Un tract sur la loi Lopssi

Publié le par la Rédaction

 

«Je te souhaite que ta loi retombe sur ton père, ta mère, ta femme, tes enfants, et toute ta postérité. Et maintenant avale ta loi.» — A. Artaud.

 

Là ne s’agit pas de s’en contenter.

Les lois LOPSSIs sont des lois scélérates, certes, mais elles s’attaquent à quelque chose de plus profond : la mémoire historique.

Un arrière-goût de tout ce que les régimes autoritaires ont concocté de meilleur.

Mais nous ne nous arrêterons pas là, ce n’est pas au nom de quelque idéal de liberté républicain ou démocrate que nous désirons nous lever.

Au nom de rien d’ailleurs.

La haine totale de ce monde totalitaire suffit à nous accrocher à la moindre intensité de résistance pouvant naître.

Mais nous ne nous arrêterons pas là non plus. Nous combattons sans défendre mais combattons avec certains horizons en tête : celui de voir un jour sans Travail, sans Propriété, sans Misère, bref tout ce qui a dicté les grandes insurrections ouvrières du siècle dernier…

 

Nous sommes une histoire perdue cherchant à se retrouver en ces temps effacés :

 

Mieux que partout, la France a réussi à ménager l’oubli chez ses sujets, non seulement l’oubli de ce pourquoi elle règne encore, cette France, mais l’oubli qu’il existe des ailleurs, d’autres notes, d’autres couleurs que le gris bétonné et le noir fumeux.

 

«C’est une époque bien carabinée» disait un camarade et c’est véritablement vrai. Tout a faillit ici, pourtant tout semble encore fonctionner. Là, se dévisage le capitalisme : il n’a besoin que de notre consentement soumis pour exister. Il ne lui faut même plus inventer quelques bonheurs qui tiennent, des merveilles qui font espérer. Il ne lui faut, désormais, plus que perfectionner ses outils policiers.

 

Lui-même se l’avoue lorsqu’il met en scène sa critique : «Le monde est pourri, vous avec, restez sage» relaye le Spectacle.

 

Puisque le monde dérive, pourquoi ne pas dériver lentement avec lui. C’est ce qu’ON voulait nous faire croire.

Hélas, le meilleur des mondes n’a pas encore triomphé !

 

«C’est un beau moment, que celui où se met en mouvement un assaut contre l’ordre du monde […] Voilà donc une civilisation qui brûle, chavire et s’enfonce tout entière. Ah ! Le beau torpillage.»

 

Il nous faut retrouver la mémoire, une mémoire tactile, celle des armes, de l’émeute, de la résistance matérielle. Il nous faut des réflexes, il nous faut se mettre d’accord une bonne fois pour toute : «faire apparaitre dans la pratique une ligne de partage entre ceux qui veulent encore de ce qui existe, et ceux qui n’en voudront plus».

 

En temps de guerre, ceux qui prétendent échapper à celà sont ceux qui ont déjà choisi un camp : celui de l’engagement le plus total dans le désengagement. Celui de rejouer les mêmes échecs en se disant que cela fonctionnera un jour.

Ce sont eux, les véritables amnésiques. L’amnésie est une position bien confortable en ce monde, elle permet de s’ancrer léthargiquement dans un espoir messianique. Un espoir qui n’a pas fini de faire vivre et de laisser mourir…

 

«Diverses époques ont eu ainsi leur grand conflit, qu’elles n’ont pas choisi mais où il faut choisir son camps. C’est l’entreprise d’une génération, par laquelle se balaient les empires et leurs cultures. Il s’agit de prendre Troie ; ou bien de la défendre. Ils se ressemblent par quelque côté, ces instants où vient se séparer ceux qui combattront dans les camps ennemis, et ne se reverront plus.» — Guy Debord.

 

Dimanche 26 décembre 2010.

 

 

La crise comme mode de gestion

 

Certains semblent encore l’apprendre, se le disent comme une nouveauté, la même qui redore les produits vintage…

 

Le Capitalisme fonctionne par crise, mais sous l’ère du spectacle, la crise gouverne les modalités du capital.

La mise en scène d’un monde en train de flamber n’est pas une certaine manière de dire que le monde va mal mais bel et bien une manière d’affronter les puissances qui flambent ce monde.

 

Ce qui se joue à l’échelle européenne : la mise sous la tutelle de l’exception d’une série de «populations» de plus en plus importante. L’exception devient la règle et tente d’enfermer une violence qui semble venir d’en dehors dans le nomos, la loi. Caser, trier, répartir, classer, séparer les gestes pour mieux les dominer et les gérer lorsqu’ils adviennent. Produire une population qui posséderait ses gestes, ses classes et ses haines.

C’est le propre de tout Gouvernement.

 

Mais il y a un autre enjeu : la brèche, la fêlure du «monde capitaliste».

Partout où est posé un regard décent émerge ce constat : le bonheur capitaliste a failli, voilà quelque temps qu’il s’effrite. Hélas, en s’effritant, il nous use également, nous qui ne savons aimer et vivre autrement qu’avec lui.

 

Le monopole étatique de la violence des années de lutte des classes a cédé au monopole capitaliste du bonheur de la société de consommation. C’était la condition objective du vainqueur. Pourtant les deux n’ont jamais réellement tenu. Les appareils de production et de capture des désirs, qui sont autant de points connectés ; du portable à la mise en scène quotidienne, de la boîte de nuit au bar, tout cela ne marche plus.

L’enjeu est de répondre à cette fêlure ouverte, faire vivre des ailleurs, non pas comme un en-dehors du monde habité mais comme une étrangeté à celui-ci, une dissonance insaisissable et pourtant si présente.

N’est-ce pas là le principal enjeu qui se larve derrière toute guerre ?

 

Tant qu’aucune autre forme de bonheur ne sera posée et imprimée avec la trajectoire des révoltes et des rages, tout restera comme un lendemain à recommencer, un autre mouvement à lancer.

Pour toute étrangeté il faut des expériences et pour toute expérience il faut une exposition aux mondes et pour toute exposition il faut une puissance capable d’arracher des situations, des tentations, des enjeux et des dépassements.

«Tout nous est interdit» disait la fraction debordienne des Lettristes qui dans une même main affirmait «il n’y a pas de nihilistes, que des impuissants».

Il y a un écart entre ce que devrait être ce monde si on se fiait à ce à quoi il nous renvoie (ses images, représentations et dictons) et ce qu’il est réellement.

Ce que nous renvoie le monde est autant dans les images-matraques du J.T., des énoncés impérieux des milliers de commentateurs qui font des possibles renversements des moments à contempler que dans ces injonctions stupides de «faire comme» Athènes, Londres ou Rome. Le Spectacle est autant dans l’image d’un flic athénien qui brûle à la fin d’un tract que dans la même image-représentation commentée sur TF1.

C’est le même mécanisme qui écrase la véritable bataille : celle des nouvelles formes de bonheur, de perspectives. Il ne faut pas être trop triste pour observer le manque à imaginer, se commettre, c’est-à-dire se mettre en jeu.

On ne pourra plus «faire comme si» : le blocage ne suffit plus désormais, il nous faut être plus exigeant.

 

Jeudi 30 décembre.

 


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Raymond 28/12/2010 15:30



Ce texte ne suscite guère de discussion, dirait-on.


A Paris, il remporte pourtant son petit succès lors de discussions informelles avec des gens le découvrant scotché aux endroits les plus insolites...


 



Lucas 28/12/2010 10:27



On voit apparaitre ce texte dans plusieurs arrondissements du nord-est parisien (17e,18e,19e,20e) agrémentées de belles photos grecques et italiennes...



Pierre 27/12/2010 13:38



A diffuser largement !!!