Tranchons !

Publié le par la Rédaction

Tract à propos du braquage de Tubize, distribué hier [vendredi 10 décembre] au marché des Abattoirs à Anderlecht.

 

Assez de demi-mots et de bavardages ! Assez de faux débats publics ! Assez des commentaires infâmes des journalistes et d’autres mercenaires de service ! Avant qu’ils absorbent de nouveau tout, avant qu’ils accomplissent leur travail de neutralisation : parlons clairement. Disons ce que nous pensons.

 

À Tubize, un homme est mort. Un jeune. Exécuté par un bijoutier alors que lui et son complice tentaient de s’emparer de quelques pierres précieuses dans la rue de Mons. Le nom de Tubize nous rappelle quelque chose. Pendant des années, cette commune-là a été empoisonnée par l’industrie sidérurgique des Forges de Clabecq. Cette usine qui a mangé la chair et le sang de tant d’ouvriers du coin, qui a épuisé et mutilé leurs corps, usine aujourd’hui fermée. À sa place, l’énorme prison d’Ittre a été construite. Certains ont peut-être choisi d’accepter de devenir des matons, de gagner leur pain sur l’enfermement, d’autres certainement pas. Le jour du braquage de la bijouterie, on a compris qu’il y avait là deux jeunes qui n’ont pas voulu d’uniforme, qui n’ont pas non plus voulu se résigner à une vie de merde et qui sont allés chercher chez un riche ce qui leur faisait défaut. Le bijoutier, lui, ne sait rien de ces histoires qui sont le tristre privilège d’une autre couche sociale que la sienne. À l’époque, il ne s’est certainement pas trouvé à côté des ouvriers en colère et aujourd’hui, il a confirmé de nouveau  l’idée qu’il se fait de la manière dont il faut traiter avec les pauvres : les abattre comme de la vermine.

 

Nous ne disons pas que ce bijoutier (le nommé Paul Olivet) est particulièrement cruel. Il fait simplement partie de toute cette couche sociale qui suce depuis toujours le sang de nos veines. C’est le copain du patron de l’usine, du banquier, du politicien, du juge. C’est celui qui incite la police à abattre les malfrats, à faire bien leur boulot de protecteurs des riches et des puissants. C’est celui qui a certainement applaudi à chaque fois que ces derniers temps, des braqueurs se sont faits descendre par les flics ou par des bijoutiers.

 

Comme vous l’avez déjà compris, l’histoire ne commence et ne se termine pas avec ce braquage. Ce n’est qu’un épisode dans la longue histoire de la guerre entre ceux qui se trouvent en haut et ceux qui se trouvent en bas. Et des morts, il y en a, chaque jour, et trop peu de fois du côté des puissants. Comme ces centaines de personnes qui dorment actuellement dans les rues et les gares de Bruxelles, qui se battent contre le froid tandis que d’autres ont des millions sur leurs comptes en banque. Comme chaque jour ces dizaines de gens qui ont des accidents sur les lieux de travail, gaspillant leur vie à obéir et à enrichir un patron en échange d’un salaire. Comme ces milliers des gens plongés dans la détresse et la dépression parce qu’ils ne savent plus payer le loyer, parce qu’ils n’en peuvent plus de vivre comme des rats dans les bas-fonds de la société.

 

Désespérés, vous dites ? Mais nos armes ne sont pas seulement chargées de critiques ; chacune de nos balles contient un désir, tous nos désirs. Ce n’est pas seulement le dégoût qui nous incite à livrer la guerre à cette société, à ses représentants, à ses banques et ses supermarchés, à ses usines et ses prisons ; c’est surtout le désir de vouloir vivre en hommes libres, sans dieu ni maître. Voilà ce qui fait palpiter nos cœurs, voilà ce qui transforme nos mains en poings, voilà ce qui nous pousse à se révolter, à briser la résignation !

 

Pas de dialogue, pas de paix, pas d’appels au calme — tranchons.

 

Quelques ennemis du travail  
Indymedia Bruxelles, 11 décembre 2010.

 


Commenter cet article