Squatte le monde

Publié le par la Rédaction

 

«Il est important de souligner que l’alliance qui se fait entre l’économie, la politique et la globalisation popularise l’usage de nouvelles technologies sous la consigne d’éliminer les frontières et d’écourter les distances — même si ça n’est que virtuellement. Pourtant, cette union a comme finalité de créer une conscience sociale acritique et hyper-consommatrice qui accueille les systèmes de vigilances sans qu’ils n’aient besoin de se cacher, en pondérant leur existence comme logique, acceptable et désirée par la propre société, conditionnant et transgressant, de cette manière, les notions de privacité et de liberté. On configure ainsi une nouvelle idée de l’identité personnelle, nationale, sociale… Le social contemporain peut se comprendre comme une agglutination d’individus encapsulés en eux-mêmes qui partagent un temps et un espace déterminés, et participent de forme active ou passive (radicale ou nuancée) d’une culture de l’hyperconsommation.» 
Sayak Valencia. Capitalismo Gore. Editorial Melusina. 2010. p.32

 

8 décembre. Ville de Lyon.

 

Fête des lumières. La Mairie de Lyon a injecté des millions d’euros dans la fête officielle avec les impôts des contribuables. Les keufs arrivent pour nous faire remballer notre stand de vin chaud qu’on a négocié avec un commerçant de la montée de la grande côte puisqu’il a la licence. 750 euros d’amende et tout le matériel confisqué à qui ose rester sur place. Je remballe ma grande gueule et ma marmite. Le flic me hurle dessus : «Vous avez pas honte de goûter le vin chaud avec votre louche et de la replonger dans la marmite ?»

 

Apparemment, il ne connaît pas la technique de nos gastronomes pour connaître la température d’une poêle : le crachat ! Mais ça n’est pas le sujet : il ne supporte pas que notre bannissement de la rue se passe dans le calme. Il est chaud comme la braise et veut me donner une leçon de paternalisme intensive.

 

«Je vais faire venir l’hygiène, ça va pas traîner !!! C’est une épicerie ça ? C’est quoi ça ? Vous me dégoûtez ! T’as pas honte ? Tu me donnes envie de jetter ton vin dans le caniveau !!!»

 

Ses propos hygiénistes quant à l’épicerie tenue par un Arabe ne sont pas anodins ! Scandale et gros bordel. Je hurle plus fort que lui en prenant les gens à parti, les invitent à foutre la police hors de NOS rues parce que c’est bien ça le problème : on n’a plus d’espace. L’espace public colonisé, mon corps colonisé. Je n’ai le droit d’être dans la rue que pour me rendre d’un point A à un point B, si possible pour aller bosser ou pour chercher du taf ou claquer la tune que j’ai pas.

 

C’est ça la misère des pays riches. Cette solitude innommable du code barre qu’il faudrait qu’on se tatoue sur la chatte !!! La misère du sentiment permanent de culpabilité pour des délits que tu n’as pas commis, le putain de Big Brother, se méfier de son voisin. On se fera d’ailleurs bastonner par des pseudo-punks qui ne tolèrent pas qu’on s’abrite dans leur allée. J’agresserai plus tard un gamin qui me parle de travers. Coup de bouteille, hématome et la rage. La rage parce qu’au bout du compte on finit par se taper dessus entre nous au lieu de couper les têtes des actionnaires, des industriels et des politicien-es.

 

Squatte le monde. Dernière phrase gravée sur le mur de mes voisins avant de fermer les yeux.

 

Squatte le monde.

 

Squatte. 

 

Indymedia Paris, 9 décembre 2010.

 


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