès). De fait Lutte Ouvrière préfère se replier sur ses acquis : l’implantation dans les entreprises et une formations rigoureuse (et dogmatique) de militants recrutés à la sortie des grandes écoles.

Au niveau de ses axes politiques, LO semble rejeter l’anti-sarkozysme et préfère se concentrer sur une analyse de l’hégémonie politique de la droite. L’organisation d’Arlette semble comprendre qu’il y a un enjeu à défendre sans concession un programme de lutte de classe, plutôt que de se placer sur le terrain de la gauche de la gauche. Ils font le choix de développer leurs acquis, jouant sur le fait que la radicalisation de la droite attirera le prolétariat vers «son vrai parti»… La Ligue elle, on l’a vue, fait le choix du «pragmatisme» de gauche.

Vers une stratégie révolutionnaire unitaire ?

La question que l’on pourrait ainsi se poser est : doit on se méfier du Nouveau parti et continuer nos affaires dans notre coin ou bien tout plaquer et rejoindre les camarades dans un grand élan de spontanéité «unitaire»… ? Bien évidemment l’un ou l’autre de ces choix serait trop simple. Nous avons déjà évoqué à plusieurs reprises que l’unité, même seulement chez les libertaires a valeur de mythe. Il ne serait pas sensé de croire que tout les militantEs «anticapitalistes» peuvent lutter dans la même organisation. Pour répondre à Besancenot, les divisions qui traversent le mouvement ouvrier depuis la Première Internationale relève d’enjeux fondamentaux. Il ne peut, par exemple, y avoir de conciliation entre ceux qui sont prêts à défendre l’État par anti-libéralisme et ceux qui veulent en finir le plus vite possible avec lui. À ce sujet la question de la défense du service public est fondamentale… Pour nous, des militants révolutionnaires conséquents ne peuvent pas faire l’impasse sur l’analyse du service public comme étant une nécessité du capitalisme, plus ou moins forte suivant les époques. Les classes populaires on évidemment tout à craindre d’une défaillance de celui-ci, mais, un discours révolutionnaire se doit, au moins, de proposer de dépasser la gestion étatique des besoins de la société plutôt que de défendre un statu quo avec la bourgeoisie. Si un jour une situation révolutionnaire se présente, on peut se permettre de douter qu’un Parti qui risque de faire plus de 10% aux élections, d’avoir des députés, voire des mairies, nous suive et plaque tout ce qu’il a réussi à construire au sein des institutions… Pourtant, les communistes savent que seuls les conseils révolutionnaires (d’entreprise, de quartier) peuvent être l’avenir des exploités.

Pour autant, plutôt que de railler de la proposition de la LCR nous nous devons de suivre cela de près car il se peut que le NPAC devienne un espace important de la recomposition du mouvement social. Nous n’avons pas à en avoir peur puisque, a priori, cette organisation véhiculera tout de même des perspectives de rupture, et surtout la nécessité de lutter. Ils contribueront certainement à renforcer la visibilité politique des «anticapitalistes» dans la société, ce qui serait un point d’appui pour l’émergence d’un mouvement social révolutionnaire. Au moins, la Ligue pose concrètement les questions de l’organisation, et de l’émergence d’un discours politique conséquent pour les luttes, questions qui sont fondamentales.

Quant à LO, il y a de fortes raisons que l’on se retrouve (comme souvent) à leur côté pour développer des positions de classe dans des luttes. De plus, même au sein d’un Nouveau parti, il y a de fortes chances que les militants de la Ligue gardent leur stratégie d’opposition syndicale avide de prise de pouvoir au seins des directions (notamment dans l’Union Solidaires, où il devrait rapidement y avoir un certain nombre d’enjeux). Alors, nous ne pourrons que nous satisfaire si les militants de LO prônent comme nous, une autre approche de la lutte dans le monde du travail. D’autant plus que si le NPAC veut regrouper large, cela comprendra tout un tas de carriéristes et d’apprentis bureaucrates qui n’ont que faire de l’évolution du rapport de force entre les classes, et préfèreront développer leur propre organisation pour elle-même et leurs ambitions, plutôt que des perspectives communistes et révolutionnaires.

Séba, OCL-banlieue rouge (pâle), 24 janvier 2008
Courant alternatif no 177, février 2008

Sources : Lutte de classe, spécial 37e congrès, décembre 2007 (Bimensuel théorique de LO) ; Convergences révolutionnaires, no 55, janvier 2008 (Bimensuel théorique de la Fraction de LO) ; Textes des plateformes aux congrès de la LCR (dispo sur leur site) ; Différents textes, tracts, interviews, meetings et discussions…
Mercredi 9 janvier 2008
Le traumatisme de la Première Guerre mondiale, l’expérience de la révolution russe et l’échec de la vague révolutionnaire de 1919-1920 en Europe ont entraîné de profondes remises en question pour le mouvement ouvrier.

L’anarchisme n’y a pas échappé, et plusieurs tentatives de rénovation théorico-pratique ont existé à partir de 1919, que ce soit avec le «premier Parti communiste» de Raymond Péricat ou avec la Fédération communiste libertaire du Nord (FCL) de Georges Bastien [
David Berry, A History of the French Anarchist Movement 1917-1945]. En Italie, c’est la revue Pensiero e Volontà animée par le vieux Malatesta, Fabbri et Camillo Berneri, qui s’est attaquée à la doxa kropotkinienne. La dernière de ces tentatives, la Plate-forme des anarchistes russes en exil, publiée en juin 1926, est la plus aboutie et la plus ambitieuse. C’est également celle qui va déchaîner le plus de polémiques.

Dans les années 1920, la France est une terre d’asile pour les révolutionnaires persécutés de toute l’Europe et, parmi elles et eux, ce sont incontestablement les anarchistes russes et ukrainiens, auréolés de leur participation à la plus grande révolution des temps modernes, qui polarisent les discussions. Il s’agit entre autres de Voline, Piotr Archinov, Ida Mett, et Nestor Makhno, l’ex-commandant de l’armée insurgée d’Ukraine, la «Makhnovstchina». Ils et elles forment le «Groupe des anarchistes russes à l’étranger» et animent la revue Diélo Trouda («La Cause du Travail»).

Le Diélo Trouda dresse un bilan sans concession du mouvement anarchiste, stigmatisant l’éparpillement et la désorganisation qui, en Russie, l’ont mené à sa perte. S’attachant à y remédier, le groupe édite en juin 1926 une brochure de 16 pages intitulée Plate-forme organisationnelle de l’union générale des anarchistes, sous-titrée «projet». Son édition en français — Voline en est le traducteur — témoigne de la volonté de porter d’emblée le débat hors du milieu russe en exil et de percuter le mouvement libertaire international. Cet opuscule est le point de départ de la polémique.

Un texte dans l’air du temps

La Plate-forme est bien accueillie dans l’Union anarchiste communiste, l’organisation française à laquelle Makhno et Archinov vont bientôt adhérer. L’organisation est elle-même en pleine évolution. De façon presque concomitante à la publication de la Plate-forme, elle a adopté, en congrès à Orléans, un manifeste à forte dominante communiste libertaire. Encore un an, et l’UAC va adopter officiellement les thèses de la Plate-forme, lors de son congrès de Paris, fin octobre 1927. Elle se rebaptise à cette occasion Union anarchiste communiste révolutionnaire (UACR).

Cela faisait plusieurs années que l’UAC mûrissait en ce sens, la majorité se lassant de voir certains groupes adhérer «en touristes», venir dans les congrès comme au spectacle, et en repartir sans volonté de mettre en application les orientations débattues [
Jean Maîtron, Le Mouvement anarchiste en France, tome II]. Désormais, il est précisé que l’UACR «n’accepte pas en son sein les anarchistes individualistes même partisans de l’organisation» [Le Libertaire, 19 novembre 1927]. L’organisation réaffirme son caractère fédéraliste ; les cotisations régulières deviennent la règle ; une commission administrative est mandatée, chargée de veiller à la mise en œuvre des décisions décidées en congrès.

Cette transformation va toutefois se faire au prix d’une scission. Il faut dire que, sept mois avant le congrès, une violente polémique avait éclaté au sujet de la Plate-forme.

En avril 1927 a paru un pamphlet de 40 pages couramment appelé Réponse à la Plate-forme et signé de plusieurs Russes dont, au premier plan, Voline [
Le fait que Voline soit le traducteur de la Plate-forme en même temps que son principal détracteur n’a pas manqué de soulever l’indignation à l’époque. Il fut notamment accusé de traduction déloyale, pour donner au texte une tournure assez autoritaire. Dans son étude de 1987, Alexandre Skirda, russophone, atteste que la traduction de Voline était effectivement tendancieuse.]. Le ton de la brochure est particulièrement violent puisqu’il y est asséné que les plate-formistes veulent rien moins que «bolcheviser» l’anarchisme ! Chaque point de la Plate-forme y est décortiqué et réfuté. Le caractère de classe de l’anarchisme ? Il est nié, l’anarchisme étant également une conception «humanitaire et individuelle». La partie constructive de la Plate-forme ? C’est un déguisement de la «période de transition» étatique à la sauce léniniste. Les principes organisationnels sont, eux, assimilés à de la discipline de caserne. Même la défense de la révolution, inspirée de la Makhnovstchina, est réprouvée. Les auteurs de la Réponse y voient la «création d’un centre politique dirigeant, d’une armée et d’une police se trouvant à la disposition de ce centre, ce qui signifie, au fond, l’inauguration d’une autorité politique transitoire de caractère étatique» [Cité dans Alexandre Skirda, Autonomie individuelle et force collective, 1987].

La Réponse, enfin, développe une idée, déjà exprimée par Voline depuis quelques années, mais qui va faire florès. L’anarchisme serait divisé en trois courants : communiste libertaire, anarcho-syndicaliste et individualiste. L’objectif devrait être de les réconcilier pour accoucher d’une «synthèse» qui serait la base de l’anarchisme moderne [
Gaetano Manfredonia, «Le Débat Plate-forme/Synthèse» in Itinéraire no 13]. Mais tant que ce travail de synthèse théorique n’aurait pas été effectué, il ne faudrait surtout pas d’organisation anarchiste.

Après la publication de ce fascicule, la controverse s’emballe. S’étalant largement dans la presse anarchiste, elle va faire rage jusqu’en 1931.

«Bolchevistes» contre «dilettantes»

Si Makhno et Archinov balaient sans trop de peine les accusations de bolchevisme — n’oublions pas le prestige qui entoure l’épopée de la Makhnovstchina — ils vont plus loin et s’attaquent au postulat fondamental de Voline, à savoir l’existence des trois courants d’une même famille anarchiste. Pour eux, si les anarchistes appartiennent à une famille, c’est exclusivement à celle du mouvement ouvrier, à ses valeurs, à ses luttes, à ses organisations de classe. Les individualistes se situent en-dehors du mouvement ouvrier, donc en-dehors de l’anarchisme. Les passages de la Réponse sur la nécessaire synthèse théorique ne sont que palabres dilatoires : «Au lieu de nous menacer pour la cent et unième fois de produire un travail théorique approfondi, les auteurs de la Réponse ne feraient-ils pas mieux d’entamer cette besogne, la mettre au point et l’opposer à la Plate-forme ?» s’agace Archinov.

Au bout du compte, les plate-formistes dénoncent dans la Réponse une opposition factice, uniquement motivée par une résistance paresseuse à «l’esprit d’organisation». Ainsi, à l’accusation de «bolchevisme» des uns, répond celle de «dilettantisme» des autres. Les termes essentiels du débat sont dès lors installés, et ils ne vont plus guère varier.

Après la scission de l’UACR, les opposantes et les opposants à la Plate-forme se regroupent dans une relativement ectoplasmique Association des fédéralistes anarchistes (AFA). Leur chef de file, Sébastien Faure, s’efforce de lui donner un contenu doctrinal en publiant en 1928 un texte fondateur : La Synthèse anarchiste. Dans cette brochure de 16 pages, Sébastien Faure compare l’anarchisme à «ce que, en chimie, on appelle un corps composé […] : l’anarcho-syndicalisme, le communisme libertaire et l’individualisme anarchiste. Sa formule chimique pourrait être S2, C2, I2. Selon les événements, les milieux […], le dosage des trois éléments est appelé à varier. […] S3, C2, I1 ; ou bien S2, C3, I1 ; ou encore S1, C2, I3 […]. Mais toujours est-il que ces trois éléments […] sont faits pour se combiner et pour constituer, en s’amalgamant, ce que j’appelle : “la Synthèse anarchiste”.» [
Sébastien Faure, La Synthèse anarchiste]

Cette conception quelque peu puérile est une déformation de la pensée de Voline. Alors que le Russe reconnaissait qu’une clarification de l’anarchisme était nécessaire (mais pas avec la méthode plate-formiste), Faure estime que cette clarification n’est pas souhaitable. Non sans un certain sentimentalisme, il porte au pinacle l’éclectisme que son modèle semble figer définitivement en l’état.

Voline avait inventé le terme de «synthèse». Avec Sébastien Faure, le «synthésisme» est né.

L’UACR, de son côté, ne restera pas longtemps plate-formiste. L’habit était séduisant, mais à l’usage il se révèle trop rigide pour une petite organisation qui traverse alors la plus sévère période de vache maigre depuis sa fondation. Elle abandonne la Plate-forme dès le congrès de 1930. La controverse, elle, s’éteint aux alentours de 1931. Elle sera ensuite escamotée par d’autres préoccupations : la montée du fascisme, le Front populaire, la Révolution espagnole, la guerre.

Dépassement et persistance du débat

En 1931, le débat sur la Plate-forme semble donc enterré. Définitivement ? Pas exactement. Car la controverse ne s’est pas réduite pas aux passes d’armes entre Makhno, Archinov et Voline. Pour en saisir les ressorts profonds, il faut considérer le théâtre principal de l’affrontement : l’UAC et son hebdomadaire, Le Libertaire. Le contexte des années 1925 à 1930, qui est celui d’une forte régression des luttes et du mouvement ouvrier, était propice aux déchirements internes. Toutes les militantes et les militants les plus en vue de l’UAC se sont jetés dans la bataille. Les articles vengeurs ont succédé aux réponses cinglantes. La polémique a largement dépassé l’exégèse de la Plate-forme : elle a révélé un clivage bien plus profond, qui touchait à la nature même de l’anarchisme.

Il faut comprendre que la controverse de l’époque — qui aujourd’hui encore, dans certains pays, n’est pas épuisée — était due moins au contenu du texte lui-même, qu’à une question cyclique qui se pose à l’anarchisme : savoir s’il doit être un mouvement politique ou un milieu culturel. Ce litige était bien antérieur à la Plate-forme, mais celle-ci lui a donné son aspect définitif.

C’est sans doute la raison pour laquelle elle va connaître une longue postérité. Cette Plate-forme, qu’en 1931 tout le monde pensait enterrée, sera régulièrement exhumée par la suite. Et à chaque fois, ce sera moins pour son contenu que pour se démarquer du magma communautaire et marginaliste où l’anarchisme s’est parfois enlisé. Les jeunes communistes libertaires des FA française et italienne la redécouvriront avec ferveur en 1949-1950. Les fondateurs de l’Organisation révolutionnaire anarchiste (ORA) en 1965-67. Ceux et celles de l’ORA britannique attendront 1973 pour la lire [
«Anarchist communism in Britain, 1870-1991», in Organise ! no 42, printemps 1996]. Elle sera de nouveau brandie par les jeunes organisations libertaires qui se créeront dans les deux Amériques au cours des années 1990. «Nous sommes plate-formistes !» annonçait ainsi fièrement Ruptures, le périodique francophone de la Nefac canadienne en octobre 2001.

En France le débat ne s’est apaisé que dans les années 1990. René Berthier ou Gaetano Manfredonia ont proposé des approches dépassionnées de la question [
René Berthier, «À propos des 80 ans de la Révolution russe», Le Monde libertaire, 18 décembre 1997]. La très synthésiste Fédération anarchiste (FA) s’est en réalité éloignée du catéchisme de Sébastien Faure. L’Union des travailleurs communistes libertaires (UTCL), constituée en 1976, avait pour sa part rapidement évoluée vers un dépassement de la Plate-forme dont elle retenait davantage l’esprit que la lettre — Alternative libertaire se situe dans cette continuité.

Guillaume Davranche, AL Paris-Sud
Alternative libertaire, décembre 2007


La Plate-forme : un but, une méthode
La Plate-forme est composée de trois parties : une «partie générale», sur le capitalisme et la stratégie pour le renverser ; une «partie constructive», sur le projet communiste libertaire ; une «partie organisationnelle», sur le mouvement anarchiste lui-même.
I. La «partie générale» affirme que l’anarchisme n’est pas une «belle fantaisie ni une idée abstraite de philosophie», mais un mouvement révolutionnaire ouvrier. Elle propose une grille d’analyse reposant sur le matérialisme et la lutte des classes comme moteur de l’histoire. Dans une situation révolutionnaire, l’organisation anarchiste doit proposer une orientation «dans tous les domaines de la révolution sociale : [celui de] la nouvelle production, celui de la guerre civile et de la défense de la révolution, de la consommation, de la question agraire, etc. Sur toutes ces questions et sur nombre d’autres, la masse exige des anarchistes une réponse claire et précise.» L’enjeu étant de «relier la solution de ces problèmes à la conception générale du communisme libertaire».

II. La «partie constructive» propose justement un projet société transitoire. La production industrielle devra suivre le modèle des soviets fédérés.
    Pour ce qui est de la consommation et de la question agraire, la
Plate-forme se démarque du «communisme de guerre» de Lénine, qui consistait à spolier les campagnes pour nourrir les villes : «ce seront les paysans révolutionnaires qui établiront eux-mêmes la forme définitive de l’exploitation et de l’usufruit de la terre. Aucune pression du dehors n’est possible dans cette question.» La Révolution espagnole, dix ans plus tard, apportera des réponses pratiques à cette question sur laquelle la Plate-forme reste prudente.
    Quant à la défense de la révolution, le modèle est — sans qu’elle soit citée — celui de la Makhnovstchina : «caractère de classe de l’armée», «volontariat», «libre discipline», «soumission complète de l’armée révolutionnaire aux masses ouvrières et paysannes». Ce que l’on retrouvera également dans les milices libertaires de l’été 1936.


III. Pour finir, la «partie organisationnelle» décline quatre «principes fondamentaux» pour une organisation anarchiste : 1. L’unité théorique ; 2. L’unité tactique ; 3. La responsabilité collective ; 4. Le fédéralisme.
    1) L’«unité théorique» : pour une rupture avec le côté «puzzle» de l’UAC, qui doit se définir clairement communiste libertaire. 2) L’«unité tactique» : que les militantes et les militants agissent de concert, pas de façon dispersée ni contradictoire. 3) La «responsabilité collective» est un appel à l’autodiscipline et à une rupture avec le consumérisme militant. 4) Avec le «fédéralisme», une instance fédérale, soumise au mandat impératif, doit veiller à l’application des décisions de congrès.
Samedi 1 décembre 2007
Je voudrais aborder un vaste sujet : l’alcool et sa consommation. C’est un sujet qui est rarement posé sur le papier, et dont on parle pourtant de manière quasi permanente. Je ne m’inscris pas dans une démarche de santé publique ; j’aimerais tout simplement m’attarder sur les conséquences comportementales et les relations interpersonnelles induites par l’alcool, et donc par voie de cause à effet sur l’amenuisement et l’anéantissemnt de la force militante qui en résulte.

Dans de nombreuses cultures, l’alcool a souvent été l’un des meilleurs moyens pour s’évader. Certains ont alors découvert qu’il était aussi l’un des meilleurs moyens pour aliéner le peuple, l’opium étant à côté de lui un piètre concurrent… La réflexion me semble donc importante même s’il peut paraître incongru d’écrire sur ce sujet alors que tant d’oppressions, d’exclusions, d’exploitations, d’inégalités sévissent dans cette société capitaliste.

Alcool et dépendance
L’alcool, c’est quoi ? C’est un psychoactif, c’est-à-dire que, même en petites quantités, il agit sur le système nerveux central. Il a un effet dominant : c’est la drogue désinhibitrice par excellence, même si depuis on a inventé encore pire ! À celà s’ajoutent des actions euphorisantes, anxiolytiques, relaxantes. Il donne donc l’impression de se sentir «mieux», de perdre le contrôle de l’espace-temps, de rire, de pleurer, puisque les barrières inhibitrices s’effondrent. On a moins peur de réaliser ce qui d’habitude nous terrifie. Ces effets s’accompagnent d’une ribambelle de troubles neurologiques : perte de l’équilibre, analgésie, baisse des niveaux sensoriels, troubles cognitifs… s’ajoutent au tableau euphorisant. Nous sommes bien, toutes et tous, au courant de ces effets et l’on se met à boire non pas par goût mais bien à la recherche de ces effets-là. C’est la définition même de la dépendance, si opposée à la liberté !

L’alcoolisme colporte lui aussi, en son sein, l’oppression et l’enfermement. En effet, la personne alcoolique, déjà opprimée et enfermée par et dans sa dépendance, en arrive le plus souvent à opprimer et à enfermer les autres par et dans cette dépendance qui est pourtant la sienne. C’est pourquoi, si l’on s’inscrit véritablement dans une démarche révolutionnaire il devient alors impératif de se remettre en question.

C’est pour moi un long cheminement de réflexion après des années d’observation, d’écoute, d’accompagnement solidaire auprès d’individus en souffrance alcoolique ou de militants alcoolisés. Les comportements engendrés dans le cadre de l’éthylisme, notamment dans le milieu militant ou milieu dit «libertaire», me sont devenus désormais difficilement supportables.

D’ailleurs, que ce soit en milieu militant ou bien dans des concerts ou autres fêtes publiques ou privées, l’ambiance éthylique reste de toute façon toujours la même. La violence tout d’abord, ou du moins l’agressivité. Qui n’a pas ressenti ces pulsions caractéristiques de l’irritabilité alcoolo-induite ? Ce sentiment de domination, une surpuissance liée à une estime de soi décuplée, l’impression d’avoir raison de toute façon, sensation renforcée par les tierces personnes éventuellement présentes qui peuvent approuver nos choix, surtout si elles sont dans le même état d’imprégnation. Si l’agressivité verbale ne suffit pas, il reste la possibilité de passer aux actes ; tout se transforme rapidement en violence physique. Les bousculades, les insultes mêlées aux coups, sont monnaie courante, surtout quand la  raison  invoquée  est  partagée par les «spectateurs». On se sent alors  fort,  voire  indestructible, dominateur ! Non que la violence verbale ou physique n’existe pas dans les milieux non-alcoolisés ; seulement elle se manifeste de manière quasiment systématique si alcool il y a.

Pour ce qui est de la communication, chez certains, l’alcool induit des idées fixes, une cible bien précise sur laquelle l’alcoolisé va s’acharner. Le discours sera répété, parfois incompréhensible. Peu d’idées nouvelles seront développées alors que l’alcoolisé se sent lui très «performant» dans son discours. La même violence, la même communication difficile, les mêmes engueulades, les mêmes moqueries, les mêmes réflexions intolérantes, le même machisme latent, les mêmes comptes à régler parce qu’on est bourré et qu’on se sent plus fort…

Pour d’autres, c’est dans les moments d’alcoolisation que se font les preuves d’amitié, dans la relève des défis ; c’est à ces moments précis qu’il semble qu’on peut aller plus loin encore dans la relation à l’autre ou dans les paris les plus fous.

C’est toujours la désinhibition qui est recherchée, juste assez pour parler quand on n’y arrive pas. Juste assez pour avoir moins peur des autres… ça facilite les échanges et crée parfois des relations où il n’y en aurait pas eu… Qui parmi les timides, les mal dans leur peau, les coincés, les pseudo-dépressifs, les paumés, les phobiques sociaux ou tout ça à la fois, comme beaucoup d’entre nous, résisterait à cette facilité ? Qui ne désirerait pas tester cette drogue miracle qui guérit les angoisses et réduit la peur ?

Boire ou lutter, il faut choisir
Il est vrai que l’alcool  permet en plus d’oublier ce monde pourri, nos souffrances, celles des autres, cette société capitaliste recroquevillée sur ses lois, ses règles, ses privilèges.  Mais que voulons-nous ? L’oublier ? Ou la changer !

Comme tout un chacun j’ai besoin ponctuellement de m’éloigner des tristes réalités qui m’entourent, mais n’y a-t-il pas d’autres moyens que de s’enfermer dans un espace trouble, fictif, à la recherche d’un confort individuel ? Le confort et la sécurité de l’oubli, propose, sans créer, sans innover, sans lutter ; c’est une façon de se conforter dans un système établi.

Traditionnellement, l’alcool fait partie des normes imposées, et l’accepter s’inscrit dans une continuité culturelle et sociétale.

La liberté des uns se conjugue avec celle des autres. Certes !

Mais comment peut-on objectivement et en toute cohérence se permettre de combattre d’un côté les rapports de domination et les conditions d’exploitation dans leur globalité, avec comme finalité l’égalité et la solidarité, et dans un même temps reproduire littéralement ces mêmes mécanismes de dominations sur les autres du fait d’alcool ? L’interdiction d’alcool est sans fondement et n’a de valeur que dans un système autoritariste comme on peut le constater dans certains milieux.

Il  me  semble  plus  audacieux  de faire  un  cheminement  personnel militant et collectif militant, de comprendre «pourquoi» on boit, de prendre conscience de ce que nos comportements engendrent, de tout ce qu’il est impossible de réfléchir, de construire et de lutter, à cause de cette alcoolisation. C’est donc peut être «avant» qu’il faut agir en tant que militant ! Réagir ensemble pour construire un autre espace d’émancipation.

La non ou le peu de consommation d’alcool, sans changer la «construction» des individus, améliore déjà grandement l’efficacité que ce soit pour la réflexion, l’élaboration et l’organisation de la lutte. Il est toujours dur de casser avec les habitudes culturelles mais nous devrions être capables de le faire, vu nos revendications anti-normatives. Si cela dérange et irrite, ce n’est évidemment pas par provocation gratuite : aborder ce sujet de manière formelle et écrite, en parler, c’est prendre conscience de cette réalité et faire partager sa réflexion. C’est aussi amener ce débat dans nos sphères militantes et libertaires. Les valeurs telles que «l’amour de la boisson», «les paradis de l’ivresse» ne sont basées que sur le culte de l’alcool, entretenues ardemment par les politiciens et le lobby industriel des producteurs et fabricants. Le «boire pour oublier» trop souvent entendu, sonne encore une fois comme trop fataliste dans une période que nous voulons prérévolutionnaire. Pour oublier que nous sommes exploités ? Pour oublier que nous sommes dominés ? Que nous souffrons ? Je ne veux pas l’oublier, et de toute façon l’alcool n’a jamais réussi à me faire oublier plus de huit heures. Libre à quiconque de consommer ce qu’il veut. Je reste persuadée que le peu ou pas d’alcool reste une attitude politique dont je tente de m’approcher, et pas dans un but de pureté spirituelle ou corporelle ! Simplement parce que l’alcool sert et engraisse le capitalisme et que les comportements liés à l’alcoolisation, anéantissent les forces militantes et sont tout sauf libertaires. Vive la lutte !

MARBLAY
Anrchosyndicalisme ! no 102, septembre-octobre 2007
Mercredi 24 octobre 2007
Non Fides, c’est quoi ?
«L’oppression d’un peuple ou même d’un simple individu est l’oppression de tous et l’on ne peut violer la liberté d’un seul sans violer la liberté de chacun.»
BAKOUNINE
AUTONOMIEDEPAIN2.jpgNon Fides n’est pas un groupe de gauche ou de droite, c’est un groupe anarchiste autonome rassemblant divers individus qui se sont rencontrés dans des luttes et qui se sont unis sur des bases politiques communes. Afin de nous présenter, nous sommes bien obligés d’en faire l’inventaire : Celles-ci sont l’abolition de l’État, du capitalisme et de son salariat et de toutes autres formes de dominations comme le patriarcat et le sexisme, la psychiatrie et l’emprisonnement, la religion, l’âgisme, le syndicalisme classique, l’homophobie, l’idéologie sécuritaire et les élections. Notre but est l’élimination radicale de ces rapports de dominations pervers.

Non Fides ne s’enferme pas dans les clauses d’une charte centenaire en ruine et a pour volonté de ne pas reproduire des schémas déjà usés jusqu’à la moelle par une grande majorité du milieu militant et de son folklore.

Nous pensons que la liberté ne peut être acquise sans la solidarité et la lutte car comme le disait Georges Darien, C’est le fanatisme de la liberté, seul, qui peut avoir raison du fanatisme de la servitude. En effet, si l’émancipation individuelle est le centre de nos motivations, la solidarité et les démarches collectives sont les meilleurs moyens d’y parvenir. C’est pourquoi nous prônons la liberté autant que l’égalité, la solidarité et l’entraide, de chacun selon ses capacités, à chacun selon ses besoins !
Samedi 8 septembre 2007
La question de l’organisation est loin de faire consensus dans le mouvement libertaire. Certains voient dans toute organisation une bureaucratie en puissance et un frein à la liberté si chère aux anarchistes. D’autres, sans être contre l’organisation en soi, ne voient pas la nécessité de l’organisation politique et considèrent que les mouvements sociaux se suffisent à eux-mêmes. Pour notre part, nous sommes partisans de l’organisation politique des communistes libertaires.
    Dans les luttes, les gens se radicalisent et veulent parfois aller plus loin. Souvent, les militantEs vont regarder autour d’eux et elles pour voir qui est là et ce que les différents courants ont à proposer. Il y a dix ans, personne n’aurait parié sur une résurrection du maoïsme ou de la gauche électoraliste. Et pourtant, ça c’est produit. Pourquoi ? En partie, à cause des carences du mouvement anarchiste et de son incapacité à offrir des perspectives politiques.
    Comme la plupart des libertaires, nous militons au sein des mouvements sociaux. Nous militons pour faire progresser nos luttes et les gagner. Mais nous sommes aussi des militantEs politiséEs, avec une perspective propre que nous souhaitons faire partager. Le problème, c’est que nous ne sommes pas les seuls !
    Dans les luttes, il y a aussi (quelques) rouges et (beaucoup) de réformistes. Il y a une bataille des idées qui fait rage sur la direction que doivent prendre les mouvements sociaux. IsoléEs et désuniEs, nous ne faisons pas toujours le poids face à des partis (relativement) bien organisés et coordonnés. L’organisation est nécessaire pour partager des ressources, rompre avec le localisme et maximiser l’impact des pratiques libertaires.
    Beaucoup d’anarchistes sont organiséEs, entre autre, pour faire de la propagande. Que ce soit pour éditer un journal, tenir un site web, produire une émission de radio, animer une librairie. C’est vital —si les anarchistes ne font pas la promotion de leurs idées, personne ne le fera !— mais c’est insuffisant. Faire la propagande de l’idéal, c’est une chose, mais ça en est une autre de tenter de changer le monde. Pour cela, il ne suffit pas de proclamer ad nauseam la nécessité de la révolution, il faut convaincre et regrouper des gens autour d’une perspective de changement. Ça, ça ne se fait pas dans l’abstrait, ça se fait dans la société et les luttes réellement existantes. Voilà à quoi doit servir l’organisation : faire exister politiquement un courant libertaire dans la ville. Donner un visage public à l’anarchisme et rassembler un pôle libertaire dans les luttes.
    D’autres anarchistes sont organiséEs, entre autres, pour faire de l’action directe. Il existe plusieurs regroupements d’action directe sur des questions comme la mondialisation, la guerre, le travail, l’immigration ou la lutte anti-raciste. Encore là, il est vital de chercher à agir sur la conjoncture et d’ouvrir des perspectives radicales de lutte, mais les luttes sectorielles, même radicales, sont insuffisantes. L’organisation doit servir à développer une perspective politique libertaire globale, ancrée dans le quotidien et fédérant tous les fronts.
    L’organisation politique ne remplace pas les groupes de propagande et les groupes d’action directe, elle est complémentaire. C’est une organisation permanente, large et ouverte, qui fait tantôt de la propagande, tantôt de l’action. C’est une organisation, surtout, qui est présente dans les luttes et les quartiers. Une organisation qui milite pour des mouvements sociaux combatifs et l’émergence d’une gauche libertaire large et ouverte. Une organisation cohérente politiquement.
    L’organisation telle que nous la concevons n’est pas une avant-garde de révolutionnaires professionnelLEs appeléEs à diriger les luttes et les gens. C’est plutôt une minorité agissante de militantEs communistes libertaires, un regroupement de camarades sur la même longueur d’ondes qui coordonnent leurs activités politiques. Ce n’est pas un groupe secret, un club privé ou un groupe d’affinité mais une organisation publique dont on peut devenir membre si on est d’accord avec ses positions. Bref, un peu comme ce que nous tentons de faire avec la NEFAC…

Cause commune no 16, septembre 2007

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