Sécuriser la ville

Publié le par la Rédaction

La structure des médinas était un véritable casse-tête pour l’appareil répressif colonial, contrastant avec son architecture imposée percée de larges voies opérationnelles. Aujourd’hui et depuis la loi Pasqua de 1995 une «étude de sécurité» est obligatoire en amont de tout grand projet urbain, avec audit payé à une boîte experte (comme l’AB Associates d’Alain Bauer), généralisant l’urbanisme sécuritaire dans le cadre de réhabilitations de quartiers et cité-dortoirs. Le tout sécuritaire, avec son tape-à-l’œil répressif législatif, policier, n’a donc pas épargné l’urbanisme, tout particulièrement dans les quartiers. Difficile la répression avec ces grandes dalles inaccessibles aux voitures de police, ces halls à doubles entrées ou autres passerelles, coursives et angles morts ombragés.

 

Le Quartier du Luth à Gennevilliers n’échappe pas à la règle avec ses immeubles d’habitation percés de part en part. Alors dans la nouvelle station de métro toute proche, on n’a prévu aucun banc sur lequel s’asseoir. Dans cette logique sécuritaire l’espace public n’est qu’un flux à gérer par l’activité policière, du travail au lieu d’habitation, au lieu de consommation, et si tu es pauvre, au chômage, tu restes chez toi. Pas de place pour les jeux d’enfant, pour la vie de quartier, pas un barbecue en dur histoire de fraterniser. Surtout lorsque les préoccupations sécuritaires rejoignent les spéculations immobilières. Avec l’arrivée du métro, le quartier est aux portes de Paris, les projets de constructions et rénovations d’appartements à vendre destinés aux gens plus aisés fleurissent, et en attendant les commerces ferment, murés ; dans les couloirs du petit centre commercial c’est «Sarajevo», un quartier asphyxié.

 

«Belle politique» pour une mairie «PC» qui ne veut plus de «smicards» et cherche à repousser les chômeurs plus loin encore avec ses fausses rénovations agissant de concert avec la droite au gouvernement. C’est comme ça qu’ils nous parlent de «désenclaver» les quartiers «dangereux» ! Foutaises, ce sont les quartiers qui sont en danger, cibles du tout sécuritaire mêlé de spéculation immobilière et d’une politique qui se garde bien de poser les problèmes concrets du mal logement, de la précarité, du chômage, des discriminations…

 

Résistons ensemble no 86, mai 2010
Contre les violences policières et sécuritaires.

 

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