Troisième journée de combats autour du ministère de l'Intérieur à Tunis - 27 février

Publié le par la Rédaction

Nouvelles scènes de violences à Tunis

 

De nouvelles violences ont éclaté dimanche en début d'après-midi dans le centre de Tunis, où des jeunes se livraient à des saccages en règle au lendemain d'affrontements qui ont fait trois morts, ont constaté des journalistes de l'AFP.
La police a riposté en tirant en l'air et en lançant des grenades lacrymogènes.

 

 

Scandant des slogans hostiles au gouvernement de transition, les protestataires, rassemblés en petits groupes sur l'avenue Habib Bourguiba, épicentre des émeutes, tentaient d'avancer en direction du ministère de l'Intérieur et d'une rue adjacente où était positionné un blindé de la police.

 

Des jeunes lançaient des pierres sur des immeubles pour en briser les vitres et ont dressé des barricades pour freiner l'avancée des policiers. Les policiers tentaient en vain de les disperser à coups de gaz lacrymogènes.

 

La police a également effectué de nombreux tirs de sommation pour faire fuir des groupuscules qui revenaient à la charge en se livrant à un jeu du chat et de la souris avec les forces de l'ordre.

 

 

 

 

L'avenue centrale Habib Bourguiba avait été livrée samedi [26 février] à une véritable bataille rangée entre forces de l'ordre et manifestants que la police avait dispersés à plusieurs reprises en faisant usage de gaz lacrymogènes.

 

Le ministère tunisien de l'Intérieur a annoncé que trois personnes étaient mortes dans les affrontements de samedi et que plusieurs membres des forces de l'ordre avaient été blessés.

 

Le ministère avait également annoncé l'arrestation samedi de plus 100 personnes et de 88 autres auteurs d'actes de vandalisme arrêtés la veille, lors des affrontements de vendredi entre forces de l'ordre et manifestants survenus au cœur de Tunis.

 

Le ministère avait attribué ces actes «à un groupe d'agitateurs infiltrés dans les rangs de manifestants pacifistes et qui se sont servis de jeunes lycéens comme boucliers humains pour se livrer à des actes de violences, d'incendies visant à semer la terreur parmi les citoyens et visant les forces de sécurité intérieures».

 

Pour de nombreux Tunisiens, la police symbolise toujours la répression du régime du président Zine El Abidine Ben Ali, chassé du pouvoir le 14 janvier.

 

Leur presse (Agence Faut Payer), 27 février 2011.

 

 

Une nouvelle vague de violences et de doutes en Tunisie

 

Azyz s'est réfugié avec d'autres manifestants au 10e étage de l'hôtel Hana, sur l'avenue Bouguiba, à Tunis : «Des gens avec des battes viennent d'arriver, c'est le bordel ! On ne sait pas ce qui se passe.» 

 

Heurts sur l'avenue Bourguiba, à Tunis, samedi 

 

Il est autour de 18 heures ce samedi et la seconde manifestation massive contre le gouvernement prend la même tournure que la veille ; en fin d'après-midi, c'est l'explosion de violences au centre de la capitale. Face aux provocations de certains protestataires — jets de caillous notamment —, la police a répliqué très brutalement.

 

Trois morts et plusieurs blessés

 

Très impopulaire parce qu'associée au régime Ben Ali, la police est aujourd'hui soupçonnée d'exacerber les violences avec les manifestants. Azyz rapporte avoir assisté à une arrestation qu'il qualifie de «lynchage» :

«Il y avait trente policiers autour d'un type. Un seul ! Ils l'ont tabassé puis ils l'ont traîné jusqu'à leur voiture.»

 

Samedi, trois personnes sont mortes et des dizaines de manifestants ont été transportés à l'hôpital.

 

 

La défiance auquel est confronté le Premier ministre Ghannouchi et son équipe incite à penser qu'il ne tiendra plus longtemps, d'autant que le décalage est grand entre les revendications populaires et les annonces gouvernementales.

 

Un haut fonctionnaire tunisien :

«Le gouvernement est aujourd'hui plus que fragile. C'est difficile de prévoir s'il va se maintenir jusqu'aux prochaines élections, mais si le gouvernement démissionne, cela voudra dire qu'il cède face à la pression populaire. 
Si le prochain est perçu comme illégitime, devra-t-il aussi partir ? Dans ce cas, ce sera mission impossible de gouverner en Tunisie !»

 

Un complot contre le gouvernement ?

 

Reçue au palais présidentiel samedi après-midi pour une rencontre avec le Premier ministre, Lina Ben Mhenni, militante et blogueuse, en est ressortie dépitée. Dans un texte publié sur son blog :

«Au Premier ministre je dis (…) une grande partie du peuple demande une assemblée constituante et demande que vous quittiez le pouvoir. Pourquoi vous n'écoutez pas le peuple ? 
Monsieur, ce qu'on a vu ces deux derniers jours est inacceptable. Votre gouvernement n'a pas réussi à faire ses preuves. Le sang tunisien a coulé de nouveau. Le sang tunisien est cher, Monsieur. 
La Tunisie a vécu un massacre ces deux derniers jours. Des jeunes avides de liberté, de démocratie et de dignité sont morts sous les balles. Des balles réelles ont été tirées contre des Tunisiens. 
Monsieur, vous avez parlé d'un complot lors de notre rencontre à propos de la création d'une assemblée constituante. Mais un gouvernement qui ne réussit pas à démanteler les complots doit démissionner.»

 

Qui complote et qui est derrière ces violences ? Le mouvement Takriz — mot intraduisible en français — très actif pendant la révolution, et accusé d'inciter aux violences, a publié un communiqué ce dimanche niant la participation de ses militants aux «actes de hooliganisme».

 

«On voit (…) des supplétifs de la police, jeunes et en tennis, armés de longues lattes de bois, frapper méthodiquement et violemment les jeunes manifestants et les traquer dans les halls d'immeuble. Pour peu qu'un portable soit aperçu, et immédiatement les nervis le fracassent, de peur des photos», écrit Nicolas Beau, journaliste, sur son blog.

 

Depuis samedi soir, l'avenue Bourguiba est fermée aux piétons et aux véhicules.

 

Leur presse (Zineb Dryef, Rue89), 27 février.

 

 

Jours peu tranquilles à Tunis

 

Trois morts et douze blessés pour la seule journée d'hier [samedi 26 février], tel est le bilan du Ministère de l'Intérieur tunisien. Sans même parler de l'étrange suicide d'un officier, qui pourrait bien être un assassinat.

 

Ce matin dimanche, l'avenue Bourguiba, où des casseurs ont à nouveau sévi dans la nuit sans que la police n'intervienne vraiment, est fermée aux voitures, mais aussi aux passants. Le Premier ministre, Mohamed Ghannouchi, conspué par 100'000 manifestants vendredi, est muré dans son silence. Il semblerait qu'il ne réside même plus au Premier Ministère, mais au Palais de Carthage, sécurité oblige.

 

Pour avoir assisté aux heurts, dimanche après midi, je peux dire que notre regrettée ministre, MAM, qui avait proposé l'aide de la France en matière de maintien de l'ordre, aurait eu quelques difficultés à mettre cette proposition en pratique. On voit en effet des supplétifs de la police, jeunes et en tennis, armés de longues lattes de bois, frapper méthodiquement et violemment, les jeunes manifestants et les traquer dans les halls d'immeuble. Pour peu qu'un portable soit aperçu, et immédiatement les nervis le fracassent, de peur des photos. Saluons au passage le courage d'une équipe d'Envoyé Spécial qui a filmé les heurts sans ciller.

 

Il est difficile de cerner exactement le profil de cette force d'appoint mal définie, qui n'a rien à voir avec les RG en civil qui en France, coursent les casseurs après les manifestations. Là, ils coursent et frappent les manifestants, avant tout jet de pierres de ces derniers. C'est l'application du principe de précaution au Royaume de Ben Ali-Ubu.

 

Apparemment, Ben Ali le sécuritaire avait multiplié les statuts dans la police, créant des milices parallèles, qui ne dépendaient que du fameux général Seriati, qui a tenté de semer le trouble dans Tunis après le départ du Président déchu. Cela fait penser au célèbre Service d'Action Civique de Charles Pasqua, grand ami du régime : des nervis qui ont prospéré à l'ombre de l'État tunisien protecteur, ceux-là même.

 

Le week-end avait pourtant bien commencé, vendredi, par la visite guidée de bien belles ruines à Carthage : celles du Palais d'Imed Trabelsi, une espèce de bloc de béton illégalement construit sur cinq niveaux face aux superbes restes du site antique. «Vous la connaissez ma tante.» C'est ainsi qu'Imed, le neveu préféré de Leila Trabelsi, se présentait à ses interlocuteurs. C'est lui qui devait être mis en examen par un juge d'Ajaccio, le 29 mai 2009,  pour le vol du yacht d'un banquier français et grand ami de Chirac, Bruno Roger. Il ne sera jamais jugé grâce aux complicités françaises.

 

Par hasard, j'ai rencontré, la semaine dernière, un petit patron français que les Trabelsi avaient entièrement spolié avant de l'envoyer pour trois ans en prison sans jugement. Or ce dernier a partagé la même cellule que Naouffel, l'homme de mains d'Imed qui sera condamné à sa place dans l'affaire des yachts.

 

Et bien, parait-il, lorsque le juge d'instruction d'Ajaccio avait obtenu l'autorisation tout de même de venir interroger Imed à Tunis, c'est Naouffel et non Imed qu'il verra. On lui fera croire qu'il s'agissait du neveu de la Présidente. Pendant ce temps-là, Imed rachetait Bricorama dans des conditions totalement dérogatoires du droit commun et devenait le maire de La Goulette, charmante commune entre Carthage et Tunis où vécut une grande partie de la communauté juive tunisienne et qui ne méritait pas cela.

 

Un trou béant dans le grillage qui protège la propriété d'Imed m'a permis de pénétrer dans les lieux. Et dans d'immenses pièces magnifiques, donnant et sur la mer et sur les ruines, un spectacle de désolation : tout a été saccagé, le moindre morceau de marbre explosé. Ne restent au milieu des gravats que quelques notes d'hôtel du Lafayette à Paris, des magazines comme Jeune Afrique, journal bien en cour à l'époque qui vante désormais l'élan révolutionnaire tunisien dans des panneaux publicitaires au cœur de Tunis, et aussi Télé 7 jours, l'Équipe.

 

Le saccage a été fait très vite après le 14 janvier, méthodique, afin de ne laisser aucune trace. Les fameux miliciens du RCD de Ben Ali ont bien travaillé. Je vais récupérer tout de même quelques photos du neveu préféré et voleur de yacht, bien gominé, au milieu de créatures appétissantes  et bien en chair. Sur d'autres clichés, on le découvre aussi, radieux, en train de piloter le yacht du banquier français. C'est lui qui, la bouille rondouillarde et le verbe peu distingué, déclarait lorsqu'il se trouvait aux commandes de son superbe jouet : «J'ai eu des Ferrari, des limousines, mais même ma femme ne me fait pas bander comme ce bateau.» Élégant !!!

 

Imed Trabelsi, le matelot, symbolisait mieux que quiconque la République bannanière qu'était devenue ces dernières années la Tunisie.

 

Nicolas Beau, 27 février.

 

 

Tunisie : Scènes de guérilla urbaine dans la capitale

 

Tunis a connu, hier [samedi 26 février], une véritable bataille rangée entre forces de l'ordre et manifestants dans le centre de la capitale, théâtre de scènes de chaos.

 

 

Des dizaines de rafales d'armes automatiques, des tirs incessants de gaz lacrymogènes, des tirs de sommation, des sirènes de voiture de police et d'ambulances, des hurlements de policiers et de manifestants ont résonné, hier, dans le cœur de Tunis, où une multitude d'arrestations très musclées ont été opérées en fin d'après-midi. Des soldats ont également effectué des tirs nourris de sommation pour disperser des manifestants, qui se sont ensuite enfuis dans des rues latérales à proximité de l'avenue centrale Habib-Bourguiba. La circulation, même des piétons, a d'ailleurs été interdite, hier, jusqu'à ce soir minuit, sur l'avenue. Alors que des flammes s'échappaient d'un immeuble, deux blindés de l'armée ont remonté l'artère sous les invectives de policiers nerveux et fatigués.

 

 

Les forces de l'ordre harcelées

 

Des Tunisiens, pour la plupart âgés de moins de 20 ans, encagoulés ou portant des masques, ont harcelé et nargué les forces de l'ordre durant tout l'après-midi. Dispersés une première fois devant le ministère de l'Intérieur, les manifestants s'étaient regroupés dans l'avenue Habib-Bourguiba et les rues adjacentes pour attaquer de nouveau les policiers avec des pierres et des barres de fer. Aux cris de «Nous voulons faire tomber le régime», ces jeunes se présentent comme «les lionceaux de la révolution». Ils ont lancé au moins deux attaques contre la police, contraignant cette dernière à se replier vers le ministère de l'Intérieur.

 

Auparavant, des policiers des unités antiémeute et d'autres en civil, la plupart encagoulés, avaient tenté de faire barrage à des manifestants, qui continuaient de leur jeter des pierres à la hauteur de l'avenue de Paris, perpendiculaire à l'avenue centrale Habib Bourguiba et toute proche de l'ambassade de France, qui selon un responsable, «n'a enregistré aucun signe d'agressivité».

 

 

La police avait déjà procédé en début d'après-midi à de nombreuses arrestations musclées. Pour la plupart des Tunisiens, la police symbolise toujours la répression sous le régime de Zine El Abidine Ben Ali, chassé du pouvoir le 14 janvier.

 

La veille, policiers et manifestants s'étaient déjà affrontés autour du ministère de l'intérieur. Trois commissariats du centre-ville avaient été incendiés ou saccagés. Hier soir, le gouvernement de transition n'avait toujours pas réagi à ces violences.

 

Leur presse (Le Télégramme), 27 février.

 

 

Un neveu de Ben Ali réfugié en France porte plainte pour menaces de mort

 

Un neveu de l'ancien président tunisien Ben Ali, Mohamed Ben Moncef Trabelsi, a déposé plainte pour menaces de mort auprès du procureur de la République de Paris, a affirmé dimanche à l'AFP son avocat, qui demande une protection policière pour son client et son cabinet.

 

Me Axel Metzker a déposé cette plainte samedi après avoir reçu dans sa boîte aux lettres un courrier d'une page adressé à M. Trabelsi, écrit en lettres majuscules et au ton menaçant, signé «Le collectif pour une justice maghrébine».

 

Mohamed Ben Moncef Trabelsi est arrivé en France le 10 janvier avec sa femme et ses trois enfants, «pour des soins d'un leurs enfants, handicapé suivi à l'hôpital Necker» à Paris, selon son avocat.

 

«C'est une famille innocente qui n'a rien fait, victime de la vindicte d'une propagande», assure Me Metzker.

 

«Ils sont révoltés que du plus haut sommet de l'État on puisse oublier toute cette amitié et tout ce respect qui existait. Il n'est pas possible que cette famille soit synonyme de diable depuis le 14 janvier», date de la chute du président Ben Ali, réfugié depuis en Arabie Saoudite, s'indigne-t-il.

 

Mohamed Ben Moncef Trabelsi est le fils du frère aîné de Leïla Trabelsi, épouse honnie de l'ex-président tunisien Zine El Abidine Ben Ali et dont le clan familial est accusé de s'être accaparé une partie des richesses du pays.

 

Leur presse (Agence Faut Payer), 27 février.

 


Publié dans Internationalisme

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