Un flashball ne bave pas

Publié le par la Rédaction

La Commission nationale de déontologie de la sécurité (CNDS) et le 8 juillet 2010 à Montreuil : Un flashball ne bave pas

Après six mois d’enquête, la Commission nationale de déontologie de la sécurité (CNDS) vient de rendre ses «avis et recommandations» concernant les événements du 8 juillet 2009 à Montreuil, rapport qui a déjà filtré dans la presse.

Ce soir-là, nous manifestions contre l’expulsion de la Clinique, lieu d’organisation politique ouvert sur la ville. Ce soir-là, la police avait tiré au flashball et visé les têtes. L’un d’entre nous avait perdu un œil.

Médias et politiques qualifient ce rapport de très sévère, d’accablant. Il est vrai que la commission démontre la responsabilité des policiers et la dangerosité des flashball, en s’appuyant sur quelques faits évidents. Qu’il n’y eut point de «pluie de projectiles» ce soir-là, et que quand bien même quelques canettes auraient volé, boucliers, casques, et jambières protégeaient les policiers d’un tel danger. Que contre toutes les «doctrines d’emploi» du flashball, les flics ont tiré à moins de 7 mètres et visé à la tête. Que de toutes façons, même s’ils respectaient les règles d’emploi techniques du flashball, dans des situations d’intervention dans la rue, les policiers ne peuvent évaluer précisément les distances ni éviter de toucher les «parties vitales» puisque l’arme est imprécise. (Remarquons cependant qu’une imprécision qui touche à tous les coups au niveau de la tête — ce qui s’est passé le soir du 8 juillet à cinq reprises — n’en est pas une.)

À l’heure de la promotion de nouveaux modèles plus performants par le président lui-même, la commission soutient l’idée que le flashball devrait être interdit lors de manifestations sur la voie publique, sauf cas exceptionnel. Une interdiction du flashball serait en effet le seul moyen d’éviter d’autres mutilations au flashball, voire des morts, si cette interdiction était sans exception. Les cas de mutilations graves ne se sont jamais limités à des «manifestations sur la voie publique». On citera pour mémoire Sékou, 14 ans, lors de l’évacuation d’un appartement squatté aux Mureaux le 6 juillet 2005 ; Jiad, 16 ans, lors d’une altercation avec la police à Clichy-sous-Bois le 28 octobre 2006 ; Pierre, 17 ans, lors de l’occupation du rectorat de Nantes pour protester contre la loi LRU le 27 novembre 2007 ; Joan, à Toulouse lors d’une auto-réduction dans un supermarché le 19 mars 2009 ; Samir, alors qu’il jouait dans son quartier à Neuilly-sur-Marne le premier mai 2009 ; Alexandre et Bruno à Villiers-le-Bel lors d’un barbecue de quartier le 9 mai 2009, tous touchés au visage et tous grièvement blessés.

Par ailleurs, d’autres armes, dites à «létalité réduite» — tasers, canons à eau, à son, gaz lacrymogènes, tonfas… — ne sont pas en reste quant aux blessures et mutilations, comme le rappelle le tabassage à la tête par la BAC de la manifestation des chômeurs le 5 décembre dernier à Rennes, qui fit un blessé grave avec des séquelles cérébrales irréparables. Une interdiction totale du flashball pourrait être l’occasion d’ouvrir à l’interdiction de ces armes, anciennes et nouvelles, et d’interroger plus précisément les actions et les fonctions de la police aujourd’hui — le gouvernement par la peur.

La commission semble en outre oublier, ou pour le moins minimise le fait, que cinq personnes au total furent touchées ce soir-là, toutes au dessus de l’épaule (front, épaule, nuque, poitrine, œil). Que cela fut fait sur ordre de leur hiérarchie ou de leur propre chef, plusieurs policiers ont tiré de manière coordonnée, et visé à la tête. Or pour le moment seul un fonctionnaire est mis en examen, et la hiérarchie n’est évidemment pas inquiétée.

Contrairement à ce que l’on peut lire dans les médias, l’intervention des policiers ne fut pas musclée mais plutôt froide et déterminée. Ils sont arrivés en voiture calmement, nous laissant approcher de la Clinique. Ils se sont équipés tout aussi calmement. Ils se sont mis en ligne, ont visé et tiré alors que nous nous éloignions de la Clinique. Et ils ont continué à tirer pendant que nous appelions les pompiers.

Il ne s’agit aucunement d’une «bavure», ni d’une malheureuse négligence dans l’usage des flashball.

Ce soir-là, la police républicaine a ostensiblement cherché à blesser pour, après avoir vidé la Clinique, nous réduire au silence. Elle a joué la toute-puissance, la démesure, la démonstration de force.

Le flashball est une des armes de cette suraffirmation du pouvoir policier dans la gestion de la ville. C’est ce mode de gestion par la terreur, qu’au-delà des armes dites non létales, nous voulons voir disparaître.

CIP-IDF, 18 mars 2010.

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