Un mouvement social au Portugal mené autour de la question de la précarité

Publié le par la Rédaction

Geração a Rasca

 

Les manifestations de la «geração a rasca» («génération fauchée» ou «génération au bout-du-rouleau») ont rassemblé de 300'000 à 400'000 personnes au Portugal, ce qui en fait la plus grosse manifestation depuis le 1er mai 1974 (faisant suite à la «révolution des œillets»). Ils ont manifesté dans onze villes au Portugal (du jamais vu) dont Lisbonne (au moins 200'000) et Porto (au moins 80'000). Si l’appel d’origine (publié dans un précédent article sur Indymedia) s’adressait d’abord à une «génération», c’est bien toutes les générations qui ont manifesté leur profond mécontentement.

 

Lisbonne :

 

Porto :

 

Rassemblement à l’étranger et émigration

 

Les Portugais à l’étranger se sont rassemblés devant leurs ambassades dans une dizaine de villes dans le monde (Londres, Berlin, Stuttgart, La Haye, Maputo, Paris, Madrid, Barcelone, Lublijana, etc.).

 

La question de l’émigration est une donnée importante pour comprendre la situation sociale portugaise. L’émigration portugaises des années 60/70 est la plus grande émigration en Europe après celle des italiens au début du siècle. Ses causes étaient la fuite de la conscription (guerre coloniale) mais surtout de la pauvreté (maintenue par le régime de la dictature de Salazar et Caetano). Depuis une dizaine d’années, une centaine de milliers de Portugais ont quitté le Portugal pour fuir la pauvreté et l’absence de débouchés. Si certains sont de jeunes diplômés (une grosse communauté s’est constituée, par exemple, à Londres), beaucoup d’autres n’ont aucune «qualification» particulière. Ces derniers alimentent à nouveau en manœuvres les champs du sud de la France ou d’Espagne, les chantiers de Paris, Bilbao ou de Berlin. Cette émigration est le symbole et la preuve qu’entre l’époque de la dictature, où l’émigration fut «un véritable plébiscite par les pieds contre la politique de Salazar» et aujourd’hui il y a une permanence dans l’injustice sociale et l’exploitation (c’est un des pays d’Europe avec le plus de d’écart entre les plus riches et les plus pauvres, le salaire minimum est le plus bas de l’Europe occidentale, la moitié de la population est précaire, etc.).

 

À Paris

 

À Paris, une trentaine de personnes s’est rassemblée devant l’ambassade. Les gens se sont ensuite réunis et ont voté ce communiqué/plateforme :

 

Communiqué d’un groupe de Portugais résidents en France et solidaires avec le mouvement de la «génération fauchée», le 13 mars
1. Nous voulons, par ce biais, exprimer notre solidarité la plus profonde avec le mouvement de la «génération fauchée».
2. Nous désirons que celui-ci continue et ce, jusqu’à ce que la situation de notre pays change et que la précarité soit une fois pour toute considérée comme un problème majeur pour l’avenir du Portugal.
3. Les motifs qui ont amené nos amis, nos familles et tous les autres à manifester massivement le 12 mars au Portugal, sont, dans la majorité des cas, les mêmes qui nous ont obligés à quitter notre pays.
4. L’émigration doit être un choix et jamais la seule alternative pour profiter d’une vie digne.
5. Nous réafirmons, de cette façon, notre motivation pour participer à la construction d’un nouveau système dans la continuité de ce mouvement contre la précarité.
6. Enfin, nous lançons un appel à tous les Portugais immigrés en France et dans le monde pour qu’ils manifestent leur solidarité avec le mouvement de la «génération fauchée» au Portugal.

 

Convergences des luttes au Portugal

 

Je rappelle que ce mouvement s’est constitué au-delà des partis et des syndicats sur le mode «Basta Ya» (Já Basta). Cela révèle ses possiblités comme sa fragilité (récupération, etc.). Samedi, Les enseignants, en lutte depuis deux ans, se sont réunis massivement pour manifester leur soutien «à leurs collègues, enfants et élèves» qui manifestaient et promettaient un appui et une convergence des luttes.

 

 

Depuis lundi matin, une grève des routiers (contre la hausse des prix du carburants, etc.) bloque, malgré l’intervention de la police et le harcèlement de certains briseurs de grève, une partie des routes. Déjà trois personnes emprisonnées et cinq blessés.

 

 

Une cinquantaine de pompes à essence n’étaient déjà plus approvisionnées aujourd’hui. Ce matin, grève des métros à Lisbonne. Samedi prochain, manifestation convoquée par la CGTP (affiliée au Parti communiste) au titre de «Jour d’indignation et de protestation».

 

Conclusion

 

Les media français taisent ce qui se passe au Portugal ! Propageons l’information ! Propageons le mouvement en Europe !

 

Basta Já !

 

Indymedia Paris, 16 mars 2011.

 


Publié dans Colère ouvrière

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