Révolte de la prison pour étrangers de Frambois à Genève

Publié le par la Rédaction

 

Révolte de Frambois : Lettre de la compagne d’un détenu

 

VERS UNE MOBILISATION DE SOUTIEN AUX PRISONNIERS ! NO BORDERS, NO NATION, STOP DEPORTATION ! STAY TUNED !

 

Bonjour,

 

Je m’appelle Tamara, jai 18 ans, mon ami, M., 19 ans est étudiant au scai à Genève, nous vivions tranquillement comme des jeunes de notre âge, il sétait fait beaucoup damis ici et sintégrait de mieux en mieux. On était heureux !

 

Pourtant aujourdhui, mon copain depuis maintenant plus dune année, est détenu à la prison de Frambois à Genève dans le but de le renvoyer dans son pays, la Gambie. Cependant, LOCP aurait obtenu une autorisation de la part du ministère sénégalais, qui laurait reconnu en tant que «Sénégalais».

 

Pour commencer dès le début, cela fait maintenant deux ans quil est arrivé en Suisse, à qui il a demandé lasile, puis après être resté deux mois à laéroport lasile lui a été refusé, ayant pourtant une histoire très lourde derrière lui.

 

Puis, il y a un mois et demi en arrière, mon ami devait se présenter comme chaque mois à lOCP de Genève pour faire son tampon qui lui permet de «bénéficier» (cest un bien grand mot pour 10CHF/jour !) de lasile. Une fois là-bas, deux Sénégalais lattendaient dans le but de le reconnaître, ou pas, comme Sénégalais. La Gambie et le Sénégal ayant comme langage commun le wholof, cest dans cette langue quils ont communiqué malgré des accents très différents dune nationalité à lautre. Les deux hommes lui auraient alors dit quil naurait pas dû quitter lAfrique et auraient ironisé sur sa situation. Mon ami la bien sûr mal pris et leur a demandé de soccuper de ce qui les concernait, ce qui les a beaucoup fait rire. Après cet entretien, on lui demanda de se rendre à lOCP dans deux semaines, au lieu dun mois.

 

Deux semaines plus tard, lOCP lui annonce quils sont en train de planifier son retour. Au Sénégal ! Il ne parle que très peu le français alors que cest la langue nationale au Sénégal, et na jamais mis les pieds là-bas. Il refuse. Il est persuadé que la raison de son changement de nationalité est due à laltercation entre lui et les Sénégalais, car juste grâce à laccent on peut le différencier dun Sénégalais, ils ne peuvent donc pas ne pas se tromper. La police vient alors le chercher sur place pour lemmener à Frambois. Ils lui ont bien sûr pris téléphone portable et argent. Et ses papiers, quon réimprimera et lui rendra plus tard avec le changement de nationalité.

 

Deux jours plus tard il se rendra chez le juge, à qui il osera demander :

— Monsieur, êtes vous Suisse ?

— Oui.

— Si quelquun changeait votre nationalité pour «Allemand», trouveriez-vous cela juste ? Vous nauriez pas limpression de perdre une part de votre identité ?

Ce que le juge a confirmé, mais sans rien ajouter.

 

Les jours suivants, il tenta de se renseigner auprès des autres détenus pour obtenir le nom d un(e) avocat(e) reconnue pour ce type d affaire. Le vendredi suivant il appela une avocate que l on lui avait conseillé, mais elle était occupée. J ai essayé à mon tour mais elle m a dit que ce n était pas à moi de la contacter. Elle rappela M. le lundi suivant, en disant qu il avait un délai de dix jours après s être rendu chez le juge pour faire recours donc obtenir l aide d une avocate. Cependant cela faisait exactement onze jours ! Et l assistant social de la prison censé informer mon ami ne l a jamais fait. Il ne peut pas acquérir de l aide d un avocat avant un mois.

 

Quelques jours plus tard on l emmena à l aéroport, ce qui fait partie de la procédure, pour tenter d obtenir sa consentance et de le faire embarquer dans un avion de ligne avec des passagers, ce qu il a refusé. En échange ils lui donneraient de l argent pour son futur. Au Sénégal.

 

Ça fera, dans deux jours, un mois qu il est enfermé et ce qu il vit je ne le souhaite à personne. Ils sont traités comme des criminels. Des gens se mutilent, d autres (souvent détenus depuis déjà longtemps) tentent de mettre fin à leurs jours et d autres encore font la grève de la faim. Mon ami n en est, heureusement, pas encore là mais je vois son état se dégrader peu à peu. Il a la nuque bloquée, des migraines chaque jour, des boutons de fièvre et tout cela à cause du stress qu ils subissent. Il y a quelques jours un homme s est pendu, M. et d autres détenus l ont retrouvé inanimé mais en vie, les yeux tout blancs et le teint pâle. C est très dur d être à l extérieur mais de ne rien pouvoir faire et de sentir ce sentiment d impuissance s agrandir peu à peu avec le temps. Il fera très bientôt une demande de liberté, et redemandera l aide de cette avocate mais ça fait uniquement partie de la procédure, ce que les autres détenus ont déjà tous fait et ça ne marche que très rarement.

 

Cest très difficile. Tout dabord pour lui et ensuite pour moi qui en plus ne connaît pas très bien le domaine des sans-papiers en Suisse. Il allait à lécole, sintéresse à tout, sintégrait facilement ici et nous étions amoureux comme deux petits enfants en primaire, ce quil me manque ! Cest dur que tout ça soit gâché du jour au lendemain, et très peu de gens savent comment ça se passe vraiment en Suisse avec les sans-papiers. Il faut que ça bouge !

 

On a vraiment besoin de votre aide. Merci davance !

 

Indymedia Suisse romande, 11 octobre 2010.

 


Frambois : La cocotte-minute a explosé

 

Samedi, des détenus ont saccagé un local. Le comité de la Ligue des droits de l'Homme dénonce la passivité des autorités face à leur désespoir.

 

Samedi vers 11h15, ce qui semble être un mouvement de révolte a démarré dans le centre de détention administrative de Frambois, géré par Genève, Vaud et Neuchâtel, où sont enfermés des requérants d'asile déboutés ou frappés d'une non-entrée en matière, en attente d'expulsion. Selon le porte-parole de la police Jean-Philippe Brandt, une quinzaine de détenus ont été impliqués. Ces violences ont démarré en raison d'un «antagonisme» entre un groupe de Géorgiens et un autre d'Africains, selon le policier. Le Collectif droit de rester et la Ligue des droits de l'Homme inscrivent ces événements dans le contexte alarmant de désespoir à Frambois. «À l'arrivée de la Brigade de sécurité, un groupe d'Africains était retranché dans la cuisine, explique M. Brandt. Ils avaient répandu partout de l'huile ainsi que sur eux-mêmes, et avaient saccagé le local.» Les pompiers ont aussi été mobilisés, mais par mesure de précaution et non parce que les détenus auraient menacé de s'immoler. À 13h30, le calme est revenu. Aucun blessé n'est à déplorer. «Plusieurs patrouilles» ont été dépêchées en tenues anti-émeute, mais l'usage de la contrainte n'a pas été utile.

 

La Ligue pas surprise

 

Pour en savoir plus, la police renvoie aux responsables du centre de Frambois, qui dévient vers le Département de la sécurité, de la police et de l'environnement. Mais l'administration était fermée comme il se doit.

 

La Ligue des droits de l'Homme sait peu de choses des événements : «En appelant par téléphone un détenu samedi nous avons su que deux d'entre eux étaient très énervés et que la police était sur le point d'intervenir. Nous avons entendu des cris. Par la suite, la ligne téléphonique de Frambois était coupée. Les instigateurs ont étés enfermés en cellule pour calmer le jeu. Ce qui s'est passé est grave et nous déplorons cette violence», commente Orlane Varesano, membre du comité.

 

Mais celle-ci se dit tout sauf surprise. «Vendredi, j'étais à Frambois et j'ai calmé pendant une heure un détenu au bord du désespoir et dont les propos étaient violents.» La Ligue comptait alerter en ce début de semaine la Commission parlementaire des visiteurs de prison de la situation à Frambois.

 

Car les signes avant-coureurs se multipliaient depuis plusieurs semaines, selon la militante. «Frambois est une cocotte-minute. Les Conseils d'État genevois et vaudois étaient au courant et n'ont pris aucune mesure.»

 

Deux tentatives de suicide

 

Mme Varesano fait état de deux tentatives de suicide, de cas de mutilation, de grève de la faim et de dépressions graves. «Le 22 septembre, un Géorgien qui devait ce jour-là être expulsé s'est taillé les veines. Il a été secouru par un gardien, ses plaies ont été pansées, puis il a été emmené à l'aéroport par la police qui a quand même tenté de le renvoyer. Il a une femme et un enfant ! La politique d'asile ne tient aucun compte de la dimension humaine !»

 

L'autre tentative de suicide concerne le détenu d'origine africaine avec qui Mme Varesano a parlé vendredi. Il a selon elle tenté de se tuer le 14 septembre, puis a passé une semaine au centre psychiatrique de Belle-Idée. «Il est à Frambois depuis février et son dossier est bloqué par un problème de reconnaissance de nationalité, sans qu'il ne soit informé de l'avancée des procédures. Les autorités savaient que cette reconnaissance par son pays serait problématique mais ont quand même décidé la détention, qui l'a brisé.»

 

Sans savoir combien de temps ils seront enfermés et sans en comprendre la raison — ils ne sont pas des criminels et jugent leur sort injuste —, les détenus sont exposés à une vive détresse sans que l'encadrement psychologique soit suffisant, témoigne la Ligue des droits de l'Homme. Cette détresse est due au principe très violent de la détention administrative, nourrie par un sentiment d'injustice et d'abandon, affirme Mme Varesano. Il ne faudrait pas recourir à cette mesure, et encore moins à son automatisme, ajoute-t-elle.

 

Les deux personnes qui ont tenté de se suicider auraient été partie prenante des violences samedi. Hier, le calme régnait à Frambois.

 

Rachad Armanios - Le Courrier, 11 octobre.

 

 

Révolte de requérants d’asile à Genève
Sur les événements du 10 octobre (Droit de rester)

 

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