Premier bilan du mouvement de lutte contre les retraites (même si c'est loin d'être fini !)

Publié le par la Rédaction

 

Malgré huit journées d'action particulièrement suivies, il apparaît que même avec 3,5 millions de personnes dans les rues, les défilés ne permettent pas d'être correctement entendus. Ce n'est pas vraiment une surprise, mais beaucoup d'entre nous l'avaient un peu oublié. Partout en France, les blocages dans les raffineries, les centres de traitement des ordures et bien d'autres sites se sont multipliés. Incontestablement, l'obstination de l'État et du patronat à imposer leur réforme des retraites a poussé le mouvement social à retrouver des pratiques syndicales disparues depuis trop longtemps.

 

L'unité à la base

 

Le mouvement social sur les retraites a permis de retrouver des pratiques intersyndicales à la base, fondées sur une représentativité de terrain. Malgré les divergences entre syndicats, un grand nombre de travailleurs et travailleuses ont privilégié leurs intérêts en développant une mobilisation commune, loin des défilés par cortèges syndicaux cloisonnés.

 

L'interprofessionnalisme

 

Alors que depuis plusieurs années, l'heure était plutôt au repli sur soi et à la lutte catégorielle ou par entreprise, la mobilisation contre la réforme des retraites a permis de retrouver des actions où se mêlent tous les corps de métiers et d'industrie, chacun soutenant l'autre avec un même objectif.

 

L'action directe des travailleurs

 

Souvent montrée du doigt, l'action directe des travailleurs s'est largement développée ces dernières semaines. Dans son sens premier, c'est-à-dire loin de la violence individuelle ou d'une avant-garde éclairée qui reste sans effet mais plutôt en organisant des actions syndicales à la base sans attendre le feu vert des dirigeants syndicaux et sans déléguer à des représentants qui négocient et décident sans tenir compte de l'avis des travailleurs et travailleuses.

 

L'autogestion des luttes

 

Les assemblées générales souveraines se sont multipliées, dans le public comme le privé, sectorielles ou interprofessionnelles, pour décider collectivement de la grève, de sa reconduction ou non, ainsi que des actions syndicales à mener. Avec, en outre, un respect des décisions prises par chacun, vers une réelle autonomie des travailleurs et de leurs collectifs de travail.

 

La solidarité de classe

 

Tous les salariés ne pouvant faire grève en même temps — notamment les précaires et/ou isolés —, les syndicats ont repris à leur compte les idées de caisse de grève, de blocage par des camarades extérieurs à l'entreprise, pour éviter les sanctions pour les travailleurs de l'entreprise elle-même. Ce mouvement a renforcé la conscience de classe de tous et toutes : face au patronat et à l'État, nous avons tous les mêmes intérêts et nous sommes solidaires !

 

Le blocage de l'économie

 

Contrairement à ce qu'a affirmé la propagande d'État, les grèves reconductibles et les blocages de ces dernières semaines n'ont pas été un choix mais une nécessité. Comment penser sérieusement que des grèves peuvent se résumer à des défilés dans les rues, encadrés par les forces de l'ordre ? L'Histoire, notamment en juin 1936, a souvent montré que nos droits, nos acquis sociaux ont été arrachés (et pas demandés poliment) à l'issue de luttes très dures et généralement en utilisant le seul moyen à la disposition des travailleurs et des travailleuses : la grève et le blocage de la production sur le lieu de travail. C'est ce que nous avons redécouvert dans le mouvement contre la réforme des retraites !

 

Ce sont ces pratiques de lutte, intergénérationnelles, fondées sur l'action collective et la solidarité de classe, qui peuvent nous permettre de gagner demain. Ne lâchons rien ! Continuons de développer dans le mouvement actuel comme dans ceux qui suivront :

— L'unité syndicale à la base, 
— Les prises de décisions collectives en assemblées générales souveraines pour permettre à tous les grévistes de s'approprier la lutte,
— Les actions collectives de blocage d'entreprises et voies d'accès aux zones où sont produites les richesses,
— Le partage des informations sur les luttes et initiatives,
— La solidarité interprofessionnelle,
— Les caisses de grève pour nous permettre de tenir et de gagner,
— Les grèves reconductibles ou tournantes, qui bloquent la production des richesses et donc des profits…

 

 Lettre CNT d'information publique, 1er novembre 2010.

 

 

Publié dans Colère ouvrière

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