Strasbourg : Chronique d'une semaine de lutte et perspectives

Publié le par la Rédaction

>LUNDI 18 OCTOBRE : OCCUPATION NOCTURNE DE LA PRÉSIDENCE DE L'UNIVERSITÉ

 

Environ 300 en AG de convergence à l'amphi 1 du Patio, avec une majorité d'étudiants, mais aussi des profs, des personnels de la fac, des salariés Télécom et cheminots, des lycéens, des ouvriers métallos, etc.

 

A été débattu l'importance et l'impact énorme du mouvement social actuel en France, de la grève générale reconductible qui s'amplifie et se durcit, des actions de blocage économique un peu partout dans le pays, etc. Le discours principal tenu fut celui de la solidarité et de la radicalisation, qu'il n'y a plus à attendre, que le contexte est là, et a été proposé et voté à une grande majorité la prise, l'occupation et le blocage de la Présidence d'Université. La pertinence d'une telle action est évidente : l'Université de Strasbourg, première fac unifiée et privatisée de France, première fac LRU-isée, doit lancer un signal fort de résistance à toutes les facs du pays ; suite à cette privatisation, les conditions de travail ignobles des personnels et vacataires non payés qui, pour la première fois, s'organisent en vue d'une grève dure ; c'est également une réponse et riposte aux deux venues de la Sinistre Pécresse dont celle de fin septembre 2010 avec la répression rituelle qui l'accompagne (gazage, matraquage…) ; et bien sûr, action entrant comme une phase à part entière de radicalisation au sein du grand mouvement social en cours, en paralysant la Présidence en tant que noyau de pouvoir.

 

Aussitôt après l'AG, nous sommes plus de 80 à courir vers le bâtiment tout neuf «nouveau patio» et l'investissons avec beaucoup de facilité. Nous montons jusqu'au toit, tandis que Béretz-le-Président s'enferme dans son bureau. Nous accrochons plusieurs banderoles sur le toit : «Grève générale, guerre au capital», «Zone autonome temporaire», «Assez battu en retraite, prenons l'offensive», «Ils sont Vichy, soyons pirates», etc. et hissons deux drapeaux rouge et noir, ainsi qu'un drapeau noir sur le toit. Nous lisons à deux reprises un premier communiqué sur le toit à l'intention des badauds en bas, ainsi qu'aux journalistes déjà présents. Puis nous nous rassemblons dans la cafétéria du personnel, pour une réunion improvisée de ce qui devient le Comité d'Occupation, c'est-à-dire les personnes en lutte sur place et occupants-grévistes, afin de décider collectivement des moyens d'action à adopter vis-à-vis de cette occupation. Tandis qu'au même moment se tient à une petite centaine une AG d'UFR arts-lettre-philo au Portique occupé de jour.

 

Le personnel de la Présidence salue notre action et rejoint solidairement notre réunion de Comité, et excluons de cette réunion le Vice-Président Deneken. À noter qu'à aucun moment de l'occupation, Béretz-le-Président daignera venir tenter de communiquer avec nous. Nous rejetons également de la réunion tous les mass-médias venus pour l'évènement, à savoir France3, DNA et 20MIN, tandis que notre occupation est relayée par Itélé et BFMTV. Au contraire, nous mettons en pratique l'idée d'être notre propre média avec l'outil ALSACE EN LUTTE (site internet) et nos propres relais images et vidéos. Nous débattons, décidons et actons-votons l'occupation nocturne de la Présidence jusqu'au lendemain matin reconductible, d'une occupation autogestionnaire et ouverte à tous les camarades en lutte (salariés, lycéens, profs et personnels, etc.).

 

Voici le second Communiqué voté collectivement :

Occupation de la présidence de l’UDS 
Nous, étudiant-e-s et personnel-le-s en lutte de l’Université de Strasbourg, réunis en assemblée générale avons voté l’occupation de la présidence de l’université jusqu’à satisfaction de toutes nos revendications, à savoir : 
— Le paiement des jours de grève pour les travailleurs, 
— Le paiement mensuel des vacataires ainsi que la mise en place d’un statut non-précaire, 
— La fermeture administrative de l’université les jours de grève. 
Nous luttons contre la casse sociale (réforme des retraites, privatisation des services publics etc.) opérée par les classes dominantes avec le soutien de l’État et appelons de nos vœux une société juste et solidaire. 
Nous réaffirmons notre soutien inconditionnel à tous les lycéen-ne-s, étudiant-e-s, travailleur-euse-s, chômeur-eus-s, précaires, retraité-e-s en lutte et les invitons à nous rejoindre pour s’organiser et créer une réelle convergence. 
Pour la solidarité face à la répression et pour la convergence des luttes sociales ! 
Comité d’occupation de la présidence.

 

Nous nous réapproprions toute la cafétéria du personnel, la salle des archives reconvertis en dortoir mixte et deux couloirs reconvertis en dortoir non-mixte. Une «commission» bouffe improvisée va chercher de quoi faire un repas-dîner d'occupation, tandis qu'un planning d'équipes d'autodéfense et de «sécurité» antiflics et antifaf se met en place avec toutes les heures une équipe qui tourne dans le bâtiment, notamment pour faire face aux vigiles d'une agence privée recrutés à la hâte par Béretz-le-Président. D'autres groupes de travail s'organisent pour rédiger des tracts, confectionner des affiches, faire le relai avec les salariés et lycéens en lutte, pour monter une Brigade Activiste des Clowns (BAC) dans le cadre de la mouvance alternationale Clowndistan, sans oublier le groupe de préparation du Bloc Anticapitaliste, et des actions à venir.

 

L'occupation est joyeuse, enthousiaste, créative, efficace, autogestionnaire. Le repas d'occupation est l'occasion pour chacun de se connaître davantage, d'échanger les expériences de lutte, de parler politique et des prochaines actions, etc.

 

En pleine nuit, la Security Team lance une alarme anti-flics vers 3h30 du matin. En effet, la chose est assez étrange pour être notée : cinq individus en civil de la BAC, avec l'aide des vigiles, pénètrent dans le bâtiment. Selon ce qui a été convenu en réunion, nous nous rassemblons tous solidairement dans la cafétéria reconvertie en Salle Commune. Lorsque la BAC entre brièvement dans la salle, c'est juste pour nous demander : «Il y a des responsables ici ?» Bien sûr, personne ne répond. «Ok, je vois, tout le monde est responsable.» Et ils s'en vont continuer leur repérage : ils comptent combien nous sommes, font un tour des lieux pour repérer le matériel en présence et stocké, repèrent les gueules, et avant qu'on ait eu le temps de faire quoi que ce soit, s'en vont sans demander leur reste. Un camarade leur a demandé : ils sont envoyés par le Préfet, de la BAC, sans brassards ni visa, et sont partis avant qu'on ait eu le temps de réagir collectivement. La Security Team poursuivra ses tours de garde jusqu'à l'aube, puisque en plus de cela, les vigiles nous font beaucoup de pression selon des consignes d'intimidation : «Les CRS ne vont pas tarder…», «L'armée nous a appelé», «Vous aurez une visite désagréable dans la demie heure», etc.

 

Aucun autre incident notable à signaler.

 

 

>MARDI 19 OCTOBRE : MANIF SAUVAGE LE MATIN, MÉGAMANIF ENCADRÉE L'APREM

 

4h30 du matin : Plusieurs groupes partent de la Présidence occupée, en vélos et en voitures, vers le point de RDV de la première action de la journée de blocage économique.

 

5h du matin : Nous sommes une centaine à nous retrouver au dépôt CTS Kronenbourg pour blocage des trams et bus. Blocage matériel avec entassement de palettes. Si au début, des bus filtraient par une sortie arrière du dépôt, des camarades étudiants et salariés ont vite bloqué complètement le dépôt par barrage humain et matériel. Blocage jusqu'à 9h.

 

7h30-8h du matin : Plusieurs lycées sont bloqués pour la grande manif interpro de l'aprem, dont les premiers Lycée Fustel, Monnet et Pasteur (une grosse centaine de lycéens au blocage à Fustel, une cinquantaine à Pasteur). Le lycée Corbusier, excentré, bloque, et tente à une centaine de venir en centre-ville mais se font stopper par les CRS qui chargent, gazent et matraquent. Simultanément, les 50 lycéens de Pasteur se lancent en manif sauvage en centre-ville, tandis qu'une centaine du lycée Monnet et une autre centaine de Fustel partent également en manif sauvage pour converger sur le lycée Pontonnier qui n'est pas encore (et ne sera pas) bloqué.

 

9h : Auto-évacuation temporaire de la Présidence pour participer pleinement à toutes les actions de la journée sur la ville.

 

10h : 200 lycéens d'au moins deux cortèges qui ont convergé sont devant le lycée Pontonnier et tentent de l'envahir, vainement.

 

11h : Tous les cortèges lycéens ont convergé, environ 1000 en manif sauvage. Blocage de l'axe Homme de Fer. Flics fortement présents.

 

11h30 : Après une grosse 1/2h de blocage de l'Homme de Fer, ça se disperse en vue de l'après-midi.

12h : Grosse AG de l'éduc interpro, plus de 300 personnes du primaire-secondaire et supérieur. Longs débats sur la nécessité du blocage économique total du pays, d'amplifier et durcir encore la grève générale reconductible et de converger les luttes. Vote de l'Appel de Strasbourg (cf. ci-dessous), signé par de nombreux syndicats.

Appel de Strasbourg 
Nous, personnels et étudiants de l’Éducation Nationale et de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche, réunis en Assemblée Générale le mardi 19 octobre à l’Université de Strasbourg, reprenant l’appel de Nantes lancé le mardi 12 octobre dernier, sommes déterminés à imposer le retrait du projet de contre-réforme des retraites et à faire échouer le gouvernement dans sa nouvelle tentative de destruction de nos acquis sociaux et de casse du service public. 
Après les journées d’action des 7 et 23 septembre, des 2, 12 et 16 octobre, qui ont déplacé des millions de personnes dans les rues, un cap doit être franchi. Nous appelons donc à construire un mouvement de grève reconductible dans nos secteurs, main dans la main avec les salariés des autres secteurs professionnels, seul moyen de faire céder le gouvernement. 
Nous nous déclarons en grève et nous appelons l’ensemble des usagers et personnels de l’Education Nationale, de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche :
— À voter et faire vivre la grève sur leur lieu d’activité ;
— À organiser partout où c’est possible des manifestations massives, régulières et assorties de blocages économiques ;
— À participer à la construction d’un mouvement de grève reconductible interprofessionnel. 
Notre assemblée se prononce :
— Pour l’abandon du projet de loi gouvernemental concernant les retraites,
— Pour un appel national intersyndical à lancer une grève interprofessionnelle reconductible dans cet objectif,
— Pour le maintien et le renforcement du système de retraite par répartition,
— Pour la prise en compte des années d’études, de stages, de précarité dans le décompte des annuités ouvrant droit à la retraite,
— Pour une juste répartition des richesses,
— Contre la précarité accrue pour les jeunes et les femmes,
— Contre l’augmentation inévitable du chômage si les salariés étaient condamnés à travailler plus longtemps,
— Contre les nouvelles suppressions de postes prévues au budget 2011 (16.000 dans l’éducation nationale), ce qui bloque le recrutement de jeunes étudiants,
— Contre la démolition du service public d’éducation,
— Contre les réformes en cours qui n’ont pour objectif que la baisse drastique des moyens et des postes, au détriment de la qualité du service public d’éducation,
— Contre la suppression massive des emplois dans les vies scolaires,
— Contre la remise en cause de la formation des maîtres,
— Contre la répression policière sous toutes ses formes. 
Elle soutient toutes les initiatives en cours et appelle à une nouvelle
Assemblée Générale
Jeudi 21 octobre 2010
12h, Amphi 1 au Patio (Université de Strasbourg) 
Premiers syndicats signataires : SNES-FSU, SNUipp-FSU, SNESup-FSU, SNPREES-FO, SNFOLC, SNUDI-FO, SGEN-CFDT de l’UdS, SUD Éducation Alsace, SUD Étudiants, UNEF, CNT.

 

14h : Nous nous dirigeons vers la place de la République, point de départ de la manif. Règne dans toute la ville une étrange et agréable atmosphère d'agitation, des banderoles sur de nombreux bâtiments, des drapeaux un peu partout, les cafés et bars blindés de grévistes, partout des gens qui se baladent avec des badges syndicalistes ou «En grève», des groupes de lycéens bruyants qui convergent de nouveau.

 

14h30 : 25'000 personnes manifestent à Strasbourg et 3,5 millions pour la sixième fois dans le pays. Un Bloc Anticapitaliste s'est de nouveau formé, fort d'environ 150 camarades solidaires et sympathisants. Dès le départ, en formant le Bloc par carré de banderoles, nous nous retrouvons hermétiquement encerclé par une 60aine de BACeux et autant de CRS en uniforme. Par la très forte présence et intimidation policière unilatéralement tournée contre le Bloc, beaucoup de camarades de SUD, devant nous, se masquent solidairement pour ridiculiser les flics, tandis que derrière nous le camion-sono de FO ose balancer «Nous appelons nos militants à se défier de certains manifestants mal intentionnés» (sic…). Déterminé, soudé et solidaire, le Bloc referme ses banderoles à la moindre approche provocatrice des flics en civil qui tentent de pénétrer dans le cortège et prendre des photos. À l'arrière du Bloc, non protégé par des banderoles, nombreuses infiltrations de civils. Beaucoup de salariés, sympathisants et solidaires, rejoignent le Bloc aux cris de «À bas le salariat» ou «Contre le capital, blocage total», et reprenant tous les slogans tels «Action, blocage, sabotage», «A anti anticapitalista», «What's solution ? revolution !», «Union, action, insurrection», et tous les slogans anti-flics connus à la moindre provocation. Provocations qui ne manquent pas : les flics désignent des individus dans le Bloc, prennent des photos, font pression et poussent au niveau des banderoles, infiltrent, font tourner la matraque dans la main, se masquent eux-mêmes, etc. Étant donné l'encadrement, nous ne tentons aucune action.

 

16h30-17h : À la fin de la manif, sur place Kleber, nous tournons autour de la place pour prendre de court les flics qui nous encadrent de plus en plus, et au niveau du camion-sono CGT opérons à une rapide et efficace dislocation du Bloc, tandis que des sympathisants CGT lèvent eux-mêmes leurs banderoles pour faire reculer les flics et nous protéger. Mais nous faisons l'erreur de rester groupés sur la place et il est important de signaler que lorsque nous nous replions ensemble, par groupes de 20, sur le campus, pas moins d'une 15aine de BACeux en civil groupés et alignés nous suivent à travers les rues, matraques à la main, et que nous avons dû nous réfugier dans un café pour les forcer à ne plus nous filer.

 

18h : Alors que 4 BACeux au moins tournent autour de la Présidence, sans doute pour le protéger de la moindre nouvelle tentative de réappropriation, réu du Comité de Lutte au Patio, environ 70 personnes présentes dont majorité d'étudiants, lycéens, profs, et quelques ouvriers et cheminots. Débriefing de la journée, et rapide topo sur les actions du lendemain.

 

 

>MERCREDI 20 OCTOBRE : ACTION INTERPRO DE BLOCAGE ÉCONOMIQUE

 

8h : RDV action initié par les salariés CGT cheminots-Télécom-Poste-profs à la place de la Bourse. Deux RG présents, apparemment très tendus de ne pas savoir où nous nous rendons. Hélas, quelques salariés moins prudents et vigilants leur ont parlé sans se méfier, et dès que nous partons en convoi d'une 20aine de voitures + le camion sono CGT, les flics arrivent en trombe et nous bloquent en pleine chaussée, sur les quais Austerlitz. Barrage de police qui bloque notre convoi, et une douzaine de cars de flics nous encerclent. L'objectif initial étant le blocage du port pétrolier du Port du Rhin sur la frontière, à présent occupé militairement par CRS et gendarmes mobiles qui nous attendent de pied ferme, nous nous replions sur la place de la Bourse pour aviser.

 

9h : Repli sur la place de la Bourse. Pour parer à un nouveau départ, un départ en manif sauvage ou autre ? On ne comprend pas vraiment, mais toujours est-il que des dizaines de cars de police et CRS arrivent sur les lieux, et une centaine de CRS en armes se positionnent à la sortie de la place, en plusieurs lignes arborant boucliers-matraques-lance grenade. Le mot d'ordre change et tourne rapidement. Par petits groupes, discrètement, dispersion dans des bars pour brouiller les pistes.

 

10h : Comme convenu, on se retrouve tous devant l'UGC, nous sommes une petite centaine. Aussitôt nous passons à l'action, investissons la grande route près de l'UGC qui mène à l'entrée d'autoroute Étoile Polygone et la barricadons en entassant grosses bennes-palettes-grilles de chantier, ce dans les deux sens. Nous maintenons le blocage pendant une grosse heure, provoquant des bouchons monstres et paralysant beaucoup de routiers (la plupart solidaires, par ailleurs) dont un camion-citerne. Quand les flics finissent enfin par arriver, en nombre et en armes, nous levons les deux barricades et continuons de les balader en nous rendant devant le parvis du centre administratif de la CUS. Devant le parvis, nous rebloquons le tramway, ce qui provoque une arrivée massive des flics que nous ne provoquons pas.

 

14h : AG interpro chez les cheminots qui reconduisent à l'unanimité la grève. Si a été proposé diverses actions d'occupation et de blocage (notamment des voies ferrées), ce ne sera pas suivi et annulé. Quelques crispations, nous aurions très bien pu maintenir les actions sporadiques de blocage économique toutes les heures en baladant les flics, mais l'interpro ne suit pas.

 

18h : Réu du Comité de Lutte où l'on note l'efficacité de la convergence et la solidarité de terrain.

 

 

>JEUDI 21 OCTOBRE : AFFRONTEMENTS ENTRE LYCÉENS-ÉTUDIANTS ET FLICS

 

7h30 : Au moins 5 lycées bloqués dont René Cassin, Pasteur et Oberlin.

 

8h : Départ en manif sauvage de René Cassin. Feux de poubelles, vitres de voitures brisées, et jets de projectiles contre les flics massivement présents. 3 arrestations. Très mobile, le cortège se dirige vers plusieurs lycées mais par la pression policière, le cortège change souvent de direction, coordination difficile entre les différents groupes.

 

8h : Écluse sur le Rhin bloquée par les salariés CGT et pour toute la matinée.

 

9h : Opération escargot par les routiers autour de Strasbourg.

 

10h : 300 en manif sauvage avec blocages de carrefour et des trams.

 

11h : Point de jonction des lycéens à la place Kleber, encerclée par les flics prêts à intervenir. Pour que le mot tourne et prendre de court les flics, nouveau RDV sauvage 14h à la station tram Observatoire. Pour l'heure, dispersion.

 

11h : AG d'UFR Arts-Lettres-Philo à une petite centaine.

 

12h : AG interpro à la fac, environ 300-350 personnes présentes. La plupart des débats portent sur l'Appel de Strasbourg voté la veille et ses possibles amendements… Mais grâce aux lycéens, appel à aprem d'action. La manif sauvage sera rejointe par étudiants et salariés.

 

14h : Environ 150 lycéens sont déjà présents, rejoints par les étudiants directement suite à l'AG. Nous nous dirigeons place Rouge sur le campus. Spontanément, les lycéens, qui restent le fer de lance dans la rue, prennent d'assaut la fac de Droit. Superbe scène de la charge sur la fac de Droit, au pas de course, à près de 200. Nous traversons l'intérieur en quelques minutes et ressortons par la porte de derrière, en saccageant un peu à l'intérieur. De nouveau à l'extérieur, on se retrouve nez à nez avec les flics, on se replie sur la station Observatoire. La BAC fortement présente, de nouveau, serre plusieurs camarades dès le départ en les menaçant d'arrestation au moindre débordement en ville. La tension est là, ne cessera de monter. Le cortège continuera de grossir toute l'après-midi, jusqu'à atteindre 700 à 1000 personnes, quasiment que des lycéens.

 

On remonte sur Gallia, longeant les quais où les flics en civil profitent d'infiltrer isolement ou par deux tout le cortège en accentuant les coups de pression. Au niveau du Pont du Corbeau, on remonte vers le centre-ville. On s'arrête pour être plus compact puis on court pour prendre de court les flics, jusqu'à l'Homme de Fer, que l'on bloque instantanément. La tension éclate à partir de là. On reste mobile, et chargeons le barrage de flics qui protège l'accès au centre commercial des Halles. Tirs de grenades lacrymogènes sur les premières lignes, quelques mortiers pour riposter. On oblique en courant vers la droite, toujours sur les quais. Les flics nous chargent par derrière et sur le côté en remontant le cortège. Gazage et matraquage. Face à face très tendu. Quelques jets de projectiles. Grande solidarité de terrain, personne isolé, on reste groupé et on continue, en faisant front à la moindre altercation avec les flics. Nous nous replions sur l'Homme de Fer toujours bloqué par plusieurs centaines de lycéens restés en retrait.

 

Toujours très mobiles, nous remontons les rails vers Alt Winmärick d'où nous remontons sur la grande rue commerciale Maire Küss qui débouche sur la place de la gare. Même scénario qu'il y a deux ans avec le cortège d'action étudiant lors de la lutte anti-LRU2 ? Les lycéens sont plus spontanés, et à environ 1000 nous chargeons un premier barrage de flics sur le pont des Halles qui n'a ainsi pas le temps de se former, tout le monde court entre les cars et continue la charge tout le long de la rue jusqu'à l'entrée de la gare où les flics nous interceptent violemment en pleine course par charge-matraquage-gazage. Une arrestation, mais par le pressing solidaire, le camarade est relâché. Les flics ont alors eu le temps de faire plusieurs lignes devant l'entrée de la gare qui est protégée par des grilles anti-émeute (les entrées de la gare sont ainsi totalement bloquées, par les flics). On tente d'investir la gare par les accès souterrains de trams, mais tous les accès sont verrouillés et bloqués par les flics.

 

À cet instant, moment de flop. Et c'est un des problèmes : nous avions un premier objectif, qui était la gare, mais ayant échoué et sans plan B, on se retrouve sans objectif prédéfini. Par exemple, on aurait très bien pu tenter d'attaquer au niveau de l'entrée d'autoroute place de Haguenau à un quart d'heure de là.

 

Des dizaines de cars de gendarmes mobiles arrivent sur les lieux pour encercler la place de la Gare. Groupés et mobiles, à un millier, nous retournons vers le centre-ville, passons par Alt Winmärick et remontons la rue du 22 Novembre qui mène à la place Kleber. Sur le chemin, en remontant la chaussée et bloquant les voitures, nouvelles tensions dont la police profite pour embarquer un camarade de la CNT très violemment par nouvelle charge-gazage-matraquage en plein milieu du cortège. Plaqué contre le mur après avoir été gazé en plein visage, le camarade est menotté et emmené au Commissariat central.

 

Le cortège sauvage continue et débouche sur la place Kleber. Les flics ré-attaquent, chargent et gazent. Une lycéenne s'effondre, asmathique, asphyxiée par la gazeuse à bout portant. Les flics interviennent de nouveau pour faire un carré autour de la blessée. Les pompiers arrivent et emmènent la camarade lycéenne à l'hôpital. À partir de là, la pression des BACeux sur certains d'entre nous se fait plus précise et insistante. Nous optons pour la méthode-tortue, c'est-à-dire un bloc d'une vingtaine de camarades en lignes au coude à coude autour des plus ciblés. Ce que les flics n'aiment pas du tout, accroissant la pression.

 

On remonte sur Homme de Fer, nouvelle tentative vers les Halles, empêché par les flics à coups de gazeuses et matraques. Nouvelles arrestations de lycéens. Les camarades de la base-CGT, qui ont toujours leur camion-sono à la place Kleber, vu le pressing répressif, proposent un repli sur Kleber pour ressouder le cortège. Mais les flics empêchent la chose, et veulent absolument arrêter précisément plusieurs camarades : toujours en mode-tortue, nous tentons de rejoindre Kleber. Mais la BAC nous attaque de plein fouet en gazant et matraquant. D'autres flics interviennent. Nombreuses personnes au sol que nous parvenons à relever et remettre dans nos rangs. Nous empêchons ainsi plusieurs arrestations. Les flics se mettent en ligne et barrent l'accès de l'Homme de Fer à Kleber. On les contourne en remontant les rails vers Broglie où nous parvenons enfin à rejoindre Kleber, en Bloc. Le camion CGT fait un speech anti-répression et nous escorte en cortège jusqu'au campus, où nous sommes encore quelques centaines, tandis que beaucoup choisissent de se disperser.

 

Les flics et la BAC, massivement présents et toujours très nerveux, ne démordent pas, et nous remontons en lignes jusqu'au campus, avec le camion-sono en tête pour ouvrir la voie.

 

Une fois sur le Campus, on fait front aux BACeux qui osent nous suivre et parvenons à les virer de la fac.

 

6 arrestations, 1 blessée emmené à l'hôpital (asmathique asphyxiée par les gaz et tombée au sol), dizaines de blessés légers aux gaz et matraques.

 

18h : Réu Comité de Lutte avec débriefing de la journée, et préparation de la journée d'action de demain, petite centaine de personnes présentes, dont étudiants-lycéens-salariés cheminots-télécom-métallos-profs.

 

20h : Rassemblement de soutien pendant 3 heures devant le commissariat central Étoile, à une grosse quarantaine, pour notre camarade CNT qui ne sera libéré que le lendemain matin 11h, soit 20 heures de garde à vue (sans aucune raison apparente).

 

 

>VENDREDI 22 OCTOBRE : NOUVEAUX AFFRONTEMENTS ENTRE LYCÉENS ET FLICS de 8h à 18h, PARALYSIE DE LA VILLE

 

Je renvoie au CR déjà envoyé les jours précédents.

 

 

>PERSPECTIVES À VENIR

 

Aujourd'hui, lundi 25 octobre : AG interpro 14h maison des syndicats ; AG interpro chez les cheminots ; Réu du Comité de Lutte 17h. Journée de préparation des actions à venir dans les prochains jours.

 

LUCHA CONTINUA, PAR LA CONVERGENCE

ET LA RADICALISATION DES LUTTES
VIVA GRÈVE GÉNÉRALE ILLIMITÉE !

 

guitoto, lundi 25 octobre 2010.

 


Publié dans Colère ouvrière

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