Carcéral

Dimanche 31 mai 2009
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Lundi 11 mai 2009
Meeting de solidarité avec Georges Ibrahim Abdallah
le 15 mai à Saint-Denis


Nous accordons une grande importance à cette réunion publique, qui se déroulera au lendemain du rejet de la huitième demande de libération conditionnelle de G. Abdallah, en prison en France depuis 25 ans.
Nous vous remercions de contribuer à faire connaître le plus largement possible cette manifestation, dans vos organisations, dans vos réseaux, sur vos listes de diffusion et vos sites Internet. Vous êtes bien sûr invités à participer à cette initiative : chaque structure soutenant la demande de libération de Georges Ibrahim Abdallah pourra disposer d’une table de presse, les messages de solidarité sont les bienvenus et seront portés à la connaissance du public. En espérant nous retrouver le 15 mai à Saint-Denis,
Solidairement,

Pour la libération de Georges Abdallah
Meeting de solidarité
vendredi 15 mai, à partir de 19h
Bourse du Travail de Saint-Denis
9-11 rue Génin (entrée rue Bobby Sands), métro : L13/Porte de Paris
Le meeting sera animé par le Collectif pour la libération de Georges Ibrahim Abdallah. Voici une première liste d’intervenants : Abdallah Abdallah (UJPA - Union des jeunes progressistes arabes), Jean-Pierre Bastid (écrivain), Alima Boumediene (Les Verts), Youssef Boussoumah (MIR - Mouvement des indigènes de la République), Patrick Braouezec (Communistes unitaires), Vanina Giudicelli (NPA - Nouveau parti anticapitaliste), Alain Gresh (journaliste, écrivain), Gabi Mouesca (OIP - Observatoire international des prisons), Nicolas Shahshahani (CAPJPO - EuroPalestine).



Communiqué

Georges Abdallah, détenu en France depuis 25 ans s’est vu confirmer, ce 5 mai 2009, le rejet de sa demande de libération conditionnelle déposée en octobre 2007.

Arrêté en 1984, Georges Abdallah na jamais renié son engagement révolutionnaire aux côtés de la résistance palestinienne et cest ce qui lui vaut cet acharnement judiciaire.

Bien que libérable depuis 1999, Georges Abdallah ne pourra pas déposer de nouvelle demande de libération avant un an alors que la «justice» a mis plus de deux ans pour statuer sur la demande précédente. La durée de son emprisonnement entrera dans le sinistre livre des records des prisonniers politiques aux côtés de Mumia Abu-Jamal, Samir Kuntar et Nelson Mandela.

La justice française reproche à Georges Abdallah de navoir pas renoncé à son engagement politique et de contester à quiconque le droit de lui dicter sa conduite en cas de nouvelle occupation du Liban. Comme le souligne son avocat, Jacques Vergès, on se demande ce qui autorise des magistrats français, à dicter à un citoyen libanais de retour dans son pays, avec laccord de son gouvernement, son attitude en cas dagression contre son pays. Le Liban nest plus sous mandat français.

Le collectif CLGIA dénonce fermement cette nouvelle décision de justice commandée par les intérêts français au Liban et appelle au développement de la mobilisation pour la libération de Georges Abdallah. Nous appelons à un meeting de solidarité le vendredi 15 mai à la bourse du Travail de saintDenis, à partir de 19 heures.

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Lundi 23 mars 2009

C’est une question bien connue. Les révolutionnaires y ont été confrontés depuis toujours et il en sera probablement toujours ainsi. Il s’agit de la tension entre l’analyse de la réalité de la lutte et les méthodes d’organisation et de lutte que l’on y oppose. Et de l’évidence que presque chaque méthode de lutte qui ne se base pas sur la connaissance mutuelle, l’affinité et l’informalité finit par produire une caricature d’elle-même et stimuler des comportements néfastes. En outre, il est impossible de séparer la question de l’organisation du contenu d’un projet ou d’une perspective spécifique.

C’est dans cet ordre schématisé que nous voulons clarifier certains de nos choix et idées. Le but n’est pas de montrer du doigt des compagnons ou de vouloir priver certaines dynamiques de leur développement naturel (et donc du temps, des expériences et des erreurs). Mais ce serait une erreur de ne pas oser critiquer certaines réalités problématiques au sein de ce que l’on pourrait appeler, avec un peu de bonne volonté, «le mouvement anarchiste». Peut-être différons-nous d’idées avec certains compagnons qui s’aventurent sur un même terrain de lutte (celui de la prison sous toutes ses formes), et dans ce cas il est bon que ces différences se manifestent. Toute une série de textes et de critiques ont circulé autour de ce thème, des textes qui nous ont beaucoup inspirés dans le développement de notre projet. Nous espérons que ces expériences et considérations seront utiles aux différents compagnons pour affiner leurs projets, chacun selon son contexte et ses idées.

Ce n’est pas une coïncidence si la période glaciaire par laquelle nous passons actuellement au niveau social a aussi des conséquences dans le mouvement anarchiste. Faute de perspective claire et une fois perdue la détermination de partir «à l’assaut du ciel», il est presque logique qu’une partie du mouvement soit réduite à une espèce de folklore gratuit. Un des terrains où cette misère prospère est celui de la lutte contre la prison. Apparemment, la lutte contre la prison est devenue un des terrains de prédilection pour s’auréoler de radicalité et d’importance. Et souvent — au moins pour ceux qui cherchent quelque chose de plus que des déclarations de solidarité prêtes à porter — le vide et le manque de perspectives en abcèdent assez vite. En outre, il est particulièrement facile de donner l’image à l’intérieur que tu es «actif», car les prisonniers ont simplement moins de moyens pour se rendre compte de ce qui se passe à l’extérieur, pour le mettre dans un contexte et pour éventuellement le contester. Cette image suffit pour gagner du crédit chez d’autres compagnons tandis qu’en réalité, la communication avec les compagnons incarcérés n’est pas maintenue, la volonté réelle de se battre contre la prison est absente (ou s’est éteinte à cause de tant d’expériences négatives et de tant de poses qui remplacent toute lutte réelle), beaucoup de promesses faites ne sont pas tenues et la continuité nécessaire (des prisonniers sont souvent là pour un peu plus que pour quelques mois) manque. Pendant que les sigles prometteurs prospèrent, quelques-uns en tirent leurs conclusions…

La dite lutte contre la prison ressemble parfois plus à de l’activisme anti-répression. L’information est devenue le mot d’ordre central et les diffuseurs de cette information sont les porteurs de la solidarité. Et cette information a de moins en moins de sens, car on s’en sert de moins en moins. On n’en discute pas, on ne réfléchit pas comment certains coups portés aux compagnons pourraient être transformés en une intensification de la lutte. La seule chose qui semble compter, c’est la diffusion d’informations en soi et c’est sur ce terrain que les sigles prospèrent. On saute alors d’un feuilleton répressif au suivant, le coup contre le mouvement est consommé comme un spectacle riche en spectateurs et les compagnons incarcérés sont souvent détachés de leur contexte de lutte et de leurs idées.

La solidarité ne peut pas être réduite à la «diffusion d’informations». Nous concevons la solidarité comme une tentative ou une tension permanente d’un côté vers la poursuite de la lutte des compagnons incarcérés et d’un autre côté vers l’implication active des prisonniers dans les discussions et les luttes à l’extérieur… Pour reprendre un slogan dont le contenu a été sapé dans les «milieux anti-carcéraux» : «Notre solidarité n’est pas de la charité». Effectivement, notre solidarité se base sur une révolte partagée, sur des idées et des perspectives communes. Ceci est notre point de départ et ça nous semble une des seules manières de lutter contre l’isolement que l’État essaie d’imposer à certains compagnons.

C’est à partir de cet angle d’attaque que la question des prisonniers «politiques» et «sociaux» pourrait être minée. Il ne suffit pas en effet de proclamer qu’il n’y a pas de différence. Le seul critère que nous donnons à notre solidarité est le fait de partager une révolte ou des idées avec certains prisonniers (qui sont incarcérés soit à cause de leurs parcours révolutionnaires, soit à cause de pratiques de survie). En ce sens, nous avons par exemple ici et là fait le choix de ne pas nous amuser à nous contorsionner pour quand même pouvoir exprimer une solidarité spécifique avec des membres incarcérés de groupes autoritaires ou avec de célèbres «criminels» dont les aspects critiquables sont délibérément escamotés. Il nous semble que ce choix de baser notre solidarité sur une révolte partagée nous permet plus qu’un autre de mettre en avant d’une façon claire et nette notre perspective anarchiste de la destruction des prisons et leur monde. Et ceci bien sûr non seulement envers les prisonniers, mais aussi envers d’autres exploités et opprimés dans la rue.

Si dans certaines contrées la référence démagogique aux «prisonniers politiques» nous fait de plus en plus vomir, du côté des anarchistes ça semble plutôt pencher vers l’autre extrême. Tout prisonnier qui se rebelle à un moment donné est placé sur un piédestal et dès lors étiqueté de «rebelle social». C’est là une conséquence logique de la funeste mentalité de ne pas partir d’une perspective autonome, mais de vouloir obstinément découvrir des «sujets» partout. Face à ça, nous tentons de développer notre propre lutte, même à peu, sur une base claire et avec une pratique déterminée. Nous ne voulons plus nous duper en collant des étiquettes un peu partout. En outre, cette image qui est projetée de certains prisonniers empêche toute discussion réelle et donc tout développement d’une perspective partagée. Les prisonniers sont placés au-dessus de nous et on se sent alors obligés d’envoyer vers l’intérieur une image falsifiée de la fermeté et de la force du mouvement à l’extérieur. Ainsi on ne trompe pas seulement les prisonniers, mais surtout nous-mêmes. Le résultat est l’amertume et le dégoût, à l’intérieur comme à l’extérieur.

Nous pensons enfin qu’il faut tâcher d’éviter tant que possible que la lutte contre la prison et la solidarité avec les compagnons prisonniers soient détachées du reste des luttes. Nous devrions aller à la recherche des possibilités et des occasions pour poser la question de la prison dans d’autres luttes et vice versa. Très concrètement, il nous a toujours semblé absurde de séparer par exemple la lutte contre la prison de la lutte contre les centres fermés pour clandestins. Ne parler à des prisonniers que de prison plutôt que de parler aussi des autres aspects de la domination nous conduit dans une impasse. En effet, nous devons parler de tout ce qui fait partie de notre perspective anarchiste, même si ça ne facilite pas forcément les choses (ce que nous voulons faire avec l’argent ne plaira sans doute pas à bien des voleurs). Dans ce sens, nous sommes très conscients des limites d’une publication telle que La Cavale et nous nous lançons le défi le fait de dépasser ces limites. D’un autre côté, La Cavale a toujours été un instrument — quoique modeste — dans notre activité autour de l’agitation incessante dans les prisons belges, justement parce que nous n’avons jamais considéré la contre-information et les analyses comme une fin en-soi, mais simplement comme un premier pas, comme un point de départ.

Nous voulons continuer dans la direction qui nous semble la plus fertile : baser nos rapports et relations sur des perspectives partagées autour de la lutte contre la prison, sur une affinité réelle et pas sur une image qui s’érode irrévocablement. Ainsi nous avons décidé de ne plus utiliser le nom de Croix Noire Anarchiste. Nous ne considérons pas ceci comme un pas en arrière, mais comme un pas en avant pour approfondir notre projet et l’affiner, un projet qui se dirige contre la prison et son monde et qui se lie entre autres avec l’agitation dans les prisons belges et avec la lutte que les compagnons incarcérés mènent jour après jour du fond de leurs cellules.

Ex-«Croix Noire Anarchiste Anvers»

Contact pour correspondance et discussion :
Boîte Postale 187 - Rue du Progrès 80 - 1210 Bruxelles

Ce texte a été écrit en décembre 2008. Dans un premier temps, nous avions choisi de le distribuer de façon restreinte pourqu’un éventuel débat ne soit pas perturbé par des rancœurs comme on le voit souvent lors des polémiques publiques. Mais finalement on a quand même décidé de le publier pour laisser la place à un éventuel débat qui est toujours urgent.

La Cavale no 15, mars 2009
Correspondance de la lutte contre la prison.


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Dimanche 1 mars 2009

En prison, régulièrement, comme un réflexe de survie, ceux qu’on y enferme se révoltent.
Mais pour faire taire et soumettre les prisonniers, les moyens ne manquent pas.

Quand on arrive en prison, privé de tout, on peut penser qu
on na plus grand-chose à perdre. Mais lAdministration pénitentiaire sest dégagée de larges marges de manœuvre pour faire craindre aux détenus une détérioration de leurs conditions de vie sils ouvrent un peu trop leur gueule, ou sils violent les règlements. Les chantages sont nombreux.

Le premier, et sans doute le plus efficace, c
est celui des remises de peine qui raccourcissent la durée de lincarcération : celles qui sont automatiquement déduites au moment de la condamnation (RP) ; et celles données chaque année en échange de travail, études ou soins (RPS). Mais ces remises de peine peuvent aussi être supprimées en cas de mauvaise conduite. Et cest la même chose pour les aménagements de peine que décide le juge dapplication des peines après avis de la direction.

Ensuite, de manière non officielle, il y a tous les «privilèges» et les petites vengeances que la direction ou un simple maton peuvent proposer ou faire subir. Le détenu, s
il est en bons termes, pourra plus facilement avoir des douches supplémentaires, une cellule seul, laccès aux activités, les parloirs prolongés, etc. Par contre, sil refuse de jouer ce jeu-là, les difficultés peuvent rapidement saccumuler pour obtenir quoi que ce soit. En prison, on est impuissant face à la machine, et pour chaque geste de la vie quotidienne, il faut passer par ladministration, qui a donc les moyens de faire chier : le courrier traîne ou disparaît, lattente séternise pour avoir accès aux activités, toutes les démarches sont ralenties ou même bloquées.

Enfin, il y a aussi le recours le plus officiel, celui du passage en commission de discipline. Il existe un tableau des fautes et des sanctions recensées, mais qui reste suffisamment flou pour que ne soit pas gêné l
arbitraire du juge. Une même faute, selon linterprétation, pourra être classée en 1er, 2e ou 3e degré de gravité.

En commission de discipline, même défendu par un avocat, on fait encore moins semblant de se vouloir équitable que lors d
un procès au tribunal, puisque la personne qui te juge est aussi celle avec laquelle tu es en conflit. Généralement, cest le directeur de la prison.

Les peines qu
il peut prononcer sont lavertissement, le mitard, le confinement, le sursis, la suspension dun parloir, dune activité, ou dun service (cantine, télé, etc).

Le mitard, c
est la prison dans la prison. Les conditions sont proches de celles de la garde à vue. Le détenu est isolé dans une petite cellule (de préférence dégueulasse) dans un bâtiment isolé des autres. Le mobilier est restreint : une petite table, un banc, un lit, et un chiotte lavabo, le tout scellé au sol. Pas de cantine, pas de télé, et les seules affaires quon peut conserver sont le matériel de correspondance et la lecture (du moins en théorie). Le détenu na pas même le droit à des habits autres que ceux quil porte sur lui ; et un seul pull suffit parce que le froid fait parti du traitement. La fenêtre est suffisamment épaisse, ou sale, ou grillagée, ou tout à la fois, pour quil soit difficile de voir dehors. La lumière, cest au choix de la prison : ou elle est insuffisante pour lire sans se fatiguer, ou elle est éblouissante, et empêche de dormir. Le détenu a le droit à une heure de promenade par jour, seul dans une minuscule cour grillagée, et à une seule visite par semaine. Il y a aussi les spécialités de chaque prison. Dans lisolement total du mitard, les matons règnent en maîtres : il y a les tabassages de détenus, qui finissent parfois tragiquement comme on a vu à Villepinte le 6 janvier. Plus fréquemment, ce sont les petites brimades et humiliations : laisser la lumière allumée la nuit, mettre le paquetage en bordel, y déverser de lhuile, y voler des objets, etc.


Le transfert vient aussi parfois s
ajouter à la peine de mitard pour éloigner et isoler un détenu, et lenvoyer de préférence dans une prison encore plus stricte avec quelques consignes. Lors dactions collectives par exemple, après avoir désigné des leaders et les avoir condamnés au mitard, on finit ensuite par les transférer pour stopper là le début de solidarité. Le transfert est aussi utilisé pour éviter que ne parlent entre eux les détenus, et ne sébruite une sale affaire comme un assassinat déguisé en suicide.

Le placement à l
isolement aussi nest théoriquement pas une sanction, mais une manière de protéger (!) le prisonnier ou le reste de la détention. Dans les faits, cest aussi un moyen de pression supplémentaire. Quand les preuves ne sont pas suffisantes pour envoyer quelquun au mitard, on peut toujours le mettre à lisolement sous un quelconque prétexte.

Les perturbateurs doivent rapidement être isolés avant qu
ils ne contaminent le reste de la détention. Tout en espérant quils ne se remettent pas de cette dure épreuve.

Ce texte n
a pas pour objectif de dénoncer des abus. Tant que certains hommes en enfermeront dautres, il faudra quils mettent au point des stratagèmes pour éviter que ça leur pète à la gueule.

Ce texte n
a pas non plus lobjectif de plomber lambiance, et de dire que plus rien nest possible. Tant quil y aura des prisons, il y aura des prisonniers pour les détruire.

Même noyé dans la merde de la prison, notre situation est précaire et susceptible de s
aggraver. Mais quitte à prendre des coups, autant se défendre.

À se soumettre devant eux, on perd quelque chose de plus précieux que ce qu
on croit gagner.

C
est plus quune question de principe, cest une question de survie.

Pas de martyrs, mais de l
organisation, de la solidarité, et de lintelligence collective pour être plus forts.

Que vive la révolte !

Indymedia Nantes, 28 février 2009.
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Vendredi 27 février 2009
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Mercredi 25 février 2009

Tenter de s’évader pour un prisonnier, c’est comme se mettre en grève illimitée pour un travailleur. C’est refuser de se laisser écraser, d’être transformé en marchandise corvéable et jetable, détruite dès qu’elle n’est plus rentable ou qu’elle refuse d’accepter les lois économiques d’un État au service des riches et des possédants.

Il devrait être impossible pour un cerveau sain d’imaginer qu’un être humain puisse en enfermer un autre. Alors, que dire de l’acceptation si répandue de voir des prisonniers emmurés à vie ou presque ? Ce délire de la longueur des peines a atteint son paroxysme. Et pour cause : vingt ans en moyenne, c’est devenu une mesure du temps, d’un temps économique, calculé, rentabilisé, c’est le temps d’un crédit bancaire, c’est le temps de l’«éducation» d’un enfant… C’est dans ce climat de misère que l’opinion publique ne parvient même plus à concrétiser ce que peuvent représenter vingt ans d’enfermement : juste parce que l’être humain a fait sienne les idées d’individualisme en croyant qu’il pourrait s’asseoir à la table des puissants. Pourtant aujourd’hui n’importe quel «pauvre» devrait comprendre que les prisonniers que l’on enferme ne sont pas dangereux pour lui, mais qu’ils servent de boucs  émissaires, de repoussoir pour tenter de calmer toute envie de résistance. Quel danger peuvent bien représenter Christophe Khider, Antonio Ferrara, Pascal Payet pour ne citer que les plus connus, à côté de voleurs patentés comme, entre autres, Marchiani largement grâcié par son ami Sarkozy, ou un vendeur d’armes responsable de la mort de milliers de personnes comme Jean-Christophe Mitterrand. Chaque fois qu’on ne voit pas que c’est un semblable, un frère qu’on tente d’éliminer, on accepte de continuer à se laisser exploiter.


Une évasion, ou une tentative d’évasion n’est pas un fait divers, c’est un geste de survie d’un être humain que l’on tente de faire mourir à petit feu dans des prisons bunkers où l’isolement sans limite est la règle : cela fait plus de six ans que Antonio Ferrara subit un isolement total, sans jamais voir la lumière du jour, menotté et entravé au moindre de ses déplacements, privé de tout contact avec quiconque si ce n’est des surveillants surarmés, appliquant ce régime nommé «Icare».

Une évasion ou une tentative d’évasion n’est pas une scène d’un mauvais film devant lequel frémissent des millions de téléspectateurs, c’est le refus d’accepter l’hypocrisie d’une justice qui condamne à des peines sans limites, à des peines de mort à peine déguisées. Il y a peu de temps, 10 prisonniers longues peines de la centrale de Clairvaux avaient même demandé que soit rétablie pour eux la guillotine, préférant l’euthanasie à l’agonie infinie. Un directeur de prison a affirmé lors d’un procès que pour lui il valait mieux dix «suicidés» qu’un évadé ! Pas difficile à vérifier quand on voit le nombre de morts derrière les barreaux pour le seul mois de janvier 2009.

Une évasion ou une tentative d’évasion ce n’est pas un jeu, c’est un acte où les prisonniers mettent leur propre vie dans la balance car les agents de l’administration pénitentiaire et les policiers ont pour ordre de tuer, dès qu’ils le peuvent, les candidats à la belle. Pour preuve, aucun blessé chez les surveillants durant l’évasion de Fresnes de 2003. Aucun blessé, aucune violence physique pendant l’évasion et la courte cavale de Christophe Khider et Omar Top El Hadj. Dans les deux évasions, les seuls blessés sont les évadés ou leurs amis.

Une évasion ou une tentative d’évasion ce n’est pas des «monstres dangereux et sanguinaires» lâchés dans la nature, c’est des êtres humains qui veulent retrouver un peu de liberté même s’ils savent que de toutes façons, dans la plupart des cas, il y a un mur devant eux.

Une évasion, ou une tentative d’évasion ce n’est pas un coup pour rire, ce n’est pas une provocation : ce sont, une fois les prisonniers repris, des années d’isolement, de transferts au quatre coins de l’Hexagone, un traitement spécial ; ce sont autant de peines infligées aux familles et aux proches même lorsqu’ils ne sont pas déclarés «complices». Et pour ceux qui ont cherché à arracher par amour un emmuré de son tombeau, c’est le début d’un calvaire carcéral  et judiciaire : comment ne pas comprendre qu’une mère, un frère, une compagne ne supporte pas l’idée de laisser crever un proche. Christophe Khider était, avant l’évasion de la prison de Moulins, libérable en 2045… Et si les médias, le pouvoir, présentent ces hommes et femmes à qui il reste encore un peu d’humanité comme des parias, c’est pour essayer de faire accepter à tout un chacun que la prison, le contrôle à tous les niveaux, le tout sécuritaire serait le remède aux dysfonctionnements de cette société fondé sur le profit pour quelques uns au détriment du plus grand nombre ; c’est pour justifier la construction de nouvelles geôles, histoire de continuer à battre un record d’emprisonnés. Ils construisent, dans l’urgence, des nouvelles prisons comme hier ils bâtissaient les barres des cités  de banlieue : ils préparent de nouvelles maisons de correction pour les enfants, des prisons spécialisées pour les détenus grabataires, d’autres pour les malades mentaux (près d’un tiers de la population pénale est atteint de troubles psychiques graves), des prisons souterraines pour les détenus dangereux…

Fermeture des quartiers d’isolement.
Fin des longues peines.
Solidarité avec les évadés,
leurs familles et leurs proches.

Par courriel, 24 février 2009.


On ne condamne plus à mort on condamne à vie ce qui nous permet à nous, citoyens, de dormir la conscience bien proprette, sans plus chercher à savoir ce que la prison produit aujourd’hui. Recrudescence des pathologies mentales, des suicides, d’évasions spectaculaires et d’horreurs en tout genre... Aidez-nous à provoquer un vrai débat.
Pour nous organiser : Réunion à l’appel de l’ARPPI
Cicp, 21 ter, rue Voltaire dans le 11e (Paris)
Métro : rue des Boulets

Mercredi 4 mars à partir de 17h30
Sera organisée une conférence de presse avec plusieurs personnalités et artistes autour de la problématique carcérale et des longues peines, de l’incidence délétère de celles ci sur les proches et familles de personnes incarcérées.
Nous vous convions à venir nombreux pour également soutenir Sylvie et Nadia qui ont aidé, semble-t-il, mon fils Christophe à s’évader de la prison de Moulins.
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Lundi 23 février 2009

Depuis une dizaine d’années, nous connaissons une accélération des mesures répressives envers la jeunesse de ce pays. Au lendemain de la deuxième guerre mondiale, la priorité était de protéger et déduquer les enfants, qu’ils soient considérés comme délinquant ou pas. Aujourdhui, la priorité est de déceler les troubles pouvant conduire à la délinquance dès la naissance, de remettre dans le droit chemin celles et ceux qui ne répondent pas aux normes du système capitaliste.

Les récentes lois Perben, loi prévention de la délinquance, loi sur la récidive et le tout dernier rapport de la commission Varinard (…) sont autant de textes qui permettent de ficher, contrôler et au besoin d
enfermer cette jeunesse afin de la «rééduquer» par la contrainte arbitraire et la punition.

Comme ce projet ne peut pas se construire dans les ministères, les professionnels du soin, de l
éducation et du social sont mis à contribution et lobjectif est den faire des agents de la répression et du contrôle.

Des résistances individuelles et collectives se multiplient sur les lieux de formation, dans le travail et dans la vie de tous jours, mais jusqu
où pourront nous continuer ?


La fédération CNT santé social et collectivités territoriales a lancé depuis deux ans une campagne contre l
enfermement de la jeunesse. Au moment où le dernier Établissement pénitentiaire pour mineurs va ouvrir à Meaux-Chauconin (77), nous proposons plusieurs temps de mobilisation et de rencontre pour aborder ces questions.




Trois dates contre l
enfermement des mineurs

•  Lundi 23 février 2009 de 19h30 à 21h00 : Des formations qui enferment
Émission consacrée à lévolution des formations de léducation spécialisée et du travail social. Des formateurs, des travailleurs sociaux en formation, des salariés de léducation et du travail social sinterrogeront pour savoir jusquoù vont nous enfermer les formations et vers quelles pratiques enfermantes elles nous mènent.
Le Monde Merveilleux du Travail, lémission du syndicat CNT santé social & CT, de 19h30 à 21h sur Radio Libertaire (89.4 FM ou sur Internet).

•  Jeudi 12 mars à 18h00 : Ni à Meaux-Choconin, ni ailleurs !
Rassemblement devant ladministration pénitentiaire pour protester contre louverture de lEPM (établissement pénitentiaire pour mineurs) de Meaux-Chauconin prévue pour le mois de mars et exiger la fermeture de tous les quartiers mineurs et des six autres EPM (Lavaur, Meyzieu, Orveault, Marseille, Quièvrechain, Porcheville) déjà en fonction.
Départ en manifestation vers 19h jusquà la Fontaine des Innocents. Rendez-vous à partir de 18h devant le siège de ladministration pénitentiaire, à langle de la rue du Renard et de la rue de la Verrerie - Métro Hôtel de Ville.

•  Dimanche 15 mars à partir de 14h00 : Enfermer la jeunesse, un vrai projet de société ?
Projection suivie dun débat avec Jean-Luc Einaudi (éducateur PJJ, historien), un membre de lOIP,  lARPPI (association pour le respect des proches de personnes incarcérées), la section CNT PJJ 93 et des travailleurs sociaux de la CNT. Restauration à prix libre, tables de presse, animation musicale et apéro pour clore la journée.
Au local de la CNT, 33 rue des Vignoles, 75020 Paris - Métro Avron ou Buzenval.

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Dimanche 22 février 2009
Fraternité à perpète avec Sylvie, Nadia,
Christophe, Omar et tous les autres


L’évasion de Christophe Khider et Omar El Hadj, puis l’incarcération de deux complices présumées, Sylvie P. et Nadia K., ce n’est pas du cinéma : pour nous, c’est l’occasion de poser la question des longues peines, des quartiers d’isolement et du systeme carcéral dans son ensemble.

Nous sommes nombreux à vouloir apporter notre soutien a Christophe, Omar et à toutes les personnes mises en cause suite à leur évasion. Nous prévoyons bientôt l’organisation d’une réunion publique pour pouvoir se rencontrer et s’organiser. En attendant, vous pouvez nous joindre à cette adresse pour proposer votre aide et vos idées.

Le 27 février, de 11 heures à 13 heures, écoutez «L’écho des cabanes», l’émission qu’anime Catherine, la maman de Christophe et présidente de l’Arppi (Association pour le respect des proches de personnes incarcérees). C’est sur Radio Libertaire, 89.4 en région parisienne et sur Internet.

Catherine évoquera plus précisement les initiatives à venir.

Pour contacter l’Arppi.
On est aussi sur Facebook et sur Myspace.


Par courriel, 20 février 2009.
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Samedi 31 janvier 2009
Comment la loi pénitentiaire s’inscrit dans son époque

La loi pénitentiaire est un texte de loi — parmi d’autres (le code du travail, le code d’entrée et de séjour des étrangers demandeurs d’asile - Ceseda, le revenu de solidarité active - RSA) — qui structure et encadre l’adhésion et la soumission du plus grand nombre à l’évolution du système capitaliste. Elle étend les mesures répressives et diversifie les modalités du contrôle et de la punition ; et révèle les valeurs qui sous-tendent l’ensemble des réformes mises en place.

Depuis une dizaine d’années, le processus s’est accéléré : les lois se succèdent, les organismes d’État fusionnent (les Assedic avec l’ANPE, la police avec la gendarmerie, les services de renseignement entre eux…), le tout soutenu par une propagande d’État omniprésente (293 millions d’euros cette année rien que pour la «communication»…).

Aujourd’hui, le système capitaliste se dit en crise ; les États tentent de renflouer les banques et les sociétés de crédit pour sauver les industriels, à coups de centaines de milliards, avec l’argent placé par des particuliers. Un énorme cadeau de plus pour regarnir les portefeuilles des falsificateurs, escrocs, détourneurs de fonds patentés qui prospèrent en bandes organisées grâce à l’Organisation mondiale du commerce (OMC). Les États dont les caisses étaient prétendument vides pour assurer les prestations sociales vitales trouvent une somme de 1700 milliards d’euros en Europe pour garantir les prêts interbancaires. Les exploiteurs n’ont vraiment pas de souci à se faire ; quand ils ratent leur coup, ils sont recavés — et ils sont couverts par la loi ! Après la réduction de l’impôt sur les grandes fortunes, la mise en place du bouclier fiscal, l’abattement des charges sociales, la suppression progressive de la taxe professionnelle, l’État a dépénalisé les délits financiers.

Le travail salarié demeure la valeur centrale en termes d’organisation humaine. C’est d’autant plus absurde qu’il y en a de moins en moins en Europe : les contrats à temps partiel, les contrats à durée déterminée, la plupart du temps sous-payés, n’arrivent pas à masquer la baisse de l’offre globale d’emploi ; même les économistes prévoient déjà une augmentation importante du nombre de chômeurs pour les trois ans à venir. Cette injonction paradoxale : «va bosser même si y a pas de taf», produit un sentiment de culpabilité et d’infériorité difficile à dépasser pour ceux à qui elle s’adresse. Cette logique permet d’établir les critères de sélection entre ceux qui «réussissent» et les «inadaptés» ; entre les «bons» et les «mauvais». Elle justifie la mise en place de moyens de contrôle pour repérer, stigmatiser et punir les «inutiles».

La tendance historique : «travailler moins pour gagner plus» — 40 heures en 1936, 39 en 1982, 35 en 2002… — a été inversée, et c’est ainsi qu’elle s’inscrit maintenant dans les textes du nouveau code du travail entré en application le 1er mai 2008 ! Il ne considère plus la durée du travail sous l’angle de la santé, mais uniquement en termes de coût. Le temps des travailleurs et leur vie même appartiennent toujours plus aux patrons qui déterminent les horaires, les coupures, le lieu, le coût du travail. Les chômeurs et érémistes ont un référent qui les convoque régulièrement pour évaluer leur projet individuel d’insertion. Les précaires doivent s’inscrire à des stages, se soumettre à des évaluations, ils sont obligés d’accepter loin de chez eux des boulots trop courts et mal payés s’ils ne veulent pas se voir retirer leurs maigres allocations.

À l’intérieur des prisons, il est demandé aux prisonniers de mettre en place un «projet d’exécution de peine», qui doit comporter des garanties de leur «insertion» après leur sortie ; attendre d’un prisonnier qu’il trouve du travail dehors depuis sa cellule, c’est demander à un aveugle de trouver une aiguille dans une botte de foin. La «bonne volonté» du prisonnier est pourtant censée être le gage de sa volonté de réinsertion. Par contre, en mai 2008, une convention entre l’administration pénitentiaire et le Medef a été signée ; les patrons «souhaitent contribuer à la réinsertion des détenus» : privée de toute protection sociale, la main-d’œuvre carcérale reste une des moins chères du marché même au niveau international. La prison est le seul endroit où le travail à la pièce reste licite. La responsabilité individuelle est une autre valeur phare de cette société : renvoyer chacun à sa situation personnelle, c’est un bon moyen de se dégager de toute responsabilité collective en faisant passer les conséquences des orientations institutionnelles guidées par les choix politiques des instances internationales pour des parcours individuels, des cas particuliers. La place assignée à chacun dans le système est déterminée par son aptitude à se considérer comme seul responsable de sa situation et à s’intégrer dans le monde de l’exploitation, et, par son comportement face aux institutions. Chacun n’a que ce qu’il «mérite».

Le RSA prévoit qu’«en cas d’obstacles personnels rendant indisponible pour la recherche d’emploi, la personne sera orientée vers un accompagnement social. Sa situation sera réexaminée tous les six mois par une équipe pluridisciplinaire.» Les contrôleurs sociaux, médicaux et psychologues ont pour fonction de rendre le chômeur responsable de ses échecs : c’est lui qui est trop exigeant, fainéant, malade… un parasite.

La réforme du Ceseda commande que soit évalué «l’engagement personnel [des étrangers] à respecter les principes de la république, la maîtrise du Français, les compétences et les talents pour participer de façon significative et durable au développement économique ou au rayonnement intellectuel, culturel et sportif de la France». C’est sur ces critères que leur seront attribuées les cartes de séjour et que sera déterminée la durée de leur validité.

À l’intérieur, la soumission aux règles pénitentiaires, le choix des fréquentations, le respect des injonctions judiciaires de rembourser les parties civiles et des injonctions thérapeutiques, mais aussi le repentir obligatoire déterminent les conditions de détention et la durée de la peine.

Une autre des règles essentielles de ce monde est la compétition. Être le meilleur à n’importe quel prix, autrement dit : chacun pour soi, au détriment des autres. Comme ce processus d’individualisation produit une séparation généralisée qui rend inimaginable un quelconque intérêt commun, chacun suit sa logique propre avec ses bonnes raisons jusqu’à devenir, si nécessaire, un rouage du contrôle étatique : un expert psychiatre peut décider qu’un prisonnier est irrécupérable, une instit virer un môme pour une «incivilité», un intérimaire couper l’électricité d’un foyer sans problème de conscience, un sans-papier participer à la construction d’un centre de rétention… Il ne faut pas oublier que c’est l’État qui fixe les règles et qui donne les ordres.

Diviser pour mieux régner ; chacun pour soi. Au fil des luttes, les différentes branches du salariat s’étaient peu à peu regroupées «derrière le même code du travail pour mieux défendre leurs intérêts communs en unissant leurs forces contre les exploiteurs». Elles ont de nouveau éclaté en secteurs séparés. Le nouveau code du travail ne fait que restaurer un dispositif plus ancien : le corporatisme — dont le mouvement syndical lui-même a favorisé la résurgence.

La prison n’est pas un monde à part, c’est une composante du mode de production et d’exploitation et du système politique, et des valeurs qui les accompagnent. Plus le nombre de ceux qui sont réduits à la survie ou à la famine augmente, plus le contrôle et la répression s’accentuent. De nouvelles lois sont votées, qui instaurent de nouveaux délits, donc de nouvelles punitions : les peines s’allongent et les formes d’enfermement se diversifient. Les étrangers qui ne répondent pas aux critères de l’«émigration choisie» sont expulsés : de nouveaux centres de rétention vont ouvrir, la durée de rétention a été allongée de douze à trente-deux jours… Les précaires sont de plus en plus fliqués, leur «niveau de vie» épluché, leurs pirations évaluées. Les prisonniers qui refuseraient de se plier aux «soins», qui n’accepteraient pas de se renier, qui ne se soumettraient pas au travail pour des clopinettes peuvent faire une croix sur leurs aménagements de peine. Les prisons «modèles» proposent un éventail d’enfermement «adapté» à chaque situation, ou une savante gradation dans la rétorsion — en d’autres termes, le pire est toujours à venir.

Le tableau est plutôt sombre. Le système fonctionne avec la collaboration active d’un nombre de plus en plus important de fonctionnaires, de contrôleurs sociaux, de médecins, d’agents de sécurité… Difficile d’échapper à ce maillage. L’acceptation des valeurs dominantes conduit, concession après concession, à devenir un rouage du système. Il peut paraître plus simple de suivre l’ordre des choses individuellement, en espérant en tirer profit — d’autant plus que les organisations syndicales et les associations vont toutes dans ce sens. Ainsi, le nouveau code du travail est passé sans provoquer le moindre remous : aucune information, aucune critique, aucun débat, aucune mobilisation malgré les transformations profondes qu’entérine ce texte. Il est vrai que les syndicats avaient déjà fort à faire dans leurs négociations avec le gouvernement sur leur représentativité. Les organismes intervenant sur la question carcérale et autres syndicats de magistrats n’ont pas fait mieux en ce qui concerne la loi pénitentiaire : ils contribuent tous à son élaboration en pensant naïvement — ou complaisamment — qu’ils pourraient être des partenaires de poids du ministère de la justice. Pour ce qui est des centres de rétention, la Cimade est obnubilée par le souci de conserver le monopole de sa présence à l’intérieur pour en exiger la disparition.

L’Envolée no 24, décembre 2008.


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Vendredi 23 janvier 2009

La Cimade est une association créée en 1939 ; depuis l’ouverture sous la gauche des centres de rétention administrative (CRA) au début des années 1980, elle mène «une mission d’accompagnement des étrangers dans les centres de rétention administrative». D’abord essentiellement sociale, elle est aujourd’hui définie comme une association d’aide à l’exercice des droits des personnes retenues. Elle est le seul représentant de la société civile dans les CRA.

Les rapports de l’association énoncent régulièrement ses positions officielles. L’enfermement des étrangers en situation irrégulière doit se réduire en temps et en nombre. Il s’agit alors de «faire pression» pour réduire le plus possible la durée des procédures d’expulsion et les délais d’attente en centre. Chaque «retenu» devrait être fixé le plus vite possible sur sa situation et ne pas rester enfermé pour rien. D’autre part, l’association se dit contre l’enfermement de certaines catégories d’étrangers, à savoir, les femmes, les enfants et les malades. Quand l’enfermement ne peut pas être évité, il doit se dérouler dans les meilleures conditions. Michel Rocard, éminent membre du parti socialiste et ancien premier ministre de Mitterrand interrogé dans Le Monde du 3 novembre 2008 prend la défense de l’association et résume ainsi ses positions : «La Cimade a toujours agi avec esprit de responsabilité, elle ne s’est jamais permise de demander l’ouverture générale de toutes les frontières. Elle est dure lorsqu’elle observe des traitements dégradants. (…) Nous essayons tous de contenir l’immigration venant des pays pauvres, qu’on ne peut quantitativement absorber. Le problème est de le faire avec décence et humanité.» Le travail quotidien de la Cimade, sauf exception, se résume à de la gestion administrative des dossiers des sans-papiers. Elle effectue les tâches dont l’État a tenu à se débarrasser dès le début : elle fait directement le travail d’un service administratif, tandis que l’État n’a plus qu’à gérer la surveillance des CRA. Dans les faits, seuls ceux que l’association estime les plus susceptibles d’obtenir des papiers, seront soutenus et aidés. De nombreux témoignages de sans-papiers enfermés résument ce travail quotidien. «Avec le bureau de la Cimade, ce sont des manipulateurs. C’est une association qui s’occupe du droit des étrangers. Et la première chose qu’ils te disent c’est de remettre ton passeport. Si tu le fais pas ils te disent qu’on peut rien faire. Je sais que la première chose qu’ils disent, comme les avocats d’office, c’est je peux rien faire ; alors comme droits des étrangers c’est un peu léger. En regardant d’autres cas même pas seulement moi ; les demandes d’asile, ils les transmettent, mais du coup ils obligent à donner l’identité. Sinon, ça dure dix secondes si tu donnes pas tes papiers, ils te donnent un numéro de fax, une carte téléphonique si t’en as pas. Moi je vois rien d’autre. Les demandes d’asile, elles sont toutes refusées et les gens qui ont donné leurs papiers ils sont sûrs d’être expulsés», déclarait Samir il y a deux ans dans L’Envolée no 16. Interviewé plus récemment dans l’émission l’Envolée, sur Fréquence Paris Plurielle, un «retenu» sortant du CRA de Vincennes déclarait : «Au CRA, la Cimade n’est là que pour gérer les dossiers administratifs, ils s’en foutent de nous. D’ailleurs j’ai assisté à une discussion où des “retenus” disaient qu’il ne fallait rien donner à la Cimade, parce que sinon ils vont tout donner à la police. Je n’y croyais pas, mais on m’a dit qu’il y avait une différence entre la Cimade de dehors et la Cimade de dedans.» Le frère d’un «retenu arrêté suite à l’incendie expliquait à son tour : «Ce qui m’a écoeuré au tribunal, c’est le comportement de la Cimade. Sur conseil de l’avocat, on avait besoin d’une association. J’ai joint un représentant de la Cimade. Ce monsieur m’a fait savoir qu’il n’était pas là pour aider les “retenus” en ce sens ; que leur rôle était de les assister au niveau du CRA — mais ce mec était avec moi au tribunal ; il me demandait des informations sur mon frère, sur son travail, sur son état civil, etc.»

Cette association protestante de gauche, s’est exprimée sur les événements récents dans son rapport annuel de 2008 en expliquant les révoltes des «retenus» dans les CRA comme suit : «La contestation s’est propagée au CRA de Vincennes, ce centre de 280 places qui symbolise l’industrialisation de la rétention et de l’expulsion des sans-papiers», avant de faire quelques propositions à l’État, pour éviter toute mutinerie : «Limiter la capacité des centres de rétention à 80 places»… «Nous constatons aujourd’hui dans les centres de rétention les plus importants (jusqu’à 280 places au centre de Vincennes) qu’au-delà d’un certain seuil, la rétention change de nature. Nous proposons la limitation de la capacité des centres de rétention. Cette préoccupation est reprise dans le rapport conjoint de l’IGA et de l’IGAS remis au gouvernement. […] Ainsi, le nombre de places dans un centre de rétention doit être compatible avec l’attention requise à la situation individuelle de toute personne qui y est enfermée, tant par les divers intervenants à l’intérieur que par les services préfectoraux et les magistrats compétents. Tel n’est pas le cas dans les départements où sont construits des centres de plus de 80 places.» Tout ça, bien sûr, pour «assurer des conditions de rétention conformes au respect de la dignité humaine». Et en bon gestionnaire de la rétention, la Cimade a persuadé le gouvernement, qui après ce rapport a démarré au Mesnil-Amelot la construction d’un CRA conforme à ses recommandations. Il comprendra plusieurs petits bâtiments de 40 personnes ; la Cimade «déplore l’embrasement du centre de rétention administrative de Vincennes».

Toutes ces déclarations sont publiques et transmises aux médias institutionnels ; mais le discours varie selon l’interlocuteur : trois jours après l’incendie, deux membres de la Cimade qui avaient «travaillé» au CRA de Vincennes, invités sur l’antenne de Fréquence Paris Plurielle dans l’émission RESF (Réseau éducation sans frontières), déclarent spontanément : «le plus gros centre de France s’embrase, et la Cimade est bien contente de cet embrasement». Questionnées sur leur déclaration et sur leur rôle ambigu dans les CRA, elles lâchent : «C’est très facile de traiter la Cimade de collabo quand on n’a jamais mis les pieds à l’intérieur de Vincennes. Ce qu’on y fait, c’est énorme !» Elles vont même jusqu’à dire que : «La manipulation qu’exercent les “retenus” sur l’extérieur existe aussi.» Lorsqu’une auditrice appelle pour demander des explications, elles se risquent à une analyse : «La Cimade, le paradoxe, c’est qu’il y a des financements publics ; on est tenu, d’une certaine manière ; on n’a pas la liberté de parole que vous, vous avez.»

À l’avenir, la Cimade pourrait bien perdre le monopole de la présence dans les CRA ; elle se reprend brutalement en pleine face que l’État dispose de ses serviteurs à son gré et distribue ses subventions comme bon lui semble. Il a simplement pris acte de la massification de l’enfermement constatée par tous. L’augmentation du nombre d’enfermés a des conséquences directes. L’État fait suivre l’infrastructure ; des centres comme celui de Vincennes sont ingérables dans la longue durée, comme il le faisait depuis vingt ans. Les conseils ont, semble-t-il, été entendus. Les centres seront plus petits et plus nombreux. C’est aussi l’occasion de diversifier les associations qui interviendront pour en gérer la partie administrative. Il s’agit aussi de donner de l’argent aux copains et au passage, de calmer les quelques individus déjà en poste qui voudraient continuer à l’ouvrir. L’association Respect créée et présidée par un membre parisien de l’UMP entend, militer pour le respect de la république et de l’institution présidentielle… tout est dit. Quand à la Croix de Malte, un petit détour historique nous éclaire. Elle est née il y a plusieurs siècles pour combattre la «barbarisation» de l’Europe en arrêtant les Turcs menaçants aux portes de la Méditerranée… sans commentaires. Pour le moment l’appel d’offre a été remis en cause par le conseil d’État. Nous ne pleurerons de toute façon pas sur le sort de la vieille dame !
L’Envolée no 24, décembre 2008.


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Mardi 13 janvier 2009
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Jeudi 1 janvier 2009

Mercredi 31 décembre c’était presque ça dans le ciel au dessus de la prison de Valence. Trois fusées tirées et deux bombes propulsées dans le ciel et des milliers de pétards mitraillettes et des mamouths lancés par dessus le mur et les prisonniers crient pour montrer qu’ils sont toujours vivants. C’était fantastique cette solidarité par des inconnus et des amis des familles. Et quelles belles images sans aucun flic en vue. L’insurrection se répand sans chef ni directive.

Solidarité aux mutins de la prison sociale (du quartier du Plan) qui ont osé braver l’ordre de la raie publique.

Oui, mais ça branle dans le manche. Des millions de camarades ont déjà entonné un autre compte à rebours qui n’est pas celui d’une année nouvelle mais de la fin d’un monde. Alors meilleurs vœux.

Le Laboratoire, 1er janvier 2009.
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Mercredi 31 décembre 2008

Des détenus de la maison d’arrêt de Fleury-Mérogis (Essonne) ont réussi à introduire une mini-caméra et ont filmé pendant plusieurs mois, à l’intérieur de leurs cellules, dans les douches et dans la cour de promenade.
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Samedi 27 décembre 2008

«Une série de suicides en prison»… Les médias orchestrent un étonnement feint alors que l’on sait parfaitement que depuis de nombreuses années une personne se «suicide» en prison tous les trois jours dans des circonstances troubles.

L’important pour le pouvoir n’est pas tant de cacher un grave problème que d’habituer tout un chacun à cette réalité : comble de l’hypocrisie, plus on déplore ces morts suspectes, plus on les banalise. D’autant que Dati, bien formée aux stratégies de la communication, promet immédiatement une série de mesures supposées enrayer cette série noire : à leur arrivée, les prisonniers seront entendus par un psychologue qui évaluera leurs tendances suicidaires ; les surveillants feront une ronde nocturne supplémentaire, et un interphone sera installé dans chaque cellule… Si cela peut tromper le téléspectateur ignorant des réalités carcérales, cela ne peut qu’aviver la colère des familles qui ont perdu un proche à l’intérieur des murs.

Quant aux matons, du haut de leur cynisme syndical, ils prétendent que les suicides sont des actes «ludiques» ou des provocations à leur égard… Parmi ces centaines de suicides, combien restent inexpliqués, combien de morts suspectes dans les mitards ? La famille d’Éric Blaise, mort dans des conditions plus que mystérieuses au mitard de Fleury-Mérogis en novembre 2005, en sait quelque chose : deux ans d’instruction et d’enquête de la CNDS pour conclure à la responsabilité du corps médical qui aurait fait un mauvais diagnostic lors du placement d’Éric au quartier disciplinaire ; mais rien sur les traces de coups sur son corps, rien sur les motifs qui ont nécessité l’intervention des médecins… Mais la vie d’un prisonnier ou d’une prisonnière ne vaut pas tripette pour l’administration pénitentiaire ni pour le ministère de la justice.

Le procès de l’évasion de Fresnes qui se déroule depuis un mois est révélateur : à la question posée par un avocat, «une évasion est-elle préférable à un suicide ?», l’ancien directeur de la prison, bien embarrassé, s’est réfugié derrière le sacro-saint principe de sécurité. Antonio Ferrara s’est évadé de l’emblématique mitard de Fresnes ; aucune violence physique, aucun blessé si ce n’est parmi les assaillants. «Un trou dans un mur et quelques tirs sur un mirador» pour intimider des matons qui n’hésitent pas, eux, à tirer dans le dos des candidats à l’évasion. Mais voilà, on ne provoque pas le pouvoir impunément : en dépit d’un dossier vide, d’un procès «à charge et à charge», comme l’a rappelé Me Ripert, de l’absence de certains accusés qui ont refusé de comparaître dans cette «farce judiciaire», la justice suit son cours vengeur. Elle veut condamner les prisonniers pour «tentatives d’assassinat sur personne dépositaire de l’autorité publique» : ce qui vaut la perpète… Peu importe qu’un homme purge une peine éliminatrice, l’essentiel pour ses geôliers, en uniforme bleu marine ou en robe de magistrat, est qu’il se soumette à sa condition d’emmuré vivant.

Les policiers, les procureurs, les juges ont tout pouvoir, toute légitimité, et ils s’en servent sans retenue : même quand certains de leurs collègues leur rappellent qu’il est préférable de sauver les apparences et de suivre les règles de déontologie de la profession, ils leur opposent leur intime conviction, l’immunité du système en place et la vengeance implacable de l’État sur ceux qui le défient.

Éditorial de L’Envolée no 24, décembre 2008.


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Mercredi 12 novembre 2008
À Bourg (Ain), entre les murs du futur centre pénitentiaire

L’établissement ouvre à la fin novembre 2009. Visite guidée de l’atrium, des cellules, des unités de vie familiale, des ateliers de formation professionnelle, de la salle de classe et autre lieu de culte…

Tout est gris béton, en attendant les bleu lavande, orange ananas et autre vert moutarde qu’entend appliquer le groupement d’architectes sud-américain Borja Huidobro. Des hauts murs d’enceinte anti-grappins, une unique entrée piétons et véhicules, des portiques de détection et c’est l’atrium…

1. «Faire entrer la lumière»

«L’atrium, c’est un cheminement qui désert les différentes zones de vie de l’établissement, le parloir — donc l’accès sur l’extérieur — le médical, les ateliers… Et on a cette verrière qui permet de faire entrer la lumière», note Sandrine Hello.

2. Unités de vie familiale

Les trois unités de vie, «ce sont des lieux où les condamnés uniquement peuvent rencontrer leur famille une fois par trimestre, pendant 12 à 96 heures. Sous condition et décision pénitentiaire», fait savoir Bertrand Pic. Faute de permissions, ils accueillent femme et enfants dans ces T2 de 45  m2, avec deux chambres équipées de salles de bains, un séjour, sa cuisine américaine. Et une terrasse de 15 m2, mi-caillebotis, mi-jardin.

3. Des douches dans toutes les cellules

Les individuelles font entre 10 et 11,5 m2, les doubles 14. Et 10 m2 dans les quartiers disciplinaires. Ces dernières comme les autres — et c’est une première en France — sont équipées de douches.

Les cellules du centre de détention sont en «régime portes ouvertes. Du matin au soir, les détenus sortent sur leur lieu de vie commune — en plus de la promenade — jusqu’à la limite des grilles de leur unité d’hébergement», explique Mme Hello. «Et ils peuvent s’isoler s’ils le souhaitent», s’enfermer, «sachant que les surveillants ont accès à la cellule à tout moment».

4. Ateliers de travail

«Dix fois 120 m2, plus la salle de formation professionnelle… Le but du travail dans ces ateliers, c’est de préparer la sortie, de leur donner une rémunération, sur la base du Smap, le salaire minimum de l’administration pénitentiaire (inférieur au Smic), et de rembourser les parties civiles.» «Ils devraient être plus de 200.» Le Gepsa se charge notamment «de la restauration — y compris celle du personnel — de la buanderie, du transport, de l’accueil des familles, de la formation professionnelle et du travail». Pour ce dernier, «la recherche lui revient et elle le soumet au chef d’établissement. Il ne faut pas que les gens pensent que c’est une prison privée. On sous-traite», affirme Mme Hello.

5. La vie carcérale, mais pas que…

La vie carcérale s’organise également autour du sport, en salle et sur le stade. Mais aussi de l’enseignement dans une salle de classe. Et autour du lieu de culte, dévolu à toutes les religions.

Danielle Mantel


Repères
Détenus : 690 détenus, hommes, majeurs, dont 300 en centre de détention, 360 à la maison d’arrêt et 30 en places d’accueil. Plus 12 places en quartiers d’isolement et 14 en disciplinaire.
Personnel : 242, dont 170 surveillants. Plus une cinquantaine de personnels médical, paramédical, de l’Éducation nationale, des bénévoles des associations. Et la cinquantaine de salariés des sociétés prestataires.
Bâtiments extérieurs : Sur la gauche, dans deux bâtiments contigus : mess du personnel, locaux de formation, syndicaux et salle polyvalente. Au bout de l’allée : accueil des familles et parking.
Ce qui est fait : Le gros œuvre est achevé, les câbles tirés, le bardage rouge des ateliers et du gymnase de 620 m2.
Ce qui reste à faire : Le chauffage, la peinture, la pose des grilles et de la plupart des portes, la voirie, le parking, le terrain de sport et, en dernier, l’engazonnement entre les cheminements grillagés d’un bâtiment à l’autre. Et l’installation du mobilier.
Livraison : Prévue début août 2009 et ouverture en novembre. Le chantier, démarré en avril 2007, aura duré 25 mois. Budget : 58 millions d’euros TTC.


La parité est respectée à la tête de l’établissement

L’établissement burgien sera dirigé par Bertrand Pic, Lyonnais de 41 ans, marié, deux enfants. Après sa maîtrise de droit à Lyon II, il a passé le concours administratif avant de passer un an en tant qu’élève sous-directeur à l’école de l’administration pénitentiaire de Fleury-Mérogis.

Il a effectué tout son parcours dans ladite administration.

De 1995 à 1999, il a été directeur de la maison d’arrêt de Villefranche.

Puis, de 1999 à 2003, il était chef d’établissement du centre pénitentiaire d’Uzerche, en Corrèze. De 2003 à 2005, il était directeur des ressources humaines, à la direction interrégionale du service pénitentiaire à Lyon, puis secrétaire général.

Il est arrivé sur le site le 1er septembre. De même que Sandrine Hello, directrice adjointe.

Originaire de Hyères, la jeune femme est âgée de 35 ans. Elle est mariée et mère de deux enfants.

Après un DEA de droit, elle a passé le concours d’entrée dans l’administration en 1998. Elle a occupé un premier poste à la Santé à Paris, jusqu’en 2002.

Elle a ensuite travaillé à la détention et aux ressources humaines aux Baumettes, à Marseille, jusqu’en 2008.

Soit dit en passant, les femmes sont bien représentées, avec Sophie Groussolin, également directrice adjointe, qui arrivera dès le mois de janvier.

Enfin, Pascal Picard, chef de détention, est sur le site depuis le 1er octobre.

Le Progrès (édition de l’Ain), 12 novembre 2008.


Suicide en prison : «Éviter la surpopulation»

Selon le docteur Straub, psychiatre au sein de la maison d’arrêt de La Talaudière, la hausse des incarcérations explique, en grande partie, l’augmentation des tentatives de suicide

Comment se déroule l’accueil d’un détenu, à son arrivée en maison d’arrêt ?
Il est systématiquement vu par un membre de l’Unité de Consultation et de Soins ambulatoires (UCSA), qui fait le point sur son état de santé. Il peut ainsi juger si des soins doivent être entrepris. Si cela doit se faire en urgence, c’est une équipe du Samu qui intervient puisque l’UCSA dépend du CHU de Saint-Étienne [Depuis 1994, ce n’est plus l’Administration pénitentiaire (donc le ministère de la Justice) qui prend en charge les soins en prison, mais le CHU (donc le ministère de la Santé)].

Comment fonctionne l’unité de soins de la prison ?
Comme un cabinet médical, avec des infirmiers présents en permanence, et des spécialistes qui interviennent régulièrement (dentiste, orthopédiste, dermatologue). La psychiatrie est la spécialité la plus représentée : un médecin est présent tous les jours.

Pourquoi une présence si importante de cette spécialité ?
Parce qu’il y a de plus en plus de détenus souffrant de problèmes psychiatriques. 6 à 9% des détenus sont d’authentiques psychotiques, alors qu’ils ne représentent que 1% de la population. Mais ces personnes ne devraient pas être en prison, plutôt dans des services spécialisés.

À quoi est due cette surreprésentation des malades en prison ?
À l’évolution de la politique pénale. Depuis quelques années, il y a beaucoup plus d’incarcérations (aussi bien en détention provisoire qu’en condamnations). Et il y a toujours cette peur du fou dangereux, qui fait que les détenus souffrant de troubles psychiatriques sont, en général, plus lourdement condamnés que les autres.

La surpopulation a-t-elle une incidence sur les autres détenus ?
Oui. L’espace clos et le manque d’intimité peuvent être déstabilisants pour des personnes fragiles psychologiquement. Sans parler des rendez-vous «fantômes» (la personne prévue ne vient pas), qui jouent beaucoup sur le moral. Du coup, ces personnes envisagent la tentative de suicide. Non pas pour mettre fin à leurs jours, mais pour mettre fin à une situation qu’ils jugent intolérable.

Cela arrive souvent à la maison d’arrêt de La Talaudière ?
Non, et les statistiques montrent que cela se produit moins souvent que dans d’autres départements. Mais la demande de médicaments est forte, de la part des détenus, pour des situations d’angoisse et de dépression. D’ailleurs, les médicaments contre la psychose représentent le premier poste de dépense de l’unité. Mais nous veillons bien à ce qu’ils ne les prennent qu’en réel cas de besoin, et à ce qu’ils ne deviennent pas dépendants.

Les détenus mineurs sont-ils touchés par le phénomène ?
Quasiment pas : la plupart d’entre eux ont un parcours de délinquant et bénéficient déjà d’un suivi médical.

Propos recueillis par Jean-Hugues Allard
Le Progrès (édition de la Loire), 12 novembre 2008.
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