Pierre Lescure, patron-voyou

Publié le par la Rédaction

 

 

«On ne frappe pas un ennemi à terre — Mais alors quand ?»
Lucien Guitry.


Imaginons la quasi-totalité des salariés d’une entreprise achetant un encart publicitaire dans la presse nationale pour réclamer le maintien de leur … patron-voyou. Ça paraît invraisemblable. C’est pourtant ce qui est arrivé en avril 2002 dans le journal Libération. Sur une pleine page, «l’immense majorité des salariés de Canal +» exprimait leur soutien à leur PDG Pierre Lescure. La publicité montrait ce dernier accoutré d’un blouson noir et cherchant la bagarre. Légende de la photo : «Vous appelez ça un patron ? — Nous oui ! Et en plus on veut le garder.»


Aujourd’hui, c’est plutôt la justice qui aimerait le garder. À vue. Au printemps 2008, une dépêche AFP annonçait «la mise en examen de Pierre Lescure pour “faux et usage de faux” dans le cadre d’une enquête sur des “parachutes dorés” consentis par l’ancienne direction de la chaîne cryptée à une quinzaine de ses cadres». Et l’AFP de poursuivre  : «Les faits remontent à 2000, année de la fusion de Canal+ avec le groupe Vivendi Universal (VU), en juin. Un mois plus tôt, une quinzaine de hauts dirigeants de la chaîne cryptée avaient négocié des primes de départ sous forme d’avenant à leur contrat en cas de départ de la chaîne cryptée. Parmi cette quinzaine de cadres figurent notamment Alain De Greef, ancien directeur des programmes de la chaîne, et Denis Olivennes, ancien directeur général de Canal+ et actuel président du directoire du Nouvel Observateur.» À l’époque de sa toute-puissance, Lescure aurait distribué … 60 millions d’euros à ses petits camarades de la direction ! Quant à ses indemnités de départ, elles se sont élevées à … 2,9 millions d’euros. On ne va pas pleurer le sort de la multinationale Canal + à qui Lescure a réussi à extorquer de quoi vivre très riche jusqu’à la fin de sa vie. Non, ce qui est risible et pathétique dans cette affaire, c’est que non seulement «l’immense majorité des salariés de Canal +» a payé de sa poche cette publicité mais aussi une grande partie des artistes français présumés «de gauche» ou autoproclamés «rebelles». Deux jours avant la publication du placard publicitaire pro-Lescure dans Libération, Le Journal du Dimanche révélait l’identité des acteurs et réalisateurs pleurant le départ du millionnaire Lescure. Quelques noms : Édouard Baer, Laurent Baffie, Josiane Balasko, Xavier Beauvois, Guy Bedos, Frédéric Begbeider, Jean-Jacques Beinex, Catherine Breillat, Dominique Cabrera, Laurent Cantet, Éric Cantona, Alain Chabat, les frères Dardenne, Arnaud Desplechin, Albert Dupontel, Matthieu Kassovitz, Jean-Yves Lafesse, Ken Loach, Gaspard Noé, Noir Désir, Benoît Poelvoerde, Daniel Prévost, Vincent Ravalec, Jean-François Richet, Claire Simon, Joey Starr, Bruno Solo, Patrick Timsit, Ariel Wizman… Même Virginie Despentes, Roger Diamantis (du cinéma Saint-André-des-Arts à Paris) et Terry Jones (des Monthy Python’s) sont tombés dans le panneau. Aujourd’hui, ils s’en mordent probablement les doigts.


Six ans plus tard, Lescure et son compère De Greef doivent encore être en train de se taper sur les cuisses en se remémorant de quelle manière ils ont roulé dans la farine tout ce petit monde. Car c’est grâce à la complicité de ces artistes supposés «impertinents» qu’ils ont réussi à faire croire que leur chaîne privée était autre chose qu’une simple entreprise commerciale. Sans la bienveillance de ces pseudo-subversifs, ils n’auraient pas réussi à vendre aussi facilement leur concept de «télé pas comme les autres», fourguer un slogan aussi indigent que «Quand on regarde Canal +, au moins on n’est pas devant la télé» et empocher des salaires mirobolants grâce à des abonnements surfacturés. Ce qu’ils ont gagné à Canal +, ils auraient pu l’utiliser à d’autres fins que le simple enrichissement personnel. Comme par exemple — tiens, au hasard — soutenir financièrement CQFD, ou bien produire un film sur le professeur Choron.


Au lieu de cela, Lescure s’est fait nommer par François Pinault directeur du théâtre Marigny, siège au conseil d’administration de Thomson, cachetonne sur Paris-Première et signe des pétitions anti-Siné avec BHL, Bertrand Delanoë et Alexandre Adler. Pour paraphraser Choron : «L’ex-PDG de Canal + peut être un brave homme, mais il est prudent de le pendre.»

Pierre Carles
CQFD no 59, septembre 2008.

 


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