Procès de rébellion dans le cadre du No Border, verdict

Publié le par la Rédaction


Des flics qui molestent des activistes, cela n’a rien d’original. Le flic est fait pour cogner. Il reçoit même des primes quand il fait du zèle. Et faire du zèle, dans la police, ça revient souvent à cogner sur les gens. Mais on s’obstine à penser et dire partout que le flic, c’est comme le facteur, qu’il fait partie de la société, qu’il rend service. Les autorités essayent de nous le faire accepter et rêvent de l’asseoir à notre table, de le planter dans notre salon. Pourtant, le flic reste un flic, avec tout ce que ça comporte d’animalité brute et de servilité. Et quand il se déplace en groupe, en bande, en régiment, ça ressemble à une horde. À Strasbourg pour l’Otan ou à Calais pour le camp No Border, la horde avait pris position dans toutes les rues pour mater la contestation. Quand la horde est là, le temps s’arrête et plus rien ne bouge, le moindre mouvement est réprimé. Nous en avons tous fait la lourde expérience, à de nombreuses reprises.


À Calais le 25 juin 2009, nous avons été un petit nombre à tenter de percer les lignes de la horde, pour manifester dans les rues du centre-ville, exprimer et diffuser nos idées. Rendez-vous avait été donné sur une place pour évoluer aussi rapidement que possible vers la rue commerçante où les consommateurs se bousculent pour pallier les frustrations de leur vie quotidienne. Nous voulions y apporter la contradiction, l’insolence et l’impertinence qui manque à ce monde, en leur parlant des migrants, ces exilés que les pays européens se balancent de l’un à l’autre, qu’on jette à l’eau dans la mer Égée, qu’on réduit en esclavage au Sud de l’Italie et de l’Espagne, qu’on torture dans la gare de Bruxelles Midi ou qu’on frappe un peu partout en Europe, à l’ombre des centres de rétention. On voulait leur parler de la citadelle Europe et de ses barbelés, de ses fascistes au pouvoir, de ses Besson et ses Berlusconi, et des bidonvilles qui voient crever partout des hommes et des femmes sans papiers.



Mais la horde nous a devancée, prise en chasse, puis plaquée au sol. Immobilisés, nous avons continué à lancer nos slogans en faveur de la liberté, mais leurs grosses godasses et leurs bras gonflés ont eu raison de nous. Pas de coups, mais des étranglements et des pinces au visage pour qu’on arrête de gueuler. Aucun de ces guerriers n’avait de brassard. L’un d’eux, Martinage, portait sur lui un tee-shirt de la marque Thor Steinar, reconnue pour vêtir les fachos de tous horizons, faisant l’apologie des mythes nordiques et ayant par le passé fait usage d’une symbolique nazie [Sur Thor Steinar : REFLEXes, Leur presse, Lutte en Nord]. La flicaille décomplexée arborant les symboles de l’ignorance crasse et viriliste.

Flic avec son tee-shirt Thor Steinar

Après avoir pris nos empreintes et fouillé à poil, nous avons vu débarquer dans nos cellules les fourbes du commissariat de Lille et de la SDIG, venant jouer la séduction et feindre la compassion, pour recueillir quelques infos de plus pour leurs fichiers. Puis un flic de Bobigny et ses acolytes nordistes nous ont auditionné, cherchant à nous faire admettre que nous avions fui ou que nous avions menti, mettant en doute nos capacités intellectuelles, comme le ferait n’importe quel flic ayant devant lui des étudiants. Dans le bureau trônaient les trophées volés au camp No Border par leurs copains : lunettes de soleil, tee-shirts, banderoles, drapeaux… Puis on a été convoqués le lendemain pour venir chercher notre convocation au tribunal, inculpés pour «rébellion».

En visite en GAV : P. Patisson, SDIG

Après une première audience reportée, nous avons comparu le 3 février 2010 à Boulogne-sur-Mer. Les flics ne sont pas venus, ni qui que ce soit pour les défendre. Par contre les vampires de la SDIG étaient présents et ont pris des photos de chacun des présents. Parmi eux, la sotte Catherine qui a infiltré nos réseaux pendant un an et commence toutes ses phrases par «moi aussi je suis fille d’immigrés» et «les valeurs de la République…», parfait produit de la France sarkozyste, toujours pleine d’arguments stériles et citoyennistes pour se justifier d’être pourrie. Et pendant ce temps, une compagnie de CRS virils hantait les couloirs du tribunal, les mains au ceinturon et le crâne rasé, les oreilles décollées dépassant du calot comme pour nous rappeler combien ils tiennent plus du primate que de l’humain.

À droite, les deux rigolos de la SDIG
touristes à Boulogne. Photo prise à Lille.

Après d’excellents plaidoyers de nos avocates, le procureur a demandé un mois de prison avec sursis, regrettant de ne pas pouvoir nous imposer un stage de citoyenneté avec ses amis bidasses. L’affaire est mise en délibéré jusqu’au 24 février.

Nous venons donc d’avoir le verdict : la RELAXE pour tous les deux. Comme quoi la flicaille ne l’emporte pas toujours. À défaut d’être restés anonymes, on aura expérimenté la connerie policière.

A.C.A.B.

Indymedia Lille, 26 février 2010.

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