Procès de l'expulsion des Glycines à Tours

Publié le par la Rédaction

Droit au logement : des militants à la barre

Deux des trois jeunes poursuivis suite aux violences après l’expulsion dun squat ont été relaxés hier. Le troisième a écopé de deux mois avec sursis.

Ambiance un peu tendue, hier matin, au tribunal correctionnel où
de nombreux sympathisants ou militants de lassociation Droit au logement et du Collectif de soutien des demandeurs dasile sont venus assister au procès de trois des leurs. Deux dentre eux étaient poursuivis pour rébellion et le troisième pour violence sur personne dépositaire de lautorité publique. Cette affaire fait suite à lexpulsion, le matin du 22 septembre, dun squat, une ancienne maison de retraite, «Les Glycines», rue du Général-Renault, à Tours. Des familles avec des demandeurs dasile sy trouvaient.

L
après-midi même, des militants se rendent à la mairie de Tours, passent par la rue des Minimes pour demander quune délégation soit reçue par ladjointe au logement. Ils ont sorti des banderoles, chantent. Des policiers municipaux font barrage puis une patrouille de la police nationale se met à son tour en rang, en haut des marches de la mairie. Latmosphère se tend.

«Casser du jeune»

À la barre, une jeune militante dit avoir «toqué» sur une vitre de la mairie pour signaler la présence du groupe. Le procureur se fonde sur un témoignage pour dire qu
elle «tambourinait». Sur les marches, un policier chute : «tout seul», selon les prévenus ; victime dun croc-en-jambe, daprès la police. «Vous créez lincident, reproche Me Abed Bendjador, avocat des policiers. Comment ? Par le nombre, la menace de pénétrer. Les hostilités sont déclenchées par un mégaphone lancé.»

La militante se fait interpeller un peu plus tard rue Nationale par des policiers en civil descendus d
une voiture banalisée.

À un prévenu, il était reproché d
avoir pris une casquette de policiers, laquelle se trouvait dans le sac du mégaphone des manifestants.

Substitut du procureur, Delphine Amacher relève que tous les ricanements et haussements d
épaule dans la salle dénotent, au-delà des sentiments nobles de leur cause, de «lexpression des préjugés et de lidéologie». «Croyez-vous que les policiers veuillent “casser du jeune” ? Non, ils assurent lordre public, préférant le calme aux situations conflictuelles.» Elle requiert une peine de travail dintérêt général (TIG) ou de deux mois avec sursis contre lun et cinq mois avec sursis avec un TIG de 180 heures contre le second, rien contre le troisième.

Par un geste théâtral — trois coups sur la vitre du box des accusés — Me Lison-Croze débute sa plaidoirie pour les prévenus. Elle avait d’abord tenté de faire établir la nullité de la procédure au motif qu’elle n’avait pu assister, dès les premiers interrogatoires, ses clients en garde à vue.

Elle estime qu’ils manifestaient sans violence : «Comment mon client a-t-il pu faire un croche-pied à un policier qui, selon un témoin neutre, se trouvait à 2,50 m ? Quant à la casquette, elle s’est retrouvée dans le sac du mégaphone, personne n’a voulu la voler ! La réalité est que la police reste le bras armé du politique qui n’aime pas les manifestants et encore moins ceux qui posent le problème des mal-logés.»


Le tribunal a relaxé deux prévenus, et condamné le troisième à deux mois avec sursis et à verser 300 € de dommages-intérêts au policier.

Leur presse (Raphaël Chambriard,
La Nouvelle République), 10 décembre 2009.

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