Éducation

Dimanche 22 novembre 2009
Des syndicats de la Fédération CNT des Travailleurs de l’Éducation (FTE) sassocient à lappel à la grève du 24 mais ne se leurrent pas

La seule riposte, la grève, qui a du sens, cest celle qui se fixe des objectifs précis et se poursuit par reconduction jusquà les avoir atteints. Dans les AG, tâchons de contaminer écoles et bahuts par le virus de cette grève combattive bien plus virulente que la traditionnelle grève saisonnière épisodique !

Cela concerne aussi le syndicalisme dans son ensemble, tant il est majoritairement englué depuis des années dans ses dérives : co-gestion, concentration sur les situations locales et les cas individuels, permanents déconnectés du travail et frein à l
action des personnels quand elle déborde leurs directives…

Les fortes mobilisations interprofessionnelles de 2009 et les mouvements sectoriels qui s
enchaînent cet automne prouvent quune riposte dampleur est possible.

Il apparaît donc urgent de forger une alternative syndicale combattive et autogérée, actrice des luttes !

Construisons-la ensemble dès le 24 pour que
l’on ait toujours raison de se syndiquer !

Attrappons le bon virus : celui de la grève !


Quel bilan pour la rentrée 2009 ?

En juin dernier, il nous a fallu tirer le bilan d
une année de luttes. Une année où des individu-e-s de divers horizons se sont organisés, ont créé des outils pour combattre ensemble la suractivité gouvernementale en matière de casse du service public et de destruction des emplois, des droits du travail et des droits sociaux.

Faisant fi de toutes les résistances avec un mépris affiché pour tous les avis divergents, le ministère de l
’Éducation nationale persiste et signe dans un document de rentrée et anticipe sur un avenir radieux où par exemple grâce à lAide personnalisée les RASED nauront plus lieu dêtre. Au-delà des constats établis ce sont donc bien de nouvelles attaques qui transparaissent dans ce texte comme par exemple le recours aux heures supplémentaires déguisées en stage de remise à niveau. Ces mêmes heures supplémentaires qui dans le second degré sont monnaie courante et qui nous laissent deviner la recette que le gouvernement veut appliquer : plus dheures supplémentaires, moins de recrutement et de création de postes, 16.000 suppressions de postes pour lannée prochaine pour obtenir — sous couvert dadaptabilité — une précarité toujours plus grande… Il y a quelques temps cette précarité paraissait bien loin de nous (et pourtant si proche déjà). Qui na pas croisé une EVS, une AVS, un vacataire (et bientôt un remplaçant tout droit venu de lANPE) dans son établissement ? Cette précarité que beaucoup acceptent comme un sacrifice à la bonne marche de lécole et au bien être des élèves commence toutefois à effrayer lorsquelle prend la forme dune loi visant à casser le statut des fonctionnaires titulaires de léducation.

Dans cette logique, pourquoi s
arrêter à la défense de notre métier denseignant lorsque lon sait que cette précarisation touche également les autres secteurs. Certains se sont risqués à défendre leurs usines. Les moyens de défense appliqués ont été divers : de la grève à la séquestration du DRH. Malheureusement dans chaque cas, les luttes restent circonscrites à un lieu, à une entreprise. Dernier exemple avec la lutte des travailleurs sans papiers. Quels travailleurs ont un statut plus précaires que ceux-ci cumulant lillégalité dans la vie quotidienne à celle dans le travail ? Quand certains dentre eux se révoltent, laffaire est étouffée par les médias afin de ne pas amplifier la lutte.

Les patrons (ceux du secteur privé aussi bien que l
État) auraient-ils peur de la propagation (plus dangereuse pour eux que celle de la grippe A) de la colère des salariés ? Si chacun prend en considération non seulement les attaques faites contre lui mais aussi celles faites aux personnes qui travaillent à ses côtés, il est possible de créer un rapport de force. La grève peut permettre de tisser des liens entre salariés. Partons des collectifs professionnels existants pour nous retrouver en Assemblées générales interprofessionnelles et posons les bases de ce rapport de force.

Face aux nouvelles attaques et à tout ce qui a été mis en place ces dernières années, imposons nos visions de l
école et de la société.

Cest parce que nous pensons que la grève nous donne un espace de discussion indispensable pour sorganiser que la CNT Éducation appelle à la journée de grève du 24 novembre.

CNT-FTE, 14 novembre 2009.
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Samedi 21 novembre 2009

Communiqué sur les violences policières ayant suivi la venue de Fillon à Reims.

À l’appel de lycéens mobilisés de Reims contre la venue de F. Fillon, L. Chatel et V. Pécresse au lycée Roosevelt pour gratifier les «cordées de la réussite» et la réforme du Lycée, près de 300 personnes ont répondu présentes.

Organisés en cortège pacifique, les lycéens se sont vus chargés par les CRS sans la moindre sommation. Dans la panique qui a suivi cette charge violente, une milice de barbouzes en costumes avec armes à feu apparentes en ont profité pour appréhender violemment (coups de poings, coups de pieds, coups de ceintures et coups de matraques et intimidation envers les personnes essayant d
aider les interpellés et blessés) des manifestants.

Notamment, quatre lycéens ont fini à l
hôpital, dont un emmené à lécart de la manifestation par la police qui lui a fracturé les deux genoux.


La police de Sarkozy a toujours été violente, cependant cette fois-ci, les méthodes utilisées ont été particulièrement intolérables par leur démesure, qui plus est sur des lycéens dont la plupart sont mineurs.

Nous condamnons fermement cette répression ayant pour seul but de faire taire toutes les oppositions aux réformes réactionnaires de Sarkozy et son gouvernement. Nous exigeons la relaxe immédiate des interpellés et les sanctions les plus fermes possible envers les forces de l
ordre.

Nous appelons dès maintenant l
ensemble des lycéens et personnels de l’Éducation à se mobiliser contre la réforme du Lycée et la répression policière.

Manifestation mardi 24 novembre à 10 heures
Maison des syndicats à Reims

Des lycéens mobilisés de Reims
Indymedia Nantes, 20 novembre 2009.


Prison avec sursis pour trois étudiants manifestants

Ils ont été interpellés jeudi lors de la manifestation à l’occasion de la venue de François Fillon à Reims.

Le tribunal correctionnel de Reims jugeait cet après midi quatre étudiants interpellés lors des échauffourées entre forces de l’ordre et jeunes jeudi lors de la visite du Premier ministre au lycée Roosevelt à Reims. Trois d’entre eux ont été condamnés à des peines de trois à quatre mois de prison avec sursis pour «faits de violences sur agents de de la force publique». Cinq mineurs ont par ailleurs été présentés au juge pour enfants.

Leur presse (France 3 LCA), 20 novembre.

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Jeudi 19 novembre 2009
Dijon : Cinq interpellations

Cinq lycéens ont été interpellés aujourd’hui dans les rues de Dijon lors dune manifestation contre le projet de réforme du lycée préparé par le ministre de l’Éducation nationale Luc Chatel, a-t-on appris auprès de la police.

«Cinq jeunes ont été interpellés ce matin (jeudi), principalement pour des jets de projectiles contre les forces de l
ordre lors dune manifestation dans les rues de Dijon», a indiqué à lAFP un porte-parole de la DDSP (Direction départementale de la sécurité publique).

Selon lui, «environ 70 lycéens» ont participé à cette manifestation contre la réforme de Luc Chatel. Mercredi, plusieurs dizaines de lycéens dijonnais avaient manifesté sans incident dans les rues de la ville.

De son côté le syndicat Uni-Lycée (droite) a exprimé jeudi dans un communiqué son «inquiétude après des tentatives de blocage de lycées» dans l
académie de Dijon qui, selon lui, «font craindre une reprise des violences (de) lextrême gauche» de lannée scolaire 2008-2009.

Leur presse (AFP), 19 novembre 2009.



Dijon : Opposition entre lycéens et policiers

Une manifestation de lycéens contre la réforme Chatel a tourné à lopposition avec les forces de l’ordre.

Au départ, le rassemblement d
environ 200 lycéens à Dijon avait pour but de protester contre la réforme Chatel. Mais la manifestation a tourné à l’opposition entre les jeunes et les forces de lordre, un jeu du chat et de la souris qui a duré toute la matinée devant les principaux lycées de la ville.

Tout est parti d’un rassemblement d’environ 200 jeunes, peu après 8 heures, devant le lycée Simone Veil. Une dizaine de poubelles entassées devant le portail, et quelques œufs envoyés dans la cour. Les lycéens protestent contre la réforme Chatel du lycée, mais aussi contre l’attitude des policiers, la veille, lors d’une manifestation similaire. Pour disperser les adolescents, les forces de l’ordre font usage de gaz lacrymogènes. Bilan : 5 interpellations, 2 voitures endommagées, dont une renversée sur un parking. Une matinée d’opposition parfois violente entre lycéens et policiers. Mais sur le fond du problème, aucun message précis n’a pu passer sur la réforme du lycée.

Leur presse (Théo Souman, France 3 BFC), 19 novembre 2009.


Dinard :
Les lycéens manifestent aussi

Ce matin, environ 150 élèves ont manifesté aux abords du lycée hôtelier et en centre-ville. Comme à Rennes, où ils étaient environ 400 dans la rue, les lycéens protestent contre le projet de réforme du lycée, porté par le ministre de l’Éducation nationale, Luc Chatel, également contre les suppressions de postes. Mardi prochain, le 24 novembre, ils ont prévu de manifester à nouveau, en partant de la rue principale, devant le lycée hôtelier, pour rejoindre Saint-Malo à pied. Ils espèrent ainsi rejoindre d’autres établissements, comme le lycée Jacques-Cartier.

Leur presse (Ouest-France), 17 novembre.


Gelos (64) : Les lycéens en colère contre la réforme

Des élèves du lycée professionnel des métiers de l’habitat de Gelos se sont rassemblés ce matin devant leur établissement. Ils ont installé des palettes devant le lycée et filtré les entrées.


Ces élèves, pour la plupart en deuxième année de BEP, protestent contre leur intégration en classe de première de bac professionnel l
an prochain, avec dautres élèves qui nauront pas le même niveau queux.

On sait, depuis la réforme de l
enseignement professionnel, que la filière BEP aura disparu lan prochain à la rentrée, et les lycéens, qui sont actuellement en terminale BEP rejoindront la filière du bac professionnel en trois ans installée depuis cette année.

Les lycéens grévistes, dont les rangs se sont clairsemés à mesure que la matinée avançait, redoutent pour l
an prochain des classes de 40 élèves suite à lapplication de la réforme.

Leur presse (Nicolas Rebière, Sud-Ouest), 17 novembre.


Joigny :
Les lycéens reprennent le combat

Ça faisait longtemps. Hier, les lycéens ont repris le chemin de la manifestation. Après Xavier Darcos, c’est au tour de Luc Chatel daffronter la grogne lycéenne.

Les lycéens ont ressorti les banderoles, les plots de signalisation en guise de porte-voix et ils ont recommencé leurs marches hier matin dans les rues de Joigny. Luc Chatel maintient le cap de ses réformes. Les élèves lont entendu et lui répondent, dans la rue.


Une centaine délèves de létablissement Louis-Davier ont battu le pavé sous la pluie automnale. Après sêtre rassemblés à lentrée du lycée, ils ont attendu que les forces de gendarmerie ouvrent le chemin pour sélancer.


Aux sons du ban bourguignon, des djembés, les manifestants ont tenu à montrer leur détermination face aux réformes avancées par ladministration de Luc Chatel.


Ils ont entonné des classiques slogans : «Chatel, si tu savais ta réforme où on se la met» et affiché des banderoles revendicatives. «Non aux lycées prison» ou bien encore «Non à la réforme et aux suppressions de postes».


Ce sont surtout ces deux derniers points qui inquiètent les lycéens. Laure, Margaux, Anne sont en seconde. Elles ont séché les cours, mais selon elles, «il vaut mieux louper un cours et défendre nos droits. On est là pour que ça bouge. On ne veut pas de suppressions de postes», tonnent-elles au sein du cortège bruyant. «Faire du bruit, cest le seul moyen de se faire entendre. On na pas envie dêtre 40 dans une salle de classe.»


Antoine Nau, en première S2 exprime une autre inquiétude. «Les heures daccompagnement seraient prises sur les heures de cours classiques. Cela risque daggraver les inégalités entre les bons et les mauvais élèves.»


Concernant la possible arrivée des policiers dans les lycées, les élèves y voient presque une provocation. «Je nai rien à me reprocher mais je nai pas envie dêtre fliqué quand je suis au lycée. On nous parle déconomies. On nous dit quil va y avoir des policiers. Où est la logique ?»


Depuis plusieurs années, les ministres de l’Éducation nationale ont beau changer, les lycéens continuent de refuser leurs réformes. Si Xavier Darcos avait eu maille à partir avec les lycéens, Luc Chatel, en poste depuis juin 2009, commence à se heurter à la même grogne.

Leur presse (Rémy Chinaud, L’Yonne républicaine), 17 novembre.


Lyon :
Échec de la manifestation lycéenne…

… mais ce n’est que partie remise !

Dans le cadre de la journée de mobilisation nationale contre les réformes de l’Éducation, une manifestation devait avoir lieu mardi 17 novembre à 14h00. Mais seule une trentaine de lycéens était présente place Bellecour et la manifestation a donc été annulée.

Dans la matinée, des élèves du lycée Chabrière à Oullins ont tenté, malheureusement sans succès, de bloquer l’établissement.

Une nouvelle journée de mobilisation, avec appel syndical et national à la grève dans tous les secteurs de l’Éducation, est organisée mardi prochain 24 novembre.

Histoire de faire passer le temps, voici un lien très intéressant qui présente une carte des universités actuellement bloquées ou occupées en Europe (Allemagne, Autriche, Suisse, Italie…), rapport au mouvement universitaire européen qui s’est amorcé il y a quelques semaines, mais dont les prémices remontent au second mouvement français anti-LRU (premier semestre 2009).

Rebellyon, 18 novembre.


Montreuil : Trois cents élèves du lycée Woillez manifestent dans les rues

Sit-in, blocage et manifestation… Les élèves du lycée Eugène-Woillez avaient décidé, mardi, de se faire entendre. Relayant un appel national, trois cents d’entre eux ont protesté contre les supressions de postes et les réformes à venir dans lÉducation nationale.

Sur le parvis du lycée Eugène-Woillez, hier midi, les évènements de la veille sont encore sur toutes les lèvres. Elliot, en terminale scientifique, et deux de ses camarades poursuivent le débat. «Cest normal dêtre en opposition avec des choses qui auront des conséquences pour les élèves. Les bacs pro, notamment, sont concernés. Cest comme un devoir de citoyen», se défend Elliot. Face à lui, un autre lycéen, plus réservé : «Jai participé, hier, mais je ne suis pas en accord sur tout. Les équipes mobiles de sécurité, ces policiers qui interviennent dans les établissements, seront là aussi pour les élèves», plaide-t-il. Une mesure jugée «inadmissible» par Grégoire, co-organisateur de la fronde avec un autre Elliot. Les discussions sont passionnées… Mais tous se retrouvent sur un point : les suppressions de postes. «Cest plus délèves par classe. On le voit bien, en travaux pratiques. Certains se retrouvent sans matériel», revendiquent les deux militants, qui nappartiennent à aucun syndicat. Interpellés via Internet, ils ont décidé de se mobiliser localement. «Pour nous, lobjectif est atteint. Entre 400 et 500 lycéens étaient au sit-in, et 350 ont manifesté devant la préfecture et le collège. Le tout, sans débordements, à lexception de trois œufs lancés contre le lycée», détaillent-ils.

Des chiffres que confirme la gendarmerie, qui parle de 300 manifestants. Soit un quart des 1200 élèves de l
établissement.

Un autre mouvement prévu mardi

Un nouveau rendez-vous a d
ores et déjà été fixé. Les jeunes rejoindront le mouvement des enseignants, mardi prochain. Nadine Grain, professeur de sciences économiques et sociales, sera dans le cortège lillois. «Le mécontentement est profond. Les conditions de travail se dégradent. Les suppressions de postes (80.000 sur quatre ans) gonflent les effectifs, les situations précaires se généralisent… Cest important que les jeunes, mais aussi leurs parents, se mobilisent.» Luc Chatel, ministre de lÉducation, na pas encore détaillé sa réforme, toujours en chantier. Mais dici quinze jours, il devrait présenter son projet sur la future formation des enseignants. Et des dents risquent bien de grincer à nouveau…

Leur presse (Élodie Adjoudj, La Voix du Nord), 19 novembre.


Nantes : Deux lycées bloqués contre la suppression des postes

«L’an dernier, on était 24 dans ma classe de seconde. Là, on est 35. On la sent, la suppression de postes.» Thomas, de Vial, est un des lycéens qui bloque l’établissement ce mardi matin. En ligne de mire : les classes surchargées, le CDI qui, pour cause d’un poste en moins, risque de mal fonctionner, la réforme du lycée. Même scénario pas très loin de là, à Guist’hau. «C’est la même réforme que l’an dernier, dénoncent les bloqueurs. Toutes les mesures sont des mesures économiques.» Une manifestation est prévue, place Bretagne, à 15 heures. D’où le blocage, «pour permettre à tous d’aller manifester». Les lycéens se mobiliseront de nouveau pour le 24 novembre.



Environ 120 lycéens manifestent dans les rues de Nantes

Quelque 120 lycéens de plusieurs établissements nantais (Vial, Guist’hau, Livet, etc.) manifestent actuellement Place de Bretagne à Nantes. Ils protestent contre «les suppressions de postes et les classes surchargées».

Pendant l’après-midi, les manifestants comptent faire le tour des lycées de la ville et inciter leurs occupants à débrayer. Première étape prévue : le lycée Jules-Verne.

Leur presse (Ouest-France), 17 novembre.


Q
uimper : 250 lycéens se rassemblent contre la réforme

Comme un avant-gout de la grève qui se profile le 24 novembre prochain dans l
enseignement, notamment contre la réforme de la formation des enseignants, près de 250 lycéens se sont rassemblés ce matin sur la place de la Résistance à Quimper. Solidaires des enseignants, ils entendaient également dénoncer pêle-mêle la réforme des lycées, la carte scolaire, les CPE ou encore les suppressions de postes. Faute de demande préalable à la préfecture, les manifestants nont pas pu défiler en ville. Ils se sont dispersés au bout dune heure. Dans le calme et sans incident.

Leur presse (Le Télégramme), 17 novembre.


Rennes : 400 lycéens défilent dans le centre-ville

Environ 400 lycéens ont défilé dans le centre-ville de Rennes ce mardi matin. Ils s’opposent au projet de réforme du lycée, porté par le ministre de l’Éducation nationale, Luc Chatel, mais aussi aux suppressions de postes et à l’idée d’installer des portiques de sécurité à l’entrée des lycées.


Venus de tous les lycées rennais, ils s’étaient réunis devant la gare à l’appel d’organisations politiques et syndicales (NPA, Jeunes communistes, UNL, Sud lycéen) en fin de matinée, puis ils ont improvisé le parcours du défilé. Ils se sont d’abord dirigés vers les quais. Ils ont marqué une pause devant l’inspection académique. Puis ils ont parcouru le vieux centre. Ils ont notamment descendu la rue Lebastard, avant de revenir vers la gare.

Leur presse (Ouest-France), 17 novembre.


Rouen : Les lycéens contre la réforme Chatel

Quelque 900 lycéens, selon la police, 1000 selon les organisateurs, ont manifesté ce matin dans les rues de Rouen pour dire non au projet de réforme du lycée préparé par le ministre de l’Éducation nationale Luc Chatel.

Les manifestants ont fait un tour de Rouen à partir de l
Hôtel de ville en brandissant des banderoles proclamant : «Non à la réforme Chatel» ou encore «Notre éducation ne doit pas payer la crise». La manifestation a réuni des élèves de plusieurs établissements, notamment Pierre-Corneille, Blaise-Pascal et Camille-Saint-Saëns.

Une première manifestation contre cette réforme avait regroupé le 22 octobre à Rouen quelque 500 lycéens qui avaient par ailleurs bloqué durant toute la matinée les portes du lycée Pierre-Corneille, le plus ancien et le plus prestigieux de cette ville.

Présenté en octobre, ce projet de réforme prévoit notamment une revalorisation des filières technologique et littéraire, généralise le soutien et rend l
orientation «réversible».

Leur presse (AFP), 17 novembre.


Rouen : Les lycéens dans la rue

Hier, plusieurs centaines d’élèves ont manifesté en ville contre la réforme des lycées.

Les lycéens ne veulent pas entendre parler de réforme. Du moins, pas de celle qu
on leur présente. Mais alors pas du tout. Du coup, ils descendent dans la rue. Histoire de se faire entendre, de peser dans les négociations du moment.

Ce n
est pas la première fois que les lycéens rouennais se mobilisent. Au cours de lannée scolaire précédente, ils avaient déjà manifesté leur opposition à la réforme. Mais comme celle-ci est restée dactualité une fois lété passé, ils remettent ça. Il y a une quinzaine de jours, plusieurs centaines dentre eux battaient le pavé. Et hier, rebelote. Une masse, un peu plus nombreuse cette fois (peut-être 1000 personnes), a fait le tour de la ville, avec, comme seules armes, des slogans, des drapeaux et des banderoles.


Une coordination lycéenne efficace

Le rendez-vous était donné à 10 heures place du Général-de-Gaulle. Et visiblement, le mot d
ordre est bien passé. Avant même lheure dite, les cris résonnaient à 200 mètres à la ronde. La coordination lycéenne, présente dans tous les établissements de la ville, a bien fait son travail. «On sétait bien préparé, confirme Chloé, syndiquée à lUNL. On a même été rejoints par des élèves de Barentin, dYvetot et dElbeuf.»

Rassemblé, le cortège pouvait alors entamer son parcours. De façon certes parfois confuse, mais avec envie et en recyclant des slogans déjà bien rodés, du style, «Sarko, t
es foutu, la jeunesse est dans la rue». Lintéressé a-t-il entendu ? Sans doute. Car, hier, des manifestations similaires étaient organisées partout en France. Mais le président accordera-t-il de lintérêt au message ? On le verra. Dans le doute, une nouvelle série de défilés est prévue pour le 24 novembre, cette fois, en compagnie des enseignants.

Les manifestants se préparent désormais à ce prochain rendez-vous. L
événement est déjà évoqué sur un groupe Facebook dédié à la contestation : «mouvement lycéen Rouen 2009».


Dans un communiqué, les Jeunes communistes dénoncent la présence de policiers à lheure où les manifestants souhaitaient bloquer les lycées.
À linverse, les jeunes UMP, qui râlaient contre ces mêmes blocages à loccasion de précédentes manifestations, ont dû, cette fois, être satisfaits.

Leur presse (Axel Leclercq, Paris-Normandie), 18 novembre


Villeneuve-sur-Lot : Les lycéens dans la rue

«Non à la loi LRU !» Une centaine de lycéens, selon les organisateurs (cinquante selon la police), ont manifesté, hier matin, dans les rues de la bastide pour dire leur opposition à la loi relative aux libertés et responsabilités des universités. «Cette loi prévue d’ici 2013 vise à donner aux universités une autonomie dans les domaines budgétaires et des ressources humaines ainsi qu’un accès à la propriété des biens immobiliers. Elle aura pour conséquence directe la privatisation des universités et la disparition des bourses», expliquent les lycéens qui ont été reçus en délégation par des représentants de la mairie de Villeneuve. «Seuls ceux qui ont de l’argent pourront aller dans ces établissements.» Les lycéens répondaient ainsi à la journée de manifestation de la Coordination nationale des universités.


Leur presse (La Dépêche du Midi), 18 novembre.
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Lundi 16 novembre 2009
Le savoir n’est pas une marchandise !!

La CNT 25 soutient le mouvement de grève de l’enseignement supérieur en Allemagne et en Autriche.

Partout en Europe (Allemagne, Autriche, Italie, Grèce, France…), les étudiant.e.s, personnels administratifs et personnels d’enseignement sont en lutte depuis des années contre le démantèlement du service public d’éducation et la privatisation des universités.

Ces mouvements subissent trop souvent la répression d’État, comme la répression administrative. Peut-être parce qu’ils dérangent les projets politico-économiques de nos gouvernements ? Puisqu’en se réappropriant les lieux de connaissance, les manifestants rendent impossible leur marchandisation.

La CNT 25 soutient les revendications du groupe Bildungsstreik 2009 et celles de l’université de Vienne :
— Autodétermination des savoirs et des modes de vie sans obligation de réussite ni concurrence
— Libre accès à l’éducation et suppression de tous les frais imposés
— Financement public de l’ensemble de l’enseignement libéré de toute emprise économique
— Démocratisation puis renforcement de l’autogestion dans les établissements d’enseignement secondaire et supérieur
— Arrêt du recours aux contrats précaires et titularisation de tou.te.s les précaires
— Stop à la discrimination

Un autre système éducatif est possible…

Leur logique est internationale.
Internationalisons nos luttes !


Bildung ist keine Ware !!

Die Gewerkschaft CNT 25 unterstützt den Bildungsstreik 2009 in Deutschland und Österreich.

Überall in Europa (Deutschland, Österreich, Italien, Griechenland, Frankreich…) streiken StudentInnen, Lehrpersonal und Verwaltungspersonal seit Jahren gegen den Abbau des öffentlichen Dienstes im Bildungsbereich und die Privatisierung der Universitäten.

Diese Bewegungen werden zu oft von der administrativen und Staatsrepression getroffen ; vielleicht weil diese Bewegungen die politischen und wirtschaftlichen Projekte der Regierungen stören : Durch Wiederaneignung von Bildungseinrichtungen verhindern sie ihre Kommerzialisierung.

Die CNT 25 unterstützt die Forderungen der Gruppe Bildungsstreik 2009 und der Wiener Universität :
— Selbstbestimmtes Lernen und Leben ohne Leistungs- und Konkurrenzdruck
— Freier Bildungszugang und Abschaffung von sämtlichen Bildungsgebühren
— Öffentliche Finanzierung des Bildungssystems ohne Einflussnahme der Wirtschaft
— Demokratisierung und Stärkung der Selbstverwaltung in allen Bildungseinrichtungen
— Schluss mit prekären Arbeitsverträge : wir fordern die Beendigung prekärer Beschäftigungsverhältnisse !
— Schluss mit Diskriminierung

Ein anderes Bildungssystem ist möglich…


Hinter dieser Logik liegt das Kapital.
Die Solidarität muss jetzt international sein !

CNT Doubs, 15 novembre 2009.
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Lundi 9 novembre 2009
Paris - 11e arrondissement, octobre 2005
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Dimanche 1 novembre 2009
Histoire d’une utopie émancipatrice

Il y a cinquante ans, le général de Gaulle présidait à la création du ministère des affaires culturelles. La naissance de cette institution a précipité le déclin d’un autre projet, à présent méconnu : l’éducation politique des jeunes adultes, conçue dans l’immédiat après-guerre comme un outil d’émancipation humaine. Pour ses initiateurs, culture devait rimer avec égalité et universalité.

En France, quand on prononce le mot «culture», chacun comprend «art» et plus précisément «art contemporain». Le mot Culture, avec son singulier et sa majuscule, suscite une religiosité appuyée sur ce nouveau sacré, l’art, essence supérieure incarnée par quelques individus eux-mêmes touchés par une grâce — les «vrais» artistes. La population, elle, est invitée à contempler le mystère.

Entamée dès les années 1960 sous l’égide du ministère des Affaires culturelles, la réduction de la culture à l’art représente une catastrophe intellectuelle pour tout homme ou toute femme de progrès. Si «culture» ne veut plus dire qu’«art», alors ni l’action syndicale, ni les luttes des minorités, ni le féminisme, ni l’histoire, ni les métiers, ni la paysannerie, ni l’explication économique, etc., ne font plus partie de la culture. Entre cette dernière et la politique s’instaure un rapport d’exclusion. Et la gauche a un problème. Tel n’a pas toujours été le cas. Il fut un temps — pas si éloigné — où un petit groupe de militants nichés au cœur des institutions françaises tentait de faire rimer culture — populaire — et politique.

En 1944, un paquebot fait route tous feux éteints vers la France. À son bord, une jeune femme. Cinquante ans plus tard, elle se rappelle : «Ma prise de conscience date de 1942 et de la promulgation des lois antijuives par l’État français. J’étais alors professeure de lettres au lycée de jeunes filles d’Oran, en Algérie. J’ai été totalement choquée par la tranquillité avec laquelle ces lois antisémites ont été acceptées et mises en œuvre par mes collègues.» La vénérable dame de 86 ans qui nous livre ses souvenirs, ce jour de 1994, se nomme Christiane Faure. Elle repose désormais au cimetière de Lourmarin (Vaucluse) à côté de sa sœur et de son beau-frère, Albert Camus.

Elle raconte comment les noms juifs sont rayés à l’encre rouge ; comment ses élèves quittent l’établissement, leur blouse sous le bras. Mlle Faure organise alors des cours clandestins de préparation au baccalauréat. L’affaire s’ébruite ; on la menace ; elle persiste. Après le débarquement d’Algérie en novembre 1942, l’enseignante intègre le Gouvernement provisoire d’Alger dans le «service des colonies», dirigé par René Capitant, ministre de l’Éducation nationale. Ce dernier est chargé de remettre les textes officiels sur leurs pieds républicains. En 1944, Mlle Faure regagne la France avec le Gouvernement provisoire.

«Capitant nous a réunis pour nous annoncer que Jean Guéhenno créait un service d’éducation des adultes — un “bureau de l’éducation populaire” — et a demandé qui voulait s’en charger. J’ai levé la main à la surprise générale.» Dégoûtée de l’éducation nationale, Mlle Faure ne veut plus enseigner aux enfants. «La “laïcité” [à prendre ici au sens de «neutralité politique»] imposée aux enseignants ne me convenait plus. Elle empêchait toute explication franche, directe, c’est-à-dire politique, avec la jeunesse. La laïcité devenait une religion qui isolait comme les autres. Dans un cadre d’éducation des adultes, il me semblait qu’on pourrait dire tout ce qu’on voudrait. D’où mon choix pour l’éducation populaire : cadre neuf, cadre libre, où pourrait se développer l’esprit critique.» Guéhenno en est le garant. Ouvrier devenu professeur à Louis-le-Grand puis écrivain à force d’étudier, ce résistant conçoit sa mission comme un sacerdoce. Il s’agit «d’élever au plan de l’enseignement ce qui était livré aux propagandes, la formation des citoyens». (Le Figaro, 2 mai 1952.)

«En vain toutes les chaînes auraient été brisées»

À la Libération, les horreurs de la seconde guerre mondiale ont remis au goût du jour cette idée simple : la démocratie ne tombe pas du ciel, elle s’apprend et s’enseigne. Pour être durable, elle doit être choisie ; il faut donc que chacun puisse y réfléchir. L’instruction scolaire des enfants n’y suffit pas. Les années 1930 en Allemagne et la collaboration en France ont démontré que l’on pouvait être parfaitement instruit et parfaitement nazi. Le ministère de l’Éducation nationale convient donc qu’il incombe à la République d’ajouter un volet à l’instruction publique : une éducation politique des jeunes adultes.

Les conventionnels de 1792 l’avaient déjà compris : se contenter d’instruire des enfants créerait une société dans laquelle les inégalités seraient fondées sur les savoirs. « Tant qu’il y aura des hommes qui n’obéiront pas à leur raison seule, qui recevront leurs opinions d’une opinion étrangère, en vain toutes les chaînes auraient été brisées, tonne le marquis de Condorcet à la tribune de l’Assemblée nationale, le 20 avril 1792. Le genre humain restera partagé en deux classes : celle des hommes qui raisonnent et celle des hommes qui croient, celle des maîtres et celle des esclaves.» Le député de l’Aisne, à qui l’on attribue généralement la paternité de l’expression «éducation populaire», propose de poursuivre l’instruction des citoyens «pendant toute la durée de la vie». Mais cela ne saurait suffire. Quand Condorcet évoque (déjà !) cette «partie de l’espèce humaine» astreinte dans les «manufactures» à «un travail purement mécanique» et pointe la nécessité pour ces individus de «s’élever», de «connaître et d’exercer leurs droits, d’entendre et de remplir leurs devoirs», il ne s’agit plus seulement d’instruction mais d’éducation politique.

Ces deux dimensions, pas toujours conciliables, fondent l’ambiguïté de l’«éducation populaire». Pour les classes moyennes à l’origine des mouvements laïques tels que la Ligue de l’enseignement (1881), il s’agit d’éduquer le peuple en appoint de l’école ou de pallier l’absence de celle-ci. Une seconde acception renvoie à toute forme d’éducation émancipatrice dont la forme serait populaire. Elle revendique l’héritage des expériences d’éducation critique et politique qui traversent le mouvement ouvrier à la fin du XIXe siècle (syndicalisme révolutionnaire, bourses du travail).

À bord du navire qui vogue sans phares vers la France, Mlle Faure songeait plutôt à la seconde… Ainsi après Auschwitz — à cause d’Auschwitz —, on envisage à nouveau l’éducation politique des jeunes adultes. Mlle Faure et Guéhenno recrutent des professionnels de la culture populaire issus du théâtre (Hubert Gignoux, Henri Cordreaux, Charles Antonetti, Jean Rouvet…), de la radio (Pierre Schaeffer), du cinéma, de la photographie, du livre (Jean Nazet), des arts plastiques ou de la danse, de l’ethnologie, etc. Leur mission : inventer les conditions d’une éducation critique des jeunes adultes par les moyens de la culture populaire, ou encore «susciter par la réflexion et la pratique une attitude propice à l’éducation des adultes» [Selon la définition de Mlle Nicole Lefort des Ylouses, instructrice d’éducation populaire recrutée en 1944 par Mlle Faure].

En 1944 naît au sein de l’Éducation nationale une Direction de la culture populaire et des mouvements de jeunesse, vite rebaptisée Direction de l’éducation populaire et des mouvements de jeunesse. «Jeunesse» ne signifie pas encore «adolescence» — ce sens apparaîtra dans les années 1960 : un «jeune», en 1945, est un adulte de 21 ans [L’âge de la majorité civile est passé de 21 ans à 18 ans en 1974]. Parallèlement est instituée une direction des arts et lettres. Jeanne Laurent, ancienne résistante, s’y emploiera à décentraliser le théâtre. Interrogée sur leurs rapports, Mlle Faure souligne à quel point les deux problématiques étaient différentes : «Jeanne Laurent, c’était les beaux-arts… Nous, c’était la culture, la démocratie.» Une distinction appelée à s’effacer…

La petite administration de l’éducation populaire durera moins de quatre ans. Après le début de la guerre froide, la lutte entre gaullistes et communistes s’envenime. L’éducation des jeunes adultes constitue vraisemblablement un enjeu tel qu’aucun des deux protagonistes ne veut risquer que l’autre la contrôle. En 1948, on s’accorde sur sa fusion, «pour mesure d’économie publique», avec la Direction de l’éducation physique et des activités sportives dans une impayable «Direction générale de la jeunesse et des sports», matrice du ministère souvent confié depuis à de non moins impayables sportifs (M. Bernard Laporte), généralement ignorants des questions d’éducation populaire [À l’exception notable de M. Roger Bambuck, secrétaire d’Etat à la jeunesse et aux sports de 1988 à 1991]. En d’autres termes : il n’y aura pas de service public d’éducation démocratique, critique ou politique des jeunes adultes en France. Ils feront plutôt du kayak ! Guéhenno démissionne, Mlle Faure retourne en Algérie diriger un service d’éducation populaire non rattaché au sport.

Les affaires culturelles victimes d’une roulette russe

Pourtant, une impulsion a été donnée. Dès les années 1950, les instructeurs d’éducation populaire recrutés par Mlle Faure rêvent de quitter le sport, dont ils n’ont que faire, et imaginent la création de leur propre ministère. Leur sous-directeur, Robert Brichet, esquissera même en 1956 le projet d’un «ministère des Arts». Pour cela, il faut acclimater le concept de «ministère de la Culture», expérimenté par des pays totalitaires, pour en faire un ministère de la culture démocratique. Un ministère de l’Éducation populaire en somme. Qui nommer à sa tête ? Du côté des instructeurs, on pense au philosophe Camus, directeur d’une maison de la culture à Alger, fondateur du Théâtre du travail et adepte de la création collective contre la création individuelle.

L’histoire en décidera autrement. Parvenu au pouvoir, le général de Gaulle veut récompenser la fidélité d’André Malraux, ministre de l’Information sous la IVe République et directeur de la propagande du Rassemblement du peuple français (RPF), fondé par le général en avril 1947. Débute alors une sorte de roulette russe institutionnelle dont l’éducation populaire sortira perdante. En 1959, le président de la République demande au chef du gouvernement, Michel Debré, de trouver un ministère pour son chantre officiel. Malraux demande un grand ministère de la Jeunesse, domaine encore très sensible après Vichy ; on le lui refuse. Il réclame la Recherche sans plus de succès. Puis il demande la Télévision et essuie un troisième refus. Se souvenant du projet de «ministère des Arts», Debré lui propose en désespoir de cause un ministère des Affaires culturelles. Malraux accepte [Philippe Urfalino, L’Invention de la politique culturelle, La Documentation française, Paris, 1996]. On y rassemble le cinéma, les arts et lettres, l’éducation populaire et ses instructeurs nationaux. Le directeur du cabinet de Malraux, Pierre Moinot, ami de Mlle Faure, lui fait savoir la bonne nouvelle et l’invite à les rejoindre.

Contrairement à une idée reçue, l’auteur de La Condition humaine n’a pas «créé» ce ministère, qu’il n’a au demeurant pas réclamé. Son administration est bâtie par des fonctionnaires rapatriés de l’outre-mer qui, après la décolonisation, sont affectés aux affaires culturelles [Marie-Ange Rauch, Le Bonheur d’entreprendre. Les administrateurs de la France d’outre-mer et la création du ministère des affaires culturelles, La Documentation française - ministère de la Culture, Paris, 1998]. Efficaces mais idéologiquement marqués par leur expérience précédente, ils influencent la doctrine du ministère. Lequel aura vocation à irradier à l’intérieur comme à l’extérieur des frontières le feu de la grandeur nationale. Puissance de la France à l’international et pouvoir symbolique de l’État dans les régions ; apologie de l’élite et du génie français. Un ministère profondément antipopulaire.

Les instructeurs d’éducation populaire qui pensaient avoir obtenu leur ministère ont perdu la partie. D’abord rattachée à Malraux en même temps que la Direction des beaux-arts, la Sous-direction de l’éducation populaire retourne définitivement à la Jeunesse et aux sports [Françoise Tétard, «L’éducation populaire : l’histoire d’un rattachement manqué», dans Les Affaires culturelles au temps d’André Malraux, 1959-1969, Comité d’histoire du ministère de la culture, La Documentation française, Paris, 1996]. La coupure sera désormais établie entre culturel et socioculturel, entre «vraie» et «fausse» culture que seul l’État sera fondé à départager. Beaucoup attendaient que la gauche arrivant au pouvoir abolisse cette césure. Il n’en fut rien.

Cette histoire-là est plus connue : loin de rompre avec la vision élitiste et de reformuler la question culturelle sur des bases progressistes (tout le monde est producteur de culture, celle-ci n’étant rien d’autre qu’un rapport social), la gauche des années 1980 propulse la figure de l’artiste à des hauteurs jusque-là inconnues. Après le tournant libéral de 1983, la Culture majuscule réduite aux beaux-arts devient l’étendard d’un Parti socialiste qui, sur le plan économique, ne se distingue plus guère dès lors qu’il se résigne à faire le «sale boulot» de la droite. Mieux : l’action culturelle se substitue à l’action politique, comme l’illustre la commémoration du bicentenaire de la Révolution, le 14 juillet 1989.

Mis en scène par le publicitaire Jean-Paul Goude, le défilé intitulé «les tribus planétaires» présente chaque peuple non par un symbole de ses conquêtes politiques, de sa quête d’émancipation ou de la domination qu’il subit, mais par son signe «culturel» le plus anecdotique et le plus stéréotypique : les Africains nus avec des tam-tams, les Anglais sous la pluie, etc. Fin de la Révolution. Fin de la Politique. Fin de l’Histoire. Vive la Culture.

Rendre lisibles à tous les antagonismes sociaux

Ce type de «culture» a remplacé la politique parce que la fonction du «culturel» est précisément de tuer le politique [Alain Brossat, Le Grand Dégoût culturel, coll. «Non conforme», Seuil, Paris, 2008]. Dépolitisée, réduite à l’esthétique, une culture n’est ni meilleure ni pire qu’une autre culture : elle est «différente». Le politique est l’affirmation d’un jugement de valeur. Le «culturel» est son anéantissement et la mise en équivalence généralisée sous l’empire du signe. La condamnation des violences faites aux femmes — l’excision, par exemple — est un geste «politique» : elle affirme qu’une société qui décrète l’égalité des hommes et des femmes est une société meilleure qu’une société qui ne la décrète pas. La tolérance de l’excision est en revanche «culturelle» : elle revendique la reconnaissance d’une culture qu’une autre culture ne peut juger de l’«extérieur».

Il y a désormais en France une culture officielle, une esthétique certifiée conforme, celle des scènes nationales de théâtre, par exemple, aux mises en scène interchangeables. Elle vise paradoxalement à manifester en tous lieux la liberté d’expression, pour peu que celle-ci ne désigne aucun rapport social réel, n’entraîne aucune conséquence fâcheuse et soit littéralement sans objet. Provocations adolescentes, esthétique ludico-décadente, citations ironiques… [Jean-Paul Curnier, Manifeste, Léo Scheer, Paris, 2000] On s’y ennuie ferme, mais on y applaudit fort ! En même temps qu’il dépolitise, l’entretien du culte de la «culture» contribue à domestiquer les classes moyennes cultivées en réaffirmant la frontière qui les sépare des classes populaires.

Ainsi du visiteur qui, au milieu des années 1990, pénétrait dans telle Maison de la culture du Nord pour y découvrir une interminable rangée de bidons remplis d’eau alignés contre un mur et surmontés d’une petite photographie indiquant la provenance du liquide. Face à l’«œuvre», trois attitudes fréquentes. Un familier de l’art contemporain disposant des outils culturels adéquats pourra admirer le «dispositif». Un profane dépossédé de ces ressources se révoltera contre une «supercherie», se dira qu’il peut en faire autant, maudira tous les artistes et éprouvera un sentiment d’infériorité sociale. Entre les deux, le visiteur imprégné de «bonne volonté culturelle» se convaincra qu’il y a là une «démarche», une «intention», quelque chose de supérieur qu’il convient d’apprécier — acquiescement soumis qui signe son appartenance aux classes moyennes cultivées.

Pareille imposition n’est pas sans conséquence, surtout en ces moments de crise économique où le basculement des classes moyennes du côté des classes populaires plutôt que vers les dominants représente un enjeu politique important. Le dressage «culturel» sert cette deuxième option. C’est pourquoi un programme réellement de gauche devrait se démarquer du concept de culture pour soutenir celui d’éducation populaire.

Les fédérations labellisées d’«éducation populaire» en sont loin [Contrairement à la France, l’éducation populaire, politique et critique, prospère dans certains pays d’Amérique latine et demeure ancrée dans le mouvement social en Belgique ou au Québec]. Embrigadées dès le début des années 1980 dans les innombrables dispositifs de traitement social des populations dites «en difficulté», combien d’entre elles administrent, en échange de subventions, des programmes de «mobilité des jeunes», d’«éducation tout au long de la vie», de «défi-jeunes» et autres apprentissages de la flexibilité et de l’esprit d’entreprise, pendant que d’autres, engagées dans la «politique de la ville», œuvrent à l’«insertion» des classes populaires à coups de «développement local», de «développement culturel» et d’«animation socioculturelle» [Lire le «Dico de la langue de bois» sur le site Le Pavé] ?

En 2002, l’Association pour la taxation des transactions pour l’aide aux citoyens (Attac), fondée quatre ans plus tôt, obtenait son agrément en tant qu’association nationale de jeunesse et d’éducation populaire. Et, soudain, un contraste apparaissait : si Attac fait de l’éducation populaire en informant sur l’économie, en expliquant les inégalités et en proposant des moyens d’y remédier, alors que font les autres ?

On peut ainsi distinguer deux conceptions de l’action par la culture : l’«action culturelle», qui vise à rassembler autour de valeurs «universelles», consensuelles (l’art, la citoyenneté, la diversité, le respect, etc.). Et l’éducation populaire, qui vise à rendre lisibles aux yeux du plus grand nombre les rapports de domination, les antagonismes sociaux, les rouages de l’exploitation [Cf. «Le travail de la culture dans la transformation sociale : une offre publique de réflexion du ministère de la jeunesse et des sports sur l’avenir de l’éducation populaire», La Documentation française, Paris, 2001]. La crise économique pourrait bien dissiper les mirages de l’une et remettre l’autre au goût du jour.

Franck Lepage - Le Monde diplomatique, mai 2009.

Franck Lepage : Ancien directeur du développement culturel à la Fédération française des maisons des jeunes et de la culture. Auteur et interprète de la conférence théâtrale L’Éducation populaire, Monsieur, ils n’en ont pas voulu…, 2007 (Le Cerisier, Cuesmes, Belgique), et membre de la coopérative d’éducation populaire Le Pavé.
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Mercredi 14 octobre 2009

Notre ministre de l’Éducation nationale vient de signer un accord avec Brice Hortefeux, premier flic de France… Tout un programme.

Après l’intrusion d
une bande de jeunes armés dans un lycée de banlieue parisienne lannée passée, lex-ministre de lEN, Darcos avait répondu du tac au tac, à la mode sarkozyenne, par un arsenal de propositions sécuritaires. On se souvient encore du fameux portillon détecteur darmes à lentrée des lycées ou encore de la fouille généralisée des cartables. Notre actuel ministre laisse tomber ces méthodes moyenâgeuses. Il traite directement avec les flics (voir Le Progrès du 23/09/09). Il faut «sanctuariser» lécole. Dehors, cest la jungle. Et on ne va surtout rien faire pour améliorer la situation des jeunes et vieux chômeurs en galère, ça rend plus flexible le marché du travail. Dedans, cest un havre de paix, sacré. Où la violence de lextérieur ne rentrerait jamais. Où au moindre incident, on verrait débarquer des brigades mobiles — «équipes mobiles» sous la forme euphémistique officielle. Gérées par les recteurs, elles seraient composées de personnels de l’Éducation nationale (on aimerait bien savoir lesquels) et d«adjoints de sécurité». Des matons, en langage courant.

Quand on pense que lannée dernière, dans un bahut de banlieue lyonnaise, les profs ont dû faire grève pour avoir leur quota de surveillants — enfin, de personnels aux contrats ultra précaires et sous-payés — pour assurer le fonctionnement normal de la vie scolaire. Et re-belote cette année. Ce coup-ci, ce sont tous les dispositifs de remédiation et dapprofondissement du niveau 6e qui sont menacés. Et encore, on a de la chance, lannée prochaine, on va voir ce quon va voir, dixit l’inspectrice dAcadémie du Rhône : le temps des vaches maigres nest pas encore arrivé. Vous voulez faire des groupes en langues ? Faites-les sur les accompagnements éducatifs, dixit les IPR danglais. On a supprimé les RASED, il faut être cohérent, on ne va pas continuer à vouloir aider les élèves en difficultés au collège.

Et ça, ce sont des exemples parmi tant d
autres : on a tous une histoire révoltante en tête de suppression de moyen injustifiée, arbitraire et catastrophique à long terme. Cest sûr quà ce train là, et vue la pelletée de réduction de postes de cette année, ça ne va pas sarranger. La réponse à ce «malaise enseignant», comme diraient les médias dominants, cest la création de bandes de flics labellisés Éducation nationale.

Mais qu
est-ce quon attend pour tout faire péter ? Un mot dordre du syndicat majoritaire ? Tiens, mais il est où, celui-là ? Comment cétait son nom déjà ?

Allez, c
est pas grave : le ministre a quand même ouvert deux perspectives pour remonter le moral des troupes. Primo : à défaut de former les futurs profs à apprendre leur métier dans les IUFM, on pourra bénéficier (anciens, nouveaux, chefs détablissement) de formations pour gérer les situations de crise. Cest sûr quune fois quon naura plus de moyens du tout pour prendre en charge les élèves dans les établissements difficiles, on fera quoi de nos mômes ? Et ils comptent nous apprendre quoi dans ces formations ? Le karaté ? Deuxio : du travail pour nos futurs banlieusards. En effet, les diagnostics de sécurité dans les établissements les plus touchés (184 établissements désignés mi-mai dernier) seront généralisés : 1500 établissements en tout y passeront. Les collectivités locales, suivant le diagnostic, pourront décider dinvestir et de mettre en place, par exemple, une vidéo-surveillance ou des grillages et autres portails automatiques. Porteurs, les marchés de la vidéo-surveillance, du grillage et du portail. Créateur demplois, en plus. Pas comme l’Éducation nationale, cest sûr. À lheure où ces lignes sont écrites (le 30 septembre) une dépêche AFP vient de tomber : ce sont 16.000 postes qui seront supprimés dans lÉducation nationale en 2010. Pour mémoire : 8700 postes supprimés en 2007 ; 11.200 en 2008 et 13.500 en 2009…

Et on va laisser faire (tout) cela sans broncher ?

Tartagueule à la récré no 75, octobre 2009
Bulletin de la CNT Éducation du Rhône.


Équipes mobiles de sécurité : prof, deviens un vrai flic

On avait les flics qui font de la «prévention drogues» (fouille d’élèves avec des chiens), ceux qui font de la «prévention routière» (ceux-là, ils sont très gentils, bien qu’armés jusqu’aux dents), ceux qui viennent chercher les parents ou les enfants à l’école pour les envoyer dans un sympathique voyage en charter. Tous ont bien contribué à montrer aux enfants qu’ils vivent dans un pays bleu marine.

Maintenant, on a les «équipes mobiles de sécurité». Ce sont des profs, éducateurs sportifs, psychologues, anciens flics ou militaires, avec un beau blouson vert (kaki ?) et un beau brassard (rouge et blanc avec une croix noire ?). Non armés, mais rompus aux sports de combat, ils sont chargés de «rassurer les équipes pédagogiques»… à coups de rangers.

Bonne nouvelle pour tous les enseignants lassés des punitions à l’ancienne, ils peuvent postuler pour l’un des 500 postes créés.

Question : 500 flics en blouson vert feront-ils le travail des milliers de surveillants manquants, des RASED supprimés, des co-psys éliminés, des dizaines de milliers de profs non remplacés, des infirmières introuvables, des travailleurs précarisés ? Deuxième question : et s’ils comptent faire ce travail, avec quelles méthodes comptent-ils y parvenir ?

Zéro de conduite no 59, octobre 2009
Bulletin de la CNT Éducation de Paris.
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Jeudi 8 octobre 2009

Les lycéens de Léonard de Vinci à Levallois avaient décidé de bloquer leur lycée le 7 octobre à l’occasion de la journée mondiale pour le travail décent pour lutter contre la casse de l’éducation. Alors que ces lycéens luttaient contre les 85.000 suppressions de postes et la réforme du lycée, la seule réponse du gouvernement est une dizaine de cars de CRS !

Les CRS chargent les lycéens de Levallois

Aujourd’hui, mercredi 7 octobre les lycéens du lycée Léonard de Vinci ont bloqué leur lycée pour protester contre la casse de l’éducation (réforme du lycée qui doit passer cette année, les suppressions de postes de professeurs ainsi que les conventions et mesures sécuritaires).

Le blocage s’est passé dans le calme pendant la première partie de la matinée, sous l’œil vigilant des forces de police.

Les lycéens s’étaient donné rendez vous à 13h15 pour aller ensemble au rassemblement prévu à 15h devant le MEDEF.

Vers 11h, alors que le nombre d’élèves devant le lycée diminuait et qu’il n’y avait aucun problème, plusieurs cars de CRS sont arrivés (une dizaine). Les CRS ont chargé les élèves bloqueurs regroupés près d’une porte du lycée.


Cette charge a été d’une extrême violence ! En effet les policiers étaient armés de boucliers, de matraques, de gaz lacrymogènes qu’ils n’ont pas hésité à utiliser ! Des élèves se sont fait taper, piétiner, tirer par les cheveux, etc. Puis les forces de l’ordre ont utilisé leurs gaz lacrymogènes ! Plusieurs surveillants du lycée ont été brutalisés !

Cette charge n’avait aucun but précis si ce n’est de faire peur, d’intimider et de faire mal aux élèves mobilisés. En effet, aucun lycéen n’a pu rentrer ensuite dans le lycée car les CRS étaient devant (empêchant ainsi tout le monde de rentrer) et de plus les élèves qui voulaient le faire étaient déjà rentrés chez eux.

Cette répression violente et inacceptable a choqué l’ensemble des lycéens présents qui ne voulaient que se mobiliser pour le droit à l’éducation pour tous et un meilleur avenir !

Comité de mobilisation du lycée Léonard de Vinci, 7 octobre 2009.
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Jeudi 24 septembre 2009

Jeudi 17 septembre, à 15 heures, se tenait la Commission disciplinaire d’Erwan Redon à l’Inspection d’Académie des Bouches-du-Rhône. Un rassemblement s’est organisé à l’appel de l’Intersyndicale et du Comité de soutien dès 17 heures et a veillé, jusque tard dans la nuit, pour soutenir ce professeur désobéisseur, qui refuse notamment de faire passer les évaluations de CM et qui remplace l’aide personnalisée par des ateliers éducatifs libres et ouverts à tous.

La Commission disciplinaire s’est vite révélée être une mascarade de justice. À l’aube, elle a délibéré à huis clos et voté à bulletin secret. Elle s’est prononcée pour une sanction de «mutation d’office» après un vote de 10 «pour», 8 «contre» et 2 «abstentions». L’Inspecteur d’Académie Gérard Trève, qui part à la retraite dans une quinzaine de jours, n’a pas encore rendu son jugement définitif : mais il tient enfin sa revanche dans un dossier dont il a fait une affaire personnelle.

La multiplication des commissions disciplinaires nous révèle une administration qui légifère par abus de pouvoir, organisant des mascarades de procès en des réunions sans fin, où syndicalistes, élus et administrateurs désignés par le seul juge et partie, l’Inspecteur d’Académie, se retrouvent à disserter sur le bien fondé d’une pratique professionnelle. In fine, c’est la mise au pas de toute la profession et l’autoritarisme du ministère qui s’en trouvent légitimés.

La Coordination départementale de l’Ain des collectifs pour la défense de l’école publique :
- Dénonce cette parodie de justice, à laquelle ont collaboré les «syndicalistes» qui se sont abstenus ;
- Exige la levée des sanctions contre Erwan Redon et contre tous les personnels qui seront inquiétés pour s’être opposés aux pouvoirs en place ;
- Appelle toutes les organisations syndicales et les fédérations de parents à refuser de siéger dans les instances paritaires, tant que les sanctions contre Erwan Redon n’auront pas été annulées.

Rebellyon, 24 septembre 2009.


MONTRONS MASSIVEMENT NOTRE REFUS DE VOIR ERWAN REDON SANCTIONNÉ !

Téléphonez, envoyez fax, mails, courriers à :
Gérard Trève, inspecteur d’Académie des Bouches-du-Rhône
28 bd Charles-Nédélec, 13231 Marseille cedex 1
mail : ce.ia13@ac-aix-marseille.fr
tél : 04 91 99 66 38 - fax : 04 91 99 66 40
Jean-Paul Gaudemar, recteur de l’Académie d’Aix-Marseille
Place Lucien-Paye, 13621 Aix-en-Provence cedex 1
mail : http://www.ac-aix-marseille.fr/public/jsp/site/Portal.jsp?page=contact
tél : 04 42 91 71 02 - fax : 04 42 91 70 01
Luc Chatel, ministre de l’Éducation nationale
110 rue de Grenelle, 75357 Paris 07 SP
mail : http://www.education.gouv.fr/cid2559/contacts.html#vos-contacts
Roland Debbasch, direction générale de l’Enseignement scolaire :
tél : 01 55 55 12 70 - fax : 01 55 55 38 54
Jean-Marie Jutant, médiateur de l’Éducation nationale
1, rue Descartes, 75005 Paris
tél : 02 55 55 39 87 - fax : 01 55 55 22 99
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Dimanche 20 septembre 2009
Communiqué du comité de soutien à Erwan

Erwan Redon déplacé d'office !
La sanction est tombée à 4 heures du matin, après treize heures de commission, sanction votée (à bulletin secret) sur proposition de l’IA, alors qu’Erwan et ses défenseurs étaient sortis pour dénoncer les conditions kafkaïennes de ce «procès» : une partie de l’assistance dormait , la défense n’a pu faire son plaidoyer.
10 pour, 8 contre, 2 abstentions : Erwan est déplacé d’office !

Reste à l’Inspecteur d’Académie à annoncer sa décision finale, puisque la commission n’est que consultative. Erwan pourra donc se retrouver muté n’importe où dans le département.

Le comité de soutien dénonce les conditions dans lesquelles s’est tenue la commission disciplinaire, convoquée à 15 heures alors qu’on n'ignorait pas que le dossier nécessiterait une dizaine d’heures pour être traité sérieusement. Il déplore le peu de respect qui a été montré envers les témoins, les défenseurs et l’accusé. Il regrette particulièrement que dans une commission où siègent 10 délégués du personnel élus, seulement 8 voix se sont élevées contre la sanction proposée par l'Inspection d'Académie.

Le comité remercie les défenseurs, qui se sont battus avec une ténacité et une énergie formidable, les témoins, tout aussi engagés malgré la pression d’une commission marathon. Le travail, la tension, le temps consacré ont été énorme.

Le comité se retrouve plus que jamais aux côtés d’Erwan qui subira seul, in fine, ou plutôt avec sa famille entière, ce jugement.

Tous avec Erwan, plus que jamais résistons !

Le 18 septembre 2009.


Communiqué de presse des défenseurs d’Erwan Redon


Les défenseurs d’Erwan Redon, professeur des écoles à Marseille, convoqué le 17 septembre 2009, devant le conseil de discipline de l’Inspection d’Académie des Bouches du Rhône, dénoncent les conditions dans lesquelles s’est tenue cette instance, présidée par l’Inspecteur d’Académie, à la fois président de la Commission Administrative Paritaire et autorité disciplinaire, qui a manqué de bout en bout à son devoir d’impartialité et qui a violé ouvertement les règles de la procédure disciplinaire, comme il l’avait déjà fait le 7 juillet dernier.

Les droits de la défense, compte tenu notamment de la capacité des membres du conseil de discipline à statuer dans les conditions normales, ont été mis à mal par les horaires de la séance, imposés par l’inspecteur d’académie :
- La séance a débuté à 15h. L’audition des témoins de l’administration a succédé à de longs et rudes débats sur des questions de forme. Ainsi l’audition des témoins de la défense n’a pu démarrer qu’à 22h ( !) et a duré jusqu’à 1h45.
- La parole a été finalement donnée aux défenseurs pour les plaidoiries sur le fond, à 2h30, le 18 septembre 2009, dans des conditions d’écoute déplorables, la plupart des participants étant gagnés par le sommeil.
- A 3h15, alors que seul les tous premiers éléments de la défense avaient été abordés, l’ensemble des défenseurs conduit par maître Sémeriva, du barreau de Marseille, a dû considéré que la dignité due à la procédure n’était plus assurée, et que le débat contradictoire était devenu impossible. Les défenseurs ont donc quitté la séance.

Cette situation, exceptionnelle et lamentable, n’a pas empêché l’Inspecteur d’Académie d’ouvrir la délibération et de faire mettre au vote la proposition de sanction de déplacement d’office à l’égard d’Erwan Redon.

La décision de l’autorité administrative est attendue. Mais d’ores et déjà Erwan Redon et ses défenseurs craignent que dans la logique de déni de justice où il s’est placé, l’Inspecteur d’Académie n’hésite pas à prononcer cette sanction lourde de déplacement d’office. Si tel était le cas, le fonctionnaire ainsi sanctionné pour simple délit d’opinion n’aura d’autre recours que ceux de l’appel devant le Conseil Supérieur de la Fonction Publique d’Etat et le Tribunal administratif pour obtenir justice et faire valoir ses droits.

Marseille, le 18 septembre.


Erwan Redon, «déplacé d'office». Notre arme, c'est la grève !

Militant pédagogique, « désobéisseur », en refus d'inspection, pour ces raisons, notre collègue, Erwan Redon a été sanctionné ! Après treize heures de réunion, la commission disciplinaire, réunie à Marseille, jeudi 17 septembre, a voté une sanction : «déplacement d'office».

Grève en juin, manifestation en juillet à Marseille, rassemblements devant les inspections académiques, devant le ministère à Paris, Lyon, Toulouse, Montpellier..., Erwan Redon a pu compter sur la solidarité de nombreux parents et collègues enseignants.

La multiplication des commissions disciplinaires nous révèle une administration qui légifère par abus de pouvoir, organisant des mascarades de procès en des réunions sans fin ou syndicalistes élus et administrateurs désignés par le seul juge et parti, l'Inspecteur d'Académie, se retrouvent à disserter sur le bien fondé d'une pratique professionnelle. In fine, c'est la mise au pas de toute la profession et l'autoritarisme du ministère qui s'en trouvent légitimés.

La CNT-FTE dénonce ce jeu de dupes et revendique l'annulation de la sanction. Ces conseils de discipline à répétition rappellent crûment que la solidarité des travailleurs ne saurait faire l'économie de la grève pour imposer une autre école, celle de la fraternité, de l'égalité et de la liberté.

Paris, le 19 septembre.
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Jeudi 17 septembre 2009

Depuis plusieurs années, l’Inspection dacadémie réduit les moyens alloués à chaque établissement scolaire afin de satisfaire les desiderata des «sinistres» de lÉducation nationale successifs dont le seul but est la suppression de postes à court et moyen terme et la privatisation à plus long terme.

Au collège Henri-Barbusse (Vaulx-en-Velin), comme dans tous les collèges situés en zone où l
éducation est dite prioritaire, les moyens doivent être à la hauteur des besoins et des difficultés scolaires des élèves issus dun milieu populaire où la mixité sociale est absente (93% des parents font partie des catégories sociales défavorisées). Grâce à plusieurs communiqués et entrevues à lIA, les personnels de Barbusse sont partis en vacances avec lassurance que lensemble des dispositifs pédagogiques mis en place depuis plusieurs années seraient renouvelés à la rentrée. Une inquiétude subsistait au sujet du nombre de divisions en sixième et donc du nombre délèves par classe. En effet lIA prévoyait 115 élèves à répartir en cinq classes, alors que les enseignants savaient que ce chiffre serait largement dépassé et que la barre de 24 élèves par classe en sixième (promise par lIA dans un tel établissement) serait à coup sûr dépassée. Cest pour cela quun préavis de grève avait été déposé en juillet pour la semaine de la rentrée.

Une nouveauté : la suppression d’heures pendant les vacances

Lors de la pré-rentrée, la surprise et la colère ont été grandes lorsque les professeurs se sont rendus compte que l
IA avait bien décidé douvrir une nouvelle classe en sixième… mais au lieu de donner les 26 heures correspondant aux enseignements dune sixième, il nen avait attribué que 9. Par comparaison, que penserait-on dune ouverture de classe de CP avec un enseignant présent à tiers temps ? Le principal a donc annoncé quil avait été contraint de supprimer la plupart des dispositifs pédagogiques. Des dispositifs de remédiation et daide, qui permettent aussi de faire de lapprofondissement avec les élèves qui ont le plus de facilités.

Une seule réponse : la lutte collective

La réponse des enseignants a été rapide et unanime : cette décision de lIA de supprimer des moyens à notre établissement pendant les vacances scolaires était inacceptable et dénotait un mépris pour le travail entrepris par les équipes depuis des années. Plutôt que de se résigner, les personnels ont choisi de lutter, et ont donc décidé de demander une entrevue à linspectrice dacadémie. Dans le cas où aucune réponse ne serait apportée, ils useraient du droit de grève pour dénoncer la situation faite aux élèves accueillis dans leur collège. La détermination des personnels ainsi que leur volonté de rester unis et solidaires a de nouveau été forte. Plus de 90% ont voté pour être en grève à partir du vendredi 4 septembre. Très rapidement, différentes commissions se sont mises en place : un courrier a été envoyé à lIA le mardi 1er septembre, jour de la pré-rentrée, un courrier à destination des parents a été fait, ainsi quun communiqué de presse. LIA a voulu jouer la déstabilisation en naccordant un rendez-vous que le vendredi matin. Les personnels ont décidé de ne pas être en grève le vendredi pour voir ce qui serait proposé par linspectrice dacadémie, et, si la réponse apportée nétait pas satisfaisante, de commencer un mouvement de grève le lundi suivant. Une délégation, composée denseignants syndiqués et non syndiqués ainsi que dun parent délève a ainsi été reçue pendant quasiment 1h30. Dans laprès-midi, les enseignants apprenaient avec soulagement que leur établissement se voyait doté de 18 heures poste et 10 heures supplémentaires.

Et si, un peu partout, nous nous mettions à exiger les moyens exprimés par les personnels à la base, en fonction du besoin des élèves ?

Tartagueule à la récré no 74, septembre 2009
Bulletin de la CNT Éducation du Rhône.

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Mercredi 16 septembre 2009

Cette rentrée est marquée par l’aboutissement du processus de généralisation des bac pro en 3 ans.

Avec à la clé : réduction globale de l
offre de formation professionnelle initiale publique, redirection des élèves vers lalternance qui va tendre rapidement à devenir la norme.

Pour les personnels, cette réforme se traduit également par des suppressions de postes, par la multiplication des services partagés sur plusieurs établissements, et, à terme, par la fermeture programmée d
un certain nombre détablissements.

Cette réforme représente le cheval de Troie de la privatisation programmée de l
’Éducation nationale : articulée à la suppression de la garantie demploi des fonctionnaires, ainsi quaux suppressions des MAD, elle permet matériellement la politique de suppressions de postes.

À terme, il s
agit de substituer à la formation initiale publique, en lycée, sous statut scolaire, estimée trop coûteuse (et encore trop indépendante des desiderata patronaux), la généralisation de la formation en alternance (moins dheures denseignements, poids des entreprises plus important dans la validation des diplômes).

Il s
agit également de développer la concurrence entre établissements, sous le prétexte de «sauver les meubles», afin de casser la logique de service public. La labellisation «Lycée des métiers» tend à renforcer cette tendance, en poussant les établissements à se positionner toujours plus loin sur le terrain de «lattractivité», fonctionnant déjà comme de mini-entreprises. De même, la diminution de loffre de formation publique a de facto pour conséquence le renvoi de nombre délèves vers les structures de formation initiale privée, toutes en alternance.

Il s
agit enfin de déqualifier massivement les futurs travailleuses et travailleurs, en liquidant le BEP, et son équivalence en termes salariaux dans les conventions collectives.

Dans les LP, les conséquences de cette politique sont déjà visibles. Pour autant, ce serait une erreur de céder au fatalisme : les élèves y jouent leur qualification, et la qualité d
enseignement. Quant à nous, nous y jouons notre avenir professionnel et nos conditions de travail.

Les mauvais coups de lété : fin de la «garantie demploi», porte ouverte aux licenciements
La loi no 2009-972 du 3 août 2009 relative à la mobilité et aux parcours professionnels dans la fonction publique représente une brèche décisive dans le statut des fonctionnaires, ouvrant la voie à des licenciements massifs :
Larticle 7 permet de licencier un fonctionnaire lorsque son poste est supprimé suite à une restructuration et sil refuse «successivement trois emplois publics correspondant à son grade».
Larticle 8 offre la possibilité de proposer des «temps non complets cumulés» dans différents établissements.
Larticle 9 permet le recrutement d«agents non titulaires».
Enfin, larticle 10 autorise les administrations de lÉtat, les collectivités locales et territoriales et les hôpitaux à recourir à lintérim.

Tartagueule à la récré no 74, septembre 2009
Bulletin de la CNT Éducation du Rhône.



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Jeudi 10 septembre 2009
Situation à la rentrée dans les LP

L’année scolaire qui débute constitue un vrai tournant pour les LP. La formation professionnelle change de visage. C’est la dernière année pour les classes de BEP. Ensuite, l’examen disparaît, donc aucun droit à l’erreur pour les élèves en 2010. Le doublement sera impossible. Le risque de sacrifier ceux qui auront échoué à l’examen est donc réel. Les familles apprécieront ! En outre, les questions persistent sur ce qui est censé le remplacer à l’issue de la première professionnelle : quelle forme mais surtout quelle valeur dans les conventions collectives ? Les réponses sont absentes quand elle ne se contredisent pas. Un jour, les élèves devront s’inscrire individuellement, le lendemain ce sera aux établissements de le faire. La seule certitude : le ministère ne parle que d’une certification, dont on ne connait pas les modalités d’évaluation ni le contenu, certification qui n’a pas de reconnaissance à l’heure actuelle dans les conventions collectives. L’objectif est de fragiliser les jeunes travailleurs qui sortent du LP sans le bac. Le ministère nous laisse seuls face aux questions et aux légitimes inquiétudes des élèves et de leurs familles. Voilà une situation bien délicate pour accueillir les élèves.

Bac pro en trois ans

Cette disparition du cursus du BEP est la conséquence de la contre-réforme des bac pro en trois ans. L’expérimentation est finie, on est au stade de la généralisation. Cette nouvelle forme de bac s’accompagne d’une refonte totale des programmes de bac pro. Or ces nouveaux programmes dans de nombreuses disciplines ont été peu et mal réfléchis pour leur mise en œuvre avec les élèves.

L’administration s’est même permise l’année dernière de convoquer des collègues pour de pseudo formations qui consistaient à faire le travail à la place du corps d’inspection. Il fallait travailler sur la mise en œuvre de programmes alors même que la majorité des collègues s’était opposée à la disparition des bacs pro en deux ans. De plus, les modalités de passage du futur examen ainsi que son contenu ne sont toujours pas clairement définis. Or il est demandé aux enseignants de préparer leurs cours en fonction de l’évaluation que subiront les élèves. Chercher l’incohérence. Avec le ministère, c’est : «Faites ce que je dis mais surtout pas ce que je fais».

D’ailleurs, les programmes ont été officialisés bien trop tard, mais cela n’a pas dérangé les éditeurs qui ont produit des manuels sans programmes parus au BO ! Seraient-ils mieux informés que les profs qui pourtant eux sont devant les élèves ? Format d’études inadapté à la majorité de nos élèves de seconde et nouveaux programmes mal préparés vont compliquer la tâche des enseignants en ce début d’année. L’expérience nous a montré que ce format d’un bac en trois ans avec la disparition des BEP était inefficace pour la majorité des élèves entrant en LP. Les classes se vident face à la difficulté et aux projets professionnels des élèves qui évoluent. On peut donc prédire que d’ajouter des programmes encore brouillons risque d’entraîner des catastrophes.

Manque de moyens

Mais cette évolution entraine aussi des conséquences budgétaires. En effet, qui dit nouveaux programmes dit automatiquement nouveaux manuels scolaires. Il faut donc acheter des manuels pour toutes les classes de seconde bac pro et ce dans toutes les disciplines. C’est là aussi une première car les programmes ne changeaient pas tous en même temps. De plus, certains établissements ont vu se créer des CAP alors qu’ils n’en avaient pas auparavant. Tout cela fait que les besoins pour se doter en manuels scolaires sont inédits. Mais le budget alloué par la Région à cet effet est bien en dessous des besoins. Pour exemple le LP Jean-Moulin de Rosny n’a que 15 € par élève pour toutes les matières. La tâche s’annonce donc complexe et certains risquent d’être sacrifiés.

Tout cela crée le contexte d’une rentrée difficile car «préparée» au forceps. Et comme si cela ne suffisait pas, la précarité des personnels enseignants et non enseignants reste très forte dans les LP. C’est bien le modèle que vise le ministère : précariser les LP et leur enseignement pour mieux formater les futurs travailleurs.

Alors face à cette situation, on baisse la tête ?! Non ! Dès la rentrée, la CNT Éducation invite les personnels à se réunir pour pointer les dysfonctionnements et les lacunes de ces contre-réformes.

Il est de notre responsabilité de construire enfin
le rapport de force nécessaire pour sauver les LP !


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Mercredi 9 septembre 2009

Comparée à celle des hussards noirs de la IIIe République, notre vigilance s’est émoussée. Nous avons laissé dilapider le fruit des victoires acquises par la lutte, endormis par la société de consommation et la fragmentation orchestrée du politique, du social et du pédagogique.

Notre Fédération syndicale de l’éducation se caractérise par la volonté conjointe d’une «révolution sociale, éducative et pédagogique» [Sous-titre de l’excellente revue fédérale N’Autre École], ce qui n’est pas une formule de style. Ce que feignent d’ignorer nos détracteurs caractérise l’essence même de notre syndicalisme, intégrant la défense du monde du travail dans un projet de transformation de société. Cela leur semble tellement inconcevable qu’ils ne nous reconnaissent comme syndicat qu’à l’aune des succès de nos luttes, les médias nous présentant généralement comme groupuscule politique.

Un constat :

Au quotidien, nous avons l’impression de vivre dans un monde éloigné de ces préoccupations théoriques. Il n’en est rien, pour plusieurs raisons :
— Nous subissons de plus en plus d’attaques tous azimuts depuis le début de l’actuelle contre-révolution néo-conservatrice, laquelle se caractérise par une offensive idéologique sans précédent, si on la compare avec la société keynésienne des Trente « Glorieuses ».
— Face à cette situation de lutte de classes exacerbée [«Il y a une guerre des classes, c’est un fait, mais c’est ma classe, la classe des riches, qui mène cette guerre, et nous sommes en train de la gagner.» Warren Buffet, deuxième fortune mondiale], les structures ou les modes de pensée basés sur le consensus électoral et la foi démocratique se révèlent largement perdants, comme en témoigne le recul permanent des partis et des syndicats, associé au mépris de l’expression populaire, du conditionnement médiatique aux élections truquées — légalement ou pas — en passant par le contournement, comme on l’a vu pour l’Europe.
— Le monde ayant horreur du vide, tout espace de liberté que nous n’occupons pas est repris par le système.

Une analyse :

Nous arrivons en quelque sorte à une contradiction apparente : jamais nos sociétés (occidentales) n’ont été aussi riches et démocratiques, au sens où nos dirigeants ont réussi à acheter la paix sociale en externalisant la guerre. Et jamais les inégalités n’y ont été si criantes, les ressources autant accaparées par un nombre de plus en plus restreint d’individus, la société du profit de plus en plus immédiat, le gâchis le plus gigantesque, la pollution alarmante et même la santé qui se dégrade…

L’articulation entre le pédagogique et le politique est flagrante quand on analyse à quelques années d’écart les recommandations de l’OCDE en matière de libéralisation des services (y compris non-marchands) et sa scrupuleuse application par les derniers ministres de l’Éducation. Tout y est : de la privatisation des filières rentables (le soutien scolaire, le marché de la restauration, et bientôt la «sécurité» ?) à la disparition programmée du service public, en passant par la mise au pas des aspects non-marchands sur le modèle de l’entreprise, comme les futurs directeurs des écoles primaires. Nos classes ne sont évidemment pas des sanctuaires isolés de cette réalité, vécue de façon diverse par les élèves. C’est pourquoi, le moindre des réalismes serait de subir le moins possible, d’être acteurs de l’espace que nous occupons et d’organiser des formes de résistance adaptées à ce contexte. Nous sommes parfaitement capables de décrypter les différentes formes du discours dominant (c’est celui que nous sommes censés répandre) pour peu que nous ne tombions pas nous-mêmes dans le panneau !

Le bâton : l’argument sécuritaire

Un exemple clair est l’argument sécuritaire, opposé par les supérieurs hiérarchiques, les collègues, voire les parents, qui peuvent ne pas vouloir reconnaître le caractère purement idéologique d’arguments soi-disant pédagogiques : je propose un jour de faire fonctionner une école élémentaire avec une boîte à lettres dans le préau, organisant une levée après la récréation du matin et une distribution du courrier l’après-midi. Formidable travail parfaitement justifié sur le plan des instructions officielles, donc inattaquable. L’expérience prit fin quand on m’interdit de «laisser des élèves (les deux facteurs) se balader dans l’école au lieu de travailler»… J’aurais été un débutant sous pression, ou trop formaté par l’IUFM, peut-être aurais-je été dupe, en intériorisant la culpabilité d’une faute professionnelle. Nous devons donc aller jusqu’au bout de ce décryptage, en essayant de comprendre quel est le véritable enjeu, éminemment politique celui-là, qui instrumentalise nos élèves.

La carotte : la coquille vide

La récupération par le pouvoir de pratiques alternatives est d’autant pernicieuse que les collègues débutants en sont les vecteurs inconscients. Ainsi des nombreuses institutions de la pédagogie institutionnelle ou des pratiques Freinet. Certaines d’entre elles étant tellement banales (les métiers, le conseil d’élèves) que le collègue non averti risque, sans avoir partagé l’expérience avec un collègue praticien (ce qui ne risque pas d’arriver en IUFM) de s’exposer à l’échec, tout simplement par méconnaissance des enjeux (souvent politiques [Ainsi Freinet revendiquait l’objectif d’une pédagogie permettant aux futurs prolétaires de changer le monde]) qui virent la création de ces dispositifs, ce qui permet par exemple à tel ou tel inspecteur des plus retords de réduire un Quoi de Neuf en vulgaire moment de langage ou à tel collègue de critiquer le caractère démagogique des lois de la classe.

Organisons-nous !

C’est pourquoi, nous devons considérer l’isolement pédagogique comme une erreur professionnelle : il nous est indispensable de nous regrouper rapidement (dès la première année) pour témoigner entre pairs de nos pratiques et de construire, sur le plan pédagogique (et par conséquent éducatif et social) les véritables alternatives que j’évoquais plus haut. Nous devons inventer des pratiques sociales éducatives dont la structure, également alternative, ne reproduit pas le modèle de société que nous combattons. Il m’apparaît également hautement politique de ne pas laisser le champ pédagogique aux mains des idéologues néo-conservateurs de tout poil, à l’instar des récents créationnistes. Parallèlement aux mouvements ciblés, tels les Désobéisseurs, RESF, ou les collectifs de sans-papiers, nos résistances pédagogiques ne pourront se pérenniser que dans la constance de pratiques quotidiennes échangées avec les collègues : en échappant à la confidentialité, ces pratiques constituent à la fois un formidable outil de lutte, renforçant collectivement nos savoir-faire et donc nos libertés, qu’elles soient pédagogiques ou syndicales.

Peter, CNT Montreuil, collectif autogéré TCF
Le Chat du 93 no 14, septembre-octobre 2009
Bulletin de la CNT Éducation 93.
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Dimanche 6 septembre 2009

Luc Chatel, nouveau ministre, vieille rengaine ! Sur la forme comme sur le fond, cette rentrée ressemble à s’y méprendre aux précédentes. Un ministre prompt à redire quil poursuivra la politique de son prédécesseur ; des syndicats qui nous préparent la sempiternelle journée «ballons»… Bref, une rentrée à désirer la grève !
Lécole nest pas seulement soumise au régime sec, suppression de milliers de postes, ou gérée à flux tendu avec lemploi de personnels à statuts précaires et bas salaires (profs vacataires, aides éducateurs, emplois de vie scolaire, médiateurs…) ; lavalanche des mesures gouvernementales dessine les contours dune école soumise aux lois du marché : compétition, évaluation, performance, mérite. De lécole caserne à lécole entreprise, une vaste opération privative est en cours.
Défendre une autre école, celle de lémancipation, de la coopération et de lentraide, tel doit être notre objectif. Dégonflons les baudruches et réaffirmons nos désobéissances dans la grève !

En cette rentrée, nous aurions pu aussi bien titrer «On prend les mêmes et on recommence ?», tant ministère et directions syndicales forment un duo si désespérément routinier et prévisible.

Un nouveau ministre certes mais toujours la même rengaine : régression pédagogique, suppressions massives de postes, masterisation et disparition des IUFM, réformes des lycées, généralisation du Bac pro 3 ans… L’avalanche des mesures gouvernementales dessine les contours d’une école soumise aux lois du marché : compétition, évaluation, performance. De l’école caserne à l’école entreprise, une vaste opération privative est en cours.

Des années que ça dure et ils auraient tort de se géner tant les dirigeants syndicaux, censés jouer dans notre camp, sont encore plus caricaturaux par leur entêtement dans des stratégies perdantes jamais remises en question. Et l'année passée, ils ont fait très fort, le formidable élan issu de la grève historique du 20 novembre 2008, ayant donné lieu localement à des reconductions, a été sacrifié sur l'autel des élections professionnelles. Quand quelques milliers d’heures de décharges comptent plus que l’intérêt collectif… Rebelote au printemps avec des journées de grève interprofessionnelles tout aussi massives mais laissées sans suite alors que le pays est touché par une crise sociale majeure…

Quoi de neuf aujourd’hui, à part des appels désespérés au dialogue social en direction du ministère ? Pas grand chose, même pas encore le sempiternel appel à une grève de 24H mais patience ça viendra. Remarquez, on sait pas, des fois qu’ils aient peur qu’on attrape la grippe à la manif…

Pourtant loin de ce marasme au sommet, l’année passée fut aussi riche en luttes : collectifs regroupant parents et personnels, Ags et coordinations organisant diverses actions de façon autonome, enseignants du primaire «désobéisseurs» à la mise en place de l’aide personnalisée ou encore boycottant les évaluations nationales…

Si la CNT a directement pris part ou soutenu ces luttes, en particulier en cas de répression, nous ne nous leurrons pas, elles ne peuvent se substituer dans la durée à l’arme la plus efficace des salariés : la grève !

Efficace ? Nous entendons aussi les critiques de nombreux collègues qui disent, «cette année je ne ferai plus leur grève». Efficace, oui mais à condition de lui redonner tout son sens. Effectivement, faire grève 24H tous les deux mois, ça ne mène à rien, on commence à le savoir ! Une grève qui a du sens, c’est une grève qui se fixe des objectifs précis et se poursuit jusqu’à les avoir atteints. Tachons donc cet automne de contaminer écoles et bahuts par le virus de cette grève combative bien plus virulente que la traditionnelle grève saisonnière épisodique !

Du reste, cette recherche de sens concerne aussi le syndicalisme dans son ensemble, tant il est majoritairement englué depuis des années dans ses dérives : co-gestion, concentration sur les cas individuels et non collectifs, permanents déconnectés du travail et frein à l’action des personnels quand elle déborde leurs directives… Il apparaît donc urgent de forger une alternative syndicale combative et autogérée, soutien et actrice des luttes. Construisons-la ensemble pour que l’on ait toujours raison de se syndiquer !

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