Pourquoi le maintien de l'ordre public serait-il "nécessaire et essentiel" ?

Publié le par la Rédaction


«Ceux qui détruisent les biens publics ou privés, quels qu’en soient les motifs, ne peuvent bénéficier de notre bienveillance. Ces délinquants ne défendent aucune cause et servent, au contraire, les intérêts de ceux qui veulent discréditer le mouvement social. Je souhaite que la Police les trouve et que la Justice passe» a dit le maire de Poitiers dans sa déclaration publique du 11 février à propos de la manifestation réprimée du 6 février. Pourquoi ne parler que de la destruction de biens publics ou privés en ayant visiblement en tête, les Sucettes Decaux, vitrines, tags, abris bus, poubelles… ? N’est-ce pas une manœuvre pour éluder le véritable problème ?

Par exemple, nous savons combien ont coûté les vitrines du 10 octobre : 40'000 € [Centre Presse, 19 novembre 2009]. Mais combien coûte le «maintien de l’ordre public» ? Comme par hasard, il est très difficile de trouver des informations à ce sujet. Nous demandons donc aux autorités, qui sont par ailleurs si friandes d’évaluations en tout genre et pour n’importe quoi, de nous informer du coût réel du maintien de l’ordre sur Poitiers. En attendant, une rapide recherche sur internet permet de nous faire une idée a minima. Nous y apprenons que l’État loue une compagnie de CRS soit 80 hommes (une dizaine de fourgons) à peu près 10'000 € lors des rencontres de football [«Quand policiers et gendarmes facturent leurs services», Christophe Cornevin, Le Figaro, 26/11/2009]. Bien que certains ont parlé de l’arrivée de 400 CRS le 10 octobre en fin de manifestation, ce qui fait que si l’on y ajoute les policiers, Baqueux, RG… le coût social de la répression le jour même du 10 octobre serait déjà bien supérieur au coût des dégradations des vitrines !

Mais allons plus loin. Selon nous, le coût répressif direct de la manifestation de samedi 6 février serait d’au moins 10'000 € si l’on se base sur les dires du secrétaire général de la préfecture sur France 3 : une demie compagnie de CRS plus autant de policiers ; 15'000 € voire 20'000 € si on considère qu’il y avait plutôt au moins une compagnie de CRS plus autant de policiers, baqueux et RG. Même coût que pour la manifestation de l’éducation nationale du 21 janvier dernier. Pour le procès en appel du 10 octobre, les 13 et 14 janvier derniers, au minimum deux compagnies de CRS plus les policiers, disons a minima 50'000 €. Au niveau du coût pour la collectivité nous sommes déjà bien au dessus du coût des dégradations du 10 octobre. Si nous rajoutons la présence policière dans et devant les lycées, disons en tout 15'000 à 20'000 €, la présence policière le 28 novembre (10'000 €) les 18 et et 19 novembre (disons a minima 50'000 €), le 22 octobre (10'000 €), le 19 octobre (cinq compagnies de CRS soit 50'000 €), le 17 octobre (20'000 €), le 12 octobre (20'000 €). Au bas mot la facture pour le contribuable s’élève à plus de 300'000 € soit sept fois et demi plus que les vitrines cassées le 10 octobre. Ce coût monstrueux n’est pas étonnant et certainement en deçà de la réalité. En avril 2008, le Figaro estime le coût du dispositif de protection de la flamme olympique à Paris à 400'000 € [«Prix d’une journée agitée : plus de 400'000 euros», Jean-Marc Leclerc, Le Figaro, 08/04/2008]. En juin 2007, la sécurisation du G8 de Rostock en Allemagne a coûté la bagatelle de 100 millions d’euros, dont 12 millions d’euros pour la clôture de sécurité de 12 km de long [«Une police plus humaine», CQFD no 47, juillet 2007]. Sans parler du coût d’une expulsion de sans-papier qui est de minimum 10'000 € [«Coût des expulsions de sans-papiers», Impôts-utiles.com, 24/04/2008], 20'970 € selon le Sénat soit en 2009 une facture prévisionnelle de 500 millions € sur le budget de l’État [«Le Sénat évalue à 20'970 euros le coût d’une expulsion», Politique.net, 01/12/2008].

Ainsi ce n’est pas tant la destruction de bien publics ou privés qui pose problème mais le gaspillage des fonds publics ou mieux encore l’utilisation de ces deniers publics dans le seul intérêt de certains. Car ne pouvons-nous pas constater que la police et la justice ne s’attaquent jamais aux grands et aux puissants, à ceux qui ont le pouvoir et l’argent ? Interrogé dans 7 à Poitiers, le 22 septembre dernier, soit deux semaines avant le 10 octobre, sur le rôle des forces de l’ordre, J.-F. Papineau, tout nouveau patron de la police poitevine expliquait : «Les délinquants sont d’une extrême lâcheté. Ils attaquent les plus faibles et se déplacent en bandes parce qu’ils ont peur de se faire attraper par la police ou par une bande adverse. J’estime que les plus modestes doivent pouvoir compter sur les policiers de la République pour les protéger.» En fait c’est l’inverse qui se produit. Les personnes que le Comité poitevin contre la répression des mouvements sociaux a soutenues depuis fin avril 2009, y compris celles du 10 octobre, sont des lycéens, des étudiants, des SDF, des précaires, des ouvriers et des employés. Ce ne sont donc pas des riches et des puissants mais des modestes. Si nous en doutons encore, énumérons les parties adverses : Ville de Poitiers, JC Decaux, le procureur, des policiers, Bouygues, des banques et des assurances, l’État français. Cela ne confirme-t-il pas que la police et la justice défendent les forts et les puissants contre les faibles et les modestes et donc que la justice est une justice de classe ?

De plus, lorsqu’on y regarde plus près, on s’aperçoit que la totalité des personnes inquiétées (sauf une qui a la malchance d’être le fils d’un adjoint du maire de Poitiers), sont engagées politiquement ou sont proches du milieu contestataire. Non seulement la justice et la police sont de classe mais elles sont politiques. Après la manifestation réprimée du 6 février, il est encore plus clair que le pouvoir provoque, intimide, harcèle, pourchasse et poursuit — notamment grâce à son arsenal de lois sécuritaires et par le biais de sa police comme de sa justice — les acteurs et actrices de mouvements sociaux afin de les dissuader de s’engager, ou les punir pour s’être engagés sur le terrain politique. Le pouvoir cherche aussi à diviser les contestataires afin d’isoler ceux qu’il définit sans rire comme des «éléments dits extrêmes» et évidemment «les militants anarchistes sont un groupe à risque» (Journal de France 3 Poitou-Charentes 19/20 du 8 février 2010) et pouvoir les réprimer dans l’indifférence générale.

Contrôle social, répression et prévention répressive sont les seules réponses apportées à ceux qui sont engagés ou risquent de s’engager dans la lutte des classes. Tout cela pour protéger à grands frais les intérêts de classe des riches et des puissants.



Quand policiers et gendarmes facturent leurs services

Le ministère de lIntérieur veut «rationaliser» le système et revoir à la hausse les factures envoyées aux promoteurs de matchs de football ou de concerts.

Services d
ordre des rencontres de football de la Ligue 1 facturés, protection des courses cyclistes ou pédestres payée rubis sur longle, escortes de convois exceptionnels ou dœuvres dart budgétées au centime près, tournages de films, brocantes et marchés négociés à lheure ou à la journée… Les organisateurs de compétitions sportives, de manifestations culturelles ou encore dévénements récréatifs mettent la main au portefeuille pour rembourser les dispositifs de sécurité mis en place par les policiers et les gendarmes. Méconnue, cette pratique dite des «services dordre indemnisés» représente une manne financière non négligeable pour lÉtat. Amorcée dans les années 1970 avec le débat sur la protection des centrales nucléaires, cadrée par la loi dorientation et de programmation pour la sécurité (Lops) de 1995, elle représente un pactole denviron 30 millions deuros, reversé pour lessentiel dans lescarcelle des forces de lordre.


Mais, en cette période de rigueur budgétaire, le ministre de l
Intérieur, Brice Hortefeux, souhaite en clarifier lapplication et réviser les tarifs à la hausse. Mardi dernier, lors de la séance de questions au gouvernement à lAssemblée nationale, il a ainsi souhaité que les clubs de football «supportent le coût réel des moyens publics mobilisés» pour assurer la sécurité lors des matchs. «Cest en moyenne onze forces mobiles (de 80 hommes chacunes) qui sont mobilisées par journée de championnat», a précisé le locataire de la Place Beauvau, ajoutant que ce chiffre peut être supérieur, comme lors de la rencontre à risques OM-PSG qui a nécessité «17 unités» le 25 octobre dernier. «Le contribuable na plus à supporter la charge de ces services dordre, considère un de ses conseillers. Pour lheure, trop de clubs se cantonnent à nindemniser que nos forces déployées dans les tribunes, pour assister les stadiers lors des fouilles. Or, de nombreuses unités mobiles sont mobilisées à lextérieur du stade pour contenir des hooligans alors quelles seraient aussi bien employées dans les cités.» Ces missions, jugées «indues car hors service public», pourraient à terme être supportées par les organisateurs du football mais aussi dautres événements.

Soucieuse de resserrer les cordons de la bourse, la préfecture de police de Paris a déjà réuni tous les représentants des courses pédestres pour leur demander de doubler le nombre de leurs «signaleurs» le long des parcours pour ne plus mobiliser un planton en uniforme à chaque carrefour. «Des milliers d
heures/fonctionnaires sont économisés et reversés dans la lutte contre la délinquance», assure le contrôleur général Alain Gibelin, directeur adjoint de lOrdre public.

Selon nos informations, l
affaire risque dêtre dautant plus explosive quelle saccompagnerait dune envolée de lindemnité des agents, jugée «sous-estimée» en comparaison des tarifs de la sécurité privée. Par décret, un «système unique de facturation horaire forfaitaire des personnels de lordre» pourrait être fixé dès le 1er janvier à 20 euros/heure correspondant au salaire moyen dun stadier ou dun vigile. «Avec un objectif, à moyen terme, de 35 euros», confie-t-on Place Beauvau où lon déplore par ailleurs lexistence de deux «régimes distincts de tarifs» mis en œuvre par la police et la gendarmerie pour des prestations équivalentes.


Un rapport confidentiel de l
Inspection générale de ladministration (IGA) établi en juin dernier et portée à la connaissance du Figaro laisse en effet apparaître pour linstant des différences de traitements entre policiers et gendarmes : pour dobscures raisons, les uns et les autres ne facturent pas leurs prestations de la même manière, ce qui sème la confusion dans les esprits.

Ainsi, un fonctionnaire de police peut être mis à disposition pour un tarif unique à 12,27 euros de l
heure, quil sagisse dun gardien de la paix débutant, dun officier ou dun commissaire confirmé. Les prix varient alors selon un coefficient multiplicateur allant croissant selon limportance des forces mobilisées. Les gendarmes, quant à eux, font valser les étiquettes en fonction des grades : si un gendarme de base coûte 14,62 euros de lheure, un organisateur de manifestation devra débourser 38,28 euros pour les services horaires dun sous-officier. La facture grimpant à 57,80 euros de lheure pour un officier. «Les dépenses dalimentation sont variables selon le type de personnel», mentionne un document officiel précisant quil convient de rajouter 2,25 euros pour les frais dentretiens horaires des agents de la maréchaussée. Pour les véhicules, les modes de calculs divergent aussi dun corps à lautre : si une moto de police est facturée 152 euros à la journée (hors carburant), le même engin roulant aux couleurs de la gendarmerie sera loué au kilomètre parcouru, pour la modique somme de 0,45 euro. Autant dire quil semble plus rentable, sur le papier, de faire appel aux motards de la police pour escorter un convoi exceptionnel à travers le pays. «Mais les organisateurs privés ne choisissent pas leur service dordre, rappelle un technicien de la Place Beauvau. Il leur est imposé au terme dune évaluation commune des risques et ils nont sur eux aucun pouvoir hiérarchique…»

Rappelant que «le rattachement de la gendarmerie au ministère de l
Intérieur est loccasion dharmoniser et de rationaliser le dispositif», les analystes de la Place Beauvau peaufinent par ailleurs un dispositif inédit de «bonnes conduites». Il devrait lister «les obligations des organisateurs et définir plus clairement les missions pouvant être assurées par les forces de sécurité intérieures contre remboursement de celles qui ne sont pas de leur ressort». Brice Hortefeux a annoncé quil allait saisir, conjointement avec son homologue de la santé et des sports Roselyne Bachelot, le président de la Ligue de football «pour mettre au point des modalités de tarification mieux adaptées à la réalité des coûts». Pour la saison 2008-2009, de gros clubs comme lOlympique de Marseille et Lyon ont respectivement payé des ardoises de 392'000 et 435'000 euros pour dix-neuf rencontres. Une flambée des prix risque fort de faire grincer des dents.

Leur presse (Christophe Cornevin, Le Figaro), 26 novembre 2009.


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fred 23/02/2010 10:30


"Ces délinquants ne défendent aucune cause et servent, au contraire, les intérêts de ceux qui veulent discréditer le mouvement social." En bon communiquant, le maire de Poitiers place tout de suite
le terme "délinquants",histoire d'opérer une séparation entre le bon et le mauvais manifestant. Ils écarte la possibilité d'une discussion et d'un mouvement d'idée avec "aucune cause". Il place
ensuite les manifestants dans un simple rôle d'exécutant "servent", au service d'une chose qu'il ne nomme que par "les intérêts de ceux qui veulent discréditer". Quel grossier enfumage... Monsieur
le maire arrive à utiliser les mots "mouvement social" en parlant de la politique menée qui est tout sauf "un mouvement" (à moins qu'il ne parle de celui des tonfas) et encore moins "social", à
l'heure des charter vers l'Afghanistan et du questionnement "pitoyable" sur l'identité nationale. Enlevez votre masque, Bunny, on vous a reconnu...