Testés en Irak, appliqués au G20 : les nouveaux canons anti-émeute

Publié le par la Rédaction


Pour disperser les manifestants en marge du sommet du G20 en Pennsylvanie, les canons à eau ont été remplacés par d’autres types d’armes «non létales» issues de recherches militaires. Par exemple, le LRAC — Long Range Acoustic Device —, qui a fait ses premières armes en Irak en 2006 comme lors du récent coup d’État militaire au Honduras, est présenté dans la littérature comme «un système d’hyperfréquence (qui) peut être dirigé sur un groupe d’individus, entraînant nausées, malaises intestinaux, troubles de la vision et de l’ouïe». Les images qui suivent, prises par des sources indépendantes et diffusées sur Indymedia, révèlent toute cette belle mécanique contre-insurrectionnelle.


Notez bien l’autre arme acoustique, plus conventionnelle : la voix synthétique de la police façon Robocop qui gueule : «Le chef de la police de Pittsburg a déclaré ce rassemblement illicite, donne l’ordre à toutes les personnes de se disperser immédiatement. Peu importe les raisons d’être ici, vous devez partir. Si vous ne vous dispersez pas, vous pourriez être arrêté et/ou sujet à d’autres actions policières.» (à partir de 2′45).

On aperçoit un peu mieux l’énorme parabole du LRAD en action sur un autre film pris de jour (images de propagande du fabricant ATC — ci-contre).


Pour y voir un brin plus clair, plongeons dans un papier paru à l’automne 2007 dans la revue Cultures & Conflits, qui fait le point sur ces nouvelles armes anti-émeute [Georges-Henri Bricet des Vallons, «L’arme non létale dans la stratégie militaire des États-Unis : imaginaire stratégique et genèse de l’armement», Cultures & Conflits, 67, automne 2007, mis en ligne le 21 février 2008]. Bien sûr, elles profitent, tout comme les drones de surveillance, d’une large inspiration militaire, testé comme il se doit dans les foyers de la résistance en Irak.

«La mise en service à titre d’expérimentation en 2006 en Irak, dans le cadre de la politique de contre-insurrection, d’armes comme le Long Range Acoustic Device (LRAD) et l’Active Denial System (ADS) a signé une étape primordiale dans le développement de systèmes antipersonnels de nouvelle génération. (…) Ces systèmes sont actuellement déployés en Irak et font l’objet d’expérimentations actives sur la population civile. Ils ont notamment été testés dans le centre de Bagdad, dans la région de Falloujah et à Camp Bucca.»

http://img377.imageshack.us/img377/2174/lrad4views.jpg
Le canon à ultrasons en action (photo de propagande)

Les armes acoustiques excitent les flics en tous genre depuis des générations, on s’en sert maintenant plus simplement pour virer les ados bruyants des cages d’escalier. Le LRAD, c’est la version hardcore.

«Le Long Range Acoustic Device est un système d’hyperfréquence fondé sur une technique de génération de sons développée par la firme American Technology Corporation qui consiste à produire deux ultrasons de fréquences légèrement différentes : le signal haute fréquence se dissipera rapidement dans l’atmosphère, tandis que le signal basse fréquence va persister et peut être dirigé sur un groupe d’individus, entraînant nausées, malaises intestinaux, troubles de la vision et de l’ouïe. Une variante portative est à l’étude, capable de tirer des «balles sonores» de forte intensité. Le LRAD a connu un premier emploi concluant en repoussant l’abordage du paquebot Seabourn Spirit par des pirates, au large des côtes somaliennes, en novembre 2005.»

À voir aussi : un clip-documentaire monté à partir d’images réelles capturées à Pittsburgh, qui montre un face à face hallucinant où les armes non létales de premier choix sont des camescopes et des appareils photo numériques :

Which side are you on?
(musique : Pete Seeger, célèbre chanson pro-ouvrière)

Arrêtons-nous à présent sur l’ADS, le canon micro-ondes, autre variante du flingue cérébral made in USA — conçu et vendu par Raytheon (lire ce document commercial de juin 2009), le marchand d’armes à qui l’on doit les fameux missiles Patriot, dont les taux d’efficacité avaient été entièrement bidonnés lors de la première Guerre du Golfe (1991). Photos à droite, la version militaire de l’ADS montée sur un hummer, et la version civile (le «Silent Guardian»). L’article de Culture & Conflits poursuit :

«L’ADS est un canon à ondes millimétriques pulsées de basse puissance et une technologie pleinement opérationnelle. Baptisé “projet Sheriff”, ce système tactique voué à l’engagement rapproché se compose d’un émetteur de moyenne portée incrusté dans une antenne orientable. Il peut être monté selon les besoins sur le toit d’un poste de garde comme arme à effet de zone ou sur des véhicules type Humvee, Stryker ou Light Armored, comme arme anti-émeute.
(…) Le rayon émet sur une fréquence de 95-100 GHz, insuffisante pour pénétrer le corps, mais assez forte pour réagir avec les terminaisons nerveuses du derme superficiel et chauffer les molécules d’eau des couches sous-cutanées, provoquant au bout de cinq secondes une sensation de brûlure si intense que le réflexe naturel de l’individu est de prendre immédiatement la fuite. Le rayon émis n’est pas ionisant — non radioactif — et par conséquent ne comporte pas de danger carcinogène. (…) le principal non-dit de ce système réside dans son potentiel létal. (…) il est techniquement tout à fait envisageable d’accroître la pulsation du rayon pour en faire une arme mortelle, “rhéostatique”.
Une autre incertitude concerne les conséquences pour le cerveau d’une exposition répétée au rayon. Bien que les chercheurs militaires démentent les risques de pathologies encéphaliques, le facteur de la durée d’exposition reste central.»

Et le dernier petit gadget, pour la fin. Le laser au deutérium fluoré ! «Paralysie temporaire…» ?

«On peut également mentionner, puisqu’il est en cours de finalisation industrielle, l’existence du Pulsed Energy Projectile (PEP), laser à deutérium fluoré développé par Mission Research Corp, dont les phases de test devraient débuter avant 2010. Ce développement augure la naissance d’une génération d’armes potentiellement révolutionnaires parce que susceptibles, comme l’ADS, d’investir la globalité du spectre opérationnel.»

Charmant, le laser PEP ! Voyez plutôt :

«Le PEP utiliserait un laser au fluorure de deutérium à impulsions conçu pour produire un plasma ionisé à la surface de la cible visée. Le plasma entraînerait à son tour une onde de pression ultrasonique qui passerait dans le corps et stimulerait les nerfs cutanés afin de provoquer une douleur et une paralysie temporaire ».

Épilogue : merci à notre ami lecteur qui souligne que les mêmes armes acoustiques ont été utilisées lors du récent putch militaire au Honduras… Par matériel interposé, les USA ont donc indirectement participé à ce coup d’État, qui flaire bon les vieux réflexes anti-communistes des années 70 et 80… Sur ces images amateurs, on remarque le bruit significatif du LRAD, ainsi que la voix mécanique du camion blindé, dont les propos n’ont même pas été traduis en langue locale.


Numéro lambda, 3 octobre 2009
Du sable dans l’engrenage.

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