Tentative d'intervention à la télé contre Loppsi 2 - 19 décembre

Publié le par la Rédaction

LOPPSI 2 : le vigile-tévé Nicolas Demorand caviarde un trop réel «fond d’écran»

Lettre ouverte à l’intention de Nicolas Demorand

 

Le dimanche 19 décembre, alors qu’une poignée de gens plutôt jeunes il est vrai, ont tenté de quitter leur rang de «fond d’écran» (selon l’expression de ton invitée) pour intervenir dans ton émission [«C politique», ndr] afin de parler de la loi LOPPSI 2, tu as réagi en bon professionnel des médias d’État et de la Finance (avec toi, les liens sont très clairs : aussi bien Europe 1 que France 5) c’est-à-dire tu n’as pas laissé la parole à ton «public», tu as censuré notre intervention, en lançant un sujet, invisibilisant ce qui s’est passé alors sur le plateau pour le spectateur (l’émission était en direct, bien sûr).

 

À ce moment là, je suis intervenu et tu m’as reconnu : eh oui, «on se connaît», on a travaillé ensemble comme pigistes pour l’émission «Staccato», d’Antoine Spire sur France Culture en 97-98 (il y a 12 ans, une éternité : tu dois plus trop le rappeler cela, que tu as bossé pour Spire, un ancien du parti communiste, militant, engagé jadis contre les violences d’État à la Ligue des Droits de l’homme, qui aurait, lui, très probablement fait une émission entière sur LOPPSI 2 s’il avait encore une émission).

 

Je t’ai demandé de nous laisser prendre la parole, que c’était important de dénoncer cette loi liberticide qui permettra l’expulsion de camps de roms, de cabanes et de squats sans passer par la case justice en donnant tous les pouvoirs aux préfets, de jeter en prison les vendeurs à la sauvette (criminaliser les biffins ou les vendeurs du métro, ah c’est beau), de museler internet sans décision judiciaire (avec le super prétexte de la pédophilie que l’on nous ressert à chaque fois qu’il faut faire passer une mesure horrible), etc.

 

Bref, on avait des choses à dire, on souhaitait interpeller les gens qui regardent une émission intitulée «C Politique» (alors que ce n’est qu’une tribune pour les politiques d’État : hier Roselyne Bachelot, la semaine prochaine Christine Boutin ; cela s’appelle servir la soupe, non ?).

 

Mais tu t’es fâché, tout rouge sous ton maquillage : «ça ne se fait pas» (et que si, et on va pas se gêner), «il fallait m’appeler» (bah oui, allo bonjour, est-ce que tu crois qu’on peut venir dénoncer à l’antenne l’horreur de LOPPSI 2 pendant que tu caresses la «numéro 4 du gouvernement» s’il te plaît ? : tu nous prends pour des cons ou quoi ?).

 

Non, finalement, un gars (de la régie ? un vigile ?) super pro en arts martiaux s’est jeté sur moi par derrière, m’a fait une clef de bras, m’a plaqué au sol, sous tes yeux, sans que tu ne dises mot («on se connait» mais on n’est pas potes apparemment) et il m’a expulsé du studio violemment.

 

Ton nez dans ta merde : je ne sais pas ce que tu as pensé sur le moment ou après coup mais cette scène a permis de matérialiser très clairement de quel coté du manche tu te trouves : du côté de ceux qui veulent faire passer la loi LOPPSI 2, c’est-à-dire ceux qui ont besoin de vigiles, de taser, de flashball, de caméra de surveillance, de fichiers encore plus totalisants, ceux qui ont besoin d’être protégés dans leur domination et leur prévarication. Après, tous les copains et copines ont été aussi manu militari viré-e-s du plateau, et tu as pu continuer ton émission de propagande :

«Alors, Nathalie Kosciusko-Morizet, qu’est-ce vous pensez de la neige qui bloque les aéroports ?»

 

Avec mon profond dégoût,

 

Benoît A.

 

 

Le texte qui devait être lu :

 

Nous intervenons ici pour évoquer la Loi d’Orientation et de Programmation pour la Performance de la Sécurité Intérieure, LOPPSI 2, une loi dangereuse, une loi liberticide de plus qui contribue à transformer la France en un gigantesque commissariat. 
Elle crée plus d’insécurité en faisant de nous des coupables potentiels permanents. Cette loi est dangereuse parce qu’au delà du fait de nous surveiller toujours plus sous prétexte de nous protéger, il existera plus de moyens pour nous traquer. 
• On expulsera plus facilement toutes sortes de logement ;
• Les sans papiers seront toujours plus pistés, leurs amis criminalisés ;
• Le fichage, le mouchardage sera étendu ;
• La vidéo-surveillance décuplera ;
• Les policiers municipaux et les agents de sécurité obtiendront toujours plus de pouvoirs ;
• Les vendeurs à la sauvette pourront être jetés en prison ;
• Un couvre feu pourra être instauré pour les jeunes de moins de treize ans ;
• Les dernières barrières contre l’arbitraire, même si elles peuvent paraître parfois dérisoires, s’affaiblissent.
 
Pourrions-nous mettre en question les surveillances et les enfermements qui ne cessent d’augmenter à mesure que croît notre précarité ? 
Le vivre ensemble ne s’incarne pas pour nous dans la méfiance des uns contre les autres, dans la performance du travail qui n’a pas de sens. La liberté prend sens dans l’hospitalité, dans les luttes joyeuses et collectives, dans la capacité, chacun et ensemble, de redéfinir ce que nous voulons pour nous-mêmes.
Nous appelons chacun, chacune à refuser l’ensemble de la loi LOPPSI 2, à prendre à son compte les différentes actions qui se mettent en place pour s’opposer au vote de cette loi, à participer à toutes les manifestations et notamment à un rassemblement devant l’Assemblée nationale le mardi 21 décembre à 17h.
À bas Loppsi et que vivent les luttes.

 

Ndr : Depuis la loi sur la sécurité intérieure (LSQ) socialiste CAC 40 de 2001, qui instaurait entre autres joyeusetés des peines d’emprisonnement pour les «fraudeurs d’habitude» dans les transports, divers textes gouvernementaux sécuritaires fourre-tout sont régulièrement adoptés à l’Assemblée Nationale. La chasse aux pauvres est l’un des axes majeurs de toutes ces lois. On nous fait pauvres. Et on nous surveille et punit pour cela. Ainsi la LOPPSI 2 contient-elle une disposition méconnue qui, dans le prolongement de l’installation des «lampes bleues» prévoit l’assermentation d’agents de Pôle emploi chargés de traquer la «fraude aux prestations sociales» et le «travail dissimulé».

 

On invisibilise les litiges suscités par le gouvernement des individus, tout comme on leur refuse toute signification. Pendant que les institutions sociales cultivent leur opacité défensive face à des demandeurs de revenu qui doivent en savoir le moins possible pour pouvoir être «traités» arbitrairement, tout conspire à notre transparence (interconnexions de fichiers, questionnaires intrusifs, suivi inquisitoire).

 

Salaud d’argent.

 

(…)

 

Appel à tous ceux qui se sentent concernés par ces lois, à ceux touchés directement et qui voudraient raconter comment cela change leur vie, leur travail, leur façon se loger… Appel à tous pour se demander comment réagir face à ces lois, comment les contourner ou se défendre face à celles-ci.

Assemblée publique samedi 8 janvier 2011 à 17h au «Bourdon», 7 bd Bourdon, métro Bastille.

 

CIP-IDF, 22 décembre 2010.

 

 

 

 

France 5 : Le plateau de «C Politique» perturbé

 

Un groupe de personnes s'est introduit dimanche sur le plateau de l'émission «C Politique», sur France 5, interrompant l'entretien avec Nathalie Kosciusko-Morizet. Après la diffusion de plusieurs reportages enregistrés, Nicolas Demorand a évoqué une «interruption liée à un certain nombre de personnes qui souhaitaient prendre la parole sans y avoir été autorisées». «Ces gens souhaitaient parler de la loi Loppsi, je crois», a-t-il déclaré.

 

Leur presse (JDD), 19 décembre 2010.

 

 

 «C politique» : incident en direct sur France 5

 

Un groupe activiste souhaitant manifester contre le projet de loi Loppsi 2 a perturbé l'émission «C politique» de Nicolas Demorand en direct ce dimanche sur France 5. Regardez comme le journaliste a su gérer cet aléa face à son invitée, Nathalie Kosciusko Morizet.

 

 

Dimanche 19 décembre 2010 vers 18h, Nicolas Demorand a été interrompu en direct sur France 5 par de jeunes activistes militant pour le retrait du projet de loi Loppsi 2 sur la performance de la sécurité intérieure, et qui doit être votée mardi 21 décembre à l’Assemblée Nationale.

 

Alors qu'il recevait la ministre de l'Écologie, du Développement durable, des Transports et du Logement, Nathalie Kosciusko Morizet, le présentateur de «C politique» a alors improvisé en lançant un sujet magnéto sur l'Assemblée Nationale justement.

 

Contre-attaque réussie pour le journaliste politique qui au lieu de leur laisser la parole, est parvenu à éviter le gros dérapage : «On va se calmer», «ça ne se fait pas»…

 

Après la diffusion du reportage, le plateau est redevenu calme. Nicolas Demorand a précisé à ses téléspectateurs : «Il va sans doute falloir que nous revoyons notre façon de procéder afin que cela ne se produise plus. C'est dommage pour ceux qui viennent régulièrement sur ce plateau, mais nous allons revoir le fonctionnement.»

 

Leur presse (tele.premiere.fr), 20 décembre.

 


Incident ce soir sur le plateau de «C Politique» sur France 5

 

Selon nos constatations, ce soir, peu avant 18h des jeunes sont intervenus sur France 5, sur le plateau de l'émission politique de Nicolas Demorand, alors qu'il était en train d'interroger Nathalie Kosciusko Morizet.

 

Devant cette intervention, le présentateur a lancé un reportage sur les Verts.

 

En retour plateau, le calme était revenu, mais Nicolas Demorand a expliqué «qu'il regrettait cette intervention et le fait que des individus profitent d'émissions en direct pour vouloir prendre la parole de cette façon».

 

Et d'ajouter : «Il y a d'autres façon de s'exprimer et de demander la parole et certainement pas comme ça ! Il va sans doute falloir que nous revoyons notre façon de procéder afin que cela ne se produise plus. C'est dommage pour ceux qui viennent régulièrement sur ce plateau, mais nous allons revoir le fonctionnement.»

 

Les jeunes qui ont voulu intervenir avaient la volonté de parler de la loi Loppsie qui gère entre autre la sécurité, la video-surveillance ou encore les pouvoirs de la police.

 

Leur presse (jeanmarcmorandini.com), 19 décembre.

 

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