Réforme et contre-réforme dans le pouvoir bureaucratique

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Réforme et contre-réforme dans le pouvoir bureaucratique

On dirait que l’histoire des vingt dernières années s’est donnée pour unique tâche de démentir les analyses de Trotsky sur la bureaucratie. Victime d’une sorte de «subjectivisme de classe», il n’a voulu voir — tout au long de sa vie — dans la pratique stalinienne, que la déviation momentanée d’une couche usurpatrice, une «réaction thermidorienne». Idéologue de la révolution bolchevik, rotsky ne pouvait devenir le théoricien de la révolution prolétarienne, lors de la restauration stalinienne. En refusant de reconnaître la bureaucratie au pouvoir pour ce qu’elle est, à savoir une nouvelle classe exploiteuse, ce Hegel de la révolution trahie s’est interdit d’en fournir la véritable critique. L’impuissance théorique et pratique du trotskisme (dans toutes ses nuances) est en grande partie contenue dans ce péché originel du maître.

Dans Enragés et situationnistes dans le mouvement des occupations (p. 20), nous disions, un mois avant l’intervention russe,que «l'appropriation bureaucratique de la société est inséparable d'une possession totalitaire de l'État, et du règne absolu de son idéologie. l'absence de censure, la garantie de la liberté d'expression, le droit d'association, posent à court terme en Tchécoslovaquie cette alternative : ou bien une répression, avouant le caractère factice de ces concessions; ou bien l'assaut prolétarien contre la propriété bureaucratique de l'État et de l'économie, qui se trouverait démasquée dès lors que l'idéologie dominante devrait quelque temps se priver de l'omniprésence de sa police. L'issue d'un tel conflit interresse au plus haut point la bureaucratie russe, dont la survie même se trouverait mise en cause par une victoire des travailleurs tchèques.» C'est maintenant chose faite; le premier terme de l'alternative l'a emportée par l'entremise des chars «soviétiques».  le règne absolu de Mouscou sur les pays dit socialistes avaient pour base cette règle d'or proclamée et pratiquée par la bureaucratie russe: «le socialisme n'ira pas plus loin que notre armée». Ainsi là où cette armée a été la principale force installantles partis « communistes» au pouvoir, c'est à elle que revient le dernier mot chaque fois que les anciens protégés manifestent des vélléités d'indépendance pouvant mettre en danger la domination bureaucratique totalitaire. le système socio-économique russe a été, dès le début, le type idéal des nouveaux régimes bureaucratiques. Seulement, à cette fidélité à l'archétype s'opposait souvent la nécéssité d'obéir aux éxigences propres de chaque société possédée; puisque les interets de classes dominantes de chaque bureaucratie sattellite ne coïncident pas nécessairement avec ceux de la bureaucratie russe, les rapports inter-bureaucratiques ont toujours étés sous-tendus par des conflits latents. Placées entre le marteau et l'enclumes, les bureaucratie satellites finissent toujours par adhérer au marteau, dès que les puissances prolétariennes manifestent leur volonté d'autonomie. En pologne, en hongrie, comme dernièrement en Tchécoslovaquie, la «révolte» bureaucratique nationnale ne dépasse pas le remplacement d'un bureaucrate par un autre.

Premier État industrialisé conquis par le stalinisme, la Tchécoslovaquie a, pendant vingt ans, occupé une place privilégiée» dans le système d'exploitation internationnal instauré par les Russes à partir de 1949, dans le cadre de la «division socialiste du travail» dirigée par le Comecom. Le totalitarisme sans phrase de la période staliniste fit que, dès leur avénement au pouvoir, les staliniens tchèques n'avaient qu'à imiter servillement le «système universel du socialisme». Ainsi, contrairement aux autres pays bureaucratiques où il y avait un besoin réel de develloppement économique (l'industrialisation), le niveau des forces productives en tchécoslovaquie étaient en opposition complète avec les objectifs de la planification économique du nouveau régime. Au bout de quinze ans de gestion bureaucratique irrationnelle, l'économie tchèque s'est trouvée au bord de la catastrophe; dès lors la réforme de cette économie devenait une question de vie ou de mort pour la classe dominante. C'est là que prennent racine le «printemps de Prague» et l'aventureuse libéralisation tentée par la bureaucratie. Mais avant d'aborder l'analyse de cette «réforme bureaucratique», faisant le point quant à ses origines, c'est-à-dire le bilan de la période purement stalinienne (ou novotnyste)».

Au lendemain du coup de Prague, l’intégration de la Tchécoslovaquie dans le système économique de l’Est, vivant en autarcie quasi-totale,

Des voix commencent à s’élever,

Ce plan, qui est un modèle de réforme technocratique, a commencé à être appliqué en 1965,

Mais le vent de la révolte souffle de plus en plus fort, et rien désormais ne peut plus arrêter l'élan populaire vers la transformation des conditions dominantes de la vie tchèque. Une manifestation étudiante pour protester contre une panne d'électricité, fortement réprimée, s'est transformée en un meeting d'accusation du régime. L'une des premières découverte de ce meeting, qui va devenir le mot d'ordre de tout le mouvement de contestation ultérieur, a été l'exigence absolue de dire la vérité, en soulignant «les contradictions fantastiques entre ce qui est dit et la pratique». Dans un système fondé sur le mensonge permanent de l'idéologie, une telle éxigence devenait tout simplement révolutionnaire ; et les intellectuels n'ont pas manqué de développer jusqu'au bout ses implications. Dans les systèmes bureaucratiques, où rien ne saurait échapper au totalitarisme de l'État-Parti, la protestation contre le moindre détail de la vie aboutit nécessairement à la mise en question de la totalité des conditions existantes, à la protestation de l'homme contre toute la vie inhumaine. Quand bien même elle se limitait à la seule cité universitaire de Prague, la manifestation étudiante concernait tous les aspects aliènés de la vie tchèque, dénoncée comme innaceptable au cours du meeting.

La néo-bureaucratie prend alors la tête du mouvement et essaie de le contenir dans le cadre étroit de ses réformes : en janvier 1968 un «programme d’action» est adopté, consacrant la montée de l'équipe Dubcek et l'éloignement de Novotny. Outre le plan économique Ota Sik ; définitivement adopté et intégré à ce nouveau programme, un certain nombre de mesure d'ordre politique était fièrement affirmées par la nouvelle direction. Presque toutes les «libertés» formelles des régimes bourgeois sont garanties, ce qui constitue une orientation tout à fait originale pour les régimes bureaucratiques. C'est dire l'importance de l'enjeu et la gravité de la situation. Les éléments radicaus, profitant de ces concessions bureaucratiques, vont leur donner leur véritable valeur: à savoir, des mesures «objectivement necessaires»pour la sauvegarde de la domination bureaucratique. Le plus libéral parmi les membres nouvellement promus, SMRKOVSKY, explicite tout naîvement la vérité du libéralisme bureaucratique: «Sachant que, même dans une socièté socialiste, l'évolution à lieu par une lutte constante d'interêt dans les domaines économique, social et piolitique, nous devrions chercher un système de direction politique qui permet le reglement de tous les conflits sociaux et exclus la nécessité d'interventions administratives extraordinaires.» Cependant, la nouvelle bureaucratie en renoncant à ses interventions extraordinaires», qui constituent, en réalmité, sa seule façon normale de gouverner, ne savait pas qu'elle livrait son régime à l'impitoyable critique radicale. La liberté d'expression culturelle et politique, et d'association, fut une véritable orgie de la vérité critique. L'idée que le Parti doit « bénéficié, même auniveau des organisations de base, d'une autorité naturelle et spontanée fondée sur la capacité des fonctionnaires communistes à travailler et à commander» (Programme d'action) et partout battue en brèche, et de nouvelles exigences d'organisation autonomes des travailleurs commencent à s'affirmer. Ala fin du printemps 1968, la bureaucratie dubcekiste donnait la ridicule impression de vouloir à la fois «manger son gâteau et la garder». Elle réaffirme son attention de maintenir son monopole politique : «Si des élements anti-communistes, dit la résolution du Comité Central de juin 1968, entreprennent de s'attaquer à ce fait historique ( le droit du Parti à commander), le Parti mobilisera toutes les forces du peuple et de l'État socialiste pour repousser et réduire à néant cette tentative aventuriste.» Mais, la réforme bureaucratique remettant tout à la décision de la majorité du Parti, comment les grandes majorités en dehors du Parti ne voudraient-elles pas décider elles aussi ? Quand au sommet de l'État on joue du violon comment ne pas s'attendre à ce que ceux qui sont en bas se mettent à danser?

À partir de là les tendances révolutionnaires vont orienter leur critique vers la dénonciation du formalisme libéral, et de son idéologie. Jusqu’ici la démocratie a été, en quelque sorte, «imposée aux masses» de la même manière que la dictature leur était imposée : c’est-à-dire en excluant leur participation réelle. Tout le monde sait que Novotny est arrivé au pouvoir comme partisan de la libéralisation et que, dès lors, une «régression» de type «gomulkiste» menaçait à tout moment le mouvement de Dubcek. On ne transforme pas une société en changeant d’appareil, mais en la bouleversant de fond en comble. De là, on en vient à critiquer la conception bolchevik du parti dirigeant de la classe ouvrière, et à exiger une organisation autonome du prolétariat : ce qui signifiait pour la bureaucratie une mort prochaine. C’est que, pour elle, le prolétariat ne peut exister que comme une puissance imaginaire ; elle le ravale — ou prétend le ravaler — jusqu’à ne plus être qu’une apparence, mais elle veut que cette apparence existe et croit à sa propre existence. Fondant son pouvoir sur le formalisme de l’idéologie, la bureaucratie fait de ses buts formels son contenu, et ainsi elle entre partout en conflit avec les buts réels. Là où elle s’empare de l’État et de l’économie, là où l’intérêt général de l’État devient un intérêt à part, et, par suite, un intérêt réel, la bureaucratie commence à lutter contre le prolétariat comme toute conséquence lutte contre l’existence de ses présuppositions.

Mais le mouvement de contestation — consécutif à la réforme bureaucratique — n’a fait que la moitié du chemin. il n’a pas trouvé le temps de s’affirmer dans toutes ses conséquences pratiques. La dénonciation théorique et sans concessions de la «dictature bureaucratique» et du totalitarisme stalinien a été à peine reprise à son propre compte par la grande majorité de la population, que la néo-bureaucratie a réagi en brandissant la menace russe, déjà présente à partir du mois de mai. On peut dire que la grande faiblesse du mouvement tchécoslovaque a été que la classe ouvrière n’y est pratiquement pas intervenue comme une force autonome et décisive. Les thèmes de l’«autogestion» et des «conseils ouvriers», contenus dans la réforme technocratique d’Ota Sik, n’ont pas dépassé les perpectivesbureaucratiques d’une «gestion» démocratique-à-la-yougoslave ; ceci même pour le contre-projet, manifestement rédigé par des syndicalistes, présenté le 29 juin 1968 par l’usine mécanique Wilhelm Pieck. La critique du léninisme, présenté par «certains philosophes» comme étant «déjà une déformation du marxisme puisqu’il contient dans sa logique le stalinisme» a été, non comme le pensent les ânes de Rouge «une idée saugrenue parce qu’à terme elle nie le rôle dirigeant du prolétariat» (!), mais le plus haut point de critique théorique atteint dans un pays bureaucratique. Dutschke lui-même, a été ridiculisé par les étudiants révolutionnaires tchèques, et son «anarcho-maoïsme» rejeté avec mépris comme étant «absurde, comique et ne méritant même pas l’attention d’enfants de quinze ans». Toute cette critique qui, naturellement, ne pouvait aboutir qu’à la mise en question pratique du pouvoir de classe de la bureaucratie, était encore tolérée, et même parfois encouragée, par le dubcekisme tant qu’il pouvait la récupérer comme une légitime dénonciation des «erreurs stalino-novotnystes». La bureaucratie dénonce bien ses propres crimes, mais toujours comme étant commis par d’autres ; il lui suffit de détacher une partie d’elle-même, de l’ériger en entité autonome et de l’affubler de tous les crimes anti-prolétariens (le sacrifice est, depuis les temps les plus reculés, la pratique préférée de la bureaucratie, pour pepétuer son pouvoir). Comme en Pologne et en Hongrie, le nationalisme a été, en Tchécoslovaquie, le meilleur argument pour réaliser l’adhésion de la population à la classe dirigeante. Plus la menace russe se précisait, plus le pouvoir bureaucratique de Dubcek se renforçait ; son désir unique aurait été que les forces du Pacte de Varsovie se maintiennent indéfiniment aux frontières. Cependant, tôt ou tard, le prolétariat tchèque aurait découvert en luttant qu’il ne s’agit pas de savoir ce que tel bureaucrate, ou même la bureaucratie dans son ensemble, se représente momentanément comme son but, mais qu’il importe de savoir ce qu’elle est réellement, ce que, conformément à son être, elle sera historiquement obligée de faire. Et il aurait agi en conséquence.

C’est la peur d’une telle découverte qui hantait la bureaucratie russe et ses satellites. Qu’on se représente le bureaucrate russe (ou est-allemand) au mileu de cette panique idéologique», combien sa cervelle, aussi malade que son pouvoir, ne devait-elle pas être torturée, abasourdie, ahurie par les mots d’indépendance, de conseils ouvriers, de dictature bureaucratique, par la conspiration des ouvriers et des intellectuels, et leur menace de défendre leurs conquêtes les armes à la main ; et l’on comprendra que dans cette confusion bruyante de vérité, de liberté, de complots et de révolution, la bureaucratie russe ait crié à son homologue tchèque : «Plutôt une fin effroyable qu’un effroi sans fin» !

Si jamais événement a projeté devant lui son ombre longtemps avant de se produire, ce fut bien, pour ceux qui savent lire l’histoire moderne, l’intervention russe en Tchécoslovaquie. Longuement méditée, et malgré toutes ses conséquences internationales, elle était en quelle sorte fatale. En mettant en cause l’omnipotence du pouvoir bureaucratique, l’aventureuse — mais nécessaire — tentative de Dubcek commençait à mettre en péril ce même pouvoir partout où il se trouve, et devenait dès lors intolérable. Six cents mille soldats (presque autant que d’Américains au Vietnam) vont y mettre brutalement un terme. Ainsi lorsque les forces «anti-socialistes» et «contre-révolutionnaires», continuellement évoquées et conjurées par toutres les bureaucraties, apparaissent enfin, elles n’apparaissent pas sous le portrait de Benès ou armées par les «revanchards allemands», mais dans l’uniforme de l’Armée dite Rouge.

Une remarquable résistance populaire va pendant sept jours — «les sept glorieuses» — opposer la quasi-totalité de la population aux envahisseurs. Paradoxalement, on vit apparaître des méthodes de lutte nettement révolutionnaires au service d’une bureaucratie réformiste. Mais ce qui ne s’était pas réalisé au cours du mouvement ne pouvait certes pas se réaliser sous l’occupation : permettant aux dubcekistes de freiner au maximum le processus révolutionnaire quand elles étaient aux frontières, les troupes russes vont encore leur permettre de contrôler tout le mouvement de résistance au lendemain du 21 août. Elles jouent de la sorte exactement le même rôle que les troupes américaines au Nord-Vietnam, qui suscitent l’adhésion unanime de la population à la bureaucratie qui l’exploite.

Le premier réflexe des Pragois n’a cependant pas été de défendre le Palais de la République, mais la Maison de la Radio, considérée comme le symbole de leur principale conquête : la vérité de l’information contre le mensonge organisé. Et cequi a constitué le cauchemar de toutes les bureaucraties du Paxcte de Varsovie, à savoir la presse et la radio, va encore les hanter pendant toute une semaine. L’expérience tchécoslovaque a montré les possibilités extraordinaires de lutte dont pourra, un jour, disposer un mouvement révolutionnaire conséquent et organisé. C’est l’équipement fourni par le Pacte de Varsovie (en vue d’une éventuelle invasion impérialiste de la Tchécoslovaquie !) qui va servir aux journalistes de ce pays pour monter 35 postes émetteurs clandestins, reliés à 80 émetteurs de secours. La propagande soviétique — si nécessaire à une armée d’occupation — a été ainsi sabotée à la base ; et la population a pu connaître, à peu près, tout ce qui se passait dans le pays, et suivre les directives, soit des bureaucrates libéraux, soit des éléments radicaux qui contrôlaient certains postes. Ainsi, en réponse à un appel de radio visant à saboter les opérations de la police russe, Prague a été transformée en une véritable «ville-labyrinthe», où toutes les rues ont perdu leur nom, et les maisons leur numéros, pour se couvrir d’inscriptions dans le meilleur style du mai parisien. Elles devenaient un chez-soi de la liberté défiant toutes les polices, un exemple de détournement révolutionnaire de l’urbanisme policier. Grâce à une exceptionnelle organisation prolétarienne, tous les journaux ont pu être librement tirés et diffusés à la barbe des Russes qui tenaient ridiculement leurs locaux. Plusieurs usines se sont transformées en imprimeries, d’où sortirent des milliers de journaux et de tracts. On imprimera même un faux numéro de la Pravda en russe. Le quatorzième Congrès du Parti put se réunir clandestinement, pendant trois jours, sous la protection des ouvriers de l’«Auto-Praha». C’est ce congrès qui sabota l’«opération Kadar» et obligea les Russes à négocier avec Dubcek. En utilisant d’une part ses troupes, et d’autre part les contradictions internes de la bureaucratie tchèque, les Russes vont pouvoir transformer l’équipe libérale en une sorte de gouvernement de Vichy camouflé. Husak, qui pensait à son avenir, a été le principal agent pour annuler le XIVe Congrès (en invoquant l’absence des délégués slovaques, apparemment recommandée par lui). Dès le lendemain des «accords de Moscou», il déclara : «Nous pouvons accepter cet accord à partir duquel des hommes réfléchis (souligné par nous) peuvent faire sortir le peuple de l’impasse actuelle, de manière telle que celui-ci n’ait pas besoin d’avoir honte à l’avenir.»

Le prolétariat tchèque, en devenant révolutionnaire, n’aura pas honte de la honte d’avoir fait confiance à Husak,

Les émeutes du 21 août 1969 ont montré à quel point le stalinisme ordinaire est rétabli en Tchécoslovaquie,

Paris dépavé
«L’ennemi de classe n’est pas éliminé. Il vit. Il s’agite, sape notre société, entrave notre progrès social. Il est là, et il est en nombre non négligeable. Nous sommes submergés par l’Occident de théories, concepts et conceptions de toutes sortes, et tous négatifs.»
Tito, Discours du 28 août 1969, à Zadar.

L’intervention russe, si elle a pu freiner le processus objectif de transformation en Tchécoslovaquie,

Quant à ceux qui pleurent sur la Tchécoslovaquie, parmi les membres de l’Internationale bureaucratique,

«La dissolution de l’association internationale des bureaucraties totalitaires, écrivions-nous dans I.S. 11, est maintenant un fait accompli.» La crise tchécoslovaque n’a fait que confirmer la décomposition avancée du stalinisme. Jamais celui-ci n’aurait pu jouer un si grand rôle partout dans l’écrasment du mouvement ouvrier, si le modèle bureaucratique totalitaire russe n’avait été apparenté, à la fois à la bureaucratisation du vieux mouvement réformiste (social-démocratie allemande et IIe Internationale), et à l’organisation de plus en plus bureaucratique de la production capitaliste moderne. Mais maintenant, et après plus de quarante ans d’histoire contre-révolutionnaire, la révolution rennaît partout, et fait trembler les maîtres de l’Est comme ceux de l’Ouest, attaqués à la fois dans leurs différences et dans leur profonde parenté. Les courageuses protestations isolées qui ont été émises à Moscou après le 21 août annoncent la révolution qui ne manquera pas d’éclater bientôt en Russie même. Le mouvement révolutionnaire connaît désormais ses ennemis véritables, et aucune des aliénations produites par les deux capitalismes, bourgeois privé et bureaucratique d’État, ne peut plus échapper à sa critique. Face aux immenses tâches qui l’attendent, il ne s’emploiera plus à combattre les fantômes ni à soutenir les illusions.

Internationale situationniste no 12, septembre 1969.
Deuxième «note éditoriale», rédigée par Mustapha Khayati.


Publié dans Debordiana

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