Récit de la journée du 6 novembre à Grenoble

Publié le par la Rédaction

Samedi 6 novembre 2010, ça fait deux mois que ce mouvement contre la réforme des retraites (et bien plus) dure et perdure, avec semble-t-il quelques difficultés depuis une dizaine de jours. Si les manifs continuent, elles rassemblent de moins en moins de monde depuis les deux dernières, si les actions de blocage continuent également, elles se peut-être moins effectives et gênantes que celles d’il y a deux-trois semaines… Quant aux grévistes, ils sont également moins nombreux. Pourtant, nombreuses sont les personnes qui ressentent fortement la nécessité de continuer la lutte… Pour cela, le mouvement va devoir s’adapter, prendre d’autres formes, sans forcément abandonner les formes actuelles (grève, manifs, blocages), qui gardent une certaine efficacité, mais un peu d’imagination pour réussir à continuer de chatouiller le pouvoir là où ça le dérange, ça ne nous ferait pas de mal. Et c’est pas gagné d’avance, car la peur ou la résignation l’emportent souvent sur la rage, enfin c’est ce que je ressens ces derniers temps, tout cela est très subjectif, c’est juste pour essayer de lancer quelques pistes…

 

Alors quoi ? Aujourd’hui, manif à 14h30, départ au croisement du cours Jean Jaurès et du cours Berriat, moins de monde que lors des dernières manifs (surtout moins de lycéens, qui se remontreront peut-être lundi et/ou mardi ?), mais encore plusieurs dizaines de milliers de personnes (sûrement moins que les 55'000 annoncées par la CGT, mais beaucoup plus que les 5500 annoncées par la préfecture…).

 

Comme d’hab’, de gros cortèges CGT, suivis par les autres syndicats, CFDT, FO, UNSA, SUD, etc. Mais aujourd’hui, pas de cortège CNT… Bizarre, ça peut donner l’impression que c’est le premier syndicat à lâcher, alors que de plusieurs cénétistes étaient présents dans la manif. [Juste pour préciser sur la présence de la CNT, la CNT n’a pas fait de cortège lorsque les manifs étaient le samedi, considérant que pour créer un rapport de force il faut accompagner le mouvement d’une grève. Ces manifs du samedi étaient une façon pour l’intersyndicale nationale de donner l’illusion d’un mouvement sans volonté de créer les moyens d’une grève générale reconductible. D’où la décision de diffuser une information syndicale tout en refusant d’apparaître dans ces manifs enterrements du mouvement social.]

 

Il y avait aussi des dizaines, des centaines, des milliers (?) de non-syndiqué-e-s, une petite batukada, un petit cortège étudiant, un petit cortège du Planning familial, et les partis politiques à la traîne, derrière (du NPA au PS, en passant par le Parti de Gauche, le PCF et compagnie).

 

Sur le parcours, pas mal d’affiches collées ici et là, faites à la main ou non, et pas mal de pancartes «individuelles» portées par des manifestant-e-s. Donc il y a des choses à dire, à «porter», des messages à transmettre, des envies à matérialiser... Pas mal de tracts distribués, aussi, dont un appel à manifester lundi soir, un étonnant roman-photo et des tracts du collectif anti-répression.

 

Les flics étaient encore présents en nombre pour cette manif, une rangée de CRS protégeant le McDo du cours Jean-Jaurès, avec plusieurs fourgons et d’autres collègues à eux dans une rue située derrière… Pas mal de flics en civil, aussi, et des nouveaux, encore.

 

Cela n’a pas empêché la manif de s’en donner à cœur joie devant le Medef (ça devient un véritable rituel, mais bon, dans le genre rituel on a connu pire), dont la porte d’entrée a été la cible de nombreux projectiles (œufs et légumes pourris, principalement), ainsi que les CRS cachés derrière, idem pour les CRS venus devant l’entrée avant que les cortèges considérés comme les plus «dangereux» ne passent devant (SUD, non encartés, étudiants et lycéens). Les huées accueillant ces nouveaux CRS étaient assez impressionnantes à entendre, et tandis que quelques projectiles pleuvaient sur les CRS, ceux-ci ont tenté d’arrêter une personne, mais sans réussir, de nombreux-euses manifestant-e-s réagissant avec promptitude pour les en empêcher. Chouette alors !

 

À ma connaissance, rien d’autre à signaler pendant la grande manif officielle.

 

À l’arrivée, la plupart des manifestant-e-s s’empressent de quitter les lieux, mais une petite centaine de personnes, derrière une banderole du cortège étudiant, décident de partir en manif sauvage, direction le centre-ville. Un fumigène est craqué et le cortège grossit peu à peu, jusqu’à atteindre environ 250-300 personnes.

 

Quelques bacqueux et autres flics en civil suivent de plus ou moins loin.

 

La manif est assez lente, heureusement elle est également assez bruyante, grâce à des slogans régulièrement entonnés («Grève, grève, grève générale» et «On ne négocie pas un recul social, on le combat, par la grève générale, l’action directe, le sabotage»), grâce aussi à la petite batukada qui est encore là.

 

On déambule ainsi pendant un bon moment dans le centre-ville, au milieu des «consommateurs-ices»… Pratiquement aucune action n’a lieu pendant cette manif, ça manque un peu, mais il faut croire que l’impression d’un rapport de force défavorable a poussé chacun-e à se retenir.

 

Au moins, le tram aura été bloqué encore un peu plus, la tranquillité de la consommation du soir aura été perturbée, bon, pas de quoi se réjouir véritablement, mais c’est déjà une bonne chose que cette petite manif sauvage ait pu avoir lieu.

 

Dans les petites rues du centre-ville, entre les arrêts de tram Hubert-Dubedout et Victor-Hugo, la manif s’est dispersée sans incident (d’après ce que je sais).

 

Prochain rendez-vous, lundi 8 novembre, donc, pour la manif «aux flambeaux» qui partira de la gare à 18h30.

 

Ha, en marchant dans le centre-ville après la manif, j’ai remarqué que l’agence du Pôle-Emploi de la rue Denfert-Rochereau avait toutes ses vitres fracassées (avec du gros scotch bouchant les quelques trous). Je ne sais ni quand ni pourquoi cette action a eu lieu, mais ça résonne pas mal avec ce qui se passe en ce moment, vous ne trouvez pas ?

 

Le travail bousille nos vies, bousillons-le…

 

Indymedia Grenoble, 6 novembre 2010.

 

 

Publié dans Colère ouvrière

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