Syrie : Révolte à Deraa - 18, 19, 20 mars

Publié le par la Rédaction

Syrie : sanglantes manifestations à Deraa, bâtiments et voitures en feu

 

Des centaines de manifestants ont mis le feu dimanche au Palais de justice et à d'autres bâtiments et voitures à Deraa au sud de Damas, après des heurts avec les forces de l'ordre qui ont fait un mort et 100 blessés, selon des témoins.

 

Dar3aa, le 18 mars 2011

 

Alors que les protestations contre le pouvoir avaient lieu pour le 3e jour consécutif à Deraa, les autorités ont démenti la mort d'un manifestant et des tirs de la police, accusant des «malfaiteurs» d'être responsables des troubles.

 

Cette contestation a été lancée le 15 mars à Damas après un appel d'une page Facebook, intitulée «la révolution syrienne contre Bachar al-Assad 2011», à des manifestations pour «une Syrie sans tyrannie, sans loi d'urgence (depuis 1963) ni tribunaux d'exception, sans corruption ni vols ni monopole des richesses».

 

Les habitants, réclamant libertés et réformes, sont ainsi de nouveau descendus dans la rue à Deraa, en proie à des manifestations depuis vendredi durant lesquelles cinq manifestants ont été tués, plus de 100 blessés et des dizaines arrêtés selon des groupes de défense des droits de l'Homme.

 

Selon un militant des droits de l'Homme, présent à Deraa, un manifestant a été tué et plus de 100 blessés lorsque les forces de sécurité ont dispersé dans la journée à coups de gaz lacrymogènes et de balles réelles les manifestants dans la vieille ville.

 

Le manifestant, Raëd Akrad, a «été tué par une balle réelle», et deux blessés atteints à la tête sont «dans un état très grave», a-t-il affirmé.

 

19 mars

 

18 mars

 

Deraa, située à 120 km de Damas, «est devenue un volcan de feu», criait-il au milieu de la manifestation qui se déroulait dans la vieille ville avant de s'étendre à d'autres endroits.

 

Selon une correspondante de l'AFP sur place, les manifestants, protestant contre la dispersion violente des protestations, ont marché vers la maison du gouverneur, devant laquelle ils ont incendié des arbres.

 

Les forces de sécurité, déployées en force, ont tenté de disperser les manifestants en tirant en l'air et lançant des gaz lacrymogènes mais ces derniers ont poursuivi leur chemin, et arrivés devant le palais de la justice, y ont mis le feu ainsi qu'à de nombreuses voitures garées devant le bâtiment.

 

Les protestataires ont également incendié des locaux des sociétés de téléphonie mobile MTN et Syriatel.

 

Des coups de feu ont été entendus dans différents endroits de la ville.

 

La Mosquée al-Omari, transformée en «hôpital de campagne», accueillait les blessés, a poursuivi le militant des droits de l'Homme. Les affrontements ont duré jusqu'en fin d'après-midi.

 

«Il n'y a pas eu de mort aujourd'hui (dimanche)», a néanmoins affirmé un responsable non identifié cité par l'agence officielle SANA.

 

«Des bandes de malfaiteurs ont attaqué des hôpitaux à Deraa et mis le feu à des biens publics et privés, semant la terreur parmi les habitants. Elles ont tiré sur la police qui n'a pas riposté», a-t-il ajouté. «Toutes les mesures seront prises pour protéger le citoyen et les biens publics et privés.»

 

Le gouvernement avait tenté de faire baisser la tension en annonçant la libération de plusieurs des manifestants, dont une quinzaine de jeunes, arrêtés la veille pour avoir notamment écrit des slogans anti-régime sur les murs.

 

Plusieurs personnes avaient été également blessés samedi à Deraa, au lendemain d'une manifestation ayant fait quatre morts, selon des groupes de droits de l'Homme.

 

 

 

Une délégation gouvernementale s'est rendue à Deraa pour présenter ses condoléances aux familles alors que Damas a confirmé la mort de seulement deux «martyrs» vendredi. Une enquête a été ordonnée par le président Bachar al-Assad en vue de sanctionner les responsables de ces décès.

 

Cette délégation a été mal accueillie par les manifestants, selon le militant des droits de l'Homme.

 

Un autre défenseur des droits de l'Homme a déclaré que des notables avaient présenté des demandes à la délégation, dont la levée de la loi d'urgence, la libération des détenus politiques, le limogeage du gouverneur de Deraa Fayçal Kalthoum et de responsables de la sécurité..

 

Leur presse (Agence Faut Payer), 20 mars.

 

 

La foule incendie le siège du Parti Baas à Deraa en Syrie

 

Une foule de manifestants a mis le feu dimanche au siège du Parti Baas à Deraa dans le sud de la Syrie, ainsi qu'aux tribunaux de la ville, ont rapporté des habitants.

 

Au troisième jour de la contestation dans cette ville proche de la frontière jordanienne, les manifestants ont également incendié les filiales locales de deux entreprises de téléphonie, dont l'une, Syriatel, appartient à Rami Makhlouf, un cousin du président Bachar el Assad.

 

Deraa, qui compte dans les 75.000 habitants, est située à une centaine de kilomètres au sud de la capitale Damas.

 

«Ils ont incendié les symboles de l'oppression et de la corruption», a expliqué un militant. «Les banques, aux alentours, n'ont pas été touchées», a-t-il ajouté.

 

Makhlouf, qui dirige plusieurs grandes entreprises, est sous le coup de sanctions américaines en raison de ce que Washington considère comme des actes de corruption et les manifestants, dimanche, l'ont traité de «bandit».

 

À la tombée de la nuit, les manifestants contrôlaient les vieux quartiers de Deraa, et dans le reste de la ville, on signalait une importante présence policière.

 

Le président Assad, qui est confronté à la première grande vague de contestation depuis son arrivée au pouvoir, a dépêché des représentants du gouvernement à Deraa pour apaiser la situation, mais des milliers de personnes sont descendues de nouveau dans les rues, dimanche, pour réclamer la levée de l'état d'urgence, qui est en vigueur depuis 1963 dans le pays.

 

Selon des habitants, un manifestant a été tué dimanche à Deraa par les forces de sécurité. Vendredi, on avait déjà déploré quatre tués et des dizaines de blessés parmi les protestataires.

 

«Non ! Non à l'état d'urgence ! Nous sommes un peuple épris de liberté», ont repris les manifestants.

 

Les forces de sécurité ont tiré dimanche des grenades lacrymogènes et une quarantaine de personnes, intoxiquées, ont dû recevoir des soins à la grande mosquée d'Omari, dans la vieille ville, ont rapporté des habitants.

 

«La mosquée est désormais transformée en hôpital de campagne. Les forces de sécurité savent qu'elles ne peuvent pas pénétrer dans la vieille ville sans que le sang coule à nouveau», a expliqué un habitant.

 

La Syrie vit à l'heure de l'état d'urgence depuis que le parti Baas, aujourd'hui dirigé par le président Assad, a pris le pouvoir à la faveur d'un putsch en 1963 et interdit toute forme d'opposition.

 

Damas, le 15 mars

 

LISTE DE REVENDICATIONS

 

Vendredi, les forces de sécurité ont ouvert le feu sur des civils dénonçant la corruption et réclamant des réformes démocratiques.

 

Depuis lors, le pouvoir s'est employé à apaiser les tensions à Deraa en promettant de remettre en liberté 15 élèves dont les arrestations, pour avoir inscrit des graffiti en signe de protestation, ont contribué à grossir les rangs des manifestants.

 

La déclaration des autorités annonçant dimanche que ces élèves allaient recouvrer sous peu la liberté représente l'une des rares concessions faites par Damas aux manifestants.

 

Des dizaines de personnes arrêtées vendredi ont été relâchées, mais des dizaines d'autres sont encore derrière les barreaux, selon des militants.

 

Samedi, des milliers de personnes venues pleurer les victimes de la veille avaient appelé à une «révolution». Des représentants du pouvoir ont rencontré par la suite des notables de Deraa, qui leur ont remis une liste de doléances, parmi lesquelles la libération des prisonniers politiques.

 

La liste comprend également le démantèlement du siège de la police secrète à Deraa, le renvoi du gouverneur, un procès public pour les responsables de la tuerie de vendredi et l'abrogation de règles stipulant qu'il faut demander une autorisation à la police secrète pour vendre et acheter des propriétés.

 

La région tribale de Deraa abrite des milliers de déplacés chassés de l'Est de la Syrie, victime de graves pénuries d'eau.

 

Des manifestations pacifiques ont eu lieu depuis le début du mois en d'autres points de Syrie, à l'instar de ce qui s'est produit en Tunisie, en Egypte et dans d'autres pays arabes.

Des petites manifestations ont été signalées ces jours-ci à Homs, dans le centre du pays, ainsi que dans la ville côtière de Banias, où se trouvent deux raffineries de pétrole.

 

Homs, à la sortie de la mosquée, le 18 mars

 

Banias, près de Tartous, le 18 mars
Parmi les revendications, celle du droit de manifester librement

 

Une marche silencieuse réunissant 150 personnes a eu lieu cette semaine à Damas pour réclamer la libération de milliers de prisonniers politiques. Une militante de Deraa, Diana al Djaouabra, a pris part à cette marche et a été arrêtée pour atteinte au moral de la nation, de même que 32 autres protestataires, a déclaré un avocat.

 

Djaouabra, qui est issue d'une grande famille syrienne, plaidait pour la remise en liberté des 15 élèves arrêtés à Deraa. Une autre habitante de Deraa, Aïcha Aba Zeïd, a été elle aussi arrêtée voici trois semaines pour avoir exprimé des opinions politiques sur internet.

 

Leur presse (Reuters), 20 mars.

 


Publié dans Internationalisme

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