Récit et photos du désordre autour de la manif contre la xénophobie à Grenoble

Publié le par la Rédaction

Samedi 4 septembre 2010, un appel lancé par la Ligue des Droits de l’Homme a donné lieu à environ 140 manifestations dans différentes villes de France (et même à l’étranger, notamment à Rome, Londres, Bruxelles…), contre la xénophobie et la politique sécuritaire du gouvernement, mais aussi pour fêter la République (en rappelant l’importance du «nécessaire respect de l’ordre public»…).

 

Quand on ajoute aux relents nationalistes de cette défense de la République le fait que des partis de gauche comme le Parti socialiste ou le Parti communiste français étaient co-signataires de l’appel à manifester, il y avait de quoi préférer rester chez soi, ou mieux, agir autrement, pas main dans la main avec cette bande d’hypocrites qui expulsent et répriment quand ils sont au pouvoir (et c’est le cas dans bien des régions de France, aux niveaux municipal, départemental et régional). C’est ce que de nombreuses personnes ont semble-t-il choisi de faire…

 

Bizarrement, deux rendez-vous distincts avaient été fixés, dans le même appel à manifester : un cortège devait partir de la place du marché de la Villeneuve à 14h (avec l’intérêt évident de marquer le coup suite à ce qui s’est passé au mois de juillet) et un autre de la gare à 14h30 (la tradition ?). Il y avait en tout environ 5000 personnes, avec un peu plus de monde dans la manifestation partant de la gare que dans celle partant de la Villeneuve. À signaler bien sûr la présence de nombreux partis, syndicats et assos de type RESF, ADA, LDH et autres, mais aussi de nombreuses personnes non encartées.

 

Une jonction entre les deux cortèges a eu lieu vers 15h30 à côté de la place André-Malraux pour continuer sur le boulevard Agutte-Sembat et tourner rue Molière / rue Félix-Poulat en suivant la ligne du tram A jusqu’à la préfecture. Voilà pour le parcours des deux manifs.

 

Plusieurs choses tranchaient avec l’ambiance citoyenne et civilisée de ces cortèges :

 

— Au départ de la manifestation partant de la Villeneuve, au premier étage de la galerie nord de l’Arlequin, donnant pile sur la place du marché où des centaines de personnes étaient déjà rassemblées, un énorme drapeau français (d’après nos infos, subtilisé à la Ville de Grenoble par deux personnes grâce une simple courte-échelle) a été brûlé publiquement.

 

 

— Dans les deux cortèges, un roman-photo intitulé Dans la chaleur de l’été a été distribué à un millier d’exemplaires. Celui-ci attaque notamment l’hypocrisie de la gauche sur les questions des expulsions, du racisme et de la sécurité, et plus globalement sur le thème transversal du pouvoir.

 

 

— Dans la manif partant de la gare, un cortège antifa était appelé et a rassemblé pas mal de monde derrière une banderole «Le Pen en rêvait… Sarko le fait - Résistance».

 

— Les jours précédents, des dizaines de tags en rapport avec la manifestation ont semble-t-il été inscrits sur les murs de la ville, notamment sur le parcours des cortèges ou aux alentours (cf. photos plus bas). Une galerie de photos regroupant plusieurs d’entre eux est notamment visible ici.

 

 

 

 

Parmi les tags non photographiés mais aperçus pendant la manif, il y avait aussi «Non aux frontières» (écrit en arabe), «Solidarité avec les émeutiers», «La meilleure des polices, c’est ton taf, ta télé, tes crédits», «Villeuve 1970, Rwanda 1994, fichage ADN 1998, Minatec 2006… Que font les socialistes ?» et «Le Daubé participe au racisme ambiant» (vu sur la façade du Dauphiné libéré).

 

— Michel Destot, maire PS de Grenoble, a rejoint la manifestation partie de la Villeneuve juste avant que celle-ci ne longe le parc Mistral, c’est-à-dire un quart d’heure avant la jonction (alors Michel, on a peur d’aller à la Villeneuve ou quoi ?). Son arrivée n’a pas manqué d’échauffer les esprits de nombreuses personnes au sein de la manifestation. Plusieurs d’entre elles se sont rassemblées autour de lui pour lui dire de dégager, ainsi qu’à ses compares Olivier Noblecourt et Hélène Vincent. Jusqu’à la jonction entre les deux cortèges, Destot n’a cessé de se faire insulter (il s’est même pris une giclée de bouteille d’eau, mais il aurait mérité bien pire, surtout par la chaleur qu’il faisait) : «Destot, dégage», «Destot, casse-toi», «Destot, collabo», «P comme pourri, S comme salaud, à bas le Parti socialiste», «Destot, baisse les yeux !» ou encore «Destot au poteau, Noblecourt haut et court».

 

 

 

 

Après la jonction, Destot s’est remis peu à peu en tête de manif et alors que des JC (Jeunesses communistes) scandaient «Sarko, Le Pen, même combat, le fascisme ne passera pas», le slogan s’est vu modifié, par d’autres, pour emmerder les socialistes, en «Sarko, Destot, même combat, le fascisme ne passera pas» (à signaler que plusieurs personnes parmi les JC ont chanté le slogan détourné avec les autres…). À ce moment-là, en plein centre-ville, des dizaines de personnes, dont plusieurs Roms, ont doublé la banderole de tête où étaient rassemblées différentes personnalités et ont bloqué la manif pendant quelques minutes, invectivant Destot qui s’est empressé de se cacher, comme à son habitude dans ce genre de situation. Les personnes demandant explicitement aux socialistes présents ce qu’ils comptaient faire pour les Roms expulsables n’ont eu aucune réponse en retour, juste des «faut pas tout mélanger» et autres remarques fuyantes. La manif a fini par repartir jusqu’à la préf’, toujours avec des dizaines de personnes devant, cachant la banderole de tête.

 

Après l’arrivée de la manif, une énième délégation, fort symbolique, a été reçue par la préfecture, pour montrer que quand même, on est en démocratie, on peut discuter entre personnes responsables (et pendant ce temps-là, rien ne change).

 

 

Si on ajoute à tout ça que dans beaucoup de cortèges on pouvait entendre des slogans comme «Première, deuxième ou troisième génération, nous sommes tous des enfants d’immigré-e-s» ou «Police partout, justice nulle part», on peut se dire que nombreux étaient celles et ceux qui n’étaient pas sur la ligne du PS ou du PCF, celle qui vise à se débarrasser des Roms ou autres sans-papiers, celle qui vise à mettre des caméras et des flics partout… On a même pu entendre par la voix d’un mégaphone de la CGT «Du travail pour tous, c’est mieux que des caméras / c’est mieux que des robocops», ce qui nous renvoie à la chanson de La Rumeur et au roman-photo précité qui critiquent tous deux le travail comme moyen de contrôle social, mais on peut aussi se réjouir de voir que des cégétistes ne réclament pas plus de moyens et d’effectifs pour la police… Hé oui, on en est là.

Quand on sait que tous les maires de l’agglomération, de droite comme de gauche, sont les acteurs directs de la montée sécuritaire locale, et ce depuis des années, il est plus que temps de se distancier de ces partis et de ces logiques de pouvoir.

 

 

Les exemples les plus marquants à gauche sont bien sûr les responsabilités du PS à Grenoble et du PCF à Échirolles et Saint-Martin-d’Hères avec des expulsions (de Roms et autres) de terrains, de squats ainsi que la complicité dans l’arrestation de sans-papiers vers des centres de rétention, l’installation de caméras de vidéosurveillance par dizaines, la volonté d’augmenter les effectifs de la police nationale et de la police municipale, la dénonciation publique des actes émeutiers, etc.

 

 

Tout parti qui arrive au pouvoir protège le système en place, c’est pour lui le meilleur moyen de conserver le pouvoir. Les références à la République et à la démocratie servent avant tout à ça, car quel que soit le parti au pouvoir, les rapports sociaux d’exploitation et de domination restent les mêmes.

 

Alors, quand est-ce qu’on se repose la question de la révolution ?

 

 

Indymedia Grenoble, 5 septembre 2010.

 


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