Rapport Gingembre

Publié le par la Rédaction

Reçu le 26 novembre 2010.

 


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Docteur Gingembre 05/12/2010 16:12



 


Je réponds tout de même plus longuement au camarade Adrien.


 


Tu m'accuses de contribuer au renforcement de l'ordre hétéronormatif, tout ça pour un malheureux doigt de gingembre littéraire, inséré par mes soins dans la pastille rose de ces messieurs de la
police (lesquels appellent poétiquement, dans leur jargon, « crapauds » ou « pédés » les suspects qu'ils doivent arrêter). Voyons, Seigneur, ce n'est qu'un petit bout de
gingembre ! Ne ferais-tu pas preuve d'un dogmatisme un peu pesant, par moments ?


 


Tu es très sûr(e) de toi, y compris lorsqu'il s'agit de définir quelqu'un que tu ne connais pas, en l'occurrence l'individu réel qui anime la création verbale qu'est le docteur Gingembre. Tu ne
sais rien de mes goûts sexuels ni de mes éventuelles fantaisies en matière d'érotisme. Tu ne sais même pas si je suis un homme ou une femme, quoique tes pronoms et tes adjectifs soient tous
résolument au masculin. De plus, sur quoi te fondes-tu pour affirmer que j'érige en référence le DSM IV ? sur le fait que le personnage-narrateur né de mon imagination débridée, le docteur
Gingembre, semble y faire allusion avec sérieux ? Il affirme aussi vouloir réconcilier les citoyens avec leur Police, avec un P majuscule...


 


Bref, il y a quelque chose que tu as totalement zappé, c'est l'humour. L'humour consiste, entre autres, à dire sur un ton apparemment sérieux des choses absurdes. Celui qui fait de l'ironie
claironne qu'il fait partie des « gens biens », en montrant ostensiblement qu'il n'adhère pas au discours des « autres » ; celui qui fait de l'humour court toujours le risque
d'être pris au premier degré, et donc de passer pour un fou ou un salaud aux yeux de ceux que Dame Nature a oubliés, le jour où elle a distribué le sens de l'humour. J'ajoute qu'un rédacteur qui
aurait besoin de prendre cinquante mille précautions oratoires à chaque phrase pour prévenir qu'il n'adhère pas à telle idée, mais au contraire à telle autre, ferait de l'humour vraiment très
chiant.


 


Enfin, ce petit « rapport » n'avait qu'un très modeste but : faire sourire les manifestants confrontés aux situations qui y sont envisagées (matraquage ou gazage en manif, convocations
individuelles au commissariat dans la décrue des mouvements sociaux, gardes-à-vue, intimidations, provocations policières destinées à récolter de l'outrage et rébellion...). Un texte
« consolateur », quoi, pour reprendre un terme d'Umberto Eco. Je l'ai distribué à plusieurs personnes de ma connaissance, tous sexes et orientations sexuelles confondus, qui ont vécu
des situations de ce genre : je crois bien qu'à aucun moment elles n'ont pensé que représenter des flics avec du gingembre dans le clou de girofle menait au renforcement de l'ordre
hétéronormatif. Elles ont simplement rigolé.


 


Sur ce, je te laisse, j'ai encore un ou deux commissaires divisionnaires à figger.


 


Docteur Gingembre



Docteur Gingembre 05/12/2010 13:02



Le commentaire n° 2 fait la bonne analyse...



Adrien' 30/11/2010 12:20



Rattrapage peu convaincant. Si c'était l'intention, le texte l'expliciterait. Ici (comme souvent) l'humour est basé sur la simple association "pénétration anale = perte de l'honneur".


Plus délicat encore à présenter comme un renvoi d'ascenseur à une police qui aurait le monopole de l'intolérance, il présente le DSM IV comme une référence objective. Quoi de plus objectif, il
est vrai, que la médecine occidentale et en particulier la psychiatrie. Elle a même cessé de préconiser le piétinement de l'utérus des femmes pour calmer leurs crises d'hystérie, preuve de la
prudence et de la modération de ses diagnostiques et traitements. Pour celleux qui n'ont jamais entendu parler de ce monument, le DSM IV fait autorité pour trancher entre le normal et l'anormal
en matière de goûts sexuels, comme il le fait en matière de genre, en considérant la "dysphorie de genre" (fille qui refuse de jouer à la poupée et réclame une pelleteuse, garçon qui refuse de
jouer à mitrailler les ennemis de la nation et aime le rose) comme une maladie mentale.


Le Docteur Gingembre est donc tout à fait fondé à ériger en norme ses goûts et surtout ses dégoûts concernant la sexualité, puisqu'ils sont ceux d'une personne normale :


"Mais entre adultes consentants, c'est autre chose : certains humains réclament avec enthousiasme un traitement qu'aucun cheval n'aurait l'idée de solliciter."


"le terme très politiquement correct de « paraphilie » désigne une déviance sexuelle"


"Le poulet vidé éprouve le besoin, humainement compréhensible, de se venger rapidement sur
n'importe qui."


Je le répète, cet humour est surtout un écho du discours hétéronormatif ambiant. Que le Docteur Gingembre se rassure, cela peut arriver à tout le monde. Tout est fait pour qu'on relaie ce
discours dès qu'on ne fait pas tout spécialement attention à l'éviter.



Maximilien 29/11/2010 21:59



Justement, lire que ces policiers, qui méprisent les homos et autres « déviants », se voir infliger un traitement qui les rend méprisables à leurs yeux, est très drôle. Un peu comme obliger un
chauffard en BMW à conduire une trotinnette (ou à se laisser conduire par sa femme). Mais après, les goûts et les couleurs...



Adrien' 29/11/2010 14:21



Il est regrettable que le bon Docteur Gingembre mette son humour au service, non seulement de la contestation, mais aussi de son exact contraire. Se moquer de la police, c'est toujours bon à
prendre. Mais se moquer de qui que ce soit, en envisageant la profanation de son anus de mâle hétéro (Le saviez-vous ? Tous les gens normaux sont des mâles hétéros, surtout dans la police.),
c'est approuver et renforcer l'ordre hétéronormatif qui place ledit mâle hétéro et son impénétrabilité anale au-dessus des méprisables enculés et salopes. Cette hiérarchie serait-elle plus
acceptable que les autres ?