Une lettre de l'anarchiste Panagiotis Masouras

Publié le par la Rédaction


Panagiotis est un de compagnons arrêtés en septembre 2009, accusés de plusieurs attaques incendiaires et appartenance à la «Conspiration des Cellules de Feu». Il est en préventif, en attendant le procès.

Une lettre de Panagiotis Masouras

«Tu trembles, mon amour ? — Tu tremblerais d’avantage — Si tu savais où je t’emmène.»
Turenne.

Enfermé à l’intérieur des murs du centre moderne de rééducation pour les transgresseurs de la démocratie. Les jours, les mois, les années vont suicider, pas par pas, avec une discipline qui se heurte à la posture orgueilleux des révolutionnaires, ceux qui essayent d’attraper l’impossible. Ils vont aussi suicider les embrassements avec les échos du silence funèbre des prisonniers soumis.

Une guerre officieuse prépare des embuscades partout. Dans cette guerre se cachent les intérêts et paris politiques entre partis. La folie de la désinformation et le cruel lavage de cerveaux sont des faits acquis. Les médias, ces maraudeurs de tombes, martèlent tout le temps et de manière méthodique les cellules du tissu social. Avides de plus de peur et plus d’insécurité, ils appellent à la sensibilité sociale et à la collaboration pour élever des barrières contre le «nouveau terrorisme».

Les échos de leurs histoires venant des centres pour la gestion et la fabrication de morales et d’habitudes, débordent déjà maintenant de fantasmes fous.

La situation est très claire. Une maison, ils l’appellent «une cachette» ; des rapports entre compagnons et amis deviennent «une organisation criminelle» et les empreintes relevées sont présentées comme «des preuves irréfutables de culpabilité» ; coupables d’êtres membres de l’organisation «Conspiration des Cellules de Feu».

Certains sont encore en prison et d’autres sont encore recherchés simplement sur base de ces empreintes tandis qu’à chaque fois que le groupe frappe, les autorités accouchent d’un nouveau mandat d’arrêt. Il s’agit là d’un cas permettant de préparer le terrain pour affirmer avec certitude tout ce qu’ils ne peuvent pas prouver par la logique. Un terrain fertile qui leur permettra dans l’avenir (tant au niveau médiatique que légal) de faire tomber les accusations par tonnes.

Après notre arrestation, les choses ont continué de cette manière. En décembre, le Ministère pour la Protection du Soldat [
Il réfère au Ministère pour la Protection de la Citoyenneté] a donné l’ordre pour des «détentions préventives». La «cachette» du centre anarchiste Resalto a été pris d’assaut, une récompense de 600'000 euros a été promulguée pour la tête de trois de nos compagnons, le ministre a fait des déclarations sur les liens entre le «crime organisé» et la «caisse en commun des révolutionnaires», il a parlé de «la guerre».

En plus, il a instauré l’institution de la «police de proximité» et a appelé tout aspirant-soldat à collaborer au nom de la paix sociale et de la sécurité. Il essaye aussi de décimer le milieu révolutionnaire par des infamies à propos de la dépolitisation en parlant d’un côté «d’idéologues» et d’un autre côté de «vandales». Ils croient que de cette manière, les forces révolutionnaires emmèneront d’eux-mêmes leurs structures et leurs bases vers l’autel sacrificiel de la prospérité sociale.

Le but du Pouvoir n’est pas la désarticulation de la «Conspiration des Cellules de Feu» et pas non plus de «court-circuiter» certaines personnes. Son but est d’isoler et de désactiver tout ce qui «enfreint les règles» et est potentiellement révolutionnaire. Des groupes où les gens collectivisent leur individualisme, les centres, les squats, les blocages offensifs lors des manifestations, jusqu’aux potentiels nouveaux compagnons combattifs.

Ces sales tours ne doivent pas nous faire peur ou nous paralyser. Depuis toujours, nous connaissons la précision chirurgicale des médias utilisée par tout pouvoir politique pour dépouiller le milieu révolutionnaire de ses contenus.

L’extermination et la vengeance propres à la guerre jouent un rôle principal, elles nous attaquent aux points névralgiques de notre expérience quotidienne, de la dignité et de notre conscience radicalisée.

Nous nous posons en ennemis envers les matons de nos esprits.

Les hurlements de la guerre doivent être entendus au même moment à l’intérieur et à l’extérieur des barreaux.

L’attaque maintenant, partout, contre tout.

Coude à coude avec ceux qui sont recherchés, accusés d’appartenance à la «Conspiration des Cellules de Feu».

Coude à coude avec les compagnons qui se sont vus placés une récompense sur leur tête.

Coude à coude avec tous les prisonniers dignes partout.

Face à face avec nous-mêmes, à chaque instant.

Embrassant la guerre.

Panagiotis Masouras
Prison de Avlona, février 2010.


Omonoia, Athènes, août 2009

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