Mens : Banderole et petits tracts en lien avec l'incendie de Vincennes

Publié le par la Rédaction


Samedi matin les visiteurs du marché de Mens (Trièves) ont pu voir une banderole en solidarité avec les inculpés de l’incendie du centre de rétention de Vincennes. La banderole attachée aux structures des Halles disait : «POUR UN MONDE SANS ÉTAT, SANS FRONTIÈRE, SANS NATION ET SANS PRISON ; POUR LA LIBERTÉ. SOLIDARITÉ AVEC LES INCULPÉS DE L’INCENDIE DU CENTRE DE RÉTENTION DE VINCENNES.»
Un tract avait aussi été distribué dans une centaine de boîtes aux lettres du village. Le texte est repris ci-dessous.

Histoire de résistance(s)

La Résistance peut être définie comme étant cette capacité à comprendre une situation qui nous fait violence et à se donner les moyens de s’y confronter. À travers l’Histoire elle a pu prendre des formes multiples, et en fonction du contexte social et politique qui l’entoure, mais aussi des intérêts qu’elle sert ou combat, la résistance a tantôt été encensée et montrée en exemple, tantôt passée sous silence, voire criminalisée. C’est comme ça que, dans notre région, la résistance des maquisards est montrée en exemple, mais pendant ce temps-là…

Le 22 juin 2008, suite à la mort de Salem Essoulé, une révolte éclate au centre de rétention de Vincennes en région parisienne, où sont enfermés des «sans-papiers» en attente d’une future expulsion. Un incendie se déclare, et le centre entier part en fumée, le rendant inefficace pour quelques mois. Les détenus sont alors transférés vers d’autres centres de rétention et bon nombre d’entre eux seront par la suite relâchés. Par contre, neuf sans-papiers seront accusés de l’incendie et directement amenés en prison. Après une longue détention préventive, ils passeront en procès du 25 au 27 janvier.

Cette révolte n’est pas isolée, mais se situe dans un ensemble d’actes de résistance contre les centres de rétention et le monde qui les a construits. Depuis plusieurs années, il n’est pas rare qu’à l’intérieur comme à l’extérieur des centres de rétention, la résistance s’organise de différentes manières : grèves de la faim, manifestation de soutien, refus de se faire compter, affichage pour relayer les révoltes dans la rue, évasion, accueil de sans-papiers, mutineries, sabotages… Un centre de rétention est une prison où l’on enferme des femmes et des hommes sous le prétexte qu’ils n’ont pas les autorisations administratives pour s’installer sur le territoire français. C’est la dernière étape avant le rapatriement forcé. Les personnes enfermées ont été raflées dans la rue par la police, dénoncées par leur entourage ou emmenées lorsqu’elles se présentent dans les administrations pour faire des démarches de régularisation. Au terme de la détention, elles seront soit relâchées, condamnées à vivre dans la clandestinité en espérant échapper à une prochaine arrestation ; soit expulsées. C’est un retour à la case départ dans un périple au-dessus duquel plane l’ombre de la mort. Mort lors de la tentative d’atteindre les terres européeenes en raison du peu de scrupules de certains passeurs pour engranger un peu d’argent, mais aussi des conditions de voyages rendues de plus en plus pénibles par les contrôles drastiques aux frontières. Mort trop fréquente dans les centres de rétention ou lors des expulsions. Mort encore, à l’arrivée, que ce soit par le retour dans un régime totalitaire ou simplement par le manque de perspective et de possibilité de «faire sa vie» là-bas.

Les centres de rétention fonctionnent parce qu’il y a des entreprises qui collaborent en les construisant, en y portant des repas, en y faisant de l’humanitaire. Comme les autres prisons, ce sont des business rentables. Autour de nous, il y a des centres de rétention à Lyon, Nîmes, Marseille… Il y a en tout 22 centres en France métropolitaine auxquels il faut ajouter les 3 centres basés en outre-mer. Les centres de rétention sont un des maillons nécessaires à un système qui fonctionne avec des frontières, des nations, des gouvernements, et qui considère les individus comme une force de travail potentielle à utiliser en fonction de ses besoins. Tous ces éléments sont imbriqués les uns dans les autres, et on ne peut supprimer l’un sans s’attaquer également aux autres. Par ailleurs, l’immigration est en grande partie créée par le pillage des richesses que les pays démocratiques ont exercé de manière décomplexée dans le passé aux dépends des pays dits en développement. Aujourd’hui encore, sous des couverts plus «acceptables», ce pillage reste de mise pour maintenir les privilèges des pays occidentaux. Les démocraties criminalisent alors celles et ceux qui cherchent des conditions de vie meilleures, les traquent, les mettent en prison, et les renvoient vers la mort. La résistance contre les camps de déportation et contre le fascisme lors de la seconde guerre mondiale est enseignée dans les manuels scolaires comme une valeur héroïque ; la résistance actuelle contre les centres de rétention et le système politique qui en a besoin, le soutien aux clandestins, peut amener en prison.

Qui fait les manuels scolaires ? Qui fait les lois ?

La justice est un outil aux mains des puissants pour perpétuer leur pouvoir, souvent moins clémente pour les petites gens qu’elle ne l’a été pour Papon. Aujourd’hui, face à l’État qui distribue des bons points aux uns et enferme les autres, la résistance est toujours nécessaire. De mille manières, individuelle et collective, une résistance qui peut aussi selon les circonstances se moquer de la notion de légalité cherchant à la contenir.

Dans le cadre de la semaine de solidarité avec les neuf inculpés de l’incendie du centre de Vincennes, nous avons tenu à dérouler une banderole sur le marché pour leur montrer notre soutien au moment où ils risquent plusieurs années d’enfermement.

POUR UN MONDE SANS ÉTAT, SANS FRONTIÈRE,
SANS NATION ET SANS PRISON.
POUR LA LIBERTÉ, REJOIGNONS LA RÉSISTANCE.

Indymedia Grenoble, 25 janvier 2010.

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