Routine antiterroriste

Publié le par la Rédaction

 

Après avoir lancé le produit en grande pompe il y a maintenant trois ans, les stratèges policiers maintiennent leur campagne contre «l'ultra-gauche» à un rythme de croisière. Une vague d'arrestations/perquisitions de temps en temps, une série de contrôles judiciaires à la clé, quelques mois de prison par-ci par-là, quelques coups de pression, deux trois appâts pour trouver des indics : «tout est ok, Monsieur le Ministre, les gauchistes sont sous contrôle». Le tout sous procédure antiterroriste, histoire de se faciliter la tâche et d'en rajouter un peu sur la menace.

 

Conformément à la circulaire de Dati en 2008, tout acte de violence ou de dégradation en lien avec certaines thématiques étiquetées «ultra-gauche» (prison et sans-papiers, principalement) doit en effet passer par les mains expertes de la Sous-Direction Anti-Terroriste de la police judiciaire (ou sur Paris de la Section Anti-Terroriste de la brigade criminelle) ; libre à eux ensuite de garder ou non le dossier.

 

Ce qui a l'air de préoccuper les services depuis quelques mois, c'est la vague de solidarité avec les sans-papiers accusés d'avoir mis le feu au centre de rétention de Vincennes. Tags, collages d'affiches, occupations des locaux des collaborateurs de la politique d'expulsion et sabotages des distributeurs automatiques des banques qui balancent leurs clients pas en règle (cf. précédents numéros).

 

Ces deux derniers mois, 6 personnes ont eu droit au traitement de faveur de la circulaire Dati : d'abord trois anarchistes chopés en train de taguer des slogans de soutien à la Tunisie en révolte, dont deux étaient déjà sous contrôle judiciaire pour l'affaire «de Vincennes» — les deux sont en ce moment sous les verrous. Une autre personne déjà inquiétée dans la même affaire a fait un petit tour en préventive après avoir été cueillie à l'improviste dans la rue par les superflics. Enfin, les deux personnes qui avaient inauguré la série en janvier 2008, avec l'affaire dite «des fumigènes» (ils se rendaient à une manif de soutien aux sans-papiers avec des fumigènes et des clous tordus, avant d'être contrôlés par la BAC et de finir plusieurs mois en préventive pour ces simples faits), se sont faites arrêter coup sur coup alors qu'elles avaient rompu leurs contrôles judiciaires et étaient considérées comme en cavale.

 

Trois ans d'instruction pour cette dernière affaire, des ramifications qui permettent d'aller chercher plein de gens et de faire traîner, et au final un procès qui prend son temps pour arriver. Les flics auraient tort de se presser : à quoi bon envoyer une poignée de perturbateurs au «mieux» quelques mois en prison (vu les faits incriminés) quand on peut compliquer la vie de dizaines de «suspects» pendant des années à coups de contrôles judiciaires et de séjours en taule, et surveiller leurs potes par la même occasion ?

 

Reste que malgré la débauche de moyens, les flics ne peuvent pas être au cul de tous ceux qui sont susceptibles d'aller inscrire un bout de leur révolte sur les murs (d'ailleurs, depuis l'histoire, toute une série de tags de soutien sont apparus dans différentes villes).

 

Ils cherchent à épuiser, le tout est de garder du souffle ! 

 

Rebetiko no 9 (contact), printemps 2011.

 


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