Une tribune à propos de la lutte des sans-papiers

Publié le par la Rédaction


Le mouvement en cours actuellement bouscule les habitudes et certitudes de nombreux camarades se revendiquant du mouvement libertaire et du syndicalisme révolutionnaire. De quelle nature est donc fait le mouvement des sans-papiers ? En quoi les revendications de cartes temporaires seraient-elles antinomiques d’une bataille pour les libertés de circulation et dinstallation ? Enfin les mouvements de grève daujourdhui dans de multiples secteurs (restauration, construction, etc.) ne constituent-ils pas les premisses dune «organisation ouvrière» participant dun rassemblement de lensemble des travailleurs, français et étrangers ?
Ny a-t-il pas lieu de quitter nos enfermements boutiquiers et de jouer le jeu dune unité syndicale difficile au profit de lUnité Ouvrière ?

Un mouvement de classe

La lutte des sans-papiers a muté d
une lutte antérieure autour de lieux symboliques (saintBernard, saintDenis, etc.) destinée à rendre visibles les hommes et femmes, les revendications qu’ils portent pour investir le champ de la production.

L
année dernière, laction sarticulait surtout entreprise par entreprise alors que, cette année, le mouvement ne porte pas uniquement contre les patrons voyous mais remet en cause les mécanismes mêmes dun système qui se nourrit du travail des SP.

S
y retrouvent donc, au-delà des collectifs de travailleurs organisés dans certaines entreprises, également des individuels qui se regroupent par champs professionnels.

En ce sens, on peut affirmer qu
il sagit dun mouvement de classe et de masse.

Une action réformiste ?

Ici où là, une double critique est formulée au mouvement actuel. Il cautionnerait la pratique de «cas par cas» par les Préfectures et impliquerait un «renoncement global sur la liberté» de circulation et d
installation au profit dune autorisation de séjour temporaire et précaire. Certains vont même jusquà qualifier dauxiliaires des préfectures les militants syndicaux et associatifs investis dans cette lutte. Nous pensons que ces critiques sont dépassées au regard de la situation actuelle :
— Laction collective des travailleurs SP, de leurs organisations syndicales et de leurs associations vise à imposer la régularisation de tous les travailleurs sans papiers par un rapport de force favorable ;
— Sur la durée même du titre, rappelons que cela ne dépend que des préfectures et du rapport de force que le mouvement saura imposer. Chacun comprendra quun titre dun an vaut toujours mieux que le centre de rétention.

Une étape importante pour le mouvement syndical et social :

La grève actuelle marque un retour des syndicats comme acteurs de la lutte des sans-papiers. Elle traduit aussi la volonté de ces derniers d
utiliser larme traditionnelle des travailleurs, le syndicat, pour mener leur lutte.

Évidemment, cette rencontre se réalise d
abord sur la revendication immédiate de ces travailleurs, la question des papiers. Mais cest loccasion dappréhender lensemble des conditions de travail, de rendre concrète laction syndicale et peut-être de faire émerger de nouvelles équipes militantes. Encore faut-il que le syndicat joue son rôle formateur, et se révèle un véritable outil de lutte et démancipation.

Par sa forme même, des piquets de grève cogérés par les travailleurs sans-papiers et des militants syndicaux et associatifs, le mouvement concrétise le slogan «Français, immigrés, même patron même combat».

De même, l
enjeu est tel, quau-delà des réflexes de chapelle, les travailleurs en lutte réalisent lunité à la base.

Clotilde, militante de Solidaires
Olivier, militant de la CGT
Étienne, militant syndicaliste révolutionnaire
Janvier 2010.

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