Sur l'expulsion, le 16 février, du 63 rue de la Chapelle, Paris 18e

Publié le par la Rédaction

 

 

Nous avons occupé un ancien hôtel-centre d'hébergement vide depuis plusieurs mois à Porte de la  Chapelle, l'un des quartiers populaires du 18e arrondissement. Cette occupation avait pour but de faire de ce lieu à la fois un espace d'habitation — dans une ville où se loger n'est pas loin d'être un luxe démentiel — et un lieu politique, où se trouver et se retrouver, nous l'espérions, avec les habitants du quartier.

 

Après quelques jours dans le bâtiment, nous avons tout d'abord reçu la visite des représentants du propriétaire — Batigère, un bailleur social, c'est-à-dire une société de HLM — accompagnés très vite de trois flics. Nous leur avons fait parvenir un document EDF daté de plusieurs jours attestant de notre présence dans les lieux depuis plus de 48 heures, après lesquelles, légalement, toute expulsion ne peut survenir qu'au terme d'un procès civil. La police est partie, mais les bureaucrates sont restés.

 

Deux serruriers ont rejoint les propriétaires, ce qui ne nous inquiétait pas outre mesure, et nous avons fait visiter les lieux à des camarades frigorifiés venus nous soutenir.

 

Vers 20 heures, une voiture de police est réapparue, bientôt rejointe par un OPJ. Ce dernier a fini par trouver deux prétextes pour contacter la mairie du 18e (détenue par le socialiste Daniel Vaillant), un prétendu péril et le fait qu'une alarme ait sonné la veille. La mairie, manifestement mal disposée à notre égard, a donné le signal de notre expulsion.

 

Des dizaines de voitures de police sont ensuite arrivées, jusqu'à ce que vers 22 heures, ils s'estiment assez nombreux pour tout défoncer, et tenir à l'écart les personnes venues en soutien ainsi que les habitants du quartier. La majeure partie des occupants ont été emmenés en contrôle d'identité au commissariat de la rue de Clignancourt après que nos malheureuses barricades aient été balayées — en un temps record.

 

Soyons clairs, cette histoire d'alarme n'était que le faire-valoir de l'expulsion d'une occupation gênante dans un quartier où la misère côtoie sa gestion et son flicage : CAF, organisations de bienfaisance, squats «d'artistes» légalisés. Il a suffit de cet épisode de quelques heures pour que les habitants de ce quartier montrent, s'il le fallait encore, qu'il leur en faut plus pour se laisser avoir par les promesses des socialistes et des bailleurs «sociaux» qui voient dans la mixité des HLMs dans les quartiers populaires un processus de gentrification et, à terme, de «nettoiement» des rues de Paris de leur pauvreté.

 

Batigère, entreprise pseudo-mixte, entre privé et fonds d'investissement de l'État, n'a rien à envier aux pires spéculateurs, malgré le cache-misère qu'est sa fondation de bienfaisance. La ruse, la malhonnêteté, et les menaces, sont leurs méthodes habituelles. Il y a deux ans, suite à l'occupation par un collectif de mal-logés de plusieurs de leurs appartements laissés vides, ils avaient distribué 15 faux bons de visite aux occupants, leur faisant miroiter des appartements.

 

Le maire socialo du 18e est lui aussi une crevure bien connue des comités de mal-logés, n'hésitant pas à les envoyer en garde à vue, sans papiers compris, lorsque ceux-ci poussent leur critique au centre du «problème du logement», par exemple en occupant la mairie.

 

Donc pas de quoi tout imputer aux ténors de la répression spectaculaire, ce ne sont ni Hortefeux ni la récente loi Loppsi 2 qui sont responsables de notre expulsion, si ces deux phénomènes poussent un peu plus le bouchon de la répression et de la gestion sécuritaire, la gauche a encore une longueur d'avance sur la répression quotidienne, le flicage «citoyen» et la gestion «humaniste» de la misère.

 

Les ex-occupants du 63 rue de la Chapelle,
17 février 2011.

 


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gitan 19/02/2011 14:47



Le 18ème arrondissement de Paris est le champion de France des expulsions locatives judiciaires, c'est à dire "légales", et ce depuis plusieurs décennies. Il y eut même des émeutes, certains
week-end à la fin des années 1990, devant la mairie de Vaillant qui était alors protégée par les C.R.S. de jour comme de nuit.


Pour les expulsions illégales, il n'existe pas de statistiques mais les rouages de l'administration policière fonctionnent visiblement en toute impunité.