Vers un nano-monde sous maxi-contrôle ?

Publié le par la Rédaction


Bayer, L’Oréal, Unilever, Nestlé, Arkema, IBM… Les multinationales investissent depuis des années dans les nanotechnologies : un marché évalué à 1000 milliards de dollars en 2005. Agroalimentaire, automobile, textile, électronique, cosmétiques, bâtiment, pharmacie, armement, sécuritaire, etc. : de nombreux secteurs sont concernés par cette nouvelle «révolution industrielle». Les applications les plus connues sont à ce jour la surveillance des puces RFID (traçage des papiers d’identité, cartes de transports, vêtements, marchandises, implants sous-cutanés…), l’optimisation des nanoparticules (produits, tissus, médicaments, pneus…) et les développements d’une hybridation Homme/machine !

Les gouvernements des grands pays financent ces recherches, dont ils attendent un surcroît de puissance économique et militaire. Sarkozy a d’ailleurs lancé le «Plan Nano-Innov» (2008) en France : 70 millions en 2009, qui s’ajoutent aux financements publics de laboratoires et d’entreprises (CEA, STMicroelectronics, etc.). Le premier Pôle Européen des Nanotechnologies, Minatec, a été inauguré à Grenoble en 2006 sous protection policière. Cette ville où depuis 2002 des groupes comme «Pièces et Main d’œuvre» travaillent à démonter les mécanismes d’enfumage qui entourent la marche forcée des nouvelles technologies.

À Besançon, c'est le projet TEMIS qui attire les financements publics et les intérêts privés. Ainsi Silmach (vainqueur en 2005 du prix Défense et Sécurité pour un drone libellule) ou encore Nanobiogène (spécialiste des nanofluides utilisés dans les biopuces) pourront profiter dès 2013 d'un tout nouveau batiment spécialement dédié aux nanosciences et qui pour la somme de 34 millions d’euros devrait attirer bien de nouvelles entreprises.

Après le nucléaire et les OGM, la nano progresse avec la stratégie du silence et du «fait accompli». Comme un rouleau compresseur industriel qui avance aux ordres du Capital, se moquant de la démocratie et se dissimulant derrière des apparences de débats ou de consultations. Mais de Grenelle en Grenelle, chacun connaît maintenant la technique pour noyer les poissons et personne n’est dupe !

La CNDP (Commission Nationale du Débat Public) sillonne donc 17 villes en 5 mois (d’octobre 2009 à février 2010) et se tiendra à Besançon ce 24 novembre, sur le thème «nanotechnologie et compétitivité». En d’autres termes, comment la science de «l’infiniment petit» peut aider les entreprises dans la «guerre économique mondiale» ? Le sujet n’y est donc pas la philosophie pour une Éthique de l’usage, mais bien sa rapide application productiviste en faveur de la rentabilité. Mais qui se souvient encore de la vieille ritournelle de Rabelais, pour qui «science sans conscience n’est que ruine de l’âme» ?

Bonne pioche ! L’Université de Franche-Comté dispose du site «TEMIS». Entre 2004 et 2007, l’UFC a créé «11 pôles de Recherches Technologiques et à vocations scientifiques» en résonance avec les «pôles de compétitivité». Pour 2008-2011, la politique quadriennale de l’UFC était «la volonté de motiver la structuration du transfert de technologie vers le monde économique». Sa priorité était d’ailleurs de renforcer «la coordination autour de l’activité dans le domaine des Micro et Nanotechnologies». Les fonds publics ont ainsi équipé les industriels du privé en matériels et investissements coûteux, puis engagés des dizaines de milliers d’euros dans une «politique de brevetage» pour se protéger de la concurrence souhaitée !

10.000 euros par dépôt de brevet pour un an, + 6000 euros pour une extension internationale de 18 mois, et plusieurs dizaines de milliers d’euros pour une garantie sur les pays industrialisés : le brevetage pousse au «protectorat des firmes», et impose des «accords de confidentialité» privative des Savoirs !

Ce n’est pas en soi cette science qui pose problème, mais les usages qui en sont fait.

La critique porte sur les objectifs qui lui sont donnés, la hiérarchie de pouvoir qui la manipule, la marchandisation totalisante qui oriente ses fonctions, la propriété du Capital et de l’État qui l’instrumentalise aux seules fins de leurs intérêts de classe.

Les progrès en faveur du plus grand nombre, et l’amélioration du quotidien vers une démocratie socialement plus juste, n’est malheureusement pas l’avenir qui leur est réservé par les dirigeants actuels. À nous de nous réapproprier collectivement les connaissances, d’ouvrir des débats alternatifs et de refuser ce qui menace nos futurs.

Tract de la CNT25 à propos du débat «public»
du 24 novembre à Besancon.

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