Parloir sauvage à la SDAT

Publié le par la Rédaction


Vendredi 27 novembre à 7h30, nous avons pénétré la zone sacrée entourant le 84, rue de Villiers à Levallois-Perret, locaux de la CIA française [La Direction Centrale du Renseignement Intérieur (DCRI), fusion de la Direction de la Sécurité du Territoire (DST) et des Renseignements Généraux (RG), qui partage ses locaux avec la Sous-Direction Antiterroriste (SDAT) de la Direction Centrale de la Police Judiciaire (DCPJ)].

Depuis le temps qu’on y emmène tous nos amis, on pouvait légitimement se demander à quoi ressemblait ce lieu plein de mystères. En vérité, cela ressemble tout à fait à un hôtel 4 étoiles pour séminaristes américains, avec son hall de verre et ses dépendances dégueulasses en préfabriqués (qui, soit dit en passant, sont les chambres qu’on réserve, précisément, à nos amis). Cette fois, c’était Christophe qui faisait les frais du désespoir armé du juge Fragnoli, une fois de plus en mal de rebondissements. Il était semble-t-il accusé d’être trop proche de certains inculpés, en particulier de sa femme Manon, qu’il verrait régulièrement, d’après des sources proches du dossier. Nous avons décidé de lui faire une petite fête.



Ce jour-là, donc, au lever du jour, et tandis que — la 72e heure de sa garde-à-vue atteinte — son avocat lui rendait visite, une vingtaine de personnes porteuses de lunettes de soleil et de parapluies se massèrent autour d’un véhicule monospace garé juste en face des préfabriqués susmentionnés. Du véhicule sortait une musique rauque et sauvage, auxquels répondaient les cris de la petite foule bizarre et dansante. À y regarder de plus près, il semblait qu’engoncés dans l’habitacle bas-de-plafond du véhicule, deux individus suspects s’affairaient sur une batterie et un synthétiseur hurlant. Le son réussit à percer les épaisseurs de Rockwool et la surdité naissante de notre camarade, qui entendit bien, nous assure son avocat, quelque chose.


Un attroupement si inhabituel troubla les agents la SDAT, qui ne se sentaient sans doute pas de procéder à une interpellation, en armes et en cagoules, pour «tapage matinal sur la voie publique en relation avec une entreprise terroriste». Désemparés par ce cas épineux, ils appelèrent finalement à la rescousse la police des gens normaux, qui se trouva à son tour bien embêtée. Les quatre pauvres agents cherchèrent désespérément un responsable et des pièces d’identité mais n’obtinrent que des gargouillements en italien et une interprétation sincère de Il était un petit navire. Tout le monde s’éloigna avec l’air de ne pas y toucher, d’abord poursuivis machinalement par les bleus, qui bien vite renoncèrent à suivre quelque chose qu’ils ne savaient pas nommer.

Le comité de Paris, 30 novembre 2009.

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