Sans taf ou sans pap, combattons l'exploitation !

Publié le par la Rédaction

 

Dans la nuit du dimanche 16 au lundi 17 mai, à Paris, un certain nombre d’institutions, d’entreprises et de centrales syndicales qui participent à l’exploitation de tous avec ou sans papiers ont été attaquées…

 

8 agences d’interim ont vu leurs vitrines cassées et leurs devantures taggées : L’agence Multipro rue des Immeubles industriels, 20e (tag «Liberté avec ou sans papier») ; L’agence Notarim rue Montbrun, 14e («Notarim exploiteurs») ; L’agence Intermedis rue du Château, 14e («Intermedis exploiteurs») ; Les agences Adecco de la rue Ernest-Renan, 15e («Adecco exploiteur de sans papiers») et celle de la rue Boudreau, 9e («Exploiteurs») ; Les agences Synergie de la rue de Clichy, 9e («Exploite») et celle de la rue du Chemin vert, 11e («Exploité, avec ou sans papier, agis !») ; L’agence Adaptel rue Chabrol, 10e («Pends ton patron»).


11 autres ont eu leurs serrures engluées (étain + glue) : L’agence Start People bld Voltaire, 11e avec les tags «Exploiteurs», «Liberté avec ou sans papier», ainsi que 10 autres agences (dont Adecco et Randstad) le long du boulevard Magenta dans le 10e.


2 Pôles Emploi ont été pris pour cible : le premier rue Moulin-Joly dans le 11e a vu les vitres de la porte d’entrée défoncées à côté du tag «Sans taf ou sans pap refusons l’exploitation». Le second, rue Kléber à Montreuil a eu sa porte d’entrée dégradée par une poubelle enflammée.


La CGT de la rue de Nantes dans le 19e a eu ses vitres brisées (tag «CGT Collabo») et le local CGT du 11 rue Léopold-Bellan dans le 2e a été recouvert des tags «CGT Collabo», «Mort au travail», «Vous aurez notre sueur, pas notre peau !»


Enfin, la CAF de la rue Bouchardon (10e) a été redécorée : «Cafteurs», «Nik la CAF»…


Les temps sont durs. Les capitalistes insistent toujours davantage pour faire de chacun de nous une marchandise disponible à n’importe quel prix. Les requins se font ainsi concurrence pour s’approprier notre vie en plus de notre force de travail. Ils voudraient nous condamner toujours plus durement à «travailler» ou à «mendier» auprès des gestionnaires quotidiens de notre misère pour tenter de survivre. Avec ou sans papiers, à Pôle Emploi ou au turbin, tout est bon pour nous écraser et tenter de nous soumettre au joug de l’exploitation maximale.


Parmi les profiteurs de la misère, les agences d’intérim se taillent une place de choix en utilisant et jetant les gens au gré des besoins de l’économie : conditions de travail et horaires flexibles, mais aussi élimination de tous ceux qui ne rentrent pas dans le cadre de l’exploitation docile. En plus d’engranger des profits supplémentaires sur ce marché aux esclaves, elles font généralement preuve d’un zèle très ordinaire en essayant de briser par tous les moyens les résistances possibles.


Occupées depuis octobre 2009 par des centaines de «travailleurs sans-papiers» luttant pour obtenir une régularisation, elles ont procédé à plusieurs expulsions musclées. Le 19 février, Multipro a attaqué avec ses gros bras la trentaine de sans-papiers en grève venus négocier à l’agence boulevard Voltaire. Randstad s’est quant à elle appuyée sur les forces de l’ordre le 15 décembre 2009 à Aulnay-sous-Bois, puis les 24 mars et 1er avril 2010 à Daumesnil, pour dégager des dizaines d’autres sans-papiers. Quant à Adecco, Crit Interim et Start People, elles ne se sont pas données la peine d’attendre si longtemps, et c’est après seulement 12 jours d’occupation que les 40 sans-papiers de Compiègne se sont faits virer de leurs piquets le 26 novembre 2009. Enfin, n’oublions pas Synergie, qui a également fait évacuer par les flics son agence rue de Rome le 24 octobre 2009.


Alors oui, pour toutes ces raisons, pour leur rôle de mercenaires de l’esclavage salarié et aussi par solidarité avec les sans-papiers en grève, il ne faut pas s’étonner si les agences Adecco, Multipro, Randstat, Synergie … parmi d’autres, subissent la colère des enragés.


Mais ce tableau serait encore trop partiel si on oubliait le rôle des syndicats dans leur traditionnelle cogestion de l’exploitation. Ainsi, dans l’actuelle grève des «6000 travailleurs sans-papiers», ils ont eux aussi fait preuve d’une grande application pour que cette mobilisation, dans ses formes comme dans ses perspectives, reste sagement dans les rails du capitalisme moderne. Ils mènent des occupations où les véritables intéressés sont priés de stationner patiemment pendant que les bureaucrates négocient, tout en s’agitant à coups de pétitions et de gesticulations médiatiques qui font exercent des «coups de pression» bidons sur l’État et les patrons.


En somme, les syndicats (CGT comme SUD) demandent aux sans-papiers de continuer de pourrir sur place en attendant une circulaire miraculeuse, afin de s’imposer comme les interlocuteurs incontournables du pouvoir pour fixer ensemble les règles qui régiront l’embauche de la main d’œuvre étrangère. Se plaçant dans le cadre de l’«immigration choisie», ces sans-papiers n’obtiendront de toute façon au mieux qu’un statut de merde avec des cartes de séjour de courte durée, dont l’octroi et le renouvellement sont faits à la demande du patron, et qui les rendra dépendants de son bon vouloir. Autrement dit : trime et n’ouvre surtout pas ta gueule, sinon tu peux dire adieu à tes papiers ! Et encore, pour l’instant — cela fait déjà plus de six mois — les directives syndicales exigent de ne pas déposer de demande de régularisation tant que le gouvernement n’aura pas pondu une circulaire avec des critères fixes, applicables sur tout le territoire, qui définiront le cadre nécessairement pourri des cartes de séjour avec la mention «salarié» ou «travailleur temporaire».


Les misérables critères que proposent les syndicats (qui peut justifier d’un an de travail déclaré à temps plein, de trois ans de présence en France, et d’une promesse d’embauche d’un patron pour un an à temps plein, y compris chez les travailleurs nationaux ?) procèdent à un tri sélectif qui dégage la plupart des sans-papiers de la lutte, et institutionnalise toujours plus la galère à laquelle on nous relègue tous. Une fois encore, les intérêts des syndicats ne sont pas différents de ceux de l’État et du capital, à savoir cogérer la main d’œuvre et éviter l’explosion sociale.


À présent, contre les séparations instaurées par le pouvoir et ses alliés, la solidarité peut être une des bases pour s’attaquer à ce qui nous rend esclaves et retrouver ce qui peut nous être commun, avec ou sans papiers : la réappropriation de nos vies vers un monde débarrassé de toute domination, de l’exploitation et de l’enfermement.


Liberté pour tous.
Sabotons la machine à expulser et à exploiter !


Indymedia Paris, 20 mai 2010.

 


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