Sur le fonctionnement de la section française après octobre 1969

Publié le par la Rédaction

Aux membres de la section française de l’I.S.

15 octobre 1969

Sur le fonctionnement de la section française après octobre 1969

I — Pour élever la section française au niveau de cohésion qu’ont montré à Venise les autres sections, il ne suffit pas de proscrire — et sanctionner, cf. Alain — toutes les suites éventuelles de la désinvolture qui s’était installée en janvier-juin. Cette désinvolture elle-même n’a pu exister qu’en tant que produit d’une carence plus profonde.

II — Dans les autres sections, non seulement il y a plus d’égalité dans la participation aux débats et à l’écriture, mais surtout on y constate plus d’intérêt réel pour notre théorie et son emploi : il y a plus d’activité personnelle, plus de lectures, plus d’idées. Les Français ont paru se reposer sur leurs vieux lauriers historiques, non seulement de 1968, mais quasiment de 1957. Presque personne n’avait continué à s’instruire sur quoi que ce soit. Pas une idée nouvelle n’a été formulée dans les réunions de cette période (alors que l’époque change). Là est la racine de l’inertie qu’il nous faut supprimer, par autant d’exclusions qu’il sera nécessaire. Il est sûr que trois situs dont les rapports seraient bons constitueraient une bien meilleure et efficace section que sept ou huit s’ennuyant en commun.

III — Il faut que chaque réunion (pour l’instant choisie tous les quinze jours) devienne une sorte de «conférence» de la section (travaillant vite et bien) où chacun intervienne dès le début en soulevant un ou plusieurs problèmes généraux. Il paraît inévitable qu’une réunion dure beaucoup plus qu’auparavant, en deux temps : une séance l’après-midi, et une autre le soir. (Si des problèmes n’ont pu être réglés, se réunir automatiquement le lendemain.) Une réunion qui durait environ quatre heures était trop courte, et toujours dominée par trop d’informations minimes : le tout-venant du courier devra être préalablement sélectionné par un ou deux camarades.

IV — Il faut qu’à partir de novembre chacun soit à Paris à peu près en permanence : c’est-à-dire de manière à assister à toutes les réunions, quelle que soit leur longueur, et à participer à tous les travaux ou rencontres partielles qui auront été acceptés lors d’une réunion par les camarades concernés. En règle générale, il ne faut plus dire à l’I.S. qu’une obligation extérieure empêche d’être présent un jour de réunion ; il faut dire aux obligations extérieures qu’une obligation plus impérieuse empêche tout autre engagement à ces dates.

V — Au cas où quelqu’un serait en retard ou absent pour l’exécution d’un de ses engagements, et si la majorité de la section ne veut pas admettre qu’il se trouve excusé par des circonstances précises, on devra prendre acte formellement du fait. S’il se renouvelle, l’exclusion est automatique.

VI — Pour commencer sur cette base, il paraît utile que chacun écrive tout de suite quelques notes précises (de dix à quarante lignes) sur les conclusions qu’il tire de la Conférence de Venise : sa signification générale, ce à quoi elle nous engage, et les points principaux souhaités pour notre activité prochaine. Outre ce minimum initial, il va de soi qu’on ne soulèvera jamais trop de questions théoriques et pratiques (si possible par écrit, mais sans faire des phrases).

Adopté unanimement le 15 octobre 69, les camarades Cheval et Vaneigem étant absents excusés [Cette dernière phrase a été consignée de la main de Guy Debord].


Document 3 du Débat d’orientation de l’ex-I.S.


Publié dans Debordiana

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