Révolution en Tunisie... ce n'est qu'un début

Publié le par la Rédaction

À propos des allégations sur des élections libres

 

Peuple de Tunisie attention !

Ils veulent vous repousser à la maison !

 

La formation du gouvernement de transition et les discussions sur les élections libres viennent de la bouche des mêmes criminels qui ont fait couler le sang du peuple de Tunisie ces 23 dernières années. Les masses sont toujours en action et la mise en place d’une rhétorique révolutionnaire sur les élections, la formation d’un gouvernement intérimaire, le parlement et la description comme si tout est revenu à la normale n’a en fait qu’un seul but : faire rentrer les masses rebelles et protestataires dans leurs maisons.

 

«On n’arrêtera pas !»

Casbah de Tunis, le 25 janvier

 

Les élections, la libération des prisonniers politiques et l’ouverture de la voie pour de libres activités politiques sans aucune condition ni restriction est une partie des buts et des revendications des masses et pas une faveur d’un gouvernement qui comporte des réactionnaires dont certains sont même impliqués dans les meurtres. Alors qu’il y a un appel aux élections, les conditions pour mettre en place des élections libres sont absentes. La première de ces conditions est de faire comparaître tous les assassins, criminels et membres du parti au pouvoir, dirigé par Zine El Abidine Ben Ali, et tous ses ministres, commandants policiers et militaires qui ont commis des crimes contre le peuple de Tunisie, dans un procès public. C’est la première condition aux élections. L’absence de cette condition signifie très clairement que rien n’a changé et que ce ne sont que les visages qui ont changé. Le changement de visages est une tactique bien connue et utilisée par les bourgeois afin de calmer les ressentiments à l’encontre de symboles de l’ancien régime et d’amener de nouveaux visages, moins visibles et importants, d’un même système. Ce sont les mêmes forces qui veulent garder le pouvoir et reproduire la même tragédie pour les masses de Tunisie, la même faim et la même oppression, la même discrimination et la même absence de droits, et le même chômage de masse.

 

N’acceptez pas d’être trompés par les doux discours après ce pour quoi vous vous êtes battus et vous êtes sacrifiés. Ce n’est pas eux, c’est vous, qui avez changé les événements à la base. Votre révolution est digne d’aller de l’avant jusqu’à ce qu’elle accomplisse ses objectifs.

 

Victoire de la Révolution des masses de Tunisie !

En avant pour accomplir les buts de liberté,

d’égalité et de bien-être de la révolution !

 

Parti Communiste-Ouvrier de Gauche
d’Irak
(LWPI), 21 janvier 2011.

 

 

Les buts de la révolution du peuple en Tunisie !

 

Le peuple de Tunisie s’est soulevé contre la pauvreté, le chômage et la dictature et pour réaliser les buts immédiats suivants. Ces buts sont un minimum pour tester n’importe quel gouvernement dans son action et sa représentativité des revendications minimum des gens. Ils représentent aussi le minimum sur l’action et sur quoi s’engage tout parti politique.

 

Les buts minimum sont :

1. Libération de tous les prisonniers politiques et abolition de toutes les décisions de tribunaux ou de police contre tout militant politique.
2. Fin de la loi martiale et retrait des rues de toute force militaire ou similaire visant à empêcher et à priver les gens de leurs droits à se rassembler, à manifester et à protester.
3. Arrestation et jugement de la tête de l’ancien régime Zine El Abidine Ben Ali et de tous les pilleurs de son gouvernement pour qui est prouvé l’implication dans les actes criminelles contre les masses de Tunisie pendant la dernière période ainsi que des commandants de la police et de l’armée et de tous ceux qui ont du sang du peuple sur les mains, qui ont ouvert le feu lors des récents événements et leur jugement public.
4. Instauration des plus larges formes de libertés politiques, sans restriction ni condition.
5. Instauration de toutes les libertés civiles et individuelles comme la liberté de grève, d’assemblée, de manifestation, de croyance, d’expression, de presse, d’adhésion politique, etc.
6. Instauration et assurance d’un bon niveau de vie et de la dignité pour tous les citoyens sur la base des plus hautes normes internationales et garantie de payement, par l’État, d’une allocation-chômage qui garantisse une vie décente pour tous les chômeurs, augmentation du salaire minimum pour assurer une vie décente et de bien-être pour tous les travailleurs.
7. Interdiction de toute loi qui discrimine les femmes ou assure leur infériorité.
8. Abolition stricte de la peine de mort en Tunisie.

 

Ces buts sont les tâches minimales qui reposent sur les épaules du mouvement révolutionnaire et de libération en Tunisie, mouvement qui est descendu dans les rues et a été capable de renverser en quelques jours la dictature de la classe dirigeante, et a, en plus, ébranlé les trônes des dictatures nationalistes et islamistes de la région, tout en élevant l’espoir des masses avec des slogans comme «Oui au pain et à la liberté», «Non à Ben Ali et à la dictature» et «Non aux lois basées sur la religion et la discrimination». Ce sont les buts de toute personne qui croit dans leur courageuse insurrection en la liberté et l’égalité pour les masses en Tunisie.

 

Parti Communiste-Ouvrier de Gauche
d’Irak
(LWPI), 19 janvier.

 

 

Révolution en Tunisie… ce n’est qu’un début

 

Ben Ali, le dictateur qui terrorisait la population tunisienne a dû fuir dans la soirée du vendredi 14 janvier, qui marque déjà une date historique, non seulement pour la Tunisie ou le Maghreb, mais pour le monde entier. Raïs pendant 23 ans, pilleur, voleur et dictateur, le voilà qui a dû passer six heures en avion pour trouver, après avoir tenté la France de son ami et souteneur Sarkozy, Malte, pour finalement atterrir et trouver un accueil dans la réactionnaire monarchie des Saoud. Rien, bien entendu, à l’heure où ces lignes sont écrites, n’est encore gagné pour la population de Tunisie, ni en ce qui concerne son aspiration à la liberté, ni en ce qui concerne les revendications ouvrières, contre le chômage et la misère, ces revendications qui, fin décembre, ont marqué le début de l’insurrection dans cette région pauvre de Sidi Bouzid. Alors que l’armée patrouille dans les rues, que les anciens flics du régime de Ben Ali continuent de semer la terreur, personne ne sait ce que sera l’avenir de la Tunisie, tant l’histoire mondiale de notre classe sociale est riche en révolutions trahies et confisquées, mais pourtant la révolution en Tunisie est d’ores et déjà un événement historique dans l’histoire du mouvement ouvrier international.

 

Pour des raisons de proximités géographiques et linguistiques, c’est bien entendu, déjà, dans tout le monde arabe que la révolution tunisienne marque le début d’une nouvelle ère. Dans l’Algérie voisine, la colère s’est, encore très récemment, exprimée par des émeutes dans tous les quartiers pauvres du pays. Comme en Tunisie, c’est le chômage de masse, la pauvreté et la hausse des prix qui a mis le feu aux poudres. Vendredi 14 janvier, alors que Ben Ali fuyait, la queue entre les jambes, des milliers d’ouvriers protestaient en Jordanie contre la hausse des prix. Au Yémen, un millier d’étudiants sont descendus dans les rues à Saana au lendemain de la fuite de Ben Ali pour saluer la révolution en Tunisie et appeler à des révolutions similaires dans tout le monde arabe. En Égypte, marqué ces dernières années aussi par des révoltes ouvrières, en particulier dans l’industrie textile, aux Émirats Arabes Unis où, malgré la répression, les ouvriers immigrés du bâtiment avait lancé une puissante grève pour les salaires, au Maroc où les protestations des travailleurs et des étudiants sont nombreuses, et jusqu’au Soudan où l’on souffre de la hausse des prix, de la pauvreté et de la répression, il n’y a pas un seul pays arabe où les yeux ne se tournent pas vers la Tunisie. Les yeux remplis d’espoir d’un côté et de frayeur de l’autre, et ainsi dès le 15 janvier, les gouvernements de Jordanie et de Libye décidaient de la baisse des prix, craignant que l’étincelle tunisienne ne mettent là aussi le feu aux poudres. Du Maroc aux monarchies féodales du Golfe persique, il n’y a pas un pays arabe où l’on ne trouve, au cœur de la classe ouvrière et plus largement de la population, cette double aspiration à la liberté, face aux régimes policiers, militaires et/ou monarchiques, et à l’égalité face au chômage, à l’inflation et aux bas salaires.

 

Mais cette double revendication dépasse déjà le monde arabe. Dimanche 16 janvier, c’est la République Islamique d’Iran qui fait part de son inquiétude… et là aussi, en 2009, par millions les gens sont descendus dans les rues contre la dictature, alors qu’en décembre, commençait la suppression des subventions sur l’essence et les produits de premières nécessité, provoquant une hausse des prix, nouvelle attaque contre une classe ouvrière déjà touchée par des salaires inférieurs au seuil de pauvreté, le chômage de masse et la misère. Les similitudes des images du mouvement révolutionnaire de 2009 en Iran et de la révolution de 2011 en Tunisie sont d’ailleurs frappantes, comme le sont les slogans criés dans les rues à Téhéran hier, à Tunis aujourd’hui.

 

On pourra objecter que si l’Iran n’est pas un pays arabe, cela reste un pays arabo-musulman. Pourtant, à l’autre bout du monde, en décembre, c’est en Bolivie que suite à une journée de protestation ouvrière et les préparatifs de grève générale, en particulier dans les mines et les transports, que le gouvernement a reculé sur la hausse des prix de l’essence. Et le cri de colère d’un émeutier de Bab-El-Oued (Alger) «De cette vie sans lendemain, nous n’en pouvons plus. Nous n’en voulons plus» n’a rien de spécifiquement maghrébin ou même arabe. C’est le même cri qui résonne parmi les quatre millions de familles expulsées aux États-Unis, le même cri que l’on retrouve aussi dans les grèves et les manifestations en Europe contre l’austérité, un cri finalement commun à tous les prolétaires du monde. Les revendications de la rue tunisienne contre le chômage et la hausse des prix sont, elles aussi, des revendications aujourd’hui communes à tout le prolétariat. Bien sûr, la situation est loin d’être aussi dramatique, aujourd’hui, pour les ouvriers du nord de la Méditerranée que pour ceux du sud, mais la dégradation des conditions de vie pousse elle aussi à la nécessité de luttes de plus en plus résolues. Avec les grèves de cet automne, la réquisition des grévistes et les menaces de prison ferme, la transformation du centre de Lyon et en particulier de la place Bellecour en place fortifiée par la police et les forces de répression, les condamnations de manifestant(e)s et de syndicalistes, en métropole et dans les DOM-TOM, montrent qu’en Europe aussi, dès lors que la lutte des classes prend un tournant plus aigu, la bourgeoisie est prête à rejeter tout le verni «républicain» ou «démocratique» de son appareil d’État pour n’en garder que la substance principale : un groupe de gars armés destinés à réprimer la classe ouvrière dans le seul intérêt de la bourgeoisie.

 

À l’heure où, à propos de la Tunisie, on entend surtout parler de «révolution démocratique», il faut revenir sur la nature de classe de cette révolution. Née à Sidi Bouzid, partant de l’immolation par le feu d’un jeune chômeur crevant de la misère, c’est avant tout une révolution prolétaire, une révolution contre la dictature, mais aussi une révolution contre le chômage, une révolution contre la hausse des prix, une révolution contre la misère. Tout comme c’est des quartiers pauvres que sont venues les récentes émeutes insurrectionnelles en Algérie, c’est du cœur de la classe ouvrière qu’est née la révolution tunisienne, une révolution qui couvait déjà, avec la lutte du bassin minier de Gafsa. Ce sont bien souvent des militants de base de l’UGTT (alors que la bureaucratie collaborait avec le régime), la principale organisation ouvrière de Tunisie, qui ont organisé les protestations. Moins spectaculaire et médiatisée que les émeutes, la révolution en Tunisie a aussi été marquée par l’utilisation de cette arme traditionnelle de la classe ouvrière qu’est la grève, comme à Sfax où à l’exception des hôpitaux et des boulangeries, 100% des travailleurs et travailleuses de la ville étaient en grève le 9 janvier. Ces grèves ont touché bien des secteurs, en particulier les centres d’appel sous-traités par France-Télécom, Orange ou SFR. C’est bien la classe ouvrière qui a lancé le combat et qui a entraîné derrière elle toutes les couches de la population qui voulaient en finir avec la dictature de Ben Ali, en liant grèves et manifestations insurrectionnelles. Rien d’étonnant à cela, la classe ouvrière est, en Tunisie comme ailleurs, la seule classe révolutionnaire, qui «n’ayant rien à perdre que ses chaînes», n’a rien à craindre de faire ce saut dans l’inconnu qu’est la révolution.

 

La révolution en Tunisie est à mille lieux des pseudo-révolutions «colorées» d’Ukraine ou de Géorgie, ces fausses révolutions où tout était joué à l’avance, et où, appuyés par quelques manifestations, une fraction de la clique au pouvoir en remplace une autre. Les dizaines et dizaines de morts rendent impossible de parler de la révolution tunisienne de 2011 comme d’une «révolution de velours», tout comme il était déjà impossible de parler de la sorte de la crise révolutionnaire en Iran de 2009. C’est d’ailleurs justement ce côté prolétaire de la révolution tunisienne qui inquiète, non seulement les dirigeants des pays du Maghreb et du Moyen-Orient, mais aussi ceux des pays européens. Car cette révolution, si elle a chassé Ben Ali, est aussi une défaite pour Sarkozy.

 

Quelques jours avant la fuite de Ben Ali, Michèle Alliot-Marie proposait d’aider le régime en place à réprimer. La première inquiétude de l’État français va bien sûr pour les intérêts des capitalistes français qui, avec la dictature de Ben Ali, bénéficiaient d’une classe ouvrière muselée et donc bon marché. En lui refusant, malgré sa tradition d’accueil des dictateurs déchus, l’État français a montré son mépris pour ses pions qui échouent à maintenir l’ordre. Tant que les profits entrent dans les poches des bourgeois et que l’ordre nécessaire à l’extorsion de la plus-value est maintenu, l’État français se fout de la nature du régime. En Côte d’Ivoire par exemple, après être intervenu militairement pour protéger Gbagbo, l’impérialisme français appuie désormais Ouattara. L’État français ne soutenait Ben Ali que tant qu’il était au pouvoir. Qu’importent les êtres humains, même chefs d’États ou PDG, pour le système capitaliste. Pas plus qu’une entreprise n’a du mal à trouver un successeur après le départ d’un PDG, l’État français n’aurait aucun mal à composer avec n’importe quel successeur de Ben Ali, qui prendrait le pouvoir suite à un coup d’État militaire, une élection, truquée ou non, ou n’importe quel moyen contrôlé par la bourgeoisie. Mais là, c’est l’insurrection prolétaire qui a fait fuir Ben Ali, c’est la rue qui a affronté les flics du régime et il en ressort ce sentiment que détestent tous les chefs d’État, celui qui arrive lorsque des chômeurs, des travailleurs, des damnés de la terre et forçats de la faim interviennent brusquement sur la scène de l’histoire pour prendre leur destin en main.

 

Lorsqu’il s’agit d’une vraie révolution, née des entrailles de la société et en particulier de la classe prolétaire, et non d’une fausse révolution de palais, les révolutions ne cessent que rarement mais souvent commencent, se renforcent et se radicalisent avec le départ d’un dictateur, comme ce fut le cas avec Nicolas II en Russie (1917), Guillaume II en Allemagne (1918) ou le Shah en Iran (1979). Dimanche 16 janvier d’ailleurs, à Regueb, petite ville tunisienne de 8.000 habitants, 1.500 personnes ont défilé en scandant : «Nous ne nous sommes pas révoltés pour la formation d’un gouvernement d’union avec une opposition de carton-pâte». Lundi 17 janvier, de nouvelles manifestations ont éclaté à Tunis, réprimées par des tirs de gaz lacrymogènes, et, dans les quartiers populaires, les habitant(e)s s’organisent pour assurer leur auto-défense face aux flics et aux voyous de Ben Ali et constituent des comités de quartiers. Des appels à manifester circulent le 18 janvier, à Tunis comme à Sousse contre le nouveau gouvernement, sous le mot d’ordre «le dictateur est tombé, pas la dictature». La «révolution tunisienne», qui déjà n’est plus seulement tunisienne, semble loin d’être terminée.

 

D’autant que si Ben Ali est parti, tout l’appareil d’État de sa dictature reste en place. Le «gouvernement d’union nationale» est composée à 85% de membres du RCD, le parti de Ben Ali, de ses anciens ministres et des hommes de son appareil. Les membres de «l’opposition» intégrés dans ce gouvernement, sont en grande partie des membres de l’ancienne opposition légale et officielle auquel s’est ajouté un membre du parti Ettajdid (ex-Parti Communiste de Tunisie) qui, après avoir longtemps soutenu le régime de Ben Ali avait fini par être interdit. Bien sûr, il y a des promesses, on parle de l’instauration de la liberté de presse, d’opinion et de création de partis, des prisonniers politiques comme Hamma Hammami ont été libérés et des élections sont promises dans six mois.

 

Avec le départ de Ben Ali, le nouveau gouvernement lâche bien sûr sur quelques revendications. L’histoire des révolutions russe, allemande et iranienne, avec leurs différences, montre que la bourgeoisie peut reculer devant la révolution prolétaire, abandonner ses plus fidèles serviteurs, mais que, si elle conserve le pouvoir, si elle maintient son appareil d’État, quelle qu’en soit la forme, elle cherchera par tous les moyens à écraser cette classe ouvrière qui a osé se révolter. Les illusions démocratiques, les alliances derrière tel ou tel front avec une fraction de la bourgeoisie, au nom de «la démocratie», de la «nation», ou de «l’anti-impérialisme», ont toujours coûté très cher en sang aux ouvriers qui se sont révoltés. En 1918, le Parti Social-Démocrate (SPD) avait vendu la république aux ouvriers qui s’étaient révoltés contre la guerre, écrasant à Berlin, en Bavière et ailleurs les prolétaires qui construisaient une république socialiste. Lorsque, avec la crise de 1929 et ses répercussions dramatiques en Allemagne, on commençait dans les rangs ouvriers à s’inquiéter des chemises brunes nazies, des théoriciens sociaux-démocrates expliquaient que «l’Allemagne n’est pas l’Italie» et que la constitution de Weimar protégerait les libertés face au fascisme. En 1933, le prolétariat allemand, le mieux organisé d’Europe, allait connaître la plus terrible des défaites et des répressions. Plus près de nous, en 1973 au Chili et la constitution d’un gouvernement de type Front Populaire, les prolétaires s’inquiétaient de la menace d’un coup d’État militaire, réclamaient des armes pour se protéger. Les dirigeants des partis de gauche expliquaient, le plus sérieusement du monde, que le Chili n’est pas l’Argentine, que l’armée resterait à la place que lui confie la constitution… jusqu’au coup d’État de Pinochet. «L’Iran n’est pas le Chili» était un mot d’ordre populaire dans la gauche iranienne des années 1970. En février 1979, l’insurrection à Téhéran balayait le Shah et sa monarchie. Dans toutes les usines, des Shorras (conseils) étaient constitués par des ouvriers, les universités étaient contrôlées par des groupes de gauche et d’extrême-gauche, mais, soutenu par la bourgeoisie du bazar et le clergé à l’intérieur, par la France, la Grande-Bretagne et les USA à l’étranger, Khomeiny revenait de son exil. Il promettait que les prisons pour détenus politiques deviendraient des musées et l’électricité gratuite. La plupart des partis de gauche iraniens expliquaient qu’il fallait, au nom de la «révolution nationale-démocratique» ou de «l’anti-impérialisme», que les ouvriers cessent leurs grèves et protestations, le 8 mars 1979 les femmes avaient réussi à faire reculer Khomeiny sur la question du hidjab obligatoire dans l’administration… mais déjà des groupes du Hezbollah commençaient à semer la terreur contre les militants ouvriers, les femmes qui refusaient le voile, les militants d’extrême-gauche qui ne se pliaient pas à la nouvelle «unité nationale-démocratique et anti-impérialiste» derrière le clergé.

 

Les prolétariats d’Allemagne, du Chili ou d’Iran ont fait la cruelle expérience après qu’on les ait bercé d’illusions sur la «démocratie» ou sur «l’unité nationale anti-impérialiste», et qu’on ait trouvé des prétextes pour arrêter, avant de le réprimer, le mouvement révolutionnaire, que l’on ne peut pas faire de «révolution à moitié». Une fois le mouvement révolutionnaire lancé, l’alternative n’est plus que la victoire d’une classe et l’écrasement de l’autre ; les ouvriers d’Allemagne, du Chili et d’Iran qui se sont lancés dans de formidables révolutions sans prendre le pouvoir l’ont payé par la mort de dizaines de milliers des meilleurs d’entre eux.

 

Camille Boudjak, 18 janvier.

 

 

À propos de la situation révolutionnaire en Tunisie

 

Suite à l’intensification des lutes des chômeurs, de la classe ouvrière et de tous les opprimés en Tunisie en protestations de masse et en rassemblements réunissant des enseignants, des avocats et des jeunes et après l’extension des manifestations aux villes et quartiers du pays et en particulier dans la capitale Tunis en lien avec les syndicats, le gouvernement, représenté par ses forces répressives, ont commencé à tirer à balles réelles sur les manifestants. Il a été annoncé que le nombre de morts a atteint les 60 victimes et de nombreuses personnes ont également été tuées dans les prisons. Les manifestations de masse et les affrontements ont conduit à la fuite du dictateur Zine El Abidine Ben Ali qui a été remplacé par Mohamed Ghannouchi en tant que président et l’instauration de la loi martiale. L’armée protège désormais l’aéroport et les principaux centres du gouvernement, mais les rues sont toujours pleines de gens loin qui n’ont toujours pas confiance dans ce qui se trame et qui ont formé plusieurs conseils pour gérer la situation et protéger les biens publics contre le pillage et le vandalisme de gangs de pilleurs qui profitent de l’actuelle situation.

 

L’actuelle protestation en Tunisie est une révolution de masse provoquée par un travailleur qui s’est immolé par le feu pour protester contre l’agression de la police contre son moyen de vivre. Ce fait a allumé les flammes des protestations de milliers de travailleurs sans-emploi dans toute la Tunisie et a évolué vers la revendication de renverser le régime, de libérer les prisonniers politiques et plus largement pour les libertés politiques. Les masses se sont levées avec courage et ont lancé une insurrection pour renverser le tyran despotique qui a fuit paniqué. Mais l’actuel régime dirigeant, qui proclame sauver le pays, n’est que dans la continuité de Zine El Abidine Ben Ali. Il est incapable de servir les intérêts et les objectifs de la révolution égalitaire des masses tunisiennes. Le peuple ne s’est pas soulevé pour former un gouvernement d’unité nationale ou basé sur la constitution, ou pour obtenir quelques solutions sédatives par lesquelles le but de la classe dirigeante est de désamorcer la révolution et d’amener des réactionnaires islamistes et nationalistes au pouvoir. Les forces islamistes et nationalistes qui, avec la propagande médiatique mondiale, font la promotion d’une soi-disant unité nationale et de la consolidation de la démocratie, veulent, en fait, avorter l’insurrection et la domestiquer en une nouvelle révolution de velours démocratique (révolution du Jasmin !) et semer des illusions parmi les masses en leur faisant croire que l’actuel gouvernement serait capable de résoudre leurs difficultés et leurs problèmes, en particulier la misère, le chômage, la discrimination, l’oppression, l’inégalité et le manque de droits et de libertés.

 

Notre parti affirme que la classe bourgeoise, qui s’est montrée après le départ de Ben Ali, va tenter de faire des promesses pour obtenir les faveurs des gens, mais en fait, son but est de tuer la révolution et de distraire les masses avec des réformes à la marge pour perpétuer son pouvoir. Notre parti affirme que le courant réactionnaire nationaliste arabe et islamiste, gardien du régime, et les officiers militaires sont tous incapables de représenter la révolution ou de la diriger vers ses buts, et que la solution est dans les mains de la classe ouvrière tunisienne et des millions de travailleurs, et de leurs forces socialistes, de gauche et laïques. Notre parti, tout en voyant dans cette révolution une nouvelle ère de liberté et d’émancipation pour les peuples du monde arabe, met en avant que l’émancipation définitive des masses des privations, des sévices, de la pauvreté, de l’absence de libertés politiques et d’égalité des femmes ne sera reconnue que par la victoire du socialisme. Cela nécessite la poursuite des luttes qui ne peuvent être accomplies que par la classe ouvrière de Tunisie elle-même.

 

Là se trouvent les difficiles tâches devant la révolution, mais la plus importante tâche du moment est de barrer le chemin de la bourgeoisie tunisienne qui veut tromper les masses en parlant de démocratie, de droits humains, de gouvernement de coalition, etc. afin de reprendre son souffle et de retrouver son pouvoir avec un nouveau visage. Nous soulignons la nécessité de développer les méthodes de lutte des travailleurs de Tunisie, d’intensifier la lutte et d’atteindre le niveau de détermination de la classe ouvrière d’une alternative politique vers le socialisme. La formation de conseils dans plusieurs villes et leur transformation en cellules pour des conseils du peuple, est une première étape pour prendre contrôle de la situation, mais la direction de la révolution nécessite un parti communiste-ouvrier compétent pour mener la révolution jusqu’à la victoire de la République Socialiste, seule alternative pour la large et directe intervention des gens et pour la restauration de leur humanité volée.

 

Pour la victoire de la Révolution des masses de Tunisie !

Vivent la liberté et l’égalité !

Vive la République Socialiste !

 

Parti Communiste-Ouvrier de Gauche
d’Irak (LWPI), 17 janvier.

 

 

Révolution en Tunisie : En avant ! En avant !

 

Le vendredi 14 janvier, un mois de protestations et de luttes de la classe ouvrière et du peuple de Tunisie contre le chômage, la misère et l’État policier corrompu a conduit à la fuite précipitée de Zine El-Abidine Ben Ali, le président de Tunisie. Ce fut la première réalisation du peuple de Tunisie dans sa lutte pour la liberté et l’égalité.

 

C’est le début d’une révolution dont la victoire ne peut être que l’établissement du pouvoir direct des citoyens basé sur la participation populaire dans l’administration de l’État, le renversement complet de l’actuel gouvernement et la destruction de la machine répressive d’État utilisée contre le peuple de Tunisie depuis plus d’un demi-siècle.

 

La rapide victoire des gens de Tunisie pour forcer Ben Ali, qui était à la tête d’une redoutable machine de terreur, à fuir, pousse à l’optimisme et a été saluée par les peuples du monde en particulier dans les pays arabes. Dans plusieurs pays, les gens ont manifesté pour soutenir le peuple de Tunisie, alors que l’ombre de la peur plane sur la tête des dictateurs. En Iran, les gens se précipitaient pour regarder ces scènes similaires à celles de leur propre lutte contre le régime islamique lors de la révolution de 2009, et envoyaient des messages de soutien et de salutations après la fuite du dictateur tunisien ; ils se sentent plus forts pour leur lutte contre le régime islamique d’Iran.

 

Le début de la révolution tunisienne est un événement important avec un impact considérable dans la région et en particulier dans les pays de ce qui est appelé le «monde arabe». Cette révolution doit vigoureusement aller de l’avant et réaliser sa victoire. L’élite dirigeante de Tunisie, en coordination avec les puissances occidentales, en particulier la France et les États-Unis, tente de mettre «hors de la vue» quelques uns des visages les plus haïs de l’État tunisien et de sauver la machine répressive d’État, comme l’armée et autres organes de répression, en invitant quelques nationalistes, islamistes et éléments réactionnaires de l’opposition pour former un gouvernement «d’unité nationale», ils tentent de maintenir et de justifier l’actuel système d’oppression et d’exploitation. Le nom de code de cette opération est celui de «révolution du jasmin», supposée être basée sur le modèle de la révolution de velours. En transférant le pouvoir entre différents groupes de la classe dirigeante, le but de l’élite au pouvoir est de provoquer la défaite de la révolution du peuple en Tunisie.

 

La population de Tunisie doit faire avancer sa révolution ; en mettant en avant des revendications comme la libération inconditionnelle des prisonniers politiques, le jugement public de Ben Ali et de tous ceux qui sont responsables des récents assassinats, la fin de la loi martiale, l’abolition des organes répressifs de l’État, la publication de tous les documents concernant le pillage et les détournements de fonds par les hauts fonctionnaires du gouvernement, la participation directe et populaire dans toutes les prises de décision dans les industries, les organisations gouvernementales, les universités et les quartiers, la liberté inconditionnelle d’expression, de grève, d’organisation et d’activités politiques, la hausse immédiate des salaires, etc. Aucun gouvernement, qu’il se nomme «d’unité nationale» ou autrement, n’aura aucune légitimité pour diriger tant qu’il ne reconnaîtra pas ces revendications. Tout gouvernement qui refusera d’accepter ces revendications sera considéré comme la continuité de l’ancienne dictature et par conséquent ne pourra être reconnu.

 

Aller de l’avant et obtenir ces revendications ne sera possible que par l’organisation de masse de la classe ouvrière et de la population de Tunisie.

 

Nous sommes pour l’avancée et la victoire complète de la population de Tunisie ; sa victoire sera une victoire pour les peuples du monde, dont le peuple d’Iran.

 

Parti Communiste-Ouvrier d’Iran (PCOI), 16 janvier.

 

 

En Algérie, en Tunisie et ailleurs : «Nous ne voulons plus de cette vie sans lendemain !» mais nous pouvons nous construire un monde meilleur

 

En Tunisie, le suicide, par immolation par le feu, d’un jeune chômeur à Sidi Bouzid, région particulièrement touchée par le chômage et la misère, a provoqué la juste colère de toute la population pauvre de cette région puis de tout le pays. Partout en Tunisie, la colère s’exprime dans les rues, colère à la fois contre la misère, le chômage et la pauvreté et contre la dictature de Ben Ali et de son régime. Face à la révolte de la population, le régime a répondu par la répression, les arrestations arbitraires, et en faisant tirer sur la foule, causant déjà plusieurs dizaines de morts. Malgré la terreur policière, la population de Tunisie a continué la lutte jusqu’au vendredi 14 janvier où le dictateur Ben Ali a fini par fuir le pays.

 

Bien sûr, rien n’est, à ce jour, gagné en Tunisie, ni en ce qui concerne les revendications de liberté ni en ce qui concerne les revendications sociales. Vendredi soir, l’état d’urgence était toujours proclamé, l’armée toujours dans le rues, les rassemblements interdits. Mais le départ de Ben Ali a montré que par la lutte résolue les chômeurs, les travailleurs, la population peuvent abattre les plus sanglants dictateurs.

 

En Algérie, c’est la hausse des prix des produits alimentaires et de première nécessité qui, dans ce pays riche grâce au pétrole mais où la population vit dans la misère et le chômage, a lancé une vague de révolte, dans tous les quartiers pauvres du pays. Que ce soit à Alger, Oran, Tizi Ouzou, M’sila ou ailleurs, les jeunes chômeurs et ouvriers affrontent les forces de répression. Et comme en Tunisie, c’est avec les balles et des morts que les flics répondent à l’aspiration de la population à une vie meilleure.

 

Par la bouche de Michèle Alliot-Marie, la réaction officielle du gouvernement français à la révolte en Tunisie a consisté à proposer «le savoir-faire de la police française» à la police tunisienne qui tire sur la foule. On voit là toute l’hypocrisie des discours de l’État français sur la «démocratie» et les «droits de l’homme», quand la solidarité de l’État français va à une dictature et à ses forces de répression contre la population. Il faut dire que lorsque les ouvriers des raffineries étaient en grève, c’est ce même gouvernement qui ordonnait la réquisition des ouvriers et menaçait les grévistes de peines de prison ferme pour imposer la reprise du travail. Encore une fois, le voile «démocratique» de l’État français se déchire et montre que, quelle que soit sa forme ou son idéologie, l’État bourgeois est toujours cet instrument au service des riches et des capitalistes pour réprimer et opprimer la classe ouvrière et au-delà toute la population.

 

Nous, travailleuses et travailleurs de France, apportons toute notre solidarité à nos sœurs et à nos frères de classe d’Algérie et de Tunisie. Les révoltes prolétaires de Tunisie et d’Algérie nous concernent et nous touchent directement, non seulement parce que nous sommes nombreux, dans les usines, les chantiers ou les bureaux de France, à avoir de la famille, des ami(e)s et des proches au Maghreb, mais aussi et surtout parce que les cris de révolte et la soif de justice et de liberté des travailleurs et des travailleuses d’Algérie et de Tunisie, sont nos cris et notre soif, à nous les exploité(e)s et les opprimé(e)s du monde entier.

 

«De cette vie sans lendemain, nous n’en pouvons plus. Nous n’en voulons plus» criait récemment un jeune émeutier du quartier de Bab-El-Oued (Alger). Ce cri n’est en rien spécifique à l’Algérie ou au Maghreb, c’est le cri du cœur de tous les travailleurs et de toutes les travailleuses du monde, le cri de tous les prolétaires de la planète, le cri des révoltes de ce début 2011 en Afrique du Nord et qui résonne depuis les manifestations insurrectionnelles de 2009 en Iran jusqu’aux grèves en France ou en Europe. Oui, nous n’en pouvons plus et nous n’en voulons plus de cette vie faite de chômage, de licenciements, de conditions de travail toujours plus dures et de salaires qui permettent de moins en moins de vivre décemment ! De cette vie-là, où que l’on survive sur cette terre, nous n’en voulons plus, nous voulons une vie meilleure, profiter des richesses que nous produisons et qu’une poignée de bourgeois s’accapare, nous voulons la liberté et l’égalité, ce qui aujourd’hui signifie balayer le système capitaliste et construire un monde nouveau, un monde meilleur, le socialisme.

 

La colère de la population d’Algérie et de Tunisie est notre colère, leur lutte est notre lutte, et elles remettent à l’ordre du jour ce seul moyen que nous, travailleurs et travailleuses de tous les pays avons pour en finir avec l’oppression, la misère et l’exploitation : la révolution ! Si la population tunisienne a pu chasser Ben Ali, cela montre que partout, nous les travailleuses et travailleurs, pouvons, par la lutte, chasser ceux qui nous oppriment, qu’ils soient patrons ou chefs d’État !

 

! يا عمال العالم اتحدوا

Travailleurs de tous les pays, unissons-nous !

 

Initiative Communiste-Ouvrière (ICO), 14 janvier.

 


Publié dans Internationalisme

Commenter cet article

dominique 29/01/2011 20:32



Merci pour cette analyse interessante.