Quand la peur change de camps

Publié le par la Rédaction

Certains diront que c’est peut être le fait le plus marquant de cet été mais d’autres savent que c’est le fait le plus marquant de ces quarante dernières années ; c’est un tournant dans le conflit entre la population des quartiers et l’État. Un point de non retour a été franchi avec l’échec le plus total de la lutte menée par la première génération d’enfants d’immigrés dans les associations et en direction des partis politiques.

 

Nous sommes au-delà de ce point, en plein passage à une lutte armée. Certes cette lutte ne s’est pas généralisée mais elle est de plus en plus ancrée dans les esprits comme le seul moyen de ne pas se laisser humilier. Alors face à l’inaction générale peut-on reprocher à des hommes et à des femmes de vouloir se battre à armes égales face à une police brandissant avec arrogance ses flashballs, ses armes de poing, patrouillant en plein milieu des cités devant hommes, femmes, enfants et vieillards ?

 

Peut-on reprocher à une certaine jeunesse de n’avoir plus peur de rien ni même de la police ? On ne peut même pas leur reprocher d’être des révolutionnaires qui s’ignorent, jouant leur avenir sur une bataille. Personne ne sait mieux qu’un banlieusard «tel acte telle peine de prison», on en est à un point tel que l’État est contraint de durcir le dispositif judiciaire pour faire face, par exemple avec le projet de déchéance de la nationalité pour les «Français d’origine étrangère». Mais qu’en a à foutre de la nationalité française quelqu’un qui risque entre 30 ans et la perpétuité ? Et quelqu’un qui est forcé à entrer dans la clandestinité après le passage des vautours, ces même vautours qui à Grenoble ont tous demandé leur mutation après l’envoi d’un message leur promettant un déplumage ?

 

Alors la vraie question demeure : quelle solidarité construire face à cela ? Condamner la violence de part et d’autre ou soutenir une lutte face à la répression ? À chacun de choisir son camp.

 

Éditorial du 89e numéro de Résistons ensemble, septembre 2010
Réseau contre les violences policières et sécuritaires.

 

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