Solidarité urgente avec les incarcérés de Poitiers

Publié le par la Rédaction

Nouveau communiqué de OCL Poitou

Le Monde du 12 octobre citant de façon partielle et orientée notre communiqué relatif à la Journée anticarcérale qui a été organisée le 10 à Poitiers, nous tenons à repréciser ici notre position.

La critique que nous avons portée — et qui a seule retenu l’attention du Monde — sur la façon dont s’était déroulée la manifestation de l’après-midi avait pour unique finalité de discuter entre camarades d’un certain néo-avant-gardisme. Nous n’avons pas «condamné les casseurs», et avons même dit explicitement que la responsabilité de la casse revenait à la police.

De plus, nous avons dénoncé d’entrée le montage en épingle médiatique des incidents survenus, qualifiés à tort — mais non gratuitement — d’«émeute» par le pouvoir ; et nous avons fait état des violences exercées quant à elles dans un lieu privé par sa police, violences qui ont été beaucoup moins rapportées par la presse… L’irruption à la Rambo que les «forces de l’ordre» ont réalisée dans le local où devaient se dérouler un débat sur la prison, un repas puis un concert au cours de la soirée, ce même jour, s’est en effet traduite par des coups de matraque donnés à plusieurs personnes, parmi la centaine qui eurent droit à un traitement très spécial (assises par terre dehors, mains sur la tête, pendant cinq heures pour un contrôle d’identité avec prise de photo…), et par la destruction de tout le matériel de sono qui avait été prêté ou loué afin de permettre à des groupes musicaux d’assurer leur prestation.

Transformer le bris de quelques vitrines dans une rue et le taggage de quelques monuments dans d’autres lieux en un «saccage du centre-ville» prêterait à rire si, répercuté par les médias à aussi grande échelle, cette désinformation ne revenait à servir sur un plateau au gouvernement une nouvelle occasion d’utiliser sa panoplie sécuritaire et répressive. Après le quasi-couvre-feu qui a été instauré à Poitiers le soir du 10 pour jouer sur la peur des «bons citoyens» contre les «voyous», Hortefeu en visite le 12 dans cette ville sous haute surveillance a recommandé des peines exemplaires pour les huit personnes qui passaient en comparution immédiate — et il a bien sûr été entendu. Quant à nous, nous affirmons l’urgence d’une solidarité envers ces personnes ainsi qu’envers le Collectif contre la prison de Vivonne, confronté aujourd’hui au remboursement de dettes importantes dues à une agression policière de plus (pour infos et soutien).

Organisation communiste libertaire Poitou, 13 octobre 2009.


Communiqué de l’UL CNT Poitiers sur le 10 octobre et ses suites

Samedi 10 octobre un certain nombre d’individus ont instrumentalisé une initiative publique dite «anti-carcérale», prévue autour d’une manifestation et d’une soirée débat-concert. Ils ont imposé dans l’après-midi du 10, des formes spectaculaires de violence dans les rues de Poitiers.

Dans la soirée la police est intervenue au «23», espace culturel alternatif, où devaient se tenir débats et concerts, procédant à un contrôle d’identité mais aussi à l’arrestation de Samuel, militant de la CNT : simple spectateur de la manifestation dans l’après-midi, comme d’autres militants d’autres organisations poitevines ayant pignon sur rue.

Lundi, Samuel et d’autres sont passés en comparution immédiate devant le tribunal de Poitiers. Dans l’intervalle le ministre de l’Intérieur a demandé que la «justice sanctionne et durement». On peut s’étonner, sur la base de la séparation des pouvoirs en démocratie, qu’un ministre de l’Intérieur fasse pression sur des juges pour autre chose que rendre justice sur des bases sereines, en s’appuyant sur des faits.

Pour Samuel nous savons que ce jeune homme de 20 ans n’a en rien participé aux événements de l’après-midi, il en est sans doute de même pour d’autres condamnés dont il apparaît très clairement qu’il s’agit de boucs émissaires.

Notre syndicat, qui se bat sur le terrain économique et social, condamne toute forme de violence autoritaire, qu’il s’agisse de la politique du bâton ou de la matraque.

Notre syndicat apporte tout son soutien à Samuel et ses proches.

UL CNT Poitiers, 13 octobre.


(In)justice d’État : À quand votre tour ?


Un transfert de prisonniers a été prévu par l’État pour octobre 2009, de l’ancienne prison de Poitiers vers la nouvelle prison-Bouygues de Vivonne. Pour le 10 octobre 2009, une journée anti-carcérale avait été proposée par un collectif militant local, afin d’ouvrir le débat public sur une critique du système carcéral.

Il s’agissait de rassembler les gens, pour débattre des alternatives au système du châtiment et de la violence carcérale, et manifester une opposition digne et résolue à cette nouvelle prison. La journée s’articulait autour du «23», un lieu associatif qui avait bien voulu prêter ses locaux ce jour, pour des débats et un concert.

La journée a commencé vers midi par un débat très riche pour la qualité des interventions diverses. Un débat de fond, sur l’avenir des luttes anti-carcérales, devait avoir lieu le soir, suivi d’un concert pour lequel des groupes avaient fait le déplacement.

Pour montrer qu’il y a des gens qui protestent contre la construction de cette prison de nouvelle génération, un rassemblement en centre-ville était aussi prévu l’après-midi. Un rassemblement dit «festif», dans le respect de l’esprit du festival culturel des Expressifs qui avait alors lieu à Poitiers.

Mais la manifestation qui a suivi le rassemblement a été investie par des personnes qui avaient semble-t-il d’ores et déjà choisi d’autres façons de protester — selon des modes opératoires qui ont totalement pris au dépourvu nombre de participants. Cette minorité a peu à peu pris le contrôle de la manifestation, qui a rapidement dégénéré en un rapport de force entre certains manifestants et la police (tirs de flashball contre fusées et pétards). La manifestation a soudain reflué vers le centre-ville et a donné lieu aux dégradations matérielles aujourd’hui amplement relayées par les médias et les autorités.

Il ne nous appartient pas de juger les actes commis en eux-mêmes, puisqu’ils ne sont pas les nôtres. Ils peuvent être compréhensibles, si l’on analyse la plupart de leurs cibles : des vitrines d’agences de banques ; une agence de Bouygues (dont la maison-mère a construit cette nouvelle prison de Vivonne, gère son entretien et à qui l’État verse un généreux loyer) ; des cabines de France Telecom, l’entreprise aux 25 récents suicides ; du «mobilier urbain» à destination publicitaire…

Il est important de dire qu’il n’y a eu aucune violence délibérée contre la population.

Néanmoins, si nous aussi dénonçons la violence insupportable de ce système qui mène le monde droit au mur et brise les individus, nous sommes en désaccord profond avec cette «stratégie» de destruction.

Ces actions n’ont en effet été l’initiative que des individus qui les ont choisies ; or, elles ont immédiatement impliqué un grand nombre de personnes qui n’étaient ni prévenues ni préparées, et dont beaucoup n’étaient pas d’accord avec ces méthodes. Elles ont délibérément été commises dans le cadre d’une manifestation publique, mettant ainsi en danger tous les participants. Aucune personne ayant choisi ces actions ne pouvait ignorer que la mise en œuvre de celles-ci donnerait lieu, face à un État de nature fondamentalement répressive, à des réponses policières et judiciaires aux graves conséquences locales.

En effet, cette répression s’est bel et bien abattue, d’une véritable violence, aveugle. Descente policière massive et brutale contre «le 23», qui n’avait strictement rien à voir avec les débordements de la manifestation. Le concert a été annulé, du matériel sono dégradé, le public et les bénévoles malmenés par la police, pendant cinq heures : plaquages au sol ou mise à genoux, matraquages, menaces, insultes, mains sur la tête, photos systématiques…

La répression, ce furent aussi des dizaines d’arrestations arbitraires, dont 18 donnant lieu à des gardes à vue éprouvantes. La police, bizarrement absente lors des débordements, s’est mobilisée en nombre pour le procès du lundi 12 octobre.

Le gouvernement, par la voix de l’inénarrable monsieur Hortefeux téléporté sur Poitiers, en profite étrangement pour ressortir les lois de 1936 de derrière les fagots contre les «groupuscules». Mais aussi pour pondre deux nouveaux décrets (à valider par le conseil d’État), consistant en deux nouveaux fichiers sur les lieux communautaires et sur les «groupuscules» supposés à l’origine de ces actes. On peut aussi s’interroger sur la cohérence d’une démocratie sensée s’inspirer de cette vieille théorie sur la séparation des pouvoirs, avec un ministre qui débarque à Poitiers pour un procès en comparution immédiate, demandant des peines exemplaires. Montesquieu doit se retourner dans sa tombe…

Huit gardes à vue ont en effet débouché sur des comparutions immédiates forcées. Trois condamnés à la prison ferme (de un à quatre mois) plus du sursis et des amendes, dont deux ayant tout juste vingt ans. Pour les autres, du sursis allant de trois à six mois et des amendes. Tous des boucs-émissaires, n’ayant jamais commis les faits qui leur sont imputés, des preuves à l’appui de leur non-implication dans ces faits ayant été écartées volontairement, ainsi que des témoignages.

Pour les dix autres personnes, relâchées à l’issue de leur garde-à-vue, trois sont poursuivies pour refus de prélèvement ADN. Dont une, mineure de quatorze ans (!), subira des poursuites pour «rébellion», une accusation policière qui frise le grotesque quand on connaît un tant soit peu la jeune fille.

Enfin, et c’est sans doute l’une autres tristes conséquences à long terme de cette manifestation et de la répression qui s’en est suivie : c’est tout le travail de fond, de nombreuses années, des militants libertaires auprès de la population, dont beaucoup étaient venus pour débattre d’alternatives à la prison, qui a été saccagé ce jour-ci — en trente minutes seulement.

Bien sûr, en tant qu’anarchistes, nous devrons analyser tou-te-s ensemble ces événements et leurs retombées.

Mais aujourd’hui, la priorité, ce sont les personnes enfermées en prison. Dans cette horrible prison de Vivonne, qui est le point de départ de tout cela. C’est le désarroi général, du côté des gens qui militent comme des gens qui vivent ici. Et la colère, face à tant d’injustice, tant ces condamnations sont révoltantes par leur absurdité. Bien au-delà de nos rangs, nous appelons immédiatement à soutenir toutes les victimes de cette parodie de justice, et nous appelons à la vigilance, face à toutes celles à venir.

Groupe Pavillon Noir (Fédération anarchiste - Poitiers), 13 octobre.




Violences à Poitiers : Trois lampistes derrière les barreaux à Vivonne

Trois des huit personnes jugées lundi à Poitiers ont été envoyées en prison. Les cinq autres écopent de sursis. «Une parodie de justice», disent leurs avocats.

Ils ont attendu jusqu’à 2 heures du matin dans la salle d
audience du tribunal de Poitiers. Mais quand leur copain Sam a été condamné à un mois de prison ferme avec incarcération immédiate à la prison de Vivonne, des cris et des pleurs ont jailli parmi la trentaine de jeunes Poitevins encore présents. Létudiant de 18 ans a été condamné pour sen être pris à une voiture de police banalisée qui reculait sous la pression des manifestants. Mais il a toujours nié pendant sa garde à vue et jusquà laudience quil a passée en larmes.

«Ils l
ont attrapé après la manifestation parce quil est facilement reconnaissable», semporte un de ses amis. Ce que semblait confirmer le procès-verbal daudition lu à laudience par son avocate. Le commissaire adjoint dit avoir reconnu celui quil avait déjà croisé lors des manifestations étudiantes de lan passé où sa chevelure rousse ne passait pas inaperçue.

«Plus facile d’arrêter les voleurs de pommes»

Les peines prononcées par le tribunal résument l
ambiance de la journée de lundi. Huit personnes en comparution immédiate, toutes ayant joué des rôles très à la marge des immenses dégâts provoqués dans le centre-ville de Poitiers samedi, mais des sanctions «sévères» comme lavait réclamé le ministre Brice Hortefeux lors de sa visite (CL dhier).

Trois personnes sont finalement parties à Vivonne, la nouvelle prison, objet de la contestation qui a dégénéré samedi. Deux jeunes de 18 ans ont donc écopé d
un mois ferme plus cinq mois avec sursis. Les cinq autres prévenus jugés lundi se sont vu infliger des peines avec sursis allant de deux à six mois après une audience qui aura duré plus de huit heures. Pour 45 minutes de délibéré.

Le commissaire leur réclame 1000 euros pour le préjudice

«C
est une parodie de justice. Pendant ce temps-là, les responsables sont dehors. Cest plus facile darrêter les voleurs de pommes», a déploré Maître Simone Brunet, avocate de quatre suspects dont les deux jeunes condamnés à un mois de prison ferme. Le plus sévèrement puni est Patrick. Cet homme de 51 ans avait reconnu avoir lancé une pile en direction de la police. Le tribunal la sanctionné de huit mois de prison dont quatre ferme alors que le procureur avait requis dix-huit mois dont huit ferme. Des réquisitions très lourdes comme lensemble de celles de Pierre Sennes. Le tribunal ne la que très partiellement suivi. Preuve que les véritables organisateurs nétaient pas dans le box.

Les prévenus les plus lourdement sanctionnés ont été formellement reconnus par le commissaire principal et/ou son adjoint puis interpellés bien après la fin des échauffourées. Ces officiers se sont aussi portés partie civile réclamant à chaque fois 1000 euros de dommages et intérêts. Le commissaire victime est également celui qui a réalisé l
audition de Patrick, son «agresseur» de 51 ans qui vit à Tours avec une allocation de handicapé.

«On a donné de la pâture au peuple. Je n
ai jamais vu ce type de condamnation pour un délinquant primaire, au casier vierge et qui a jeté une pile ne blessant personne», a déclaré son avocat, Me Philippe Brottier. Aucun des prévenus ne portait de masque ou de camouflage, à la différence dautres personnes beaucoup plus expérimentées qui se sont volatilisées après la manifestation.

Dix-huit personnes avaient été interpellées après les violences de samedi après-midi. Mais aucun meneur. Une information judiciaire pour «organisation d
un attroupement armé» a été ouverte pour «rechercher les personnes à lorigine de cette manifestation», avait expliqué à laudience le procureur.

Leur presse (Maurice Bontinck, Charente libre), 14 octobre.


Poitiers : le procès des lampistes ?

Trois des manifestants interpellés samedi ont été condamnés à des peines de prison ferme pour dégradations et violences. Une information judiciaire est ouverte.

Une centaine de personnes contrôlées, dix-huit placées en garde à vue, huit jugées lundi en comparution immédiate. Tel est le bilan strictement comptable du violent «happening» dont les rues de Poitiers ont été le théâtre samedi après-midi.

Selon des témoignages, la police a ratissé large. À défaut de flagrant délit pendant la manifestation, elle s’est rattrapée deux heures plus tard en investissant en force le local où le Collectif anticarcéral avait programmé débats et concerts le soir même. C
est là quont eu lieu la plupart des contrôles. Une cinquantaine de personnes présentes ont été «jetées à terre et menottées dans le dos», affirment les organisateurs qui, dans un communiqué, dénoncent des «violences policières». Du matériel entreposé là par les invités du festival aurait été «volontairement dégradé» par les forces de lordre.

«Les vrais casseurs sont rentrés tranquillement chez eux. Ce sont les lampistes qui ont trinqué», résume un étudiant poitevin qui se dit «spectateur, pas acteur».

Prison ferme

Le tribunal correctionnel de Poitiers a siégé jusqu
à 1h30, dans la nuit de lundi à mardi, pour juger les huit personnes poursuivies pour dégradations volontaires et violences sur les policiers. Toutes ont été reconnues coupables et condamnées à des peines de prison. Trois écopent de prison ferme avec mandat de dépôt à laudience : 8 mois dont 4 avec sursis pour Patrick, 51 ans, accusé davoir jeté une pile sur un commissaire ; 6 mois dont 5 avec sursis pour Jean et Samuel, deux étudiants de Poitiers, accusés de violence sur un officier de police. Pour ces trois-là, le procureur de la République avait requis 18 mois de prison dont 10 ferme.

Les autres s
en tirent avec un sursis total : 2 mois pour Charles et Nathalie (détention de feux dartifice) ; 6 mois et 2850 euros damende pour Serge (dégradation de biens privés) ; 6 mois pour Candice (dégradation de biens), plus 300 euros damende (refus de prélèvement ADN) ; 6 mois pour Léo (dégradation par incendie et jet de pierres). Enfin, une jeune fille mineure sera jugée ultérieurement par le tribunal pour enfants de Limoges doù elle est originaire, pour rébellion et refus de prélèvement.

Les condamnés sont de Poitiers, à l
exception dun homme domicilié à Tours et dune femme de Carcassonne. Tous ont reconnu leur présence à la manifestation en niant tout acte de violence. Aucun na de casier judiciaire. Leurs avocats ont dénoncé une «parodie de justice» fondée sur les seuls témoignages des policiers. Ils ont accusé le ministre de lIntérieur, Brice Hortefeux, davoir fait pression sur les magistrats, lors de sa visite à Poitiers lundi après-midi. «Je nai jamais vu ce type de condamnation pour un délinquant primaire, au casier vierge, qui a jeté une pile sans blesser personne !», a confié à lAFP Philippe Brottier, le défenseur de Patrick.

«Vigilance opaque»

Le parquet de Poitiers a ouvert une information judiciaire. Au juge d
’instruction de comprendre comment, par qui et pourquoi la manifestation, a priori festive, du Collectif anticarcéral a dégénéré en action à la black bloc. Les encagoulés distribuaient samedi un tract signé d’une certaine «Cellule de vigilance opaque». L’appellation n’est pas sans évoquer le Comité invisible, auteur de L’insurrection qui vient, cet essai confidentiel promu best-seller de l’ultragauche, grâce à l’affaire Coupat et au zèle du ministère de l’Intérieur.

Leur presse (Pierre-Marie Lemaire, Sud Ouest), 14 octobre.

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