Vous avez dit Terroristes ?

Publié le par la Rédaction

L’ennemi intérieur

En Allemagne, l’accusation «terroriste» n’est pas une nouveauté. L’article 129 (association de malfaiteurs) se décline en deux modules : l’article 129A concerne l’association de malfaiteurs en vue d’une entreprise terroriste intérieure et l’article 129B s’applique à l’ennemi extérieur. Le premier concerne dans les faits des personnes dites issues des milieux de «gauche radicale» allemande (très peu de nazis ont eu ce genre d’accusations), le second a visé des organisations comme le PKK et d’autres partis communistes kurdes et turcs, sans oublier le fameux Al Quaida…


L’État a créé cette figure de l’ennemi intérieur, comme méthode de contre-insurrection préventive.

Europol est une organisation européenne qui a vocation à rapprocher les polices des différents pays de l’union, en partageant des informations, des connaissances, des formations et des expériences. Les polices françaises et allemandes sont moteur de cette dynamique.

Il ne faut donc pas s’étonner de ce que l’on a pu voir lors du sommet à Strasbourg, puis le sommet anti-nucléaire à Colmar. Depuis le G8 d’Allemagne où des serveurs ont été réquisitionnés et plusieurs lieux perquisitionnés, on sait que le spectacle à haut budget ne leur fait pas peur. En réussissant à annuler l’accusation de «terroriste» aux présupposés militants de la MG (Militante Gruppe), c’est une cinquantaine d’affaires classées 129A en rapport avec la préparation du G8 qui ont fini par un non-lieu. Quant aux trois personnes accusées d’avoir fait partie de la MG, elles ont été condamnées en octobre 2009 (avec comme chef d’accusation «association de malfaiteurs») à trois ans pour deux d’entre elles, et trois ans et demi pour la dernière.

Après avoir parlé du retour du spectre de la RAF, comme la propagande policière a fait le coup ici en parlant du retour des pratiques d’Action Directe, la répression tombe sur des habitants d’un quartier ou les Haus Projekt (squat légalisés) sont encore debout, créant un lieu de brassage, avec bars et activités tout autour. Friedriechain est connu, avec Kreuzberg, comme zone de «gauche», anti-nazi.

Depuis deux ans, des bagnoles crament dans les grandes villes. En 2009, rien qu’à Berlin, les services de police en ont recensé 212 voitures crammées. D’ailleurs des petitEs rigoloTEs se sont amuséEs à en faire une chronologie ainsi qu’une carte sur le web (voir ici un plan de Berlin avec tous les lieux où des voitures ont cramé).

Des vandales dans les rues

La police allemande voudrait mettre un frein à ces «vandales» — n’osant pas employer le terme de terroristes pour des bagnoles cramées. À Berlin, les actions se multiplient. Contre la gentrification, les bagnoles de luxe flambent, les cabinets d’architectes sont attaqués, le matériel des compagnies de construction est bien abîmé…

Depuis mai, la pression monte et les arrestations se succèdent. Des arrestations ciblées au quotidien ou pendant les manifs. Pour la manif du Premier Mai, la justice se distingue en accusant des manifestants de «tentative de meurtre», accusés d’avoir jeté des cocktails molotov sur des policiers (voir ici en allemand). D’ailleurs, 48 personnes ont été condamnées à des peines de prison.

Mi-mai 2009, suite à une tentative d’incendie de bagnole à Friedrichain, Alex est arrêtée dans une rue parallèle, puis relâchée le lendemain faute de preuve. Pourtant, un jour plus tard, son mandat d’arrêt est réactivé. La police et le ministère de l’Intérieur sont décidés à ne pas la lâcher. Elle restera 6 mois en détention préventive, avant un procès en septembre-octobre 2009 où elle sera relaxée.

En juin 2009, Christoph est arrêté avec une accusation-scénario identique à celui d’Alex, simplement contrôlé dans les environs d’un incendie de voiture. Il faudra trois semaines au procureur pour réussir à l’envoyer en taule, avec les refus d’incarcération des juges des deux premières chambres. Il va jusqu’à la troisième et dernière chambre afin d’obtenir le feu vert. Christoph a été libéré en octobre et son procès mis en pause pour «examination des preuves» par la Police Fédérale (et non plus régionale).

En vue du nombre de voitures incendiées à Berlin, il deviendrait presque imprudent ou bien radicalement militant de se promener dans certains quartiers. Encore une fois, le problème n’est pas de savoir si ces personnes sont innocentes ou coupables. L’État a frappé pour affaiblir des luttes, pour effacer des sourires.

Solidarité active

— Novembre. Toujours sans preuves, les prises d’otages se poursuivent. Mais en réponse, les actions se multiplient. La pression est constante. Car ce sont des mois de préventive qui attendent les prisonniers s’il n’y a pas de solidarité.

— Dernièrement, le 16 novembre 2009, c’est Tobi qui se fait arrêter… vous l’avez deviné… pour avoir été contrôlé dans une rue proche d’une autre où trois voitures de luxe partaient en fumée. Il vient d’être libéré le 29 décembre 2009, faute de preuve mais tout de même dans l’attente d’un procès. Le jour de son arrestation, la police a procédé à deux perquisitions de Haus Projekt, avec quadrillage du quartier, et la presse qualifie la maison de «nid de terroristes». Manifs spontanées le soir même et le lendemain, ainsi que des actions lors de la manif en mémoire de Silvio Meyer, tué par les nazis, le samedi suivant.

— La semaine d’après, ce sera l’expulsion du Brunnen183, 600 keufs déployés dans la rue, plusieurs milliers dans le quartier. Quatre manifestations (1000 à 3000 participants) auront lieu en réaction dans les dix jours qui suivirent. Lors de l’une d’entre elles, un ancien habitant du Brunnen183 sera arrêté puis incarcéré car accusé de jet de pierre envers les force de l’ordre.

— Depuis le sommet anti-OTAN de Strasbourg, les incarcérés français et allemands sont sortis de prison, hormis T. et N. condamnés le 16 novembre 2009 à trois ans de prison, ils sont accusés d’avoir incendié le poste de douane. Pour les premiers procès en appel, des fax en allemand et français ont été envoyés sous la signature de «La Vérité» au tribunal de grande instance de Colmar afin de ne pas se faire oublier (voir ici le fax en allemand et en français). En novembre, dès le résultat du procès, dans la nuit du lundi 23 novembre des voitures du concessionnaire Citroën de Lichtenberg à Berlin ont été brulées (communiqué ici en français).


Visites à domicile

La répression espérait faire plier les collectifs de soutien et faire des exemples. Non seulement la solidarité ne s’est pas affaiblie, mais elle s’est même renforcée. Ce sont désormais les commico qui sont attaqués la nuit.
— 14 octobre : Berlin. Attaque d’un commico a Lichtenberg, avec pierres et fumigènes. Des clous tordus ont été placés sous les roues des bagnoles de flics pour les empêcher de suivre les attaquants.
— 24 novembre : Dresden. Un commico est attaqué à coups de pierres, et leurs voitures incendiées. Le même soir, à Bremen, des œufs de couleur sont lancés sur une station de police et les voitures situées devant.
— 25 novembre : Berlin. Barricade enflammée et voiture de flics incendiée. Dans le communiqué, l’action se revendique en réponse à l’expulsion du Brummen183, et pour la libération de Tobi (communiqué ici en anglais, ou en allemand).
— 25 novembre : Berlin. Une voiture de flics est incendiée à Neukloster.
— 30 novembre : Berlin. Attaque aux molotovs contre un commico à Kreuzberg. Une voiture est endommagée par les flammes. Les flics ne publient pas l’info au début.
— 4 décembre : Hambourg et Berlin. Attaque contre les bureaux de la Police Criminelle Fédérale de Berlin. Ce sont deux voitures de flics qui crament à Hambourg. Le communiqué rappelle le meurtre du 6 décembre dernier en Grèce, et dédie l’action aux insoumis des luttes sociales, évoquant de même Tobias (communiqué ici en français), (ici en anglais, ou en allemand).

Prises d’otages du gouvernement, perquisition et procès. En Allemagne, incendier des voitures jusqu’à maintenant était une pratique présente et régulière. Cependant, être solidaires des inculpés et faire face à la répression dans sa globalité n’a pu que soutenir la diffusion de cette pratique : revendiquer des pratiques c’est aussi les défendre, et défendre ses prisonniers. Là où Europol unit sa répression par ses structures, nous nous unissons par nos pratiques.

Ces dernières actions ne sont pas des actions isolées de la lutte, bien au contraire. Un nouveau slogan est même apparu pendant les manifs :
«Boum Boum Boum - Le commico de Lichtenberg ! Boum Boum Boum…»

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