Suisse : École, mensonges et régressions de l'UDC

Publié le par la Rédaction

 

Après avoir fait régresser les doits humains en Suisse, l’UDC a décidé d’étendre son entreprise d’augmentation des inégalités et de destruction de la cohésion sociale à l’école.

 

Prétextant les mauvaises performances réelles ou supposées des systèmes scolaires suisses et les résultats moyens du classement PISA, l’UDC veut remplacer l’éducation et la formation par le dressage. Pour arriver à ses fins, elle a publié un document stratégique émanent d’enseignants proches : «Le chemin conduisant à une école publique basée sur la performance», comprenez par «performance» : concurrence, sélection, discrimination, élimination et exclusion. L’UDC veut remplacer une pédagogie centrée sur l’enfant et son développement par un système sélectif élitiste et autoritaire. Elle propose de faire des enseignants des «chefs d’entreprise» (modèle universel pour ce parti), combattre l’égalité, exclure les mauvais élèves, les handicapés et en finir avec «l’illusion de l’apprentissage par le plaisir». On doit reconnaître qu’il faut être vraiment pervers pour avoir du plaisir à apprendre, il est impératif de réprimer dans l’œuf toute tentative de l’élève allant dans ce sens. Sinon, ils seraient encore capables d’apprendre des choses de leur propre initiative à la maison ! Son document est un tissu de dogmes idéologiques, ne se basant sur aucune étude sérieuse.

 

Malheureusement pour l’UDC la plupart des pays qui sont les mieux classés par PISA sont justement ceux qui appliquent une pédagogie inverse à celle prônée par ce parti. Notamment la Finlande, qui caracole depuis des années dans le peloton de tête du classement et dont le système scolaire est décrit comme égalitaire : «Les élèves qui ont des difficultés d'apprentissage peuvent bénéficier, au sein de leur établissement, de l'aide d'un professeur spécialisé (eritysopettaja), qui peut venir dans un cours pour le guider ou bien travailler avec lui séparément.» (Wikipedia.)

 

Afin de faire taire la théorie qui attribuerait un pareil succès au seul fait qu’il y a un nombre relativement restreint d’étrangers présents en Finlande (explication universelle pour l’UDC), il est à noter que le Canada est parmi les premiers mais est aussi une terre d’immigration. Au Canada on s’éloigne considérablement du modèle cher à l’extrême droite ultralibérale néoconservatrice Suisse, comme le prouve les témoignages ci-dessous recueillis par l’Association française PIE chargée des échanges scolai-res :

«Convivialité, ouverture, simplicité, cordialité sont les mots qui reviennent le plus souvent pour qualifier les relations entre les professeurs et les élèves, ainsi qu’entre élèves. “Ces relations engendrent la bonne humeur” ; “l’entente avec le corps enseignant est très bonne” ; “il y a beaucoup d’amitié et un grand respect des uns envers les autres” ; “Si vous avez un problème il y a toujours quelqu’un pour vous aider” ; “Le prof n’est pas le ‘supreme boss’ qui détient tous les pouvoirs, c’est plutôt quelqu’un avec qui on discute ; c’est l’idéal pour apprendre et avoir envie de travailler”… L’école canadienne s’avère être un vrai lieu d’échanges, un monde à part entière avec sa cohérence sociale. »
«Un de nos rapporteurs apprécie particulièrement “l’absence totale de compétition entre élèves en ce qui concerne les résultats scolaires”. Ce point ne manquera pas de surprendre tous ceux qui pensent — à juste titre souvent — que l’Amérique du Nord est le lieu du “toujours plus” (plus grand, plus loin, plus fort…), le lieu de la compétition par excellence. Il est très intéressant de noter que cette vérité n’en n’est pas une au niveau de la formation, et de s’interroger sur la signification et les conséquences de ce fait.»

 

L’UDC fustige l’école égalitaire remettant en cause non seulement l’égalité sociale prônée par la gauche, mais aussi l’égalité des chances que revendiquent également les droites libérales, républicaines ou humanistes. Démontrant une fois de plus sa volonté de vider la démocratie de son contenu, afin de mieux la manipuler contre elle-même.

 

Il serait temps de passer à l’offensive et proposer une réforme scolaire humaniste et sociale, en prenant ce qu’il y a de meilleur dans les différents pays. Nous devrions, dans ce but, faire connaître à la population les autres systèmes et expériences scolaires, par tous les moyens dont nous disposons : écrits, audio-visuels et électroniques, dans les trois langues nationales.

 

Les personnes intéressées à agir dans ce domaine sont invitées à me contacter à Espace Noir.

 

Michel Némitz 
Éditorial du Bulletin d’Espace Noir, janvier-février 2011.

 


Publié dans Éducation

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