Mardi 13 mai 2008

Les mobilisations des établissements, écoles et celle des lycéen(ne)s en région parisienne, loin de s’affaiblir ont bien montré la détermination des élèves, des personnels et des parents à refuser la destruction de la notion même du service public déducation, alors que les effets désastreux des politiques menées par les différents gouvernements ont dores et déjà fait régresser les conditions détudes et de travail de tou(te)s. On pourrait qualifier «d’attaque finale» contre le service public les mesures imposées pour la rentrée 2008, qui aboutissent à une véritable mise au pas de lécole, pour les élèves comme pour les personnels et les parents.

Avec l
accumulation des suppressions massives de postes, la généralisation des bac pro 3 ans et la suppression des BEP, l’application des lois Fillon, LRU, EPEP et réforme Darcos, le licenciement massif des CAE/CAV, la casse des garanties statutaires (rapport Pochard, RGPP) et la généralisation du travail sans droit, la rentrée 2008 constitue une étape importante de la destruction du service public déducation, du primaire au supérieur, avec une soumission de plus en plus exclusive aux seuls intérêts du patronat et de l’État, visant à imposer la «refondation sociale» du MEDEF, traduit par le plan de cohésion sociale dans un premier temps, dont lachèvement mène à un licenciement massif des contrats aidés, alors quils occupent des emplois qui devraient être statutaires La refonte générale des politiques publiques, qui prévoit la perte des garanties statutaires de la fonction publique est la dernière étape pour généraliser le travail sans droit, imposer les réformes réactionnaires de destruction du service public déducation.

Tout ceci dans un contexte de paupérisation d
une part de plus en plus importante de la population, et donc de nos élèves et de leurs familles. Dans un contexte aussi de casse de la protection sociale, dans la perspective de la généralisation du travail sans droit, où léducation et les idéaux dun service public déducation pour tous nont plus leur place. La seule recherche du profit pour quelques-uns se passe dun service public garantissant légalité des droits à léducation pour tou(te)s.

Alors que les mobilisations se développent dans de plus en plus d
académies de province, les mobilisations en région parisienne doivent samplifier dès le mois de mai, se coordonner avec les autres régions, pour contrer loffensive de destruction de lécole publique. Construire la riposte qui simpose, cest forcément sinscrire dans une perspective de changement du service public : pas celui que nous imposent l’État et le patronat, celui que nous devons décider tous ensemble, parce que cest nous qui travaillons et qui étudions.

La Griffe de léducation no 5, mai 2008
Bulletin du syndicat CNT des travailleurs-ses de l’éducation des Hauts-de-Seine



Manifestations du 15 mai dans le Jura :
Dole : 9h30 place Barberousse
saintClaude : 11h devant la sous-préfecture
Lons-le-Saunier : 15h place de la Liberté

Lundi 12 mai 2008

Nous, lycéens représentant 39 lycées de la région parisienne, de Toulouse et du Mans, lançons l’appel suivant :

La mobilisation lycéenne a débuté le 18 mars contre la suppression des postes de profs et contre la suppression du cycle BEP/Bac pro. Ce mouvement a débuté spontanément. Une coordination lycéenne s’
est mise en place pour que lensemble des lycées puissent prendre part aux décisions liées au mouvement de façon démocratique.

Les négociations des syndicats lycéens ne sont pas à la hauteur de nos revendications développées tout au long du mouvement, elles sont même complètement contradictoires. En effet «le dispositif de réussite scolaire» nécessite que nos professeurs fassent des heures supplémentaires alors que nous nous y opposons depuis le début car ce sont les salaires qu
il faut augmenter, pas le temps de travail : travailler plus pour gagner plus na jamais été un acquis social. Si les conditions de travail de nos professeurs se dégradent, cela influencera surement la qualité des cours quils nous donnent.

De plus, le maintien du BEP, en même temps qu
un Bac pro en 3 ans, ne sera en fait quun diplôme formel sans aucune réalité. Cette promesse sans aucune précision ne semble pas réalisable sans que le BEP ne devienne un diplôme sous-estimé et sans aucune valeur sur le marché du travail. Le Bac pro en 3 ans suscite toujours le problème de la manière de faire pour étudier le programme avec un an de moins sans supprimer des matières !

Depuis près de deux mois, les lycéens se mobilisent contre la casse de l
Éducation nationale : Le gouvernement impose des réformes de lÉducation nationale sous prétexte de devoir faire des économies, cela en faisant des cadeaux fiscaux aux plus riches. La dette nationale pourrait être remboursée par une augmentation de 0,08% des taxes sur les entreprises du CAC 40.

La coordination lycéenne nationale maintien ses revendications sans aucune négociation :
— Non à la suppression des 85.000 postes de profs dici 2012,
— Maintien des BEP, abandon de la réforme du Bac pro,
— Non à lapplication du rapport Pochard,
— Des moyens à la hauteur des besoins de lÉducation nationale :
— Pas plus de 25 élèves par classe,
— Embauche de tous les personnels nécessaires (TOS, infirmières, assistantes sociales…),
— Non à la suppression de la carte scolaire,
— Abrogation de la LRU,
— Non aux heures supplémentaires pour les professeurs,
— Régularisation de tous les sans-papiers,
— Arrêt immédiat de toute répression administrative et policière des mouvements sociaux,
— Non à la suppression des options.

Il est important et urgent de faire monter la pression au gouvernement et pour cela il faut se mobiliser et s
organiser en Assemblées générales et Coordinations locales, départementales ou nationales.

C
est dans la rue que nous luttons contre les suppressions de postes, la précarisation de notre futur statut de salariés, la suppression des BEP et tout le reste.

La Coordination nationale lycéenne appelle tous les lycéens de France à manifester activement le 15 aux côtés des travailleurs, des profs, des parents d
élèves contre la casse globale de léducation, contre la précarité. Nous ne devons rien lâcher malgré lappel des syndicats lycéens et profiter de cette date pour montrer aux travailleurs quil est encore possible de faire grève et de gagner ! Elle appelle aussi à se mobiliser le 18 ainsi que le 22 mai, sur nos propres revendications et aux côtés des travailleurs contre la politique du gouvernement et en solidarité sur leurs revendications et à poursuivre la mobilisation tous ensemble jusquà la victoire finale…
Jeudi 8 mai 2008
Alors que le mouvement lycéen multiplie les manifestations, la répression n’est pas en reste. Les luttes lycéennes connaissent leur lot de violences policières : présence en masse, matraquages stéroïdés, gazeuses, flics en civils, et autres gardes mobiles, interpellations… Mais la violence d’État n’est pas le monopole des flics, et les récentes luttes lycéennes ont vu s’affirmer une autre forme de répression celle des Services d’Ordre (parfois même privés). Pas si différente en fait puisque tout ce beau monde ne rechigne pas à la tâche et sait travailler la main dans la main.

Il s’agirait de «sécuriser les manifestations», trier les «bons manifestants» des «mauvais», les «gentils» des «casseurs». Mais de qui parle-t-on ? D’une jeunesse en révolte, qui subit l’exclusion, qui n’a plus rien à attendre de l’éducation nationale, que ces syndicats et partis s’empressent de zapper ; de ceux qui ne se satisfont pas des slogans réformistes, ceux en désaccord avec une vision superficielle d’une école qui préparerait dans les meilleures conditions à l’exploitation ou à l’exclusion, ou encore de celui qui se fait chopper parce que sa tête est trop foncée…

Lorsque la gauche, à la manière des partis de droite, brandit le spectre de l’insécurité c’est pour mieux passer sous silence la violence sociale… Et finalement, lorsque ses sbires se mêlent à la répression c’est toujours pour évacuer ces mêmes questions à coup de matraque…

Résistons ensemble no 64, mai 2008


Mercredi 7 mai 2008
Journée de mobilisation lycéenne lédonienne :

À 13 heures au lycée Jean-Michel assemblée générale à laquelle je n’ai pu assister car je suis arrivé à 13h40 devant ce lycée dont une bonne partie des élèves (de 300 à 500 personnes) était devant leur bahut attendant le départ de la manif. 14 heures : arrivée des policiers et de la voiture qui doit se placer à la tête du cortège. Nous prenons la direction de la mairie devant laquelle nous restons jusqu’à 15 heures (même pas d’occupation ?!?) ; ensuite direction la préfecture, arrivée au carrefour de la place «de la Liberté» (place des Jets d’Eau serait plus approprié) que nous bloquons une bonne demi-heure. Et après cest rparti pour un ptit tour dans Lons pour revenir à cette fameuse place des Jets d’Eau où les derniers lycéens se disperseront.

Je pense que le bilan de cette manifestation reste quand même positif car elle a bien montré l’énergie et la volonté des jeunes lycéens à défendre notre éducation mais franchement, avec les socialos en tête de cortège cela laisse quand même perplexe. Suite de lépisode mardi prochain.

Pour ce qui est des élèves du Tan les menaces de la part de nos chers CPE étaient 8 heures de colle pour les externes et demi-pensionnaires (GGGrrrr) et que les internes ne reviennent pas et qu’ils rentrent directement chez eux ! (et apparemment cette intimidation a bien marché !)

Un collégien de Lons


Vue par la propagande bourgeoise :


La grogne lycéenne gagne le département


Plus de 350 lycéens de Jean-Michel, Montciel et Le Corbusier ont manifesté hier après-midi dans les rues de la préfecture contre la «casse programmée de l’Éducation nationale».

L’entrée de la rue Saint-Désirée bloquée pendant une demi-heure par un grand sit-in : Lons a rejoint officiellement hier après-midi le mouvement de protestation des lycéens, alors qu
au même moment il semblait sessouffler du côté de la capitale. «Jusquici, on nétait pas mobilisés sur ces questions dans le Jura, explique Ephrem Berthet-Monnier, coordinateur du mouvement à Jean-Michel. Mais on a réussi à se concerter dans plusieurs villes pour rejoindre les Parisiens qui sont rentrés de vacances.» Le jeune militant était néanmoins heureusement surpris de lampleur de la mobilisation, certes favorisée par la météo, et composée de lycéens pas forcément rompus à lexercice du genre. «On leur apporte un soutien technique, précise Sprinsgield Marin, secrétaire général de la FSU et conducteur de la voiture-sono sur le parcours, mais ils sont propriétaires de leur mouvement et de leurs revendications.»

Celles-ci ont été exposées au cours de l
assemblée générale qui a validé la manifestation en début daprès-midi au lycée Jean-Michel : suppression de postes, hausse des effectifs dans les classes, disparition de certaines options facultatives, et, de façon générale, «toutes les attaques du gouvernement actuel contre lÉducation nationale». «Entre la seconde et la terminale, on a vraiment senti les conditions de travail de dégrader à cause, entre autres, de la hausse des effectifs par classe», témoigne Jeanne Latusek, en terminale S à Jean-Michel. Chloé Germain est elle en terminale L, et sinquiète de la disparition de certaines options facultatives, comme «les arts plastiques, qui permettent des bacs moins uniformes et enrichissent lenseignement». «On constate une fracture, poursuit la jeune manifestante. Ceux qui ont du mal à suivre ne sont plus remis à niveau dans de bonnes conditions.»

Le mouvement a été initié par plusieurs membres de «Rêver», une association lédonienne à vocation nationale créée en septembre dernier «pour répondre au besoin de dialogue entre divers horizons de gauche» selon Ephrem Berthet-Monnier, responsable du Jura. «Il n
y a aucun parti politique au-dessus de nous, explique-t-il. Nous sommes totalement autonomes.»

Les lycéens lédoniens, enthousiasmés par la réussite de cette première manifestation, se préparent à la journée nationale du 15 mai prochain.

Sarah Fréquelin


200 champagnolais derrière la Coordination

L
auditorium de Paul-Émile Victor avait de la peine à accueillir hier un petit quart des effectifs. Lappel avait été lancé par la Coordination lycéenne, conduite par Chloé Bertrand et Clovis Durand. Ce qui inquiète le plus les lycéens ne les touche pourtant pas. Il sagit de la transformation du bac pro sur 4 ans en BEP sur 3 ans, qui ne sappliquera quavec les nouveaux entrants. Cependant les lycéens voient comme une dévalorisation lassimilation du bac pro au BEP et surtout refusent dêtre considérés comme une valeur marchande dune société qui ne les éduquerait que dans ce but et donc avec des objectifs de rentabilité.

Ils disent pourtant être soutenus par les industriels qui eux, craignent un assèchement du gisement d
emplois qualifiés alors quils en manquent déjà cruellement, comme le rappelait Clovis Durand. Pour linstant les objectifs convergent et le mouvement prévoit dorganiser une descente à Lons le 15 mai pour participer à la grève des enseignants. Le mouvement est également soutenu par M. Billet, représentant des parents délèves indépendants. La manifestation dans la ville durant une heure en début daprès-midi, a été bien suivie denviron deux cents lycéens qui bénéficiaient dun encadrement sécurisant de la gendarmerie et de la police municipale.


700 lycéens dans les rues de Besançon

À Besançon, 700 lycéens se sont rassemblés place de la Révolution avant de prendre la direction du rectorat, puis de la préfecture de région pour de brefs sit-in, organisés devant chacune des deux institutions. La mobilisation a été plus faible que celle de la semaine dernière, mais les jeunes semblent toujours aussi déterminés. «Je ne comprends pas qu
il y ait si peu de lycéens. Nous on est là, pourtant on est presque sûr de rater notre bac», tempête le Bisontin Jean-Luc. «La réussite collective est plus importante que la réussite individuelle», réplique le Salinois Lucas. Avec Morgane et Vassili, ce dernier est très inquiet par la suppression «quasi-certaine dune des quatre classes de seconde du lycée de Salins». Ce qui pourrait, selon les trois jeunes, conduire à des classes 33 et 40 élèves et des séances de travaux pratiques ingérables.

Pour manifester leurs craintes et leurs inquiétudes, les jeunes Salinois ont arpenté les artères de la capitale comtoise derrière une banderole sur laquelle on pouvait lire : «Une classe de moins à Salins, c
est bientôt la fin !», une alerte relevée de la signalisation «danger particulier». Les jeunes du lycée Pergaud qui, dans la matinée, ont vu quatre de leurs camarades conduits au commissariat de Besançon (voir ci-contre) ont confectionné une pancarte à la hâte sur laquelle, ils ont écrit en noir «Pergaud en colère».

Dans le cortège, la LCR, MJS, FO, SUD et le SGEN ont hissé leurs couleurs, mais leurs représentants ont soigneusement évité le carré de tête. «Le salaire chargé moyen d
un enseignant du secondaire est de 40.000 euros, ce qui, pour la totalité des 11.500 postes supprimés, représente 460 millions deuros. Comparé aux 15 à 20 milliards de cadeau fiscal accordé aux plus riches, cela ne pèse pas très lourd», sindigne lun des enseignants.

Hier, à Besançon au moins, les lycéens ont évité de s
attaquer au fusible. Le nom de Xavier Darcos na pratiquement pas été cité. En revanche, le président de la République en a pris pour son grade.

Dahmane Soudani


Un proviseur agressé

Le conseiller régional UMP et proviseur du lycée Victor-Hugo à Besançon, Jean-Claude Duverget a été agressé, hier matin, à l’intérieur de son établissement, par un groupe de lycéens. Selon des témoignages recueillis auprès des lycéens qui avaient assisté à l
incident, le proviseur, connu pour son sens de la modération, a tenté de dissuader des élèves dun bahut voisin qui voulaient accéder à son établissement. Sen suit alors une bousculade. Profitant de la confusion, lun des lycéens aurait donné un coup de poing au proviseur qui sétait retrouvé à linfirmerie. Un communiqué publié dans laprès-midi par le rectorat confirme ces faits. En revanche, ce texte indique que Jean-Claude Duverget navait pas été blessé, «mais, choqué par lagression, il a décidé de porter plainte». Marie-Jeanne Philippe, recteur de lacadémie de Besançon, apporte son soutien au proviseur et «met en garde les lycéens contre des gestes qui peuvent nuire à la sécurité des personnes dans les établissements». Hier, peu avant la manifestation, lun des responsables de la coordination lycéenne de Besançon sest dit lui aussi choqué par cette agression et a sévèrement condamné cet acte quil attribue beaucoup «plus à des éléments perturbateurs quà des lycéens animés par lintérêt général des jeunes». La présidente de la Région, la socialiste Marie-Guite Dufay a également fait part de «son indignation» et «au nom du conseil régional, apporte tout son soutien» au proviseur. Marie-Guite Dufay a aussi rappelé que «si de nombreuses questions se posent actuellement dans lensemble des établissements de lacadémie au niveau des suppressions de postes et de filières, rien ne saurait justifier que les manifestations soient le cadre de tels débordements.»

D.S.


Prélèvements ADN sur des grévistes

Hier matin, trois élèves du lycée Pergaud à Besançon et un collégien, surpris par une patrouille de police en train de déplacer des grilles d’un chantier, pour bloquer les accès de cet établissement, ont été interpellés. Tous âgés de moins de 16 ans, les quatre jeunes ont, ensuite, été conduits au commissariat pour des prélèvements en vue d
un test ADN. Alertés par dautres lycéens, les parents de deux dentre eux se sont rapidement présentés devant les officiers de police et ont manifesté leur ferme opposition à cette opération. En revanche, des prélèvements auraient été effectués sur les deux autres. «Au début, jai dit non, mais on ma fait comprendre que si je refusais, cétait 15.000 euros damende et deux ans de prison. Je navais donc pas le choix. Sauf que pour les 15.000 euros et les deux ans de prison, on ma menti», a expliqué hier, en milieu daprès-midi, lun des lycéens, visiblement encore choqué.

Reste qu
il na été question que de prélèvements. Hier, en fin daprès-midi, on ne savait toujours pas si les analyses allaient être effectuées ou pas.

Le Progrès (édition du Jura), 7 mai 2008


Bourg : première manif lycéenne

Sortis des lycées burgiens Quinet, Lalande, Carriat, Pardé ou Voisin, de jeunes manifestants ont arpenté les rues de Bourg, hier après-midi. Ils n’étaient qu’une centaine pour cette première expression locale, première depuis la naissance de la grogne au niveau national.

Une délégation a obtenu audience en préfecture pour exprimer son hostilité à la réduction de classes et d’heures d’enseignements et de postes d’enseignants, à la suppression des BEP et réforme des bac pro — des motifs qui avaient fait sortir les jeunes du lycée agricole des Sardières en décembre.

Les lycéens promettaient d’être nombreux à manifester le 15 mai aux côtés de leurs enseignants.

Le Progrès (édition de l’Ain), 7 mai 2008


Voir aussi :
Les lycéens du Jura entrent dans la lutte (7 mai)
Les lycéens champagnolais se mobilisent à leur tour (6 mai)
Sur le mouvement lycéen en Franche-Comté (2 & 3 mai)
Appel de la Coordination lycéenne de Besançon (29 avril)
Luttes lycéennes partout en France… (28 avril)
Mardi 6 mai 2008
Une coordination départementale est en cours de constitution

Aujourd’hui, le lycée Paul-Émile Victor lance une mobilisation lycéenne, pour discuter des réformes de l
Éducation nationale en cours. À 12h45, les jeunes lycéens se retrouveront en assemblée générale pour déterminer des actions à suivre pour faire entendre leur voix. «Nous étions en retard et le manque de mobilisation nous a inquiétés. Mais finalement, elle va prendre forme chez nous aussi», confie Clovis Durand, coordinateur du mouvement à Champagnole.

Les lycéens vont ainsi rejoindre le mouvement national qui agitent les établissements français depuis quelques semaines. En ligne de mire, la contestation du projet de fusion des bac Pro avec les BEP, annoncé en janvier dernier. «Nous sommes directement concernés par ces réformes, puisque dans notre lycée, il y a beaucoup de formations professionnelles. Fondre les deux formations va dévaluer un diplôme déjà sous-estimé», assure-t-il.

Une assemblée générale à Lons aujourd
hui

La suppression des classes artistiques ainsi que de postes d
enseignants inquiètent également les jeunes Champagnolais. À Lons-le-Saunier, une assemblée générale aura également lieu à 13 heures au lycée Jean-Michel. Ces initiatives devraient se rattacher à une coordination départementale, en cours de constitution.

M.Mo
Le Progrès (édition du Jura), 6 mai 2008


Sur le mouvement lycéen en franche-Comté

Samedi 3 mai 2008
Les lycéens veulent bloquer Pontarlier

La coordination des lycéens de Besançon veut réunir 4000 jeunes dans la capitale du haut Doubs.

La date retenue pour cette action, pour le moins spectaculaire, est fixée au 24 mai prochain et c’est le jeune Pontissalien Julien Vernier, représentant de l’Union nationale lycéenne (UNL) qui le dit.

Le représentant de l’Union en région participait, hier en début d’après-midi, à une assemblée générale des jeunes du lycée Louis Pergaud à Besançon.

Avec les lycées Pasteur et Victor Hugo de la capitale comtoise, cet établissement est l’un des principaux animateurs du mouvement lycéens et l’AG d’hier ressemblait beaucoup plus à un rassemblement de coordination quà une réunion interne. Entre autres, les lycées Victor-Considérant à Salins-les-Bains et Edgar-Faure à Morteau étaient représentés.

Mais en attendant cette journée du 24 mai, la coordination lycéenne de Besançon appelle à deux manifestations régionales les 6 et 15 mai prochains à Besançon.

Préoccupations locales

«Pour le 24 mai, notre objectif est de réunir 4000 lycéens dans la capitale du haut Doubs pour pouvoir la bloquer totalement. Nous voulons faire comprendre aux dirigeants locaux de lÉducation nationale et à M. Xavier Darcos, surtout après ses dernières déclarations à Strasbourg, quaucun lycéen nest daccord avec leurs réformes», confie Julien Vernier.

«Aujourdhui, nous profitons de cette AG pour inviter tous les lycéens qui se sentent concernés et qui ont envie de se mobiliser, les parents, les élus et la société civile à rejoindre notre mouvement dès mardi prochain à partir de 14 heures, place de la Révolution à Besançon», insiste le représentant de lUNL.

À Besançon, les représentants des lycéens ont déjà pris contact avec lUNSA, SUD et la LCR.

La Salinoise Gladys Bon est sur la même longueur d’onde que son camarade de lUNL. «Jappelle à une mobilisation très organisée pour montrer à M. Darcos quon est crédibles, très responsables et quil doit nous écouter. Il est important que les lycéens organisent des AG partout pour être mieux informés et pour faire remonter les informations à la coordination», plaide-t-elle.

Outre les revendications nationales, les lycéens sinquiètent de lavenir du lycée professionnel à Pergaud et de la fusion du génie mécanique et du génie électronique à Morteau qui pourrait se traduire par la disparition du tiers des effectifs lycéens de ces deux dernières filières.

Dahmane Soudani
Le Progrès (édition du Jura), 3 mai 2008



Tous dans l’action !

Depuis une semaine, les lycéens manifestent en masse dans l’académie (plus de 1000 manifestants le 29 avril à Besançon) pour le rétablissement des 11.200 postes supprimés (156 dans l’académie).

Leurs revendications sont les nôtres ! Les organisations syndicales appellent à converger avec le mouvement lycéen et :

À tenir des assemblées intersyndicales dans les établissements pour faire le point des revendications et des projets du gouvernement, prendre la mesure de l’attaque densemble qui vise la fonction publique (statuts, missions, retraites, salaires) et passer à laction.

À manifester le mardi 6 mai avec les lycéens, à 14 heures, place de la Révolution à Besançon (un préavis de grève a été déposé).

À participer massivement à la journée de grève du 15 mai qui réunira lenseignement (1er et 2nd degré) et toute la fonction publique pour :
— Le rétablissement des postes supprimés en particulier par la transformation des heures supplémentaires en emplois, le maintien des enseignements dispensés aux élèves, l’amélioration des conditions d’études.
— La consolidation des trois voies de formation au lycée, l’arrêt de la généralisation des bacs professionnels en trois ans qui conduirait à la disparition des sections de BEP.
— Refuser la politique éducative du gouvernement dans les écoles primaires (aide, programmes, concurrence…)

À participer massivement à la journée interprofessionnelle le 22 mai contre lallongement de durée de cotisation (de 40 annuités à 41).

Syndicat national FO des lycées & collèges,
CGT Éduc’Action, FSU 25, SUD Éducation Franche-Comté

Besançon, le 2 mai 2008

Mardi 29 avril 2008
École, une révolution nécessaire

Les éditions CNT – Région parisienne viennent de publier École, une révolution nécessaire, livre d’entretiens avec des militants de la Fédération CNT des Travailleuses et travailleurs de l’Éducation (CNT-FTE). Cet ouvrage retrace dix années de luttes et de réflexions pour une autre école.


Ils / elles sont enseignant.e.s, en maternelle, primaire, collège ou lycée, agents, magasiniers, étudiants, cuisiniers, ouvriers professionnels, surveillants, anciens ou tout nouveaux dans le métier ou à la retraite.

À Lille, Marseille, Lyon, Paris, Rennes, Nancy, Besançon… ils militent depuis plusieurs années ou seulement quelques mois. Ils témoignent ici de leur engagement, alternant le «nous» et le «je» pour faire partager leurs parcours, leurs souvenirs, leurs espoirs et leurs projets. Ils ont emprunté des chemins différents, connu des expériences diverses et vivent des réalités singulières.

Ils se retrouvent aujourd’hui au sein de la fédération CNT des Travailleuses et travailleurs de l’Éducation, animés par une certitude partagée : dans la société comme dans l’école, une révolution est nécessaire.

Ce livre rassemble leurs témoignages et propose au lecteur de découvrir, loin des clichés, l’action quotidienne des militants de la CNT Éducation, un syndicat qui, au cœur des luttes actuelles, ambitionne de réinventer un autre syndicalisme pour défendre une autre école.

École, une révolution nécessaire
Entretiens avec des militants de la Fédération CNT des Travailleuses et travailleurs de l’Éducation. Coordination et entretiens Grégory Chambat.
Éditions CNT – Région parisienne, 208 pages, 13 euros.
À commander à CNT-FTE, 33 rue des Vignoles, 75020 Paris.
Chèques à l’ordre de CNT-SL.
Mardi 29 avril 2008
Nous avons le regret de vous annoncer la mort prochaine de l’Éducation nationale !

Il est encore temps de réagir
face aux ravages de la politique ministérielle.


8800 postes supprimés dans l’Éducation secondaire
Pour nous, lycéens cela correspond à une ambiance de classe de plus en plus difficile à vivre : 35 élèves par classe, une impossibilité pour les enseignants d’aider les élèves en difficulté, des cours de moins en moins approfondis…

Des options menacées
La possibilité de pouvoir étudier des matières optionnelles telles qu’Arts Plastiques, Histoire de l'Art, Musique, Sport, LV3, Théâtre… pourrait être supprimée pour des raisons économiques. Ainsi c’est tout l’apport culturel de l’école qui est mis à mal.

Un baccalauréat unique ?
Une volonté de réforme qui vise à supprimer les différentes filières et les remplacer par un bloc commun : c'est la pluralité de l'enseignement qui est remise en cause. Sans oublier la disparition des BEP et le Bac Pro en 3 ans au lieu de 4 ans.


Menacer l’école c’est menacer notre avenir : réagissons !

Manifestation le mardi 29 avril à 14 heures
place de la Révolution à Besançon


Mardi 29 avril 2008
Pannessières : une salle de classe vidée par les parents

Il n’y avait plus rien dans la salle de classe lorsque linstituteur est arrivé à lécole hier matin. Le matériel avait été déménagé et dissimulé la veille par les parents délèves et une partie du conseil municipal.

Déterminés. Voici un doux euphémisme pour qualifier l
état desprit des parents délèves et de la majorité du conseil municipal de Pannessières. Pour que leurs dix-neuf enfants continuent à étudier dans la classe unique du maître Pascal Faure, ils ont vidé la salle et caché tables, chaises et autre matériel. «On cherchait à marquer les esprits, explique Sophie Noherie, mère dun élève de la classe. Pour linspecteur, cest fini. Ils en sont à nous demander où nous voulons mettre nos enfants lannée prochaine. Mais cest ici que nous voulons quils soient !»

À l
heure où la leçon aurait dû commencer, parents délèves, conseillers municipaux et habitants du village, soit une quarantaine de personnes, attendaient donc un signe de l’inspection dacadémie et ne cessaient de sétonner devant la décision de supprimer le poste de linstituteur dans le village. «Les enfants seront encore dix-sept lannée prochaine, ils pourraient même être plus nombreux si certains parents étaient sûrs de la pérennité de la classe, explique Charline Gianinazzi, conseillère municipale. Ils sont heureux ici, il ny a pas déchec scolaire. Il y a la cantine et la garderie. Pourquoi arrêter quelque chose qui fonctionne ?»

C
est à 9h30 que sont finalement arrivés M. Skrabacz, chef de la division de laction éducative, et, dans laprès-midi, Mme Roux, inspectrice de la circonscription. Les deux émissaires de linspection dacadémie se sont entretenus avec le maire, des conseillers municipaux et des parents délèves. Devant le refus des parents de restituer le matériel, les enfants ont été déplacés au foyer du village et du matériel pédagogique fourni à linstituteur pour quil puisse faire classe. Les gendarmes de Lons ont été appelés pour le dépôt dune plainte pour entrave au bon fonctionnement du service public denseignement.

«Je ne peux pas accepter qu
on empêche un enseignant de faire cours, explique Roland Franiatte, linspecteur dacadémie. De plus, cest un événement traumatisant pour les enfants. La gendarmerie va donc mener son enquête.»

L
action des parents de Pannessières na pas fait évoluer les positions de ladministration. «Je nai rien contre Pannessières, précise Roland Franiatte. Jessaie seulement de répartir les moyens de façon équitable dans le département. Il y a des exigences de qualité qui ne sont pas mises en œuvre, comme lenseignement des langues vivantes, que linstituteur ne peut pas faire et qui nécessite la venue dun deuxième instituteur. Et même si les parents sont satisfaits aujourdhui, quadviendrait-il si linstituteur devait être remplacé par quelquun qui ne leur convienne pas ? Cest une trop grosse prise de risque, or je me dois de garantir lavenir.»

En fin d
après-midi, les parents ont finalement restitué le matériel. «On ne voulait pas pénaliser les enfants, raconte Sophie Nohérie. Mais on na pas abandonné. En plus, à lheure où on parle déconomie et décologie, alors que nous amenions tous nos enfants à pied à lécole, on nous oblige à emmener nos enfants en voiture à lavenir ! On ne comprend pas tous ces discours contradictoires.»

Le maire Claude Chamouton et un représentant des parents d
élèves ont sollicité le préfet et linspecteur dacadémie pour une rencontre en urgence.

Sarah Fréquelin

«Nous sommes légitimes !»

«On est déterminés face au mépris affiché par l
inspecteur dacadémie et le secrétaire général de la préfecture. On nest pas daccord avec la décision de supprimer lécole et on est bien décidés à aller jusquau bout du bout. Je vous le dis, il y aura une école à Pannessières en septembre prochain !» À limage de Maurice Monnet, conseiller municipal, les parents délèves ne baissent pas les bras. En vidant les deux salles de la classe unique, dimanche, ils ont voulu frapper les esprits parce que, pour eux, lécole est un symbole : «Cest le lieu de la pensée, de la connaissance, de lapprentissage de la vie en société. Cest aussi le symbole de la ruralité car quand on sattaque à lécole, on sattaque aussi à lenfant et à lesprit même du village. Aujourdhui, notre société essaie dapporter un tas de remèdes à ses maux, mais nous, ici nous avons le vaccin… On ne se situe pas en aval des problèmes, mais en amont. Nous faisons vivre ensemble les enfants, ils créent des liens de fraternité, ils apprennent laltérité. Dans notre démarche de sauvegarde de lécole, nous avons vraiment limpression de faire œuvre de modernité, on raisonne dabord en termes humains et pas comptables. On veut que les gosses qui sortent de chez nous aient une vraie formation citoyenne.»

Le message à l
administration est clair, il prend à rebours le dogme des ratios et des moyens : «Toutes les conditions sont réunies pour que tout marche bien ici, on a une qualité encore bien supérieure à dautres écoles. Contrairement à ce que dit linspecteur dacadémie, on défend lécole du futur, lécole moderne. Une école à classe unique avec 19 élèves, cest adapté à notre village, les grands apprennent aux petits. Il ne faut pas croire quon est dans la nostalgie, on a une vision moderne.»

Élus et parents ne culpabilisent pas et ne sont pas sur la défensive : «On est légitimes dans notre action, dans notre vision, c
est linspecteur dacadémie qui ne lest pas, il obéit, il applique les directives, mais il porte quand même sa part de responsabilité dans le mépris quil nous a affiché, il nentend pas les gens. Aujourdhui, on inverse le paradigme, on est totalement dans notre droit et on gagnera parce quon na plus rien à perdre. On ne se résigne pas, nos enfants seront à Pannessières à la rentrée !»

Armand Spicher

Le Progrès (édition du Jura), 29 avril 2008
Lundi 28 avril 2008
Un peu partout en France les lycéens s’organisent en coordination nationale.

L
e mouvement prend réellement de l’ampleur, nous sommes de plus en plus nombreux à nous mobiliser.

L’auto-organisation des lycéens en assemblée générale (AG) est déjà en place dans de très nombreux lycées ; c’est le seul moyen pour toucher le plus d’élèves possible sur chaque établissement mobilisé.

Se réunir en AG permet d’organiser la mobilisation sur son lycée, de débattre autour de revendications, de préparer les manifestations et surtout de discuter des suites à donner au mouvement.

Il est urgent de défendre les revendications suivantes :

— Abrogation de la LRU,
— Rétablissement des postes supprimés,
— Pas plus de 25 élèves par classe,
— Maintien du BEP.

La liste est longue, au même titre que la liste des attaques gouvernementales contre le service public et les droits des lycéens. Toute cette politique a des conséquences sur nos conditions d’étude et d’enseignement. Des classes surchargées, moins d’options et langues de plus en plus rares, parfois des filières et classes fermées.

Pour les professeurs, recours aux heures supplémentaires, plus de difficultés pour faire des cours dans des classes plus surchargées et moins de temps pour les préparer.

Pour mettre fin au mouvement la répression est très forte : c’est pour cela que la Coordination nationale lycéenne (CNL) demande l’arrêt des poursuites judiciaires contre les lycéens interpellés lors de manifs ou devant leurs lycées. C’est l’ensemble des jeunes et personnels enseignants et non enseignants qui sont attaqués par ces réformes.

Les lycéens en lutte sont invités à participer à la prochaine CNL
le samedi 3 mai à PARIS.

Comme en 68, montrons-leur qu’ils ne sont rien et que nous sommes tout. Il est temps de se réapproprier MAI 68 ! Le Mai des murs qui prennent la parole, le Mai des barricades qui ferment la rue et ouvrent la voie. Pour connaître l’ampleur des luttes anticapitalistes ne regardez pas que la propagande des médias bourgeois mais plutôt les médias libres & alternatifs : Indymedia Paris ou encore Le Jura Libertaire par exemple.

Fait par des lycéens & intérimaires



Samedi 19 avril 2008
L’école ne se conjugue pas au passé antérieur. Depuis son origine, l’école de la République repose sur un mythe, celui de l’égalité des chances, réaffirmé dans le préambule aux nouveaux programmes de l’école primaire (bulletin officiel du 20 février) : «Offrir à tous les enfants des chances égales de réussite et préparer, pour tous, une intégration réussie dans la société.»

Or, quelle égalité et quelles chances convoque-t-on dans les nouveaux programmes du ministère de l’Éducation nationale ? Égalité devant une «culture scolaire» dont la clef principale est l’étude de la langue française, comme objet en soi, déconnectée de toute réalité, de toutes pratiques sociales dans lesquelles cet apprentissage prendrait tout son sens ?

Seuls y réussissent les enfants dont le rapport à la langue et à cette «culture» se construit, dans, mais essentiellement hors les murs de l’école…

Cette «élaboration» s’effectuant dans un incessant va-et-vient maison-école donnant du sens à cette dernière, trop souvent incompréhensible pour les non initiés. Aussi, l’insistance avec laquelle les nouveaux programmes ambitionnent de faire travailler les élèves va creuser l’écart entre ceux qui pourront sans trop de difficultés s’exercer pour acquérir cette maîtrise et les autres.

Quelles chances, en effet, va-t-on donner aux élèves quand il va s’agir de se centrer sur les «fondamentaux du français et des maths» en multipliant les exercices systématiques pour le français et les techniques opératoires pour les mathématiques ? Cette vision désincarnée des savoirs à transmettre, son aspect mécaniste, utilitaire va renforcer les inégalités entre les élèves qui s’y colleront et ceux qui y résisteront. Stages de «remise à niveau» pendant les vacances scolaires ou heures de soutien n’y feront rien.

L’école n’a pas besoin d’un retour à la «rédaction» ou à l’«instruction civique et morale», des fausses recettes du passé, où, rappelons-le, la moitié d’une classe d’âge n’atteignait pas le certificat d’étude.

Une école émancipatrice est une école ouverte au monde où les parents ne sont pas cantonnés derrière les grilles.

Une école où il est possible dès la maternelle de produire de nouveaux savoirs plutôt que de les singer.

Une école où faire des mathématiques et du français a du sens parce que ces disciplines s’inscrivent dans un projet, dans un partage, où les productions sont socialisées, où l’on apprend ensemble dans la coopération, l’entraide, où personne n’est stigmatisé parce qu’en «difficulté»…

Tout le contraire de l’école de Monsieur Darcos.

Alain DERVIN, professeur des écoles en ZEP
en Seine-Saint-Denis, syndicaliste CNT

Libération, 17 avril 2008
Vendredi 18 avril 2008
Nous avions rencontré Nicole Maillard [Nicole Maillard est aussi militante à lO.I.P. (Observatoire International des Prisons) et au G.I.A. (Groupe Information Asiles). Son livre Maltraitance sociale à lenfance aux Éditions Libertaires a obtenu le prix Ni Dieu Ni Maître 2004 au Festival du livre libertaire de Merlieux.], présidente de l’EPI, lorsquelle avait rendu publique sa volonté douvrir une école Freinet, à Coisevaux (70). Nous avons suivi ses réalisations et lui apportons notre soutien dans la poursuite de ce projet. Mais de quoi sagit-il vraiment ?

Historique

L’École Pédagogie Institutionnelle (EPI) [
EPI (École Pédagogie Institutionnelle), Association loi 1901 — no SIRET : 477 588 000 10 – code APE : 8559B — siège social : 8 rue du Faÿs – 70400 Coisevaux — Tél : 03 84 46 05 87 — CCP no 8072 20 B Dijon – École Pédagogie Institutionnelle] est une association loi 1901 laïque et indépendante, dintérêt général et à gestion désintéressée, créée en 2002 et dont lobjet est de lutter contre lexclusion scolaire et lillettrisme dune part, les violences entre groupes humains différents dautre part, par lutilisation des Techniques Freinet et de la Pédagogie Institutionnelle (T.F.P.I.).

Dans ce but, l
EPI souhaite construire une petite école avec internat, dune douzaine de places, afin de permettre laccueil d’enfants momentanément en difficultés. Face au refus des banques, y compris la NEF qui na pas joué le jeu, le projet a débuté sous une autre forme. LEPI a ouvert, en septembre 2004, une petite école primaire privée laïque et mixte, à classe unique, située à Chagey (Haute-Saône), près dHéricourt, Belfort et Montbéliard. Elle y a accueilli, dans des locaux quelle loue, des enfants de 5 à 16 ans en très grandes difficultés et aux pathologies graves et multiples. Cet afflux de population aussi gravement atteinte nétait pas du tout attendu par l’E.P.I. qui pensait, à l’origine, travailler avec des enfants simplement en difficultés scolaires.

La réalité de l
exclusion scolaire en France

D
après les chiffres officiels, au moins 20.000 enfants sont déscolarisés en France. Ils sont en fait bien plus nombreux. Certains des enfants malades et/ou handicapés ne trouvent pas de place dans les structures existantes. Dautre part, les services dAide Sociale à lEnfance (A.S.E.) eux-mêmes peinent à trouver dans une zone géographique des lieux daccueil et des lieux de scolarisation pour des enfants retirés à leur famille pour maltraitance grave présentant des troubles psychiques et comportementaux auxquels sajoutent parfois des maladies ou handicaps. Par ailleurs, même parmi les enfants handicapés statistiquement déclarés comme scolarisés, très nombreux sont ceux qui ne le sont quà temps partiel, voire très partiel (une après-midi par semaine, par exemple). En outre, parmi les enfants accueillis dans les IME (Instituts Médico-Éducatifs), certains ne bénéficient daucune scolarisation du tout, car rien ny est mis en place pour cela. De plus, des milliers denfants dâge scolaire sont dans des hôpitaux de jour (pédopsychiatrie). Ils bénéficient dun quota horaire hebdomadaire de scolarité le plus souvent très réduit, quand il nest pas totalement inexistant. Cette absence de scolarisation surajoute du handicap à des enfants qui accumulent du retard de développement et de connaissances. Nous pourrions ajouter les enfants «décrocheurs» qui sont déscolarisés par absentéisme massif et régulier et ceux qui souffrent de lécole telle quelle se pratique aujourdhui.

Il existe donc un besoin pressant de lieux de vie et de scolarisation pour répondre aux très nombreuses demandes encore insatisfaites. Et il existe un besoin pressant d
une approche psychologique et pédagogique, individuelle et groupale, différente pour ces enfants, éveilleuse de leur désir dentrer en relation et capable de leur en donner les moyens. Ce projet nest pas le seul et il est encouragé par le succès des deux internats déjà existant en France qui utilisent les T.F.P.I. : lécole de la Neuville, en Seine-et-Marne, et lécole de lAPI (Action pédagogique Institutionnelle), dans lOrne.

Fonctionnement de l
école en Techniques Freinet Pédagogie Institutionnelle (T.F.P.I.)

La spécificité du projet de l
EPI réside bel et bien dans le choix des T.F.P.I. Lexpérience emmagasinée à l’école de jour prouve que ces techniques fonctionnent aussi pour des enfants cumulant les handicaps. Les enfants accueillis étaient soit autistes, soit psychotiques, soit psychopathes, la plupart avec des problèmes sociaux, certains même judiciaires. En plus, ils étaient en même temps presque tous soit épileptiques, soit atteints d’autres handicaps génétiques. Pourtant, la spécificité des T.F.P.I., par la prise de responsabilité, létablissement de règles de vie commune, la gestion de la vie collective, a eu sur eux des effets bénéfiques importants. Citons l’exemple de trois élèves épileptiques et cumulant d’autres troubles : tel garçonnet de sept ans, jugé arriéré profond et refusé comme tel par l’Éducation nationale, a pu être scolarisé en CE1 en école primaire ordinaire après un an passé à l’E.P.I., suite à ses progrès considérables : les T.F.P.I. lui ont permis de «s’éveiller» et de révéler sa vive intelligence, faisant voler en éclats l’étiquette d’handicapé mental grave qui lui avait été collée. Tel autre, psychotique, après avoir passé toute son enfance en psychiatrie, était jugé dangereux, incapable dapprendre et rejeté de toute institution, quand l’E.P.I. l’a accueilli à l’âge de dix ans. En trois ans, il y a appris à lire, écrire et compter et y est devenu capable d’assumer certaines responsabilités, outre le fait que son hémiparésie droite a complètement disparu. Un autre épileptique très grave (pharmacorésistant) et au comportement très violent, deux trépanations (avec lobotomie partielle), divers appareils dans la poitrine et dans le cerveau, hémiplégie gauche, avait un niveau à peine Grande section de maternelle à son arrivée à 14 ans. En deux ans, il est entré et a avancé dans les apprentissages de CP et il est devenu capable de vivre en groupe en tenant compte des règles de vie établies en commun.

On pourrait parler aussi de tel ou tel élève autiste et dysphasique et comment il entre peu à peu dans le langage et la communication avec les autres… et du jour mémorable où, abandonnant l’écholalie, il dit «Je»… C
est avec ces enfants ou adolescents, venant chaque jour souvent de très loin (Doubs, Haute-Saône, Territoire de Belfort), que lécole de jour sest ouverte. Elle fonctionne avec les institutions et les métiers, propres aux pédagogies alternatives (imprimerie, Quoi de neuf ?, ceintures de compétences, Conseil, correspondance). Les pédagogies alternatives ont des parti-pris fondamentaux : lenfant est une personne en construction et tous les enfants sont capables de réussir ; lenfant se construit avec les autres ; lenseignant a un rôle important dans la mise en place de démarches dapprentissage et la transmission de valeurs éthiques [Voir mon article «C’est quoi les pédagogies nouvelles ?», Le Monde Libertaire, 17 juin 2004]. Notons que si le projet répond à de véritables besoins et aux attentes des familles et des institutions, ces dernières ont toujours refusé de payer le prix de journée des enfants quelles souhaitaient placer à l’école de jour de lE.P.I., et ce, malgré le soutien reçu par linspecteur dAcadémie de la Haute-Saône.

Le projet d
internat

L
année 2008 verra-t-elle enfin l’internat sortir de terre ? Nous le souhaitons. Les travaux de construction ont commencé fin févier 2007 et cest par lénergie déployée et les soutiens des amis que la chose a été rendue possible. Le projet dinternat a été budgétisé à 320.000 euros. Ce sera une construction en ossature bois, écologique. Lécole de jour a déjà reçu psychiatres, psychologues, éducateurs, enseignants curieux de découvrir les T.F.P.I. Linternat offrira aussi un espace de formation, de documentation et dinformation. LEPI a toujours été claire sur le statut de lécole : cest une école privée hors contrat. Il est impossible daccéder au statut décole privée sous contrat, même simple, avec l’Éducation nationale, car les critères du décret de 1960 à ce sujet ne le permettent pas (lécole privée doit avoir au moins 5 ans dexistence et répondre à un afflux de population imprévu sur la commune où elle se trouve). À ce jour, grâce aux dons et aux apports avec reprise, plus de la moitié de la somme a déjà été récoltée. Il manque 154.000 euros pour mener à bien cette aventure, soit 1540 personnes qui donnent chacune 100 euros (c’est une moyenne, bien sûr !). LEPI est habilitée à recevoir des dons (envoi dun reçu fiscal ouvrant droit à une réduction dimpôts), des mécénats (somme donnée par une entreprise) et des apports avec reprise (avance dargent, sans intérêt, avec signature dun contrat précisant la date à laquelle lapport sera rendu, selon les possibilités financières de lassociation). Il ne tient quà vous dêtre acteur de cette aventure passionnante.

Frédéric Gautheron – groupe Proudhon
de la Fédération Anarchiste
(Besançon)


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