Synthèse et éléments de perspectives au 29 octobre

Publié le par la Rédaction

Mobilisation contre la casse des retraites

Synthèse et éléments de perspectives au 29 octobre

 

La lutte n’est pas finie. De façon générale, ce n’est pas la mobilisation des manifestations qui s’essouffle en tant que telle, mais les grèves engagées depuis plusieurs semaine. Cette semaine, les grèves reconductibles (Chimie, transport, communaux…) ont cessé pour la plupart. Les grèves qui favorisaient le blocage de l’économie prennent fin. Quelques secteurs, en particulier chez les communaux, restent en grève. 
Maintenant que la loi est votée, nous sommes entré-e-s dans une nouvelle phase de contestation, qui remet pour partie en cause la légitimité de la «démocratie représentative», comme cela c’est vu durant le CPE. De fait les structures syndicales réformistes aussi bien que les partis politiques engagés dans le jeu institutionnel ne souhaite pas porter la contestation aussi loin. C’est ainsi que la rengaine du «Vous n’avez qu’a bien voter en 2012» refait surface. Ce n’est évidemment qu’un leurre visant à éviter une contestation sociale et politique d’ampleur d’un gouvernement dont l’illégitimité n’a jamais été aussi forte. Surtout, c’est signer la fin de la mobilisation et accepter une défaite avant que le combat ne soit fini. 
Sommes-nous sur une phase de décélération ou sur un phase transitoire, marquée par les vacances scolaires qui touchent de fait la mobilisation (faiblesse de la présence lycéenne, étudiante et des personnels de l’enseignement dans les manifestations du 28/10) ? Sous quelles forment le mouvement peut-il continuer pour gagner et non seulement pour faire œuvre de témoignage ? 
C’est l’objet de cette synthèse que d’essayer d’y voir plus clair et de pointer quelques enjeux des jours à venir.

 

Manifestations du 28 octobre : 2'000'000 de manifestant-e-s pour la CGT, 550'000 manifestant-e-s pour le ministère de l’Intérieur.

 

Quelques élément à noter :

— «Le piège du 28/10» : de toutes les manières la journée d’hier allait être perçue comme moindre que celle du 19/10 (3,5 millions annoncés) dont le nombre semblait peu probable à reproduire durant les vacances. 
— Même si le nombre de manifestant-e-s est en baisse, la journée d’hier permet de voir que nous sommes toujours nombreuses et nombreux à être mobilisé-e-s dans la rue. 
— Cette mobilisation n’est pas «molle». Il suffisait de voir la radicalité des manifestations, la détermination existante dans les cortèges.

 

Grèves : Comment comprendre la fin des grèves engagées depuis plusieurs semaines ? Outre l’usure et les problèmes financiers liés à de tels mouvement, quatre éléments peuvent directement l’expliquer :

— Le faible ou non soutien à ces grèves de la part des syndicats réformistes (opposés à la stratégie de la grève générale et misant sur des «journées de mobilisations» pour faire reculer le gouvernement). En cela la décision de la date du 28/10 décidée par l’intersyndicale nationale du 21/10 (signataires : CFDT, CFE/CGC, CFTC, CGT, FSU, UNSA ), soit 9 jours après la dernière journée de grève nationale, portait un coup dur à la mobilisation et surtout aux grèves engagées, dans un moment crucial de la mobilisation. 
— Le fait qu’aucun secteur significatif ne soit parti en grève pour faciliter l’amplification des grèves engagées depuis début octobre, qui aurait amplifié la grève et apporté un nouveau souffle.
— La faiblesse du syndicalisme de lutte qui, le mouvement le montre, n’a actuellement pas un poids suffisant (en nombre et en secteurs professionnels) pour mettre en œuvre sur sa seule initiative ou son seul soutien une stratégie de grève reconductible, encore moins de grève générale.
— Les difficultés réelles pour une partie du salariat à pouvoir faire grève : difficultés financières, pas de présence syndicale, petites et moyennes entreprises, peur du risque (parfois bien réel) de perte d’emploi par représailles…

 

Des mouvements de grèves continuent localement. Il est à ce jour peu probable qu’un mouvement de grève fort commence chez les salarié-e-s de l’éducation à la rentrée. Mais la reprise d’une mobilisation lycéenne peut changer la perception «déclinante» du mouvement véhiculée par une majorité des médias. En attendant un éventuel rebond, nous assistons actuellement au développement de grèves larvées (par exemple arrêts quotidiens de 59 mn à la SNCF).

Actions :

 

Malgré la fin des grèves, de nombreuses actions continuent de s’organiser de façon syndicale, intersyndicale voir par des AG interprofessionnelles. Pour autant, il est difficile d’avoir une vue précise sur la semaine prochaine. En effet la grève n’a pas qu’un effet de blocage direct de l’économie et de hausse du rapport de force, elle permet également de dégager du temps pour populariser et développer la mobilisation, préparer des actions.

 

Le risque dans les jours qui viennent est de voir des actions ultras-minoritaires et «substitutives» se développer, c’est à dire que l’on cherche à compenser le défaut de grève par des actions de blocages, y compris parfois sans lien avec les salarié-e-s pouvant être directement concernés par tel ou tel blocage.

 

Mobilisation de la jeunesse :

 

— La mobilisation lycéen-ne est suspendue pour cause de vacances scolaires. Quelques « noyaux durs » continuent de participer à la mobilisations (manifestations, actions) et prépare activement la reprise de la mobilisation à la rentrée (jeudi prochain, le 4 novembre). Difficile aujourd’hui de savoir si cela va fonctionner.

 

— Au niveau de la mobilisation étudiant-e, de nombreuses universités sont touchées à des degrés divers : AG de mobilisations, grèves et blocages les jours de mobilisation nationale, blocage sur plusieurs jours de suites. Certaines présidences administratives d’universités ont préféré les fermer, ce qui casse la possibilité d’amplifier la mobilisation. Pour un détail des universités mobilisées, voir le bulletin «fac en grève» de SUD-Étudiant.

 

«Opinions» et solidarité

 

Le mouvement reste populaire. Pas besoin de sondage pour s’en rendre compte : il suffit de voir les gestes de soutien lors des manifestations locales, des actions…

 

De même les caisses de grèves semblent bien fonctionner et montre un certain niveau de solidarité chez des personnes ne participant pas forcément directement à la mobilisation sociale, mais bien conscientes de la différence entre une victoire et une défaite à l’arrivée. Les initiatives qui permettent de renforcer cette solidarité sont importantes à prendre.

 

Dans les jours qui viennent un certain nombre de mobilisations de soutien auront lieu pour faire pression concernant le paiement d’une partie des jours de grèves et l’étalement des retenues sur salaire.

 

Par ailleurs, ce mouvement révèle une solidarité forte au sein du prolétariat, dans la grève comme dans la lutte. C’est un élément important à noter à une époque où on s’interroge sur l’importance de la conscience de classe chez les exploité-e-s, où l’individualisme/individualisation fait son chemin, année après année, contre-réforme après contre-réforme.

 

Position du gouvernement et du patronat :

 

— Toujours «droit dans ses bottes», l’État joue la carte d’un discours sur la fin de la mobilisation. Pour autant il sait que «le retour à la normale» (sic !) peut prendre plus que quelques jours. Il le sait d’autant plus que la mobilisation contre la casse des retraites n’est pas fini…

 

— Au niveau patronat, nous avons vu cette semaine une Laurence Parisot défendre bec et ongles une réforme dont le MEDEF est à l’initiative.

 

Positions et stratégies des organisations syndicales :

 

L’émission «Mot croisés» sur France 2 (25/10) a montré un François Chérèque prêt à signer n’importe quoi «si au moins le gouvernement voulait bien négocier», et un Bernard Thibault n’affichant aucun soutien ni avec les actions de blocages (auxquelles participent largement des équipes et militant-e-s CGT) ni avec les salariés réquisitionnés (pour une partie CGT). Ce moment a révélé un peu plus encore l’axe central CFDT-CGT qui se construit sur une base de réformisme mou, et pour ce qui nous en intéresse actuellement, contre la mobilisation en cours.

 

Seule l’Union Solidaires et la CNT appelaient à un mouvement de grève générale pour faire reculer le gouvernement. Si cette stratégie semble la seule pouvant faire gagner le mouvement social, les forces ne sont pas suffisantes pour la porter. Cela pose à la fois la question du renforcement du syndicalisme de lutte quel que soit le syndicat, et des capacités d’action de ce syndicalisme.

 

À côté, en se recentrant sur «les journées d’actions» et en proposant un calendrier «de ralentissement» de la mobilisation, les confédérations ont pris la responsabilité de chercher à casser le mouvement de grève et de blocage.

 

La stratégie réformiste est aujourd’hui un total échec : pas de négociation même ridicule à se mettre sous la dent, des journées de mobilisation et de grève qui explosent des records sans faire reculer d’un iota le pouvoir politique et économique.

 

On a vu ces derniers jours, en particulier à la CGT, le fossé se creuser entre une base combative, parfois poussée à se lancer dans la reconductible (par exemple à la CGT Cheminots) et une direction confédérale embarrassée par un mouvement d’ampleur de grèves reconductibles. Pour autant, Thibault tient toujours bien l’appareil et, même en se compromettant avec la CFDT, apparaît pour une partie de la CGT comme ayant donné des gages de combativité.

 

Auto-organisation du mouvement :

 

Dans plusieurs villes (Le Havre, Toulouse, Tours, Saint-Denis, Montpellier…) des assemblées générales interprofessionnelles se sont développées ces dernières semaines. Il s’agit de lieux de discussion et d’élaboration de la mobilisation, à l’échelle locale, visant à regrouper les salarié-e-s en grève, les chômeuses et chômeurs, les étudiant-e-s et lycéen-ne-s pour élaborer une stratégie d’action et des revendications communes, et dépasser les clivages sectoriels. Pour que la légitimité de telles AG fonctionne, il importe que les structures syndicales engagées dans la lutte y participe, comme c’est le cas par exemple au Havre.

 

Ces derniers jours plusieurs appels ont émergés de tels «AG interpro». Ils sont reproduits en fin de synthèse. Il s’agit de propositions de coordinations (St-Denis, Tours) et de proposition d’interpellation et de participation à la prochaine intersyndicale nationale du 4 novembre prochain (Le Havre).

 

Il convient de bien réfléchir à la situation. En tant que communiste libertaire, Alternative libertaire porte dans les luttes les pratiques d’auto-organisation des mouvement de lutte. Dans ce sens ces démarches sont positives. Pour autant, il faut faire attention à l’écueil de la coordination d’AG qui ne représenterait plus grand chose avec la fin de la majorité des grèves. La légitimité des interpro dépend de la participation et représentativité de secteurs engagés dans la lutte. L’oublier c’est prendre le risque, en voulant bien faire, de s’isoler et de s’enfermer «entre militant-e-s convaincu-e-s».

 

Enfin, il apparaît que le travail interprofessionnel ne s’improvise pas. Il a été particulièrement efficace là où un travail de longue haleine a été engagé, là où un travail intersyndical unitaire existe. Ce n’est pas dans l’urgence que s’improvisent des pratiques de luttes et d’unité, mais bien dans la durée.

 

Appel de l’AG Interprofessionnelle de Saint-Denis à la coordination entre les AGs Interprofessionnelles (Saint-Denis, le 25 octobre 2010 ) : «La lutte contre la réforme des retraites arrive à un moment décisif. D’une part le gouvernement Sarkozy a tout fait pour que le vote au Sénat se fasse le plus rapidement possible, entendant ainsi démobiliser les travailleurs et les jeunes. D’autre part il s’attaque avec une énorme brutalité aux raffineurs par le biais des réquisitions, qui sont un clair déni du droit de grève. La prochaine journée de mobilisation n’étant que jeudi, certains secteurs en grève depuis plusieurs jours, ont repris temporairement le travail. En même temps la mobilisation se poursuit, avec des dizaines d’actions tous les jours. L’isolement corporatiste des différents secteurs de travailleurs n’est plus à l’ordre du jour. Partout dans le pays les actions de blocage et de solidarité se font dans un cadre interprofessionnel, souvent organisé à partir des AGs Interprofessionnelles. Cependant, au-delà de cette coordination au niveau local, il n’ya pas ou très peu de coordination entre les AGs Interprofessionnelles, de façon à se coordonner à une échelle plus large. Or si nous voulons vaincre le gouvernement, il faudra se structurer d’avantage, coordonner nos actions au niveau régional, voire national. Il s’agit pour les travailleurs et les jeunes mobilisés de se doter d’un instrument pour diriger leur propre lutte au-delà de l’échelle locale, un peu à l’image de ce qui étaient les coordinations étudiantes pendant le CPE, mais cette fois-ci dans un cadre interprofessionnel. En ce sens, et dans la perspective de la construction d’une grève générale qui fasse reculer Sarkozy, l’AG Interprofessionnelle de Saint-Denis soutient et se déclare prête à s’engager sur toute initiative visant à la coordination des AGs Interprofessionnelles au niveau de la région parisienne et au niveau national.»
Appel à une rencontre interprofessionnelle nationale à Tours (27/10) : «La lutte contre la réforme des retraites arrive à un moment décisif. Alors que le gouvernement et les médias nous annoncent la fin de la mobilisation, des actions de blocage et de solidarité sont menées dans tout le pays, dans un cadre interprofessionnel, souvent organisées à partir d’Assemblées Générales interpros. Cependant, au-delà de cette structuration au niveau local, il n’y a pas ou très peu de communication entre les AGs Interprofessionnelles, de façon à se coordonner à une échelle plus large. Or, si nous voulons donner un coup d’arrêt à la politique gouvernementale, il faudra se structurer d’avantage et coordonner nos actions. Il s’agit pour les travailleurs, chômeurs, jeunes et retraités mobilisés de se doter d’un outil pour organiser leur propre lutte au-delà de l’échelle locale. C’est pourquoi l’Assemblée générale de Tours, réunie le 28 octobre 2010, se propose d’organiser et d’accueillir une rencontre interprofessionnelle de mandatés des Assemblées Générales qui se tiennent dans tout le pays. Cette rencontre aurait lieu à Tours le samedi 6 novembre, journée de mobilisation nationale. Les modalités précises seront communiquées ultérieurement.» Pour l’Assemblée Générale interprofessionnelle de Tours, S. (Contact).
Déclaration de l’AG interpro du Havre (28/10) : «L’Assemblée Générale interprofessionnelle de l’agglomération du Havre soutenue par les instances locales CGT-CFDT-Solidaires-FSU de l’agglomération havraise, constate la permanence de la mobilisation et l’ampleur du soutien populaire. Elle demande à l’Intersyndicale nationale d’inviter lors de sa réunion du 4 novembre des délégations représentatives des AG de grévistes et de la base mobilisée dans les villes, afin de porter des propositions d’actions à mettre en place et un calendrier de mobilisation jusqu’au retrait de la loi.» 151 pour et 3 abs.

 

Alternative libertaire, 29 octobre 2010.

 


Publié dans Colère ouvrière

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