Un droit à la même injustice et au même mensonge d'État ?

Publié le par la Rédaction


De l’extérieur, les revendications dans les quartiers populaires des collectifs constitués autour des morts qui ont pour source la violence policière, comme à Villers-le-Bel ou à Lille, paraissent invraisemblables : comment ceux qui sont touchés de plein fouet par l’action discriminatoire et violente de la police peuvent-ils se contenter de réclamer «justice et vérité» ? Comment peuvent-ils investir l’essentiel de leurs efforts dans une bataille judiciaire dont ils connaissent déjà la fin (l’impunité policière et de nouvelles violences policières à venir) pour la vivre quotidiennement, dans leur chair ?
Ils ne sont certainement pas naïfs, mais alors pourquoi luttent-ils, sans y croire, et souvent envers et contre tout (récupération des politiques, harcèlement des policiers, silence ou désinformation médiatique) ?

Alors tentons une autre interprétation : en inscrivant leur lutte dans le chemin balisé du judiciaire, ils veulent montrer aux yeux de tous que même lorsqu’ils portent plainte, rien du tout ne se passe pour eux : affaires enterrées, justice déjà illusoire mais au rabais et le désespoir dans lequel elle les plonge. En réclamant cette même (in)justice et ce même mensonge d’État que le reste des Français, ils veulent mettre à nu la place spécifique qui leur est réservée et cela dans un langage que le reste de la population veut bien encore entendre. Justice de troisième zone, ils sont les exclus de cette mascarade judiciaire que l’on nous sert encore, de même que les indigènes et autres colonisés l’étaient de la citoyenneté de l’État de droit colonial.

Ils disent à ceux qui n’habitent pas des quartiers populaires et sont blancs : Cessez de vous bercer d’illusions, mobilisez-vous avec nous (comme l’avaient fait pendant la guerre d’Algérie les «porteurs de valises») pour exiger que «justice» nous soit faite ou alors nous prendrons acte, encore une fois, du fait que nous devrons mener le combat seuls et à vos risques et périls. Alors à un moment où les mobilisations de ces collectifs sont vivaces, à nous de ne pas bouder leur bataille et de la considérer comme un carburant nécessaire de la lutte commune pour démasquer l’injustice de la justice et pour construire ensemble une communauté d’hommes d’un genre nouveau.

Résistons ensemble no 81, décembre 2009
Contre les violences policières et sécuritaires.

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