Salut, les artistes !

Publié le par la Rédaction

La mort de Malcolm McLaren a été l’occasion d’un bruyant concert d’éloges posthumes venant des médias les plus variés (le représentatif Stéphane Davet salue dans Le Monde «l’imprésario, homme d’affaires, créateur de mode, producteur de musique», «manipulateur, provocateur et souvent visionnaire»). Quelques-uns ont su reconnaître en McLaren, rebelle de la mode (à moins que ce ne soit le contraire), mariant efficacement les affaires de l’art et l’art des affaires, un artiste de notre temps (un «visionnaire génial», disait de lui son ami Jean-Charles de Castelbajac). Et comme presque tous les journalistes sont, eux aussi, à notre époque, des artistes à leur façon spéciale, certains ont célébré en McLaren un de leurs pairs (Slate s’extasie sur «le camelot magnifique»).


McLaren avait fait passer un peu de situationnisme dans la culture pop. «C’est merveilleux d’utiliser le situationnisme dans le rock’n’roll», se félicita-t-il un jour, en songeant sans doute combien il était profitable de «faire du cash avec le chaos». Il pensait en somme être là pour réussir de bonnes affaires ; il ne doutait même pas de leur agrément. Prenant à la lettre le mot du Vieux de la montagne, «rien n’est vrai tout est permis», il le mit en application. L’adaptant aux mœurs du temps, il fit de l’arnaque son fonds de commerce (ce qui se traduit en anglais par «the great rock ’n’ roll swindle»).


La provocation, comme la mythomanie, est condamnée à une inflation perpétuelle pour tenir en haleine un public blasé. C’est ainsi que McLaren en vint à pimenter son situationnisme par une révélation tardive. Attendant prudemment que le cadavre de Guy Debord fût refroidi, il confia à un journaliste en 2000 :

«When I helped put God save the Queen on number one and had it banned from the radio at the same time, Guy Debord called me up on the telephone — I’ve never spoken to him in my life — and he said: ‘“hank you very much for getting my record to number one!” As far as he was concerned he owned that record and he owned that idea. And I thought, brilliantly audacious and truely wonderful and I never forgot it. I agree with him, it was his idea, yes!»


Pour rendre justice instantanément à ce canular, dont certains se sont complaisamment fait l’écho, il suffit de rappeler que Guy Debord tenait la tentative de couper la critique situationniste avec du punk pour un mélange toxique. Il écrivait à Jean-François Martos à propos de Lipstick Traces : «Tu conclus bien sur l’overdose de confusionnisme dans le Marcus».


McLaren vient donc de disparaître, et Johnny Rotten n’est pas encore parti le retrouver. Voilà que le cancer a été le plus fort, et qu’il emporte un récupérateur, plein d’astuce et de ressources, qui se perd, qui se dissout parmi nos multiples souvenirs.


Jules Bonnot de la bande, 12 avril 2010.

 


Publié dans Debordiana

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