Poitiers : Retour sur une journée funeste

Publié le par la Rédaction


À 14 heures le 12 octobre sur la place du Palais de Justice de Poitiers, les renseignements généraux se mêlent  maladroitement aux jeunes et moins jeunes qui se rassemblent. Certains sont là pour des cas particuliers, d’autres pour un soutien général. Personne n’arrive vraiment à se faire une idée précise de ce qui les attend. Alors que les forces de police arrivent par petits groupes, une ligne de CRS barre l’accès aux marches du palais, dans un but d’intimidation pur, puisque l’audience est ouverte au public. Beaucoup de gens veulent assister à ce procès spectaculaire et la salle d’audience bondée sera vidée une fois pour une pseudo vérification de sécurité. Les consignes qui suivent sont éloquentes : «rentrent en priorité les parties civiles, les témoins et les étudiants en droit (environ une cinquantaine)». Comme rien n’est vérifié, quelques amis et les familles arrivent à se faire une petite place. Malgré tout de simples badauds se sont également assis dans la salle et prennent la place de ceux qui meurent d’inquiétude pour leurs proches. Les soutiens ne sont pas les bienvenus.

À 16h45 le premier prévenu entre et débute alors ce que l’on pourrait qualifier de farce si ça n’était pas aussi tragique. Les parties civiles en pleine démesure réclament des sommes impayables ou absurdes, inventées sur le moment, sans toujours se fendre d’un rapport de conclusion, comptant beaucoup sur le Parquet pour obtenir réparation de ces dangereux casseurs. Le parquet lui-même prononce des réquisitions allant au-delà du supportable et du crédible si ce n’est que le contexte politique les conditionne. Dans la bouche du Procureur, c’est la voix d’Hortefeux qui raisonne sous la coupole du Tribunal : plus de 5 ans de prison ferme et 3 ans de sursis sont réclamés en tout pour ces huit prévenus qui n’ont même pas causé d’égratignure. On en accuse de jets de pierre, en oubliant qu’aucune n’a atteint la cible qu’on lui prête. On soupçonne les témoins de complicité sans leur laisser le moindre crédit et l’on glorifie le courage et la bravoure des fonctionnaires de police (surtout les gradés…) qui sont installés sur un piédestal. L’État policier félicite ses troupes (massivement présentes dans la salle !) par la voix d’un procureur qui semble vouloir dire «Vous manifestiez contre la prison de Vivonne, eh bien vous allez savoir de quoi vous parlez» qui fait écho aux «Vous vous êtes bien amusés, à nous maintenant !» lancés par les représentants de l’ordre lors des multiples arrestations en marge de la manifestation. Sous couvert d’une remise en contexte on nous rabâche que sous l’action collective se cachent des décisions individuelles et donc des responsabilités individuelles à la terreur qui ébranla le centre-ville de Poitiers alors animé par la liesse pacifique des Expressifs et on nous parle de traumatisme et des enfants qui pleurent, en oubliant bien sûr que ce sont les policiers et personne d’autre qui ont lancé trois grenades lacrymogènes dans la foule, irritant la gorge et les yeux des passants. À l’entendre, c’était la guerre civile. Après de telles réquisitions les avocats suffoquent d’énervement et de fatigue tant les dossiers sont mal ficelés et que certaines incohérences pourraient prêter à rire si la liberté de l’individu n’était pas mise en balance. Il est prouvé par la bonne foi, la logique et des témoins que certaines déclarations policières sont erronées, parfois mensongères, affirmant «de manière tout à fait convaincante», à écouter le M. le procureur, avoir identifié tel ou tel individu à une distance défiant les capacités visuelles des rapaces, avec une exactitude inhumaine, et faisant état d’éléments qui n’existent pas (par exemple des buissons dans une rue qui n’en comporte pas…).

Lorsque la police et l’État veulent la peau de certains contrevenants à l’ordre établi, ils l’obtiennent d’une justice qui porte mal son nom. La fierté de la République en a pris un coup il lui faut couper des têtes, et vite. Après huit heures et demie d’une caricature de procès biaisé, à 1h15, les sanctions implacables écrasent tout espoir d’une quelconque humanité. Trois camarades sont déférés sous mandat de dépôt et passeront le reste de leur nuit en prison. Ainsi soit-il, amen, la messe est dite et justice est faite. Nous pleurons ceux qui partent, poussés loin des fourgons de la mort où l’on presse nos trois camarades par une cinquantaine de CRS et de policiers de toutes fonctions, empêchant même une mère de voir son fils partir. Triste République que la leur. Tous sont condamnés de délit de militance.

Aux dernières nouvelles, le Procureur de la République a fait appel pour les cas de Jean Salvy, Samuel, Patrick (tous trois déjà condamnés, respectivement à 1 mois, 1 mois et 4 mois ferme entre autres) et Charles (2 mois de sursis simple), estimant les peines trop faibles.

Le collectif contre la prison de Vivonne réaffirme son entier soutien à tous les inculpés et particulièrement aux incarcérés et à leurs proches.

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