Rennes : Deux "camarades" en cour d'assises

Publié le par la Rédaction

Assises d'Ille-et-Vilaine : «Braqueurs, oui. Terroristes, non»

 

Accusés d'une série de braquages minables, fin 2007, à Rennes, les deux accusés nient toute appartenance à la mouvance de «l'ultra gauche».

 

La présidente de la cour d'assises d'Ille-et-Vilaine repose la question. «Avez-vous fréquenté un quelconque mouvement anarchiste ou autonome ?» La réponse de Randall V., 23 ans, et de Grégoire M., 25 ans, est toujours la même. «Non». Depuis hier matin, les deux jeunes hommes contestent un à un tous les éléments pouvant les lier à la «mouvance anarcho-autonome», cette «ultra gauche» brandie comme un «spectre d'Action directe» par le ministère de l'Intérieur. Eux ne reconnaissent qu'une chose : oui, ils ont bien commis deux car-jacking, deux braquages de petits commerces et deux tentatives de braquages fin octobre 2007, à Rennes. Butin de ces braquages minables : 185€ pour lesquels ils risquent vingt ans de réclusion criminelle. La police les a pourtant repérés dès les manifestations anti-CPE, en 2006. Elle les a pistés dans des squats des régions de Rennes, Nantes et Toulouse. C'est d'ailleurs dans cette dernière ville qu'ils sont identifiés, lors des manifestations anti-LRU, en 2007. C'est aussi là et à cette époque qu'ils sont interpellés, avec une jeune militante, alors qu'ils s'apprêtent à tester une bombe artisanale dans un terrain vague. Ils sont même suspectés d'être à l'origine de la tentative d'attentat à la voiture piégée commise le même mois contre les douanes de Rennes (non lieu prononcé).

 

«Plus révoltés que révolutionnaires»

 

Mais les deux accusés ont réponse à tout. Ils ont participé aux manifs anti-G8 en Allemagne ? Non, ils y sont allés «après». Cette condamnation pour des violences sur policiers lors d'une manif anti-CPE ? «J'étais là par hasard. Je n'ai pas accepté d'être interpellé.» Il y a aussi ce silence gardé face aux enquêteurs, au juge d'instruction et aux experts. «C'est la signature de cette mouvance qui ne reconnaît pas la légitimité du système judiciaro-policier. Ils ont agi par conviction», assurait à l'époque une source proche du dossier. À l'audience, hier, les deux accusés ont pourtant longuement parlé de leur parcours. Randall V., fils d'un Américain, ancien pasteur évangéliste aujourd'hui prof dans une école de commerce, et d'une enseignante, évoque une «crise d'adolescence» qui l'a mené à s'élever «contre la morale et contre son milieu». Il a ensuite «perdu pied». Pour financer son autonomie, il s'est mis à voler et à vendre un peu de cannabis. Cette histoire de braquages ne serait, somme toute, qu'une affaire de jeunes paumés. «Il n'y a pas d'organisation derrière. Ce ne sont que des copains d'infortune, des jeunes qui sont mal et qui ont essayé de mauvaises choses», nous confiait, en mai 2009, la mère d'un des deux accusés. Les enquêteurs toulousains les ont présentés comme «de simples voyous plus révoltés que révolutionnaires». «Des Pieds Nickelés», pas de dangereux terroristes. Verdict de la cour d'assises demain.

 

Leur presse (Hervé Chambonnière,
 Le Télégramme), 21 octobre 2010.

 


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