Police de quelle République ?

Publié le par la Rédaction

 

Éditorial

 

Il y a beau temps que les brutalités policières ne sont plus à démontrer. Sans qu’il soit possible de le contester, la force a remplacé le droit. Ce qui ne semble pas émouvoir vraiment les bons citoyens à qui l’on explique qu’ils sont ainsi mieux protégés. En clair, que leur sécurité est assurée. Peu importent les droits de l’Homme, fréquemment foulés aux pieds. Particulièrement dans les cités où nombreux sont les policiers qui se comportent tels les affidés d’une bande légale. Cela face à des jeunes qui peuvent avoir le sentiment de s’affronter à une bande d’un quartier voisin. Bien évidemment, les chocs ne manquent pas d’êtres rudes car les policiers de la République ne connaissent pas, ou ont oublié l’article 9 de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen, du 26 août 1789, qui stipule :

«Tout homme étant présumé innocent jusqu’à ce qu’il ait été déclaré coupable, s’il est jugé indispensable pour l’arrêter toute rigueur qui ne serait pas nécessaire pour s’assurer de sa personne doit être sévèrement réprimé par la loi.»

 

Comment ne pas regretter que ce texte soit tombé en désuétude. Au point que, le 18 mars 1986, il avait été jugé nécessaire d’établir, par décret, un Code de déontologie de la police. Dans ce petit manuel, que chaque policier devrait avoir dans une poche de sa veste, étaient indiquées les limites de l’intervention policière, et la force dont «le fonctionnaire de police ne peut faire qu’un usage strictement nécessaire et proportionnée au but à atteindre». La lecture de ce Code avait dû provoquer bien des ricanements dans les commissariats. Particulièrement son article 10 :

«Toute personne appréhendée est placée sous la responsabilité et la protection de la police ; elle ne doit subir de la part des fonctionnaires de police ou de tiers, aucune violence ni aucun traitement inhumain ou dégradant.»

 

Il est vrai que le langage injurieux utilisé par trop de policiers et même parfois au sommet de cette institution, «racaille» par exemple, ne peut qu’exacerber les conflits permettant d’établir une frontière hermétique entre une population considérée comme convenable et une jeunesse traitée tel un ennemi héréditaire. La dégradation du comportement de certains policiers, avait même conduit le ministère de l’Intérieur à réagir fermement, en 1991 :

«Les agissements violents, au cours de l’interrogatoire, de la part de certains policiers, dans un illusoire souci d’efficacité, sont inadmissibles et dégradants de la part de celui qui les commettraient.»

 

N’insistons même pas sur les abus de droit classiques : menottage illégal, palpations corporelles, fouilles à corps exécutées de façon humiliante, basses injures, etc… Qu’est devenue la police républicaine, si elle a jamais existé au plein sens du terme ?

 

Maurice Rajsfus  
Que fait la police ? no 46, janvier 2011.

 


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