Procès du Militante Gruppe à Berlin

Publié le par la Rédaction


Axel, Florian et Oliver sont trois militants allemands soupçonnés d’appartenance au Militante Gruppe (MG). Le 16 octobre 2009 à Berlin s’est déroulé la dernière scéance de leur procès. Verdict : de 3 ans à 3 ans et demi de prison ferme.

L’affaire commence en juin 2001, à Berlin. Lorsque le siège de Daimler-Benz part en fumée et que des (ex-)nazis encore au gouvernement reçoivent des lettres de menaces. Les fantômes du passé resurgissent, on s’en prend au grand Capital : mais ça sentirait pas l’extrême gauche ?

En effet, les actions ne tardent pas à être revendiquées par un groupe anticapitaliste jusque-là inconnu des services fédéraux : le Militante Gruppe [
À noter que Militanz, en allemand, ne signifie pas «militantisme» en français, mais «activisme armé»].

Le parquet fédéral ouvre alors une enquête sur cette «association terroriste». Le BKA (plus ou moins nos RG) est mis sur l’affaire. Ils se mettent à pister quelques individus du milieu anticapitaliste berlinois. Ils y mettent les moyens, mais disons que ça ne rapporte pas gros : aucune preuve, à peine des pistes, et pendant ce temps-là, le Militante Gruppe revendique toujours des incendies.

En plus, le BKA fait quelques bourdes. Entre autres, un flic a laissé filtrer des infos à la presse, ce qui permit aux surveillés d’apprendre dans les journaux qu’ils sont officiellement dans le collimateur de la flicaille, Le contre-sommet du G8 à Rostock en 2007 donne l’occasion de perquisitionner tout un tas de lieux militants, des appartements, des voitures… mais le BKA ne trouve toujours pas de preuve accablante.

Jusqu’au jour où…

Dans la nuit du 31 juillet 2007, sur le terrain de l’entreprise MAN dans le Land de Brandenburg/Havel, Florian, Axel et Oliver sont arrêtés, après avoir essayé, aux dires des policiers, d’avoir incendié des véhicules de l’armée.

Le même jour, un prof d’université à Berlin, Andrej, a lui aussi été arrêté, les domiciles et lieux de travail de trois autres personnes sont perquisitionnés à Berlin et Leipzig. L’accusation qui leur est portée est «appartenance à une association terroriste (Militante Gruppe)».

Après qu’Andrej ait été épargné de détention préventive par le juge d’instruction, la cour de justice fédérale leva le mandat d’arrêt le 24 octobre par manque de preuve.

Le 28 novembre 2007 la cour a décidé de libérer Axel, Florian et Oliver de la détention provisoire contre une caution de 30.000 euros par personne. La cour décide alors de ne plus poursuivre le MG comme «association terroriste» mais comme une «association criminelle».

Commence alors pour Axel, Florian et Oliver un long procès ; en tout 63 dates, étalées entre septembre 2008 et octobre 2009.

Parallèlement au procès, de nombreuses manifs et actions de soutien ont eu lieu à travers le pays. Les revendications étaient l’abrogation des lois antiterroristes et l’abandon des poursuites.

Le soutien aux inculpés fut assez fédérateur, puisqu’on prit parti pour les trois antimilitaristes jusque dans la gauche parlementaire (notamment au sein du SPD, sociaux-démocrates). La question brûlante «peut-on condamner des anti-militaristes ?» a encore fait couler de l’encre.

Le jour du verdict, devant le tribunal, une cinquantaine de personnes se sont réunies. Sur une des banderoles, il y avait une jeep qui brûle, et en commentaire «ce qui brûle en Allemagne ne fait pas de dégâts en Afghanistan».

La banderole a été confisquée, et le verdict est tombé pour Axel Florian et Oliver : de 3 ans à 3 ans et demi ferme. Ils restent dedans jusqu’en 2010 au moins.

En attendant, des manifs et incendies en solidarité fusent un peu partout à travers la BundesRepublik ; la mobilisation est importante. Le Militante Gruppe y est quasi un symbole.

Il a non seulement revendiqué plus de 20 incendies ; mais aussi impulsé, voire mené, un débat sur l’action directe violente au sein de la gauche radicale allemande. «Die Militante Gruppe, Die Salz in der Suppe !» [
Le sel dans la soupe !]

Depuis 2003, plus d’une centaine de 4×4 et autres BMW brûlent chaque année à Berlin. Le Militante Gruppe aurait-il mis le feu aux poudres ?

Si vous voulez en savoir plus, il y a quelques articles en français sur http://einstellung.so36.net/fr.
Si vous êtes germanophone, http://de.indymedia.org ou http://taz.de sont aussi de bonnes sources. À la rigueur les Berliner Morgen Post.
Ce sont les sources à partir desquelles j’ai rédigé l’article.

Rebellyon, 17 novembre 2009.

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