Récit de la journée agitée du 19 octobre à Grenoble

Publié le par la Rédaction

10h30, la grande manif appelée par l’intersyndicale [Regroupement des principaux syndicats de travailleurs] et d’autres organisations commence assez lentement, 15'000 personnes selon les flics, 78'000 selon les syndicats, je ne saurais vous dire combien on était exactement, mais beaucoup plus que 15'000, ça ne fait aucun doute (les flics sont de sacrés blagueurs).

 

 

 

Beaucoup de cortèges CGT, comme d’hab’, ainsi que de divers syndicats, de la CFDT à la CNT, en passant par SUD, FO et compagnie. Un cortège étudiant, un cortège «libertaire» et de nombreux lycéens. Et quelques petits cortèges de partis politiques et d’associations, notamment du Planning familial.

 

Dès le départ, l’ambiance est chaude du côté des lycéens, puisqu’une voiture est retournée et quelques poubelles crâmées. Le matin même, quelques remous avaient déjà eu lieu devant certains lycées (barricades, voitures brûlées…).

 

Pendant la manif, quelques bacqueux [Policiers de la Brigade Anti Criminalité] restent sur le côté, armés d’un flashball (pour quatre), en mode surveillance de ce qu’ils pensent être les cortèges les plus dangereux (en l’occurrence ça se passe pas loin du cortège libertaire).

 

Comme samedi dernier, le Medef s’est fait canarder depuis différents cortèges, surtout par des œufs, mais pas seulement… Et surtout, cette fois, ce sont surtout les CRS qui ont été visés, ils étaient tout moches et tout gluants et se sont réfugiés dans le hall d’entrée de l’immeuble abritant le Medef. Héhé.

 

 

 

 

 

À noter que quelques flics de la DCRI surveillant la manif arboraient sur leur blouson des autocollants de la CFDT ou de la CGT ! Et y’a pas de doute, on a reconnu leurs sales faces, et leurs habituelles oreillettes… Qu’en disent les CGTistes et CFDTistes locaux ? ça mériterait quelques réactions offensées et offensives, non ?

 

Rien d’autre à signaler, je crois, pour la manif allant du cours Jean Jaurès jusqu’à la place Verdun.

 

Dans la continuité de la manif intersyndicale, les lycéens sont partis en manif sauvage vers le rectorat, suivis par de nombreuses personnes de tous horizons (en vrac des étudiants, des déscolarisés, des travailleurs, des chômeurs, des retraités, des syndiqués, des non-syndiqués, des etc.). Après un arrêt devant le rectorat (et quelques projectiles qui volent vers la police), la manif a continué jusqu’au parc Mistral, prenant le boulevard Jean Pain en direction de Chavant, en musique et dans une ambiance plutôt détendue.

 

Il y avait alors entre 500 et 800 personnes… marchant en direction d’une quinzaine de fourgons remplis de CRS le long du boulevard Maréchal Lyautey ! Les CRS, en voyant la manif arriver, se sont pris quelques menus projectiles et se sont empressés d’avancer à revers de la manif, sur le bout de rue où ils se trouvaient.

 

Les CRS placés derrière les manifestants, se sont mis en formation, en ligne pour bloquer Chavant.

 

Quelques manifestants, voyant la Chambre de Commerce et d’Industrie, ont commencé à entrer dedans en incitant l’ensemble de la manif a venir occuper, mais presque personne n’a réussi à se décider suffisamment vite, et tandis que certains maintenaient les portes de la CCI ouvertes, des bacqueux sont arrivés en trombe de la rue Hoche et ont essayé d’arrêter tout le monde, sans vraiment réussir (peut-être qu’une ou deux personnes sont restées bloquées à l’intérieur ? en tout cas la plupart ont réussi à s’échapper).

 

 

 

 

 

 

Dehors, la flicaille s’est énervée, des syndicalistes de SUD ont fait une chaîne devant les CRS pour calmer le jeu, mais les CRS ont chargé et ont renversé et tabassé quelques personnes. Un mec de SUD-rail s’est fait défoncer le crâne par les flics et s’est retrouvé à l’hôpital. Un fumigène est jeté vers les flics, la tension monte…

 

 

 

 

Des bacqueux ont interpellé quelques personnes, les brutalisant et les menaçant, y’a-t-il eu des arrestations à ce moment-là ?

 

Nouvel envoi collectif de projectiles en direction des flics, qui ripostent, pour la seule fois de la journée, à base de lacrymos, ce qui crée son petit effet : beaucoup de gens détalent et l’ensemble de la manif se retrouve sur le boulevard Agutte Sembat.

 

Les slogans fusent : «Police partout, justice nulle part», «La rue, la rue nous appartient», les classiques des manifs sauvages sauce grenobloise…

 

Notons qu’au fil de la manif sauvage, de nouvelles personnes arrivent et d’autres partent, en tout cas, vers le boulevard Agutte Sembat / rue Condillac, une partie des manifestants ont quitté les lieux. La manif était pourtant loin d’être terminée…

 

Rue Condillac, de nombreux bacqueux prennent place de l’autre côté du square du Dr Martin, armés de gazeuses et flashballs, casqués et même équipés de boucliers (volés à leurs collègues CRS ?). Alors qu’en tête de manif on ambitionne de retourner devant la préf’, la présence policière massive fait tourner tout le monde à gauche, direction place Ste-Claire, puis place Notre-Dame, on bloque l’avenue du Maréchal Randon pendant plusieurs minutes, à côté du musée de Grenoble. Plusieurs bacqueux prennent place derrière nous et bloquent l’accès au centre-ville. Là, on se sent un peu piégés, y’a le comico central pas loin, et pas grand monde dans la rue par ici, on aurait dû rester dans le centre-ville…

 

Heureusement, les flics sont en mode attentiste et ne bougent pas, se contentent de surveiller de loin.

 

Mais comme il n’est jamais bon pour une manif sauvage de rester statique trop longtemps, ça repart vers l’Isère et on prend les quais en direction de la place Hubert Dubedout, la fameuse qui mène à la porte de France. Plusieurs fourgons de CRS sont disposés sur le pont de la porte de France, alors on se contente de bloquer la place, pendant de longues minutes. Les CRS finissent par bloquer eux-mêmes les voitures de l’autre côté de la rivière, histoire d’avoir un meilleur accès à la manif…

 

Au bout d’un moment, l’ambiance sent la dispersion, alors que la menace policière ne se précise pas spécialement : on aurait pu se permettre de rester là encore un bon moment, c’est un point de blocage assez important, même si on était peut-être à peine 300 au moment où une pseudo dispersion de la manif par elle-même nous a fait quitter la place en prenant le cours Jean Jaurès… pour continuer la manif sauvage, en mode toujours aussi serein (pas d’agressions policières tant qu’on ne déborde pas trop à leur goût, et peu d’initiatives offensives de notre côté), avenue Alsace-Lorraine jusqu’à la rue Félix Poulat où nous attendent seize fourgons de CRS ! Perso, j’ai pas souvenir d’en avoir vu autant d’un coup sur cette place ! Ni pendant le mouvement anti-CPE, ni pendant le mouvement anti-LRU de fin 2007 ni pendant le mouvement lycéen du printemps 2008 (je me souviens notamment du 22 mai 2008 où des affrontements joyeux avaient égayé la place).

 

Un blocage des lignes de tram a lieu en cet endroit, très paisiblement, avec des dizaines de CRS nous faisant face, et une quinzaine de bacqueux mal cachés du côté de l’arrêt de tram (toujours aussi équipés). Après de longues minutes, les bacqueux ont même déserté les lieux, pleins de lassitude, sûrement pour boire un p’tit Pastis pas loin.

 

Alors qu’on les voyait marcher dans une rue parallèle comme s’ils voulaient rejoindre leurs collègues CRS, la manif est repartie en direction de la place Grenette, contournant comme si de rien n’était les dizaines de CRS posés statiquement sur la place. Une manière comme une autre de mépriser leur présence, mais qui pourrait s’avérer dangereuse le jour où leur chef leur dira de sortir les crocs…

 

La manif stoppe à nouveau au croisement des rues Vicat et Raoul Blanchard, bloquant à nouveau pendant de longues minutes le tram et la circulation automobile. Sous la surveillance détestable de quelques bacqueux et de plusieurs flics en civil qu’il serait intéressant de repérer le plus collectivement possible (quelques portraits sur ce même site pourraient être les bienvenus…).

 

La dispersion a finalement lieu en repartant vers la rue Félix Poulat, où quelques derniers projectiles sont balancés vite fait sur les CRS, qui se protègent hop hop avec leurs boucliers. Sensation bizarre, on n’est plus que quelques dizaines à peine mais les flics ne bougent pas.

 

Et je n’ai vu aucune arrestation à ce moment-là ! Ce qui ne veut pas dire qu’il n’y en a pas eu, une photo publiée sur le site de Grenews laisse même penser le contraire…

 

Toutes infos concernant les arrestations sont les bienvenues, notamment si des comparutions immédiates suivent.

 

Allez, à bientôt pour d’autres aventures.

 

Vive la grève illimitée, continuons de bloquer l’économie, la ville, tout ! C’est pas que la réforme des retraites, c’est tout un système économique, politique et social qu’il nous faut détruire.

 

Indymedia Grenoble, 20 octobre 2010.

 

 

Manif sauvage, mardi 19/10

 

Fin de la manif plan plan, ça fait un moment que ça trépigne, des œufs sur les porcs protégeant la façade du MEDEF, quelques slogans un peu plus corrosifs que «ta réformeuuuh ta réformeuuuh»… Oui décidement, ça pouvait que bien se passer. Même la voiture de la CGT postée à Chavant pour éviter que l’incontrôlable jeunesse décide elle-même de son parcours n’y fera rien.

 

On doit être 200, surtout des lycéens, on sait pas vraiment ce qu’on doit faire mais on y va. Direction le rectorat, suivis de près par la BAC. Arrivé devant le bâtiment, on brasse dans les rues adjacentes, vite rejoints par ceux qui avaient continué sur Verdun (CNT, cortège libertaire (?) et tous ceux qui voulaient mettre leur grain de sable dans la machine).

 

Quelques dizaines de minutes de tension devant le rectorat, les flics sont pas bien réactifs malgré les divers projectiles volant par dessus la foule rassemblée. Le préfet doit vouloir tenir ses chiens en laisse, pour pas mettre d’huile sur le feu.

 

On repart en direction de Chavant, passage devant la mairie (aucun flic devant, pourquoi on a pas décidé de l’investir et de l’occuper ?). Quelques minutes à bloquer le carrefour de Chavant, puis ça bouge, en provoquant les porcs entassés dans leurs camions. Ah ! Là on se sent revivre, ça redevient combatif, agressif… Le retour de la vieille époque ! Ça tape sur les vitres, ça les insulte… Les bœufs trépignent et sortent de leurs bétaillères.

 

Nouveau face à face, juste devant le ciné. Quelques pierres et bouteilles qui volent. Charge. On recule, on se retrouve devant la Chambre de Commerce et d’Industrie.

 

Ça donne tout de suite des idées. Cohue, quelques-uns essaient de rentrer, ils ferment les rideaux. Le gros de la troupe commence à réagir. Trop tard. La BAC arrive (ou était dans le bâtiment) et matraque. On recule (des arrestations ? ceux qui tenaient le rideaux s’en sont tirés ?).

 

Nouveau face à face. Puis débarquent des syndicalistes (Sud poste, Sud rail et des types de l’ONF), qui forment une chaîne pour protéger selon eux «de jeunes lycéens»… Ils apprendront bien vite qu’on ne discute pas avec l’État et ses chiens… Violente charge.

 

Ça recule dans la rue, ça braille. Le classique «Police partout justice nulle part», le bon vieux «La rue nous appartient»… Ça faisait longtemps. On se sent combatif, on reprend confiance.

 

On essaie de revenir sur Verdun, puis Centre-ville, bien défendu par les cognes… Direction St-Clair donc, musée, puis les quais.

 

Arrestation sur la fin…

 

Ça fait plaisir de retrouver le Grenoble révolté d’il y a quatre ans. Mais à Lyon, ils forcent la police à sortir les hélicos et les blindés… Allez, un p’ti effort. Et dommage qu’on ait pas réussi à rentrer dans la CCI, ça ça aurait eu de la gueule…

 

Si z’avez d’autres infos…


Indymedia Grenoble, 19 octobre.

 


Publié dans Colère ouvrière

Commenter cet article