Police partout

Publié le par la Rédaction


La nature de la police (l’arme de l’État pour exé­cu­ter le «mono­pole de la vio­lence phy­si­que légi­time») en fait un refuge atti­rant pour les bru­tas­ses de tou­tes sor­tes, et autres fas­cis­tes qui rêvent d’en décou­dre avec les fei­gnas­ses que nous som­mes, avec les étrangerEs et autres non confor­mes à l’idée qu’illes se font d’un indi­vidu «nor­mal» et res­pec­tueux de la société. La récente affaire de trans­mis­sion d’infos entre la police et la Mai­son fla­mande suite à la manif du 23 mai n’en est qu’un indice de plus. Dans la bou­che d’un flic, société signi­fie en fait État, et la morale est rem­pla­cée par la loi et son appli­ca­tion, les cir­cu­lai­res et les ordres.  Inutile de dis­cu­ter avec un flic de la nature de sa fonc­tion, le bour­rage de crâ­nes est tel qu’on tour­nera vite en rond : une pomme n’est pas un fruit mais un pro­jec­ti­le  ; la morale n’existe pas, elle se confond avec la loi ; la loi ce sont les ordres ; les sus­pects et les cou­pa­bles, c’est pareil (voir les affai­res de fichage). Les mots d’ordre «Crosse en l’air et rom­pons les rangs» et autres «La police avec nous» sont aujourd’hui ridi­cu­les face à la force du décer­ve­lage subi par ceux et cel­les char­géEs de nous sur­veiller.

L’ennemi principal ?

Les flics, les bidas­ses et les matons ne seront jamais des tra­vailleurs et tra­vailleu­ses comme les autres. Mais la police n’est pas L’Ennemi : elle est un ins­tru­ment de l’État, un outil, un obs­ta­cle placé pour entra­ver nos lut­tes.

La police n’est pas un corps auto­nome. Sa fonc­tion pre­mière et offi­cielle est de pro­té­ger les insti­tu­tions (l’État, la pro­priété pri­vée). Elle en a bien d’autres, et celle qui nous inté­resse ici, c’est son rôle de «ges­tion» des mou­ve­ments de révolte. Enquêtes et ficha­ges — sous contrôle des juges ou des poli­ti­ques —, répres­sion des mou­ve­ments sociaux, expul­sion des squat­ter-euse-s, des sans-papier-e-s, etc.

Dans tou­tes ces opé­ra­tions, les for­ces de répres­sion agis­sent de manière plus ou moins dégueu­lasse (sou­vent plus !), les «fonc­tion­nai­res» lais­sent sou­vent leurs pen­chants racis­tes, sexis­tes et homo­pho­bes pren­dre le des­sus. Ces atti­tu­des, qui visent sou­vent sim­ple­ment à nous impres­sion­ner en fai­sant mon­tre d’agres­si­vité, ne devraient pas suf­fire à nous faire crain­dre la police. C’est là sa fonc­tion essen­tielle face aux mili­tan­tEs : inti­mi­der, faire peur pour bri­ser toute ini­tia­tive. En insi­nuant en nous l’impres­sion d’être sans cesse fichéEs, sur­veilléEs, de ris­quer d’être arrê­téEs ou vic­ti­mes de «bavu­res», l’objec­tif est de nous para­ly­ser. Et ça mar­che : l’énorme dis­po­si­tif mili­taro-poli­cier contre le camp No Border entra­vait la moin­dre dif­fu­sion de tracts en cen­tre-ville de Calais. Le ris­que de répres­sion déme­su­rée a fait se replier les par­ti­ci­pan­tEs sur l’inté­rieur du camp alors que d’autres ont pré­féré tout sim­ple­ment ne pas venir.


Contourner ou affronter l’obstacle ?

Mais cela n’a pas empê­ché des mili­tan­tEs de blo­quer pen­dant ce temps-là le cen­tre de réten­tion de Lesquin, au nez et à la barbe des légions surar­mées de l’État. Ce der­nier exem­ple mon­tre qu’il est pos­si­ble, par des stra­té­gies bien pen­sées, de contour­ner l’obs­ta­cle poli­cier pour frap­per là où il ne nous attend pas.

Cela ne signi­fie pas qu’il faut sys­té­ma­ti­que­ment recu­ler face aux flics. Les fins agi­tées des manifs contre la pré­ca­rité en 2006 mon­traient la colère des mani­fes­tan­tEs et ont contri­bué à faire recu­ler le gou­ver­ne­ment sur le CPE. La ques­tion du rap­port de force se pose encore et tou­jours ici : il est inu­tile d’aller s’empa­ler à quel­ques unEs sur une meute armée jusqu’aux dents, et c’est d’ailleurs tou­jours ce qu’espè­rent les jour­na­lis­tes quand illes sont là : du sang et des lar­mes ! Par contre, faire bloc pour ne pas recu­ler et se faire impo­ser un par­cours flé­ché quand on est dans la rue, c’est pos­si­ble.


Bien plus que LA cible à abat­tre, la police est un obs­ta­cle. À affron­ter, à contour­ner ou même à igno­rer selon les cir­cons­tan­ces, mais en aucun cas elle ne doit nous détour­ner de l’objet prin­ci­pal de nos révol­tes contre tou­tes les for­mes de domi­na­tion.


Dans la région, deux mili­tan­tEs de lon­gue date ont été récem­ment convo­quéEs et inter­ro­géEs dans le cadre de l’envoi d’enve­lop­pes munies de bal­les d’armes à feu à des res­pon­sa­bles poli­ti­ques. Ces «en­quê­tes» devaient inclure comme par hasard le fichage total des accu­séEs (ADN, emprein­tes digi­ta­les, tests dac­ty­lo­gra­phi­ques), au pré­texte que l’ADN est le meilleur moyen de se dis­culper ! Dans cette affaire, la Justice a mon­tré qu’elle ne recu­le­rait devant rien pour ter­ro­ri­ser les mili­tan­tEs les plus actifs.


Qu’est-ce que le copwatching ?


Le «cop­wat­ching» a été inventé il y a quel­ques années à Berkeley, en Californie. Cette acti­vité consiste pour les «cop­wat­chers» à espion­ner les fré­quen­ces radio de la police (c’est légal aux États-Unis) et à se ren­dre ensuite sur les lieux d’inter­ven­tion, caméra au poing. Les cop­wat­chers res­tent là pen­dant toute l’inter­ven­tion des flics et fil­ment, sim­ple­ment pour pou­voir ren­dre compte d’éventuels trai­te­ments dis­cri­mi­na­toi­res ou de vio­len­ces de la part des condés. Cette acti­vité per­met ensuite de faire connaî­tre à l’«opi­nion publi­que» les «abus» de la police. Pas révo­lu­tion­naire pour deux sous dans son dis­cours offi­ciel (il s’agi­rait de faire en sorte que la police se com­porte en res­pec­tant stric­te­ment la léga­lité), cette pra­ti­que peut par contre avoir des consé­quen­ces inté­res­san­tes : d’abord une main qui se sait fil­mée s’abat­tra moins faci­le­ment sur la tête de quelqu’unE, ensuite la quan­tité d’écarts au règle­ment réper­to­riés peut ame­ner à pren­dre cons­cience du fait que ce que la presse appelle une «bavure» n’est que le com­por­te­ment nor­mal d’une per­sonne ou d’un groupe qu’on arme et qu’on dote d’un pou­voir déme­suré sur d’autres humains… Bref, que la police est dan­ge­reuse, inu­tile, cri­mi­nelle et qu’elle est l’enne­mie de la popu­la­tion !


À Calais, depuis plu­sieurs années, quel­ques per­son­nes sur­veillent et pho­to­gra­phient les exac­tions des flics contre les réfu­giéEs et en font le compte rendu sur le site indy­me­dia Lille. Les pour­sui­tes dont elles sont régu­liè­re­ment l’objet démon­trent qu’elles déran­gent les auto­ri­tés. Ce bou­lot de sur­veillance s’est ampli­fié suite au camp No Border et à l’annonce de la des­truc­tion immi­nente de la «jun­gle». À plu­sieurs repri­ses, cette pra­ti­que a per­mis d’éviter ou de réduire la vio­lence débri­dée dont les CRS sont cou­tu­miers à Calais : plu­sieurs fois les flics sont repar­tis à l’appro­che des mili­tan­tEs. Mais le rap­port de force est tel­le­ment dis­pro­por­tionné qu’il n’a pas pu empê­cher nom­bre de rafles, de tabas­sa­ges et de des­truc­tions d’affai­res per­son­nel­les.


La Sociale no 30, novembre 2009
Feuille d’information du Groupe d’anarchistes lilloiSEs.

 

Commenter cet article