Sur le piquet de Grandpuits, nuit du 20 au 21 octobre

Publié le par la Rédaction

Rencontre sur le piquet de grève, entre des enseignants et les salariés de la raffinerie Total de Grandpuits (Seine et Marne) - nuit du 20 au 21 octobre 2010

 

Ce compte-rendu a été réalisé par des enseignants de Seine Saint Denis (primaire et secondaire), qui le mercredi 20 octobre sont partis (à une vingtaine) à la rencontre des salariés de Grandpuits et ont échangé pendant quelques heures avec eux sur la situation du site de Grandpuits. Ce compte rendu, fait sur place, résume le contenu de ces échanges. Il a été relu par un salarié gréviste.

 

1- Comment soutenir l’action des grévistes ?

 

— Soutien physique : présences pendant les AG (6h00, 14h00, 22h00), pendant les heures creuses (10h-12h) ou à tout autre moment du jour et de la nuit. Ne pas hésiter à se présenter en arrivant. Ces présences et ces échanges permettent de sortir les salariés de l’isolement dans lequel la direction de Total et le préfet essayent de les placer. Ils ont besoin de ces visites, de ces échanges et de signes de soutien fort pour tenir dans une lutte où ils ont pris des risques énormes, perdent de l’argent chaque jour et subissent de grosses pressions. Nous avons été frappés par leur détermination, une grande humilité et leur disponibilité, malgré une fatigue perceptible, pour témoigner de leur expérience, répondre à nos questions et parler de leur métier.

 

Nous vous invitons à passer sur place, manifester votre soutien et à échanger avec les salariés autour d’un piquet de grève tout à fait pacifique et convivial.

 

— Soutien financier : Pour le mois d’octobre, les salaires seront garantis par une caisse de grève mise en place. Il n’y a donc pas de risque immédiat d’arrêt du mouvement pour raison financière.

 

En revanche, à terme ce risque est réel. En effet, tous les jours de grève sont comptabilisés, aucune récupération n’est envisagée et le retrait de salaire est immédiat. Il y a, sur le site de Grandpuits, 160 salariés en grève et, face à une direction intransigeante, la plupart d’entre eux seront contraints à reprendre le travail pour raison financière.

 

Organisons donc au plus vite et de façon efficace, les dons et caisses de soutien.

 

Dons :

— En liquide sur place. 
— Par chèques adressés à l’ordre de «Intersyndicale CFDT-CGT»
à l’adresse suivante : Intersyndicale CFDT-CGT, Raffinerie Total de Grandpuits, boîte postale 13, 77720 Mormant. 
Ou dons en ligne sur le site internet.

 

Les salariés tiennent à faire figurer l’origine des dons pour le rendre visible auprès des médias.

 

Possibilité d’organiser par école et par établissement des caisses de solidarité avant, pendant et après les vacances.

 

— Soutien logistique : nourriture, boissons (pas d’alcool).

 

 

2- Contexte et actualité de la grève

 

— En grève depuis le 12 octobre 2010. Suite à la journée nationale de grève contre la «réforme» des retraites à l’appel de l’intersyndicale, les «postés», c’est-à-dire les salariés qui assurent la transformation de la matière première en carburant, se sont très massivement mis en grève (98% de grévistes). Chose rare, des contremaîtres se sont également mis en grève. Pour arrêter la production, les salariés ont pris des risques physiques importants (la procédure étant dangereuse).

 

— Nous insistons sur le fait que le blocage de la raffinerie est technique et non physique.

 

Le piquet de grève devant la raffinerie est symbolique est n’est là que pour permettre une rencontre quotidienne et rendre visible l’action. En effet, la raffinerie est à l’arrêt et pour la redémarrer le niveau de connaissance technique est tel, que seuls les salariés en grève peuvent le faire. Ils ne peuvent être remplacés au pied levé (13 mois de formation sont nécessaires).

 

Par conséquent, lorsque l’on parle de faire évacuer les lieux par les forces de l’ordre, ce n’est donc pas la reprise de l’activité qui est directement visée mais simplement le fait d’isoler davantage les salariés grévistes, en empêchant ces derniers de se regrouper devant la raffinerie pour médiatiser leur action et recevoir des soutiens extérieurs. D’ailleurs, pour l’heure, après un bras de fer avec la direction, des «barrages policiers» ne sont plus à l’ordre du jour. En effet, pour justifier les barrages la direction arguait du fait que la raffinerie est classée norme «Seveso» (installation présentant des risques environnementaux). Or, à aucun moment les grévistes, ni les personnes en visite ne se sont installés dans l’usine. D’ailleurs, depuis la présence importante des médias et face à la détermination des salariés, les barrières ont été retirées.

 

— Beaucoup de tentatives d’intimidation, en particulier de la direction et du préfet, qui veulent leur faire reprendre le travail avec des pressions (menaces de réquisition le 17 octobre avant qu’elles n’aient été signifiées par le capitaine de gendarmerie le mardi 19 octobre), mise en place de barrières, pressions liées à la possible fermeture définitive du site en avril 2011 et donc du chômage technique…

 

— La réquisition est une mesure exceptionnelle qui contraint le salarié à reprendre son travail sous peine d’une condamnation à 5 ans de prison et à une forte amende. Toute réquisition ne peut être signifiée qu’en cas d’exception (état de guerre, de siège ou atteinte à la sécurité des personnes). Sur le site de Grandpuits, 5 salariés ont été réquisitionnés, bien évidemment, ils ont repris le travail pour ne pas s’exposer aux risques d’emprisonnement et aux amendes.

 

Mais cette réquisition des salariés est contestable puisque nous ne sommes pas dans un des cas de figure visés par la situation d’exception. Elle est d’ailleurs contestée par les avocats qui défendent les salariés. En effet, un recours en référé a été engagé. Jeudi 21 octobre, l’affaire passera devant le juge en référé qui devra alors se prononcer sur la légalité de cette réquisition. Il existe un cas où le juge en référé a donné raison aux salariés.

 

— Le site de Gargenville, dans les Yvelines, est spécialisé dans la transformation du kérosène en jet (carburant nécessaire aux avions ; c’est la raison pour laquelle plus de salariés ont été réquisitionnés sur ce site).

 

— À Grandpuits et à Gargenville, il y a des stocks «sagesses». L’utilisation de ces stocks stratégiques est lui aussi contestable puisqu’ils ne devraient être utilisés qu’en cas de mesures d’exception (voir ci-dessus).

 

— La Raffinerie continue d’alimenter en matière première deux entreprises du Nord de la France (cimenterie + verrerie : choix politique pour ne pas faire couler celles-ci).

 

 

3- Risques d’arrêt du mouvement

 

— Le risque majeur de reprise de l’activité de la raffinerie, c’est donc la réquisition. La décision du juge en référé sera importante. Mais les salariés sur place ne pensent pas que celle-ci puisse se mettre en place de façon massive et immédiate. De plus, il faudra au minimum 15 jours pour redémarrer la raffinerie et les stocks encore disponibles ne couvrent que deux jours.

 

— L’autre risque est financier, il est donc nécessaire de multiplier les caisses de soutien et les dons individuels.

 

— Enfin, les risques liés à l’isolement et à la fatigue existent aussi. C’est pourquoi nous insistons sur le fait qu’il est important de passer les voir régulièrement.

 


Publié dans Colère ouvrière

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