Quatrième journée de grève générale en Grèce : compte rendu et perspectives

Publié le par la Rédaction

Quand le Premier ministre grec «applaudit» la grève générale du 20 mai, c’est que le mépris du peuple par les autorités bat un nouveau record

 

Les médias officiels nous informent que le Premier ministre grec Papandréou s’est félicité des manifestations de la grève générale du 20 mai : «La voix de ceux qui sont descendus dans les rues a eu plus d’écho, parce qu’elle n’a pas été couverte par le bruit de l’émeute», a-t-il déclaré.

 

Voici donc où nous en sommes rendus : le chasseur qui applaudit sa proie ; le bourreau félicitant sa victime d’être à l’heure à son exécution. Le fin du fin d’un gouvernement postmoderne — un gréviste qui postule au poste de Premier ministre — en même temps qu’un retour aux sombres temps de fureur nationaliste que ce bout de terre a tant vu déjà : «C’est tous ensemble que nous sommes dans cette situation, notre ennemi est au-delà de nos frontières.» La formule de Papandréou est on ne peut plus parlante quant au profond dilemne que doit maintenant affronter le mouvement antagoniste sur le terrain grec : la tournure tragique de la journée du 5 mai montre que la violence en manif n’est plus à l’ordre du jour — afin de prévenir les tentatives de récupération les plus évidentes de la part de l’État ou du capital —, c’est-à-dire qu’elle doit être remplacée par les vraies cibles des manifestants.

 

Où ceci mène-t-il le mouvement antagoniste dans ce pays ? La voie à prendre doit être le travail à la racine, au niveau du quartier, en créant des structures qui abolissent l’autorité de l’État et du capital dans la vie quotidienne. Des «assemblées de quartier contre le FMI» sont d’ores et déjà en train de voir le jour un peu partout dans la ville d’Athènes (on en dira plus dans un prochain billet), ce qui est indubitablement bon signe.

 

Traduit de l’anglais (After The Greek Riots)
à l’arrache par nos soins, 23 mai 2010.

 

 

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La grève générale en Grèce conduit à un débrayage de masse, mais à de très petites manifestations

 

La grève générale décrétée par la GSEE (syndicat du secteur privé) et ADEDY (syndicat du secteur public) du 20 mai a été la première grande mobilisation contre les mesures du FMI et contre le plan d’austérité de lUE depuis la grève générale massive mais aussi tragique du 5 mai.
Selon toutes les sources existantes la participation à la grève a été massive, et a été décrite par les médias bourgeois comme atteignant des niveaux proches de 100% dans certaines régions.
Toutefois, le nombre de manifestants dans les rues dAthènes et les autres grandes villes a été extrêmement faible et les marches de protestation ont été caractérisées par une faible voire même un engourdissement de la mobilisation.

 

À Athènes, la manifestation principale appelée par PAME, le syndicat communiste, ne marchait pas en direction du Parlement mais a opté pour le ministère du Travail que les travailleurs/euses syndiqué.e au PAME avaient occupé depuis tôt le matin, puis à Thesion. La manifestation GSEE-ADEDY, qui ne comptait que quelques milliers de personnes, a marché jusque devant le Parlement, où des slogans tels que «Voleurs, voleurs», «Racaille fasciste, nœuds coulants sont à venir» et (étonnamment peut-être après la tragédie de lincendie de la précédente grève générale) «Brûlez, brûlez le bordel appelé le Parlement» ont dominé les chants. Une caractéristique frappante de la marche a été les pompier.es qui ont scandé des slogans et brandi des photos de collègues ayant perdu.e leur vie au travail (une vidéo de la marche, montrant notamment les pompiers, peut être visionnée ci-dessous). Avant le début de la marche, les forces de police ont effectué 98 arrestations préventives tout en bloquant le centre social central de AK, Nosotros, à Exarcheia et les bureaux des Archives anarchistes. La police a permis aux gens à l’intérieur de Nosotros daller à la marche, mais seulement après avoir pris leurs identités, un acte absolument illégal de larbitraire autoritaire.

 

 

Il convient de noter que, contrairement au 20 mai où les marches ont été plutôt modestes, samedi dernier le PAME a effectué une marche solo assez impressionnante contre les mesures, rassemblant  jusquà 100'000 personnes, une indication claire que le plan daction adopté par les communistes commence à obtenir le soutien des masses.

 

Alors que de nombreuses personnes se félicitent de la trêve de la violence dans les marches du 20 mai, le faible nombre de manifestant.es a causé une recherche généralisée du sens et la raison de cette anti-climax, considéré par beaucoup comme le résultat de la mort de trois personnes dans la banque Marfin le 5 mai. Il faut noter que les textes par des collectifs anarchistes critiquant lincendie de la Marfin ainsi que les attitudes plus générales des militant.es qui sy rapportent se multiplient, non sans contre-arguments soulevés dans les textes par dautres anarchistes, et notamment un long communiqué par la Conspiration des cellules de feu, où le groupe armé théorise ce quil qualifie de «militarisme révolutionnaire», citant à lappui le chef de file stalinien du Sentier lumineux péruvien, Abimaël Guzman et son projet nihiliste auto-proclamé.

 

[Naturellement, je ne perdrai pas mon temps à reproduire ici le communiqué  militariste de la Conspiration des cellules de feu, leurs partisan.es peuvent le faire à ma place si ils/elles le souhaitent … et comme tout le monde connaît lune des caractéristiques principales du maoïsme est sa défense vigoureuse de la tradition stalinienne (où Guzman sest nommé lui-même «la quatrième épée du marxisme», après Lénine, Staline et Mao). En tout cas, citer cette écume Guzman comme une autorité révolutionnaire est un acte évident de divorce avec toutes les valeurs anti-autoritaires et anarchistes.
Il est évident que certaines personnes préfèrent le spectacle du «verbalisme plus la poudre à canon» à la longue et si ennuyeuse lutte pour lémancipation sociale… Cependant, le meilleur signe autour de la Grèce en ce moment est que les anarchistes brisent leur silence en ce qui concerne ces phénomènes, et le bravadisme longtemps répétitif du dernier communiqué du NFC ne peut pas cacher la panique des nihilistes armés face au sérieux de la critique sociale.]

 

Traduit de l’anglais (Libcom) pour le JL, 20 mai.

 

Publié dans Grèce générale

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